mardi, 07 décembre 2010
Dans l'épaisseur des images on ne sait où... (part 2)
Ce que nous donnent les communications de masses, ce n'est pas la réalité, c'est le vertige de la réalité. Ou encore, sans jeu de mots, une réalité sans vertige.
JEAN BAUDRILLARD in "La société de consommation", éditions Gallimard 1970.
Pour traverser, il faudrait peut-être cliquer sur l'image, mais ce n'est pas obligatoire
Des mains nous portent, touchent des diamants au fond des livres, des choses magiques, la chaleur vient de l'intérieur des maisons, mais rien ne peut nous retenir, attirés par le froid, le besoin d'aventures dont on se sent privé depuis longtemps, on sait que la demeure est en péril un peu partout. On y collectionne des objets en grand nombre, on se promène dans des autos avec des gris-gris pendus au rétro, on colle des décalcomanies pour le parc d'attraction du Pal, le ski à Val d'Isère, contre le nucléaire, mais tout cela ne fait pas un monde. On avait cru d'abord que la demeure allégerait les maux. Il y aurait un coin où ranger des affaires, puis la culture alignée sur des rayonnages montés en kit pour dix euros supplémentaires, on aurait droit au déplacement d'un agent du Bricoplus de notre Bricoland habituel, on rangerait les livres par ordre alphabétique d'Ajar aux albums de Zorro, il y aurait des étagères dans toutes les pièces avec tous les bibelots, des vaches en bois, des chalets miniatures, des photos de nous deux au bord de la mer et des pots en étain, des plinthes couleur de lys, un diffuseur arôme lavande, il y aurait le baromètre au salon, une queue d'âne qu'on tripoterait parfois pour connaître le temps du demain, cela serait excitant faute de tout. Le thermomètre afficherait 20°, ni plus ni moins, le climat serait bien tempéré à l'intérieur grâce à notre thermostat d'ambiance. La maison Delafon fournirait les vasques à poser sans trop plein. Il n'y aurait pas de déréglement possible. Dans la cuisine, de préférence américaine on mettrait une planche qui ferait table et bar à la fois, on mangerait assis sur des tabourets sobres, juste design, mais pas trop. On meublerait la chambre avec un lit bas recouvert d'une couette à motifs africains, au dessus du lit on arrangerait des coussins en quinconce, sur le mur, bien encadré sous verre, il y aurait une phrase de Ben, et puis une photo de toi et moi sur le pont neuf, il y aurait deux tables de chevet, des lampes pigeon imitant le pigeon véritable, des porte-revues pour mettre les revues télé et des journaux ramassés dans les trains du genre "La vie du rail". Le lundi on regarderait le film du lundi. En semaine on visionnerait des documents comme les thémas d'Arte sur l'ADN les années 70, on se passionnerait pour une série scientifique qui chaque semaine inviterait des docteurs à la télévision qui viendraient raconter en images et en termes faciies à comprendre, le fonctionnement de notre cerveau. On s'engagerait pour défendre des sujets brûlants tels les grèves, l'avenir du socialisme, le réchauffement climatique, le slam... Le dimanche, il y aurait du pudding avec de la crème anglaise à sucer sur des langues de chat. Le bien-être de la communauté, toutes ces boîtes de conserves en cas de guerre, des kilos de sucres, de paquets de farine, des tonnes de plomb, le tire-bouchon et la salière. Et puis on garderait des boites empilées les unes sur les autres pour cacher au garage les chaussures usagées, des vêtements, qu'on a mis de côté pour les pauvres. On irait enfourner quelque vieille histoire à la cave, au grenier, pour enfourner, ça, on enfournerait. La sale histoire qui docilement nous courbe un peu dessous notre sourire parfait nous rattrape voilà un autre jour. Déboutés du monde idéal, toutes sortes de regrets nous tirent encore plus en-dessous, des souvenirs avant ceux de la maison, qui ne sont pas tout à fait à nous, ceux d'avant annoncant ceux d'après, on fera mine de ne pas y penser, on brûlera de s'en débarrasser, combien d'années nous faudra-il pour faire table rase de tout ? Qu'est ce qu'il faudrait pour faire un monde ?
Photo : dans l'épaisseur des passages dits "cloutés" je ne sais où, quelquepart place Hernu à l'emplacement d'un feu piéton, des passants, vous et nous, en attente d'une permission electronique pour reprendre la marche vers on ne sait trop quoi. Villeurbanne, Novembre © Frb 2010.
01:01 Publié dans ???????????, Actualité, Art contemporain sauvage, Balades, De la musique avant toute chose, De visu, Impromptus, Le monde en marche, Le nouveau Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dans l'épaisseur des images on ne sait où... (part 2), inventaire, objets, jean baudrillard, la société de consommation, les masses, culture, la daube, ville, mémoire collective, uniformité, variété, profusion, maison, aménagements, impromptus, saturation, frustration, réel, réalité |
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Commentaires
"... une réalité sans vertige."
C'est justement là le vertige, qu'il n'y en ait pas...
Écrit par : Jean | mardi, 14 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@Jean : C'est exactement ça oui... ! Une contradiction assez étrange, je pensais aussi à la claustrophie, à l'agoraphobie et je n'arrive pas à savoir euh... Nous sommes penchés... :)
Écrit par : Frasby | mardi, 14 décembre 2010
Répondre à ce commentaireJ'adore la photo que vous avez prise quelque part place Hernu, et le commentaire que vous en faites :)
Va falloir que je regarde un peu ce qu'a écrit Baudrillard ; ça fait trois fois en peu de jours que je retombe sur des citations de ses ouvrages :
> en exergue dans "Figuration", un roman de Philippe Nauher
> à la p. 121 de "Un livre blanc" de Philippe Vasset
> et puis vous ici Frasby
Écrit par : Michèle | mardi, 14 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@Michèle : Parfois c'est juste des hasards assez curieux (à tous les sens du terme), ils vous emmènent peut être là où vous devez aller :), ce n'est pas si mystique, je vous rassure, je veux dire que ça ne procède pas d'un courant de mode précis où je ne sais quoi de si "culturel, j'aime beaucoup cette idée; de croiser le même auteur par hasard c'est comme une invitation officieuse (enfin bon ) là par exemple, c'est clair, je ne connais pas "Figuration", je ne connais pas "Le livre blanc" je devrais pas le dire ça fait ne pas très "sérieux" mais comme je ne cache pas que mes lectures procèdent de hasards en voilà un très beau, et en + quels beaux titres ! donc pendant que vous irez chez monsieur Baudrillard , je m'inviterai à effeuiller des pages chez monsieur Nauher et chez monsieur Vasset. Enfin j'aime beaucoup cette idée de lectures disons euh.. "buissonnière" (?) -par des chemins différents- avec tous les allers-retours que cela suggère... Merci Michèle !
Écrit par : Frasby | mercredi, 15 décembre 2010
Ce que j'aime dans votre photo c'est le jeu des horizontales et des verticales, du blanc et du noir, du clair et de l'obscur, de l'ombre et de la lumière...
oups :)
Écrit par : Michèle | mardi, 14 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@michèle : Oui, oui, c'est bien que vous aimiez :)
(pourquoi oups ? La photo n'est pas bonne elle manque de précision, mais c'est pour le jeu des horizontales des verticales, du noir du clair et de l'obscur de l'ombre (je répète tout comme vous, oups !) que j'ai choisie, pur hasard géométrique, et puis on dirait que celui qui regarde la photo (cad vous moi ) c'est le feu rouge (:O!) Le truc qui ne ressort pas trop sur la photo mais dans la vivraie ce jour là, les gens étaient presque tous habillées pareils, même les couleurs tranchant avec les blue jeans et les noirs, étaient les mêmes, comme s'il n'existait plus qu'une seule boutique de fringues à Lyon (c'était un peu inquiétant :)
Écrit par : Frasby | mardi, 14 décembre 2010
Répondre à ce commentaireen attente d'une permission electronique pour reprendre la marche vers on ne sait trop quoi ...
peut on indiquer la destination "au fond de l'inconnu" sur un GPS? (et sans préciser "pour trouver du nouveau" : faut quand même pas le faire bugguer c't'engin !)
Écrit par : hozan kebo | mardi, 14 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@hozan kebo : GPS ? GPS ? Est ce que j'ai une tête de GPS ? :)
alors ça c'est encore un truc que je ne comprendrai jamais imaginez ! si les surréalistes revenaient vous les voyezfaire leurs errances avec un GPS ? Et les situationnistes de bars en bars avec un GPS ! et hop "Plonger dans l'inconnu pour trouver la boutique Cnaf Cnaf qui vous vendra votre GPS", "plonger dans l'inconnu pour trouver votre concessionnaire Nokia", "plonger dans l'inconnu, pour vite ! vite ! vite ! acheter votre kit SFR et gagner des milliers de GPS"
Faut pas l' faire bugguer c't'engin, vous dites ?
Et pourtant... il buggue ! :)
Écrit par : Frasby | mercredi, 15 décembre 2010
- J'aime beaucoup l’expression « je ne sais pas où j’en suis »
- Et tu conseilles de taper « au fond de l’inconnu » sur un GPS ?
- Parce que celui qui dit ça est là en son ici & bas & toujours même
- Mais ne précise pas « pour trouver du nouveau » ça ferait bugguer l’engin
- Tu sais où t’en es toi ?
- For sure je suis toujours au retour de ta ligne !
- Bonne pêche gars !
- T’as appâté ?
Écrit par : hozan kebo | mardi, 14 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@Hozan kebo : Ah oui ! elle est belle cette expression !
mais je comprends rien à votre commentaire ! :O!
en fait je ne sais pas où j'en suis, mais c'est pas parce que vous êtes incompréhensible, que nenni ! c'est juste parce qu'en fait, (vous n'allez pas me croire mais c'est pourtant vrai) je n'ai jamais vu de GPS , je ne l'ai jamais vu à l'oeuvre, jamais vu aucun GPS à l'ouvrage... Donc on m'a expliqué ce que ça faisait, que ça causait , que ça disait "à droite à gauche", mais, moi, je n'ai pas la preuve que ça existe vraiment, par conséquent pour la pêche je vous crois...
:)
Écrit par : Frasby | mercredi, 15 décembre 2010
J'aime votre usage très perecquien du conditionnel, celui du début des "Choses", quand la potentialité prend un goût de décomposition.
Écrit par : nauher | mercredi, 15 décembre 2010
Répondre à ce commentaireDiamant à l'intérieur des maisons
Attirées par le froid des objets
Et des autos qui s'empalent
Sur des skis à Val d'Isère
Contre le nucléaire pas un monde
Un coin où ranger des affaires
Montées en kit pour les livres
D'Ajar ou les albums de Zorro
Des étagères pour les bibelots
Des vaches en bois aux chalets miniatures
Nous deux au bord de la mer
Sur des pots en étain et des plinthes
Lavande à la queue d'âne
Thermomètre et thermostat d'ambiance
La maison Delafon a des vasques
Sans dérèglement possible
Dans la cuisine américaine
Sur des tabourets sobres
Au juste design d'une couette africaine
Des coussins lisent une phrase de Ben
Toi et moi sur le pont 9
Comme deux tables de chevet
Lampes pigeon véritables
Porte-revues de la vie du rail
Le film du lundi
Toujours l'ADN des années 70
Cerveau des grèves
Avenir du socialisme
Le réchauffement climatique du slam
Comme un pudding sur une langue de chat
Boîtes de conserve en guerre
Contre les kilos de sucre et de farine
Tire-bouchon et salière pour les pauvres
La sale histoire plus en dessous
Dans l'épaisseur des images
D'on ne sait où
Écrit par : gmc | mercredi, 15 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@gmc
Diamant à l'intérieur des objets
Des maisons, des autos s'empalent
Sur des skis froids à Val D'isère
Un coin contre le nucléaire
Monté en kit par Ajar ou Zorro
Tout un monde d'albums et de livres
Des plinthes en bois, des chalets
Au bord de la mer pour nous deux
Des vaches miniatures des bibelots
Des pots à étagères ...
Des thermomètres à la lavande
Dans l'ambiance des vasques Delafon
Une queue d'âne sans déréglement
Tout est possible...
Ben lit juste une phrase africaine
Dans la cuisine au design sobre
Sur une couette américaine
des tabourets, et des coussins
Porte-pigeon, la vie des tables
Au chevet de toi et moi
Un rail de la vie : le pont 9
Et la lampe pour nos deux revues
Cerveau du socialisme
L'avenir des années 70
L'ADN est un film
Sur les grèves, toujours...
Le slam comme la farine du pudding
Sur des kilos de boite de conserve
Une langue climatique en guerre
Contre le réchauffement du chat
Dans l'épaisseur de la salière
Plus en dessous, des images de tire bouchon
La sale histoire des pauvres
On ne sait où ...
Écrit par : By Fars | mercredi, 15 décembre 2010
@Nauher : Quelle référence ! j'avais oublié, "Les choses", je l'ai lu il y a si longtemps, mon premier Perec, un livre "décisif" autant que "renversant" (pour moi) qui est toujours à mon chevet, tel un "indispensable" et paradoxalement je ne l'ai jamais relu depuis la fin de l'adolescence, votre intervention m'invite à me replonger dans ses premières pages, (mêmes toutes) parce je ne me souviens plus exactement de -comment s'achemine- le début "des choses", comme quoi je ne l'ai pas fait exprès sachant aussi que lorsqu'on écrit, on ne sait jamais trop où va se nicher l'inconscient:) Avec Perec c'est comme s'il me revenait plutôt un souvenir d'images, ou de film, ou quelques éclats d'objets perdant peu à peu leur valeur au fond d'une boutique obscure (d'antiquités) ... J'aime beaucoup comment vous exprimez cela "Quand la potentialité prend un goût de décomposition", c'est ça ! juste ça. En peu de mots, on ne pourrait le dire plus précisément, j'apprécie beaucoup, merci Nauher .
Écrit par : Frasby | mercredi, 15 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@gmc : C'est bien chouette ! le vrai blog est sous le billet, vous réalisez un de mes rêves. Ben serait assez heureux de lire ça assis sur vos coussins et le pont 9 quel vertige !
Écrit par : Frasby | mercredi, 15 décembre 2010
Répondre à ce commentairehttp://www.youtube.com/watch?v=DnIfGLbXgXc
Écrit par : gmc | mercredi, 15 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@gmc :
http://www.youtube.com/watch?v=r9PHdhpqgrc
Écrit par : Frasby | mercredi, 15 décembre 2010
Répondre à ce commentairehttp://www.youtube.com/watch?v=D39Lm_HRfOs
Écrit par : gmc | mercredi, 15 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@gmc :
http://www.youtube.com/watch?v=OET8SVAGELA&feature=related
Écrit par : Frasby | jeudi, 16 décembre 2010
Répondre à ce commentairehttp://www.youtube.com/watch?v=znlFu_lemsU
Écrit par : gmc | jeudi, 16 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@gmc : (oui bon vous me la concéderez fastoche :))
http://www.youtube.com/watch?v=je5aTUS8DhU&feature=related
Écrit par : Frasby | jeudi, 16 décembre 2010
Répondre à ce commentairehttp://www.youtube.com/watch?v=5kFzmcimwhI
Écrit par : gmc | jeudi, 16 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@gmc : (Etes vous devenu fou, gmc ? :)
http://www.youtube.com/watch?v=vZ32rTzmVXM&feature=fvst
Écrit par : Frasby | jeudi, 16 décembre 2010
Répondre à ce commentaireau moins, ça a le mérite de la surprise^^
(j'aime beaucoup le refrain^^, même si c'est globalement de la daube, ya un truc énergétique sympa dans le refrain)
http://www.youtube.com/watch?v=Kfq9U2tWWGo
Écrit par : gmc | jeudi, 16 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@gmc : Je sais bien que vous n'êtes pas fou et pour la surprise ça c'est de la surprise ! "energétique" ? Euh... C'est terrible comme mot ! ça me fait penser à ... Non , à rien. Je vous passe un truc que je trouve energétique mais sur un tempo très lent :)
http://www.youtube.com/watch?v=vDTI8nlRVHg&feature=related
Écrit par : Frasby | jeudi, 16 décembre 2010
Répondre à ce commentaireen forme
Écrit par : en formes | vendredi, 17 décembre 2010
Répondre à ce commentaire@En formes :En uniformes !
Écrit par : Frasby | vendredi, 17 décembre 2010
Répondre à ce commentaireObjets inanimés, avez-vous donc une âme ?
Non m’sieur, mieux que ça : nous sommes présence, nous sommes réalité, nous sommes tangibles et à portée de main, pour celui qui veut bien prêtez ATTENTION. La table de chevet : il faut s’arrêter un instant pour la regarder, contempler la matière, les nervures du bois, la poussière qui s’est déposée par endroit. Ca est. Il n’y a ni dedans, ni dehors. Notre seul bien est le temps présent. Mais le lien homme-nature restera-t-il possible même dans les conditions les plus artificielles ?
Écrit par : Chris | mardi, 21 juin 2011
Répondre à ce commentaire@Chris : J'apprécie les textes en forme de questions qui ne nous laisseront pas assez de points de vie pour aller vérifier la solidité de notre réponse quelque soit l'espoir ou le désespoir qu'il faudrait énoncer avant que tout soit décidé irrémédiablement sans notre approbation, merci pour la note myope (c'est un compliment)qui nous rapprocherait des petits détails, Vinci des siècles avant Duchamp énonçait qu'il faudrait non seulement observer la poussière de très près mais en faire l'élevage... Je ne peux que partager vos arrêts sur image (ou sur matière..) et vos appréciations vont dans un sens, présent, (in progress) auquel je m'accorde, non sans quelques craintes, n'a ton pas déjà des tonnes de grains plus ou moins frelatés, à moudre ... ? Hélas...
Écrit par : frasby | mardi, 21 juin 2011
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