samedi, 03 octobre 2009

Cordoue, c'est fini

Entre nous deux, dis, le veux tu, l’impérissable,
Le secret qui se tait quand les autres secrets
Ne savent pas se taire ? O toi dont le bonheur
Se paye de ma vie, fût-elle inépuisable...
Au prix de ton bonheur, je la refuserais.

IBN ZEYDOUN  (ou Abu al-Waleed Ahmad Ibn Zeydoun al-Makhzumi -1003-1071). Extr : "Anthologie poétique "Les Arabes et l'amour" traduit et présenté par H. Hadjadji et A. Miquel. Editions Actes Sud 1999.

automne bizarre.JPGIBN ZEYDOUN (ou ZAYDÛN) est l'un des plus illustres poètes de l'Espagne musulmane, dont les meilleurs accents sont ceux de l'exil, et célébrent le souvenir de la princesse WALLÂDA dont on l'avait séparé.

Ainsi Dieu le sait, j’ai changé de vie :
Je suis en toi pour tout ce que je suis
De tous les mets j’ai perdu la caresse
Et quant à boire, un supplice j’endure

WALLÂDA (Bint al Mustakfi) était une poétesse, fille du dernier calife omeyyade de Cordoue, Muhammad III, elle organisait chez elle des salons littéraires où se rencontraient poètes, philosophes et artistes, elle s'occupait aussi d'éducation de jeunes filles. D'après les récits historiques, elle portait une robe sur laquelle était brodée en or des vers d'amour. Participant aux joutes de poésie, elle fût très critiquée pour avoir exprimé souvent ses sentiments avec beaucoup d'audace et une très grande liberté. Elle eût aussi de nombreux défenseurs comme IBN AZM, poète historien philosophe, théologien arabe. La liaison de WALLÂDA avec IBN ZEYDOUN  fût, (dit-on), assez tumultueuse. Les deux se seraient rencontrés à l'occasion d'une de ces compétitions poétiques, où déjà WALLÂDA défrayait la chronique dans la Cordoue du XI em siècle.

A propos de cette relation quelques poèmes de la princesse nous sont parvenus. Ils expriment le désir de rejoindre le bien aimé, la déception puis la douleur et enfin le reproche succédant à la brutale séparation. IBN ZEYDOUN ne cessera d'écrire, il écrira à son amour perdu qu'il ne pût jamais revoir. La princesse serait morte à l'âge de cent ans, son aimé l'ayant précédée dans l'autre monde, déjà depuis vingt ans...

Avant de rencontrer WALLÂDA, le poète IBN ZEYDOUN était déjà reconnu, admiré à la cour. Il se persuada, d'abord, que la princesse était laide, sûr, (comme quelques d'hommes l'ont crû et le croient encore parfois, à tort, maudits goujats !), que "les femmes savantes sont souvent des femmes sans beauté qui compensent leurs disgrâces par leur esprit" et puis il préfèrait les femmes "de type oriental, blanches de peau, avec des cheveux de jais, des yeux de braise." Rien donc ne destinait IBN ZEYDOUN et WALLÂDA à s'éprendre, l'un de l'autre.

La réalité fût sans doute moins idyllique mais le mythe existe pourtant repris de mille façons depuis des siècles, aussi envoûtant que l'histoire de "Roméo et Juliette". On dit que WALLÂDA était extrêmement belle avec ses "cheveux blonds cendrés" qui auréolaient un visage ovale, parfait et "donnaient à ses yeux bleus des reflets changeants aux paupières légèrement bistrées". Le poète parla même de "ce regard où sont nés les regards et les astres". WALLÂDA fût elle attiré par IBN ZEYDOUN lorsqu'elle le vit pour la première fois ? (Pardonnez, chers lecteurs cette prose du genre "courrier du coeur", mais certains jours ne fait que questionner gentiment les mystères, brodant pour le plaisir seulement, tout comme on caresse les feuilles mortes, puisque l'idylle, autant le dire, ne finit pas très bien et demeure aussi un casse-tête pour ceux qui ont voulu décrypter les quelques points obscurs de ces vies tourmentées. Cordoue semble enfouir ses anciens secrets, et sur le plus précis du thème, la documentation est rare...).

Donc, nous retrouvons WALLADA, au palais, recevant tout ce que le royaume comptait d'hommes puissants ou de personnalités cultivées, princesse "aguerrie", dirons nous, qui soudain fut impressionnée par la personne d'IBN ZEYDOUN, "il était différent au moral, comme au physique". Mais n'est ce pas ce qui se dit généralement à l'origine de toute passion ? Sauf que nous sommes ici, dans un royaume ! splendeurs et misères donc, et sous ce genre d'auspices, l'idylle ne pouvait aller très longtemps. Des obstacles de plus en plus en nombreux entravèrent les amants. WALLÂDA malgré son nom "l'enfanteresse" (ou femme génitrice) était loin de symboliser la fécondité. Soucieuse de reconquérir le trône de ses ancêtres, elle conspirait ouvertement à faire renverser les Jawharides (ou nouveaux maîtres de Cordoue). Férue de poésie, chanteuse, musicienne de talent, elle devint peu à peu pour IBN ZEYDOUN : la beauté inquiétante...

"Qui mesure le temps, ô ma dame ! toi, les astres ou Dieu ?"

Au lieu d'une réponse, le déchirement. Certes IBN ZEYDOUN, n'ignorait pas cette chance d'être aimé d'une princesse, mais ne pouvait oublier qu'il était serviteur des Jawharides et que cette liaison avec une "ennemie" risquait fort de le mettre en porte à faux. Les amants s'aimaient follement et pourtant ils se séparèrent. Plusieurs thèses furent avancées. Certaines affirment que le chantre de WALLÂDA l'avait trompée avec OTBA, une de ses suivantes noires, chanteuse à la voix d'or, d'autres invoquent les incompatibilités d'humeurs, d'autres encore préfèrent croire que la rupture vint d'une raison d'état, logique. Toujours est-il qu'on ne peut rien révéler de source sûre, tout comme on doute encore du caractère de cette princesse, amante et poétesse. Pour certains WALLÂDA reste une libertine, dépravée, une créature sans coeur, pour d'autres elle symbolise la vertu, la muse incomparable adulée par l'un des plus grands poètes d'Andalousie.

Tandis que l'homme proclamera jusqu'à la fin de sa vie, qu'il aime sa princesse, encore et toujours, sa poésie évoquera parallèlement le temps d'avant l'exil, le regret du pays, de l'espace cordouan, lieu du bonheur et des amours. Son paradis perdu.

Ô belle Cordoue me sera-t-il donné
De retourner à toi ?
Que vienne le moment où je te reverrai
Tes nuits sont des aurores
Ta terre est un jardin
Ton sol imprégné d'ambre
Safrané, un tapis d'or.

AROUM45.JPGPhoto 1 : Premiers émois presque au dessus des flots du lac, l'été indien encore, mais déjà, à peine perceptible la naissance d'une légère teinte dorée sur quelques feuilles, au soleil de midi.

Photo 2 : Les souvenirs s'envolent. Tapis pas safrané, semé de lumineuses feuilles d'or, vu sur les grands boulevards un peu avant minuit. Lyon. Octobre 2009. © Frb

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Commentaires

Moi qui croyais que c'était Capri qui était fini... Et dire que c'était la ville de mon premier Amour... Quelle désillusion !

Laquelle des options possible préfèreriez-vous qu'elle eût été la véritable ? La discorde, l'adultère terrible ou la raison d'état ? Personnellement je n'arrive pas à me décider. Quelle fin est la plus douce parmi celles-ci ?

Sur cette question sans utilité, je vous laisse temporairement, ma Douce m'appellant à l'instant, je dois partir...

Ah j'oubliais, par rapport à la dernière reponse que vous me fîtes, sachez que j'ignore toute notion de bienséance polie ! :p

Écrit par : liam | mardi, 13 octobre 2009

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@liam : Mais non, c'est Cordoue, voyons !
Hervé Villard aura confondu (Toujours de la faute aux autres !)
Laquelle des options possibles ?
La raison d'état est assez héroïque et nous replongera dans nos classiques (utile et agréable, je vous fais une réponse pragmatique)
Mais une réponse vraie plus douce ? ah non, + douce je ne crois pas, aucune rupture n'est douce même si elle est pour la bonne cause ;-)
(what ? la bonne cause ! qu'est ce que je raconte ! pas de bonne cause ne vaut une rupture ;-))

La discorde me plaît moyen (mais s'il faut en passer par là...)
Quant à l'adultère (ah ben ! non hein !) avec tout ce qu'il nous a tartiné de tourments sur sa Wallâda, (à moins que la belle, n'ait pas daigné pardonner, allez savoir ! et ce serait encore pire !) Votre douce vous appelle ?... Alors là,vite ! vite ! je vous comprends. A mon tour de poser des questions... Juste une. (Et si Ibn Zeydoun avait eu le téléphone ? ça aurait donné
quoi ?)
La dernière réponse que je vous fis... ? Heureusement (quelle goujate, je fais !) je ne l'ai plus en mémoire, là, tout de suite, ça vaut peut être mieux non ?
"Bienséance polie", oh ! mais je ne peux pas vous imaginer dans ce genre de disposition), il faudra que je descende dans les cuisines et dépendances, pour relire quelle sottise j'ai encore osé écrire par la faute d'une nuit blanche (ou d'Hervé Villard ? encore lui !). Quoiqu'il advienne, je ne pense pas ça, et je retire, en espérant ne pas vous avoir offensé ;-O oublions tout cela, vous voulez ? Vos visites (spontanées ! ;-) me feront toujours plaisir.

Écrit par : Frasby | mardi, 13 octobre 2009

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Peut-être lui eut-il envoyé une multitude de textos poétiques et passionnés, mais à la syntaxes hélas désastreuse par manque de place. Elle, sortant sont iPhone vibrant de son sac à main, regardant ses copines de salon " pfff encore ce gros lourd, il me saoule grave avec ses messages pourris genre j'fait d'la poésie...". Ses copines, pouffant bêtement (est-il seulement possible de pouffer intelligemment ??): "hi hi hi".
Lui, enfin, alors qu'il vient de valider l'envoi de son message, un sourire emprunt de fierté accroché à ses lèvres comme un morpion à son follicule pileux : "elle va trop kiffer sa race ! Ca déchire sa mère ce texto !"

Et alors vous n'auriez pu nous narrer leur histoire. Quelle tristesse, vous ne trouvez pas ?? :p

Écrit par : liam | jeudi, 15 octobre 2009

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@liam : Triste ? bah, on fait feu de tout bois, vous savez !
Je trouve surtout que vous déchirez grave mortel en ce moment ;-) Vous savez quelquepart je suis "sauvée" (???) par une méconnaissance absolue ou presque de ce qu'est un usage de portable, ou de texto, donc déjà pour cette raison je n'aurais pu narrer l'histoire (manque de technicité ?), enfin j'ai vu des messages (dits d'amour sur texto) d'un copain qui adorait exhiber les textos de sa copine au tout venant) genre "j t veu" "J t'en brsse", ( et des plus "hottes", tous très glaroums). Moi qui cache tous mes parchemins (d'aroum) dans un coffre fermé à triple tour glissé dans une chaussette puis camouflé au fond d'un puits recouvert de fougères, c'est vous dire que je comprends que pouic aux nouvelles communications aroumeuses) je suis comme on dit de l'ancienne école (ou plus vulgairement de la mouvance ringarde- "has been") donc oui, j'imagine en l'an 8009 , les blogs de poésie antique et de traditionnels textos pouêtics ; provoquant l'extase d'une civilisation ne communiquant plus que télépathiquement ou par des bip lumineux lus (télépathiquement) comme la panacée mondialisée... (c'est déjà écrit dans le grand livre comme vous savez).
Six pieds sous terre, le follicule pileux ! Niknik devenu le plus grand poète de tous les temps (post-atomiques !) avec son recueil de textos retrouvés à Marne la vallée, comparables aux métamorphoses d'Ovide, à l'Hyperion, aux affinités électives, (ces derniers engloutis, par un tsunami ayant emporté la très grande bibliothèque,) oh mais j'arrête ! quel cafard !
c'est trop triste tout ça !
Entraînons nous d'abord sérieusement à pouffer intelligemment. Et ce sera déjà une très belle victoire présent J'ai un peu digressé, sorry, mais j'ai bien apprécié votre commentaire. (En dernière on me souffle dans l'oreillette qu'après l'aroum , les djeuns ne fument plus de cigarettes , ils twittent !) Mais ne vous laissez pas décourager surtout ! ;-)

Écrit par : Frasby | vendredi, 16 octobre 2009

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