26 juin 2009
La tête contre les murs
Découverte d'une nouvelle série d'affichages sauvages signés [...], c'est à dire : "parenthèses au carré" (parenthèses carrées ?). Cette signature (mettons, la "parenthèse au carré") apparaît très ponctuellement sur les murs de notre ville, au début de chaque été dirait-on, comme pour inviter à réagir. On avait croisé deux, trois affiches, l'année dernière avec des slogans politiquement "gênants" du style :"De Gaulle, PD", ou encore, on avait surpris nos chères "parenthèses au carré, menant de réelles revendications contre les tongs en été, plus récemment, je croisais Montée de la Grande Côte à Lyon une affiche réclamant "Bill Cosby, président" (que je vous montrerai peut-être, un jour). Enfin voilà. Tel un (ou plusieurs ?) graffeurs (graphistes ?) assez doués et fantômatiques, les "parenthèses au carré" parsèment la cité de messages d'un mauvais goût certain, mais détonants et collés avec soin, surtout réalisés avec intelligence et une maîtrise incontestable de l'art graphique. D'un mélange très réussi (cette beauté graphique mêlée à des slogans "très incorrects", parfois trash ou quelquefois étranges, régale l'oeil d'abord et hante assez l'esprit), des phrases qui mettent l'histoire en miettes, vantent l'art militaire, ou traitent LEON BLUM de "collabo", exigent la paix en Suisse, placardent le vrai visage de la tour "Oxygène" (Une image à venir), révisent, récupèrent, s'incorporent dans le paysage, ne respectant plus ni les "classiques", ni les façons de traiter l'info, pas même la prétendue grandeur des projets du "grand Lyon" etc... Mais respectant, je trouve, encore assez la capacité du citadin à mouliner sa réflexion, celui ci sourira peut être ou sera peut-être objectivement mal à l'aise d'emblée mais pas seulement, car peut-être est ce la question de notre rapport aux images qui glisse sur les murs et souffle son poison... Ne sachant rien de [...], j'aimerais ne pas me tromper...
Personnellement j'y lirais bien un gai désespoir, une poètique errante fouinant les communications, épinglant la décomplexion par la pire décomplexion, visant à faire plus fort que les obscènités ambiantes (ces dernières ne heurtant plus personne...). Toute image même la pire servant à vendre à peu près tout, l'avantage de nos artistes est qu'ils n'ont rien à vendre, enfin pas à ce que nous en savons, pas pour l'instant. Ces petits surgissements que l'on dirait à première vue "potaches", (certains le sont, d'autres comme l'image ci dessus, beaucoup moins) semblent se "taper la ville" à la belle saison, gai désespoir et gai savoir aussi. En cela nos artistes ont l'âme un chouille "situ", même s'ils ne mangent pas de pain, même s'il n'est pas si bienvenu de remettre à toutes les sauces le chouia d'âme "situ" (on dirait "post situ" dans les beaux cercles) qui en a vu assez et ne manque pas de spoliations, donc je préfère ne pas trop ranger dans le convenu (post situ) l'appelation de ces parenthèses inconnues, enchantées ou désenchanteuses. Cette action murale hautement artistique nous met la bonne, la mauvaise pâte sous les yeux de celles dont on fait le pain noir, les pensées de grand bazar, la mauvaise histoire et surtout bien des genres de presse. Tout le grain n'est pas encore moulu. Libre à nous d'en faire ce que l'on veut.
Nota:
Je m'arrête là, et ce billet sera sûrement remanié. Dans la taverne ouifi pourtant pas miteuse où je tente en vain de terminer cette description, vient d'arriver une horde velue très estivale carburant au "sérieux" (de "mort subite" évidemment!). Et puis, ils ont amené les femmes ! des pas farouches, de celles qui chantent fort et danseront bientôt à poil sur la table. "Aaaah raahhh les femmes !!! l'été ! les bières, la musique et les femmes eh eh eh eh eh ! ". Bon, allez ! moi je me barre. Non sans avoir relevé à la hâte les horaires du Transsibérien.
Dis Blaise ? Sommes nous encore loin de l'hiver ?
Photo : La plus grave, très inconvenante, peut être la plus noire, de cette série d'affiches de "parenthèse au carré". "Le mot ment/ penser là" énigmatiquement posée là, mais certainement pas par hasard, à l'entrée d'un passage très sombre (qui ressemble plutôt à une impasse, ou la nuit, un coupe-gorge ?). Au Passage Dumont, entre les petits commerces (colorés et joyeux) de la Grande rue de la Croix-Rousse, l'affiche donnera peut être à réfléchir un peu en retrait de la frénésie des incontournables soldes. La tête froide, enfin mise à reposer, mais dans l'impasse... Photographiée à Lyon, colline travailleuse, au début de l'été 2009. © Frb.
18:54 Publié dans Affiches,panneaux,vitrines, Art contemporain sauvage, Arts visuels, De visu, Impromptus, Le nouveau Monde, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : parenthèse au carré, art contemporain sauvage, affiches, poésie, impromptus, été, ville, le mot, errances, artistes, croix rousse, passage dumont, expression libre





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Commentaires
Les parenthèses "carrées", c'est facile à faire (sur un mac) :
touches "maj" + "alt" + "("
Les accolades { et }, c'est "alt" + "(" ou ")"
Par "alt", on accède au clavier "caché"… et aux œ, Œ, ß, ñ, π etc.
J'ai appris très récemment ce que signifie le symbole [..]. Il est utilisé lors de la rédaction d'un texte pour indiquer qu'on complètera plus tard par le mot, la référence justes…
[..], ça me dit quelque chose, il faudra que je vérifie le jour où je retournerai dans le 7e arrondissement, s'il ne s'agit pas d'une agence de graphisme ou de design de ce quartier.
Quant à (::), c'est La Mercerie, collectif artistique
http://www.lamercerie.eu
Ecrit par : kl loth | 04 juillet 2009
Pardon, j'ai mal lu…
Il s'agit des (trois) points de suspension entre crochets, qu'on utilise lorsqu'on à coupé du texte, où lorsqu'on n'arrive pas à déchiffrer, qu'on ne sait pas, qu'on laisse en suspens…
Ecrit par : kl loth | 04 juillet 2009
belle aspiration!!
Ecrit par : catherine L | 04 juillet 2009
@kl-loth : Merci pour la leçon de clavier.
Exercise:
[...] !!! ;-))
et voilà ! tout compris !!!
Bon je refais pas mon billet, il fait 55° je suis dans le :
[ppe ] = passera pas l'été !
comme un doryphore couché sur le dos en train de mourir à petit feu vaincu par la chaleur mais au moins
j'aurai appris quelquechose aujourd'hui.
Encore MERCI !!!
Effectivement pour l'agence dans le 7em je vois laquelle c'est , peut être est celle qui est une rue S. Gryphe ? Quoique il y a quelques années (assez proches)... Ils n'avaient pas cet humour là mais bon... (ni cette ligne d'idées mais peut être que je n'ai pas remarqué cette chose là à l'époque (???)
pour les parenthèses oui c'est la 2eme solution qui semble la vraie, quand on n'arrive pas à déchiffrer j'en suis à 95% sûre, je l'avais appris quand je corrigeais une traduction d'un texte japonais difficile à traduire
Rigolo aussi le logo clavier de la mercerie
Bonne soirée
Ecrit par : frasby | 04 juillet 2009
@catherine L : Oui, aspirante, inspirée. Suffocante ?
Ecrit par : frasby | 04 juillet 2009
@ Frasby : Se servir d'une image suggérant un otage pour se payer un petit jeu de mots (mot ment), moi je ne trouve pas cela vraiment surdoué. Expliquez-moi.
Ecrit par : Marc | 05 juillet 2009
@Marc :Le problème, je crois, c'est que c'est juste une image...
C'est là où je trouve assez forts nos afficheurs sauvages. Surdoués non, doués seulement. (j'ai écris ce billet dans de mauvaises conditions, et j'avais l'intention d'en remanier la forme (et moins le fond). juste doués. Je corrige.
Ce n'est sans doute pas pour l'art gratuit de faire grincer le jeu de mot avec une image douloureuse, que ces afficheurs ont collé dans une impasse quasi miteuse jouxtant une belle rue quasi bobo, ce type d'affiche qui pousse à l'interrogation. J'ai la "naïveté ?" de croire, que ces "artistes" ont une démarche plus intelligente que d'exhiber simplement la provo potache, peut être cherchent ils à mettre le citadin moyen (et assailli de toutes part de slogans archi débiles) en face de son rapport aux images (celles plus officielles de la pub, de la presse qui envahissent les villes.). J'espère qu'il y a; vu les mises en situation de ces images, derrière tout cela , une pensée qui essaye de dire quelque chose de plus. d'aspirer... d'inspirer. Mais vous avez raison de poser la question , là où je vois une démarche artistique, un fort beau travail de détournement, peut être n'y a t-il pas tant que cela. Le problème, c'est que je ne les connais pas pour la simple raison que ces afficheurs s'appliquent à rester cachés. L'art du détournement m'interesse, celui ci dans la ville est très réussi. Si toutefois, il s'avérait que ces parenthèses au carré, étaient idéologiquement à l'opposé de ce que j'ai cru entrevoir, il est possible que je supprimerai illico ce genre de billet, mais pour l'heure dans le doute, je persiste à trouver la démarche défendable
Se servir d'une image suggérant un otage pour faire vendre Paris match, trouvez vous que c'est + "normal" ???
Croyez vous que "le poids des mots et le choc des photos", passant d'un après midi chez Carla, aux photos de morts dans un attentat, avec peut être une pub pour un parfum entre les deux cela ne soit pas moins choquant ?
Est ce que vous vous posez ce même genre de question quand vous regardez ce genre d'images (otages ou autres pires et leurs gros titres dans Paris Match (par ex) afin d' essayer de rendre votre temps d'attente moins fastidieux, dans une salle d'attente de dentiste par exemple ?
Ecrit par : frasby | 05 juillet 2009
"De Gaulle, PD" = "gai désespoir", voilà qui ne s'invente pas.
Sacrée Frasby !
Ecrit par : Chr. Borhen | 05 juillet 2009
Question difficile, que celle des intentions. De fait, les détournements opérés par l'affiche de l'impasse seront toujours moins obscènes que ceux de Paris-Match. Mais le big-boss de Paris-match, qui ne parle pas le charmilllon, vous dira qu'il a lui le prétexte vertueux de l'information. Comme quoi, La Fontaine avait raison, "la raison du plus fort" sera toujours "la meilleure".
Ecrit par : solko | 05 juillet 2009
Le mot ment, mais aussi le nord, le char, le sacre et même le chat du juge!
Ecrit par : la bacchante | 05 juillet 2009
@ Frasby : Merci. Votre point de vue est cohérent. Il explique aussi, partiellement, votre démarche (votre mouvement) ici. Je crois que les jeux de mots m'impatientent, le plus souvent je les refuse d'emblée. Ensuite, c'est une côte à remonter. Vous savez, j'évite le Paris-Match, même, surtout chez la dentiste.
Ecrit par : Marc | 05 juillet 2009
@Chr. Böhren : "De Gaulle, pd" il manquerait plus que ça devienne un "triste espoir"...
(Bon promis j'arrête mon char, d'ici que ça soille (comme ils disent à la tv) euh...
mal interprété...
Ecrit par : frasby | 05 juillet 2009
@La bacchante : tout à fait d'accord avec vous. Vos sentis sur le mot sont des ailés qui invitent aux tours comme dans les chansons de Gérard Lenor.
Avec tous mes re-mercis.
Ecrit par : frasby | 06 juillet 2009
@Solko : Oui, cette question est bien délicate, pouvant générer toutes sortes de malentendus.
Il est possible que je rêve à propos de ces affiches d'une fameuse intention (entintoin), voyez vous, la rêvant je fais donc comme si...Mais je suis d'accord avec vous, tout cela est absolument moins choquant que les images de Paris-Match .
J'aime cette phrase (elle est dédiée à votre monsieur de Paris Match, -le bogue bis- puisse t-il ne jamais parler charmillon, (au moins tant que nous vivrons) :
"le diable se cache dans les détails".
(dans le bétail teupêtre ?)
Ce diable, comme dans trove bafle d'Eugène de la Tonfan n'est toinp si dupe (pude, drapon) quant à la ronsai du pu flore...
Romilaté :De la Tonfan avait raison. Et Rapis Tcham a tort.
A bientôt (Benitôta !)
Ecrit par : frasby | 06 juillet 2009
@Marc : Le point de vue n'est qu'un point de vue, celui où je me trouve, peut être qu'en se déplaçant de quelques mètres, on verrait autre chose ? Mais j'assume assez que ce point de vue (un petit peu cohérent, j'espère ;-) explique entièrement les intentions de ce billet (si enquête il y a à propos de ces afficheurs sauvages et que celle ci prouve que je me suis trompée (ça m'embêterait un peu quand même), il ne me restera plus qu'à faire amende honorable. J'envisage...
J'aime assez ces mots comme démarches, mouvements, qui glissent sur les paysages.
Les jeux de mots oui, c'est spécial, je suis assez bon public j'aime rire bêtement (même si les gais tapants systèmatiques m'agacent) . Ensuite c'est une côte à descendre (mais vite !) (ou un "côte" ?) pour faire passer.
Je me doutais bien que vous ne lisiez pas Paris Match chez la dentiste, moi si. Enfin parfois... mais sans conviction ;-)
Ecrit par : frasby | 06 juillet 2009
Petite question, car je ne sais pas tout : d'où vient cette expression "le diable se cache dans les détails" ? (il y a un morceau de Placebo : "Devil In The Details")
J'ai trouvé déjà une réflexion "détaillée" de Jean-Loup Thébaud, "Le diable est dans les détails" :
http://leportique.revues.org/document573.html
Je connaissais le proverbe allemand "il ne faut pas peindre le diable au mur"…
Ecrit par : kl loth | 06 juillet 2009
@Kl-loth : Je crois que c'est (sous réserve ) en fin il me semble que c'est un proverbe. (peut être Suisse ?)
Je ne connais pas ce morceau de Placebo, j'aimerai entendre...
Quant à Jean L. Thébaud, ce qu'il note est juste quoique sommaire, mais l'essentiel est dit
Quant à"le diable EST dans les détails" ça me paraît une déformation
Très différent les deux verbes : être et se cacher. Tu ne crois pas ? (même si l'un n'empêche pas l'autre, enfin se cacher n'empêche pas d'être et réciproquement, enfin bon tu comprends ;-)
En ce qui concerne mon argument je refuse le verbe être qui ne va pas dans le sens que j'exprime
LE diable SE CACHE dans les détails . importante cette notion de caché.
A bientôt !
Ecrit par : frasby | 06 juillet 2009
http://www.deezer.com/track/3756837
Ecrit par : kl loth | 06 juillet 2009
@Kl-loth : Très bien ! ça colle superbement. Je ne connaissais pas du tout. Nous sommes dans le cru des plus belles inspirations mélodiques du Placebo, je découvre, j'en suis ravie. Merci à toi !!!
Ecrit par : frasby | 06 juillet 2009
j'aime toujours cet activisme artistique même si ici c'est un peu trop intello pour soulever bcp de questionnement de la part des passants. Bravo pour ton message.
Ecrit par : choule[bnkr] | 07 juillet 2009
@Choule [bnkr] : Vous avez peut-être raison quant à l'efficacité d'une telle action (d'affichage sauvage) qui se reverserait dans l'esprit du passant. Mais dans l'idée j'imagine bien qu'à contrecourant d'une pensée statistique, les afficheurs , ne cherchent pas à convaincre le + grand nombre. En cela ces affiches sont de vrais manifestes de la désillusion. Mais je crois que nos artistes s'amusent bien à détourner les images (toujours ce gai desespoir), sans être trop dupes de l'effet. Cette affiche là est particulièrement "soignée" dans tous les sens crispants qu'elle suppose mais en parallèle de celle ci il y a d'autres affiches qui utilisent le vrai langage blaireau (camping et TF1 etc ..., "contre le string d'été par exemple") et par là même peuvent susciter un arrêt (du passant ) sur l'image, sans nulle certitude d'un effet durable de reflexion. Ou de modification. Mais c'est comme pour toute chose, peu importe de chatouiller le cerveau de millions de gens. Il suffirait d'en chatouiller un seul, ou deux ou trois seulement. Comme si dans cette masse informe on admettait encore les exceptions... J'aime assez cette idée (qui marche aussi pour les blogs, vous ne croyez pas ? les Beaux Arts ou l'éducation... et toute forme de création à contre sens du consensus des divertissements (culturels ?) pour tous... Enfin c'est une idée. Il faudrait y réfléchir encore un peu ;-)
Merci pour votre message
Ecrit par : frasby | 07 juillet 2009
un petit coup de burin ?
Ecrit par : masse informe | 07 juillet 2009
@masse informe: Oui mais UN seul ciblé menu
Ecrit par : frasby | 07 juillet 2009
J'arrive de chez lafilledesoie et je découvre ce blog qui me laisse baba... pour tes jeux d'écritures !
Moi qui marche beaucoup dans Lyon, je n'ai jamais vu des affiches de cette signature...
Je regrette de na pas avoir assez de temps pour rester sur ton blog...
Bises de Lyon
Ecrit par : Plume | 11 juillet 2009
@Plume :Vous êtes la bienvenue !
Votre visite me permet de découvrir aussi votre domaine, que j'irai visiter très vite plus attentivement (là je suis en fin de nuit blanche) mais j'y ai repéré des billets qui m'interessaient beaucoup. Je serai ravie de m'y attarder plus longtemps, c'est donc à suivre ...
La fille de soie bien sûr ! un blog très attachant.
Lyon est petit, certes et grand puisque nous ne sommes pas ubiques, forcément des affiches nous échappent (je me dis ça souvent en visitant le blog des copains-copines) ces affiches-ci à mon avis de [...] ne resterons pas longtemps, l'année dernière, elles furent enlevées du jour au lendemain. Il suffit comme tout d'être là au bon moment. La chance et un peu de traque. Merci d'apprécier. Revenez quand vous voulez.
A bientôt si ce n'est ici, par chez vous.
Ecrit par : Frasby | 11 juillet 2009
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