mardi, 24 mai 2011
Vague portrait du poète à l’heure de l'apéro
On se souvient d'une trace en forme de boule [...]
CHARLES PENNEQUIN : extr. "Dedans", édtions "Al Dante", 2000.
La poésie est mon obstacle. Je le bois je le suce, je marche sur le corps d'un ogre à cheveux blancs, je me grise à l'index aigre doux de sa lyre, je vends au plus offrant le papier cumulable, un tas de papiers qui poussent à bouchonner mes caves, elles se rebiffent pourtant, et les oracles, ô poète ! obnubilent la distance qu'il me faut pour découvrir cette ouverture qui sépare le pot aux roses du poteau noir. La poésie au contact du vide, du moins s'y croit-elle, que croit-elle ? Voudrait-elle éclairer la nuit avec ses murs qui grattent les plumes, devant nous, ordinaires, pas assez jamais non, jamais tout, ni dehors ni dedans. Nous voulons tant et tout. Nous tremblons, et tournons autour du pot dans les chambres et ça fait des histoires pour rien. Qui fonce ? Qui c'est qui va rentrer dans le lard du pot, dénoncer les machins ? Il est temps qu'on dénonce tous les machins. Et ce monde, avec les fronces, ça nous ruine, ça encombre, ça fait de l'ombre sous l'oeil du monstre, on voudrait fabriquer une sorte d'hyper machin sans chichis et sans fronce anti-tout allant contre, un logo pour le double qui viendrait à l'envers, puis rirait, enseignant les vers...
Des chevaliers à la fourrure criblée d'ocelles, traversent les murs, portent le suc du vocabulaire, oeuvrant dur pour sa tombe, et puis celle sombre et douce du poète, qu'il est beau le vocabulaire, et son poète si doux qui sombre et se roule dans son épitaphe rédigée à l'avance, - "quand je ne serai plus" (ô malheur !) "...qu'on me lise toujours, je suis si rien, si nul, mais je veux qu'on me regrette !". On loue déjà son souvenir, qui dresse un champ de blé sur sa tête en épis de poète, sa houpette oulipante pipe les dés à la dame au cornet de glace au gré de ses humeurs, ça glisse sur la pente savonneuse et ça vante, l'épi phénoménal.
Triche-moi, ô poète, employé minutieux à la merci des formes ou de l'informe ouvrant l'enclos des vaches bisexuelles, qui regardent passer les trains, et les grosses dames fécondes, ô trépas que j'exhibe ! on tremblera à voir souffrir cette âme remplie d'erreurs et de terreurs, tu parles Charles ! moi j'ai peur, j'ai peur oui, de voir peser le sens et que les noms insensés à l'index, m'étouffent. S'il fallait que je susse, que j'eus su, que j'encense le temps qui te pare et te hante, à l'aise Blaise ! moi aussi je suis au coeur du monde, dans la toumente, je le crie et j'écris les caresses la tendresse, ça sera bientôt fini tout ça, oui, fini bien fini ! comme Capri, comme le reste.
C'est pour toi, ô poète, qu'hier encore, je marchais sur la mer en robe blanche, t'en souviens tu ? Toi et moi, nous arrachions l'écume aux vagues de l'océan et par goût du malheur retournions gris ensemble trotter dans les alcôves, noir c'est noir, blanc c'est blanc. L'autre elle faisait le pied de grue avec toi dans une barque dessinée au point de bic, sur un lac impassible survolé de gri-gris échappé d'un corsage, nous ramions en mangeant des savanes de Brossard, (poète étrange du XXem siècle), qui étoila nos pages de miettes et nos draps du désir banal de revenir à l'essentiel, dans le noir de la nuit après la cigarette, après l'amour où le reste taraude, le soupir du poète retournait en tous sens les choses obligatoires, menées par des voix graves - "alors, heureuse ? - "pas mal, pas mal !".
Tout est bien, finit bien. Pour sûr Arthur ! un instant, comme tout le monde comme le vent, la rivière, la beauté du bleu des piscines. Toi et moi, dans le vent noir de Mai. T'en souviens-tu ? Et l'autre, pâmée au milieu de sa roseraie tartinait des pétales, à la gloire de la Cherry Rose, d'Eddy Mercks et de Bernadette, à l'heure d'une clairette de Die, dans les bars, pas très loin d'une bonbonnière qui compte 365 fenêtres, une pour chaque jour, une pour chaque lutte, 365 histoires à la noix à 365 000 dollars l'heure, ah zut ! c'est pas donné, mais ça paie les dessous, juste en bas de la chaufferette au coeur du monde, où la bavette filandreuse pommes sautées flambe dans le pastis 51. Chauffe Marcel ! toi et moi sur les chaises à trois pieds du bistro de "La boule des rigolards" au jardin pop, près des gargoulettes fraîches au sommet de la rue Terme, à l'heure de l'apéro, entre les vieux qui crachent leurs mégots en mélangeant les cartes, on aimerait la vie simple et peut-être même, qu'on s'offrirait des cacahuètes.
(A SUIVRE) ...
Photo : L'art du mix (explosif ou non), autrement dit lecteur chéri : "Les affiches se fichent de toi", celle-ci a été photographiée rue de la Ré à Lyon, pas loin d'un abribus (qui n'est pas un arbre, ni un cornet à glace, quoique...).
© Frb 2011.
12:27 Publié dans Affiches, panneaux, vitrines, Art contemporain sauvage, Arts visuels, Balades, De la musique avant toute chose, De visu, Impromptus, Le nouveau Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vague portrait du poète à l'heure de l'apéro, remix, fantaisie, poésie, boules, ne pas exister, exister, charles pennequin, dedans dehors, paronomases, blaise cendrars, bistro, désaltération, tout venant, affiches, miroir, balade, rue, lyon, art |
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Commentaires
RAAAH ! crise de jalousie !
"vague portrait du poète à l'heure de l'apéro3
comment n'y ai je pas pensé ?
j'avais déjà sous le coude (levé , évidemment, puisqu'écrits)
portrait du poète en "tombeur" avec la nuit
portrait du poète en sibylle aphasique
portrait du poète en métaphysicien bègue
portrait du poète en pilier de petite sagesse
portrait du poète en porteur d'eau (pour une fois)
portrait du poète en faux tricheur chanceux
et quelques autres
mais "vague portrait du poète à l'heure de l'apéro" !!!
aaaaah ! envie de suicide de ne pas y avoir pensé
Écrit par : hozan kebo | samedi, 28 mai 2011
Répondre à ce commentaire@hozan Kebo : Je cite : "Le coude levé evidemment puisque qu'écrits" euh... C'est l'argument officiel, je suppose ? :),
Vous savez que j'entame des portraits du poète ? bicauz figurez vous, que ce texte interminable, je l'ai coupé en petits morceaux, les billets sont trop longs alors j'ai envie de faire des feuilletons ainsi mon portrait du poète en morceaux sera décliné, au fil de certains jours, je suppose, je ne sais si ce sera à la suite ou dans longtemps, pour l'instant je découpe mon poète en petits morceaux, j'avoue même que c'est un plaisir :)
c'est bizarre, n'est ce pas ces croisements thématiques ? Mais je ne piquerai pas vos titres, ils sont très beaux, le premier m'intrigue et m'inspire une question; est ce que, par exemple le
portrait du tombeur en poète au milieu de la nuit ça
marcherait aussi ? Bravo, pour le poète en sybille aphasique, en porteur d'eau, je doute que ce soit pour lui une situation disons "stable". Bon, des envies de suicide, ah ça non ! déconnez pas Hozan, faites nous plutôt un "portrait en pied de poète au coude levé", un "portrait de poète jaloux rageant dans la passifloraie", Un" portrait de poète, suicidé cinq minutes dans un ballon de rasteau puis ressucité à la vue d'un pot de confiture de mûrons" je ne sais pas moi; faites quelque chose... ! :)
Écrit par : frasby | samedi, 28 mai 2011
Répondre à ce commentaireque dites vous du portrait du poète qui place les objets du monde dans une position insolite, qui compromet la réalité, la prend en défaut, l'inonde de lumière à l'improviste et l'oblige à dire ce qu'elle cache ?c'est un grand qui a dit cela et ça me plait beaucoup ...
Écrit par : catherine L | lundi, 30 mai 2011
Répondre à ce commentaire@catherine L : merci ! ça me plait aussi beaucoup, je ne peux rien dire je suis muette d'admiration, Peut être que c'est un grand "voyant" ? (= "Clic clic" ?)
Oui, mais qui ?...
Écrit par : frasby | lundi, 30 mai 2011
Répondre à ce commentairec'est Jean Cocteau !!!!
Écrit par : catherine L | lundi, 30 mai 2011
Répondre à ce commentairecatherine L : Formidable ! (entre nous, je pensais à Man Ray, ou à tout autre surréaliste, de ces "pionniers" qui touchaient aux images) mais maintenant que vous nous révélez Cocteau, c'est évident, encore merci !
Écrit par : frasby | lundi, 30 mai 2011
Répondre à ce commentaireExcusez-moi de vous déranger à l'heure de l'apéro mais ce texte est trop ! Vous avez eu raison de le découper parce que rien qu'avec cette première partie, on pourrait nourrir un blog entier pendant un an (même s'il n'est probablement pas très raisonnable de lui donner à manger des vaches bisexuelles, des hervé vilard et des savanes de Brossard. C'est typiquement le genre de régime qui doit te fait tourner autour du pot dans les chambres).
Écrit par : Fernand Chocapic | lundi, 30 mai 2011
Répondre à ce commentaire@Fernand Chocapic : pas de souci cher Fernand trop heureuse d'accueillir un authentique de la dynastie Chocapic (j'aime ce nom, un grand nom) précisément à l'heure de l'apéro, vous êtes le bienvenu, et donc... Trop ? Ce texte ? Avec le mARTini Rosato qui fait de la brume sur la ville sèche, j'avoue que j'ai perdu tout recul, je ne suis plus en mesure d'émettre la moindre opinion disons "constructive", pas même une phrase intelligible sur tous les machins, les gribouillons et tutti (vous savez ce que c'est quand on met le doigt dans un paquet de cacahuètes, la question du pot devient superfétatoire ...) A la limite j'arrive encore à me lever de ma chaise longue de temps en temps pour chasser l'Hervé Villard à coup d'escarpins en paille (Capri faut pas exagérer, trop c'est trop! ) quant aux vaches bisexuelles et aux savanes de Brossard , c'est sûr que si on nourrit le blog avec "que" ça, c'est nous qu'on se fera manger par le blog au final, c'est pas que je sois contre les vaches bisexuelles, mais only à la Dubuffet et puis peut être que cette ronde dans les chambres, ça serait le succès de l'été ? "Danse autour du pot", tout l'été, dans les chambres... Non, c'est pas raisonnable.
Écrit par : frasby | mardi, 31 mai 2011
Répondre à ce commentaireArg ! "Portrait du Poète en morceaux", cha me va. Che lirai fidèlement chaque morcheau du Poète en morceaux :)
Écrit par : Michèle | mardi, 31 mai 2011
Répondre à ce commentaire@Michèle : Cha vous va ? Merchi, ch'est fantachtique. Il faudrait... (je dis cha comme cha) que je vous prégente mon dentichte, (pouaite avec des vrais morcheaux de roulette) vous chavez bien, qu il n'y a pas que les poètes qui chons des pouaites, quoiqu'on en dige, quoiqu'on en penche, (che chont les poètes qui croillent qu'ils chont les cheuls à poéticher mais ché faux, il y a des poètes en morcheaux de poire, en morcheaux de fromages, en morcheaux de mugique, des pouaites en mille morcheaux, partout, cachés dans des coins, la vérité ch'est cha et rien d'autre, les morcheaux de pouêts chont partout chur la terre comme au chiel, mais cheux qui chont les poètes offichiels ne veulent pas leur laicher la plache mais (je vous l'annonche ch'est un chcoop), un jour, les poètes en morcheaux che choulèveront le poète en morcheaux chera le genre humain ou ne chera pas...
Écrit par : frasby | mardi, 31 mai 2011
Répondre à ce commentairejador
vrai
man
Écrit par : jydor | mardi, 31 mai 2011
Répondre à ce commentaire@Jydor,
je me dore
à vos mini
formes
merci :)
Écrit par : frasby | mardi, 31 mai 2011
Répondre à ce commentairec'est jamais facile de capter l'attention d'un poëte surtout quand on l'admire, déjà del'approcher c'est pas évident; autant essayer de reveiller un mort! Il semble que tu réusssisse puisqu'il va y avoir une suite
Écrit par : alex | mercredi, 01 juin 2011
Répondre à ce commentaire@Alex : L'attention du poète ? (Oh my god ! :) l'attention du poète, (honni soit qui s'y fie ! :) est un petit peu comme l'eau qui dort, (pouf pouf). Je crache dans la soupe, c'est bien commode mais c'est pour rire (ça va pas trop m'avantager mais bon, je m'en fous, écrire m'amuse je suis pas d'origine écrivaine, les cénacles même s'ils comptent des poètes remarquable (certes certes) je n'arrive pas à les suivre ou à croire que tout cela ne soit pas une plaisanterie, quoiqu'on dise), les cortèges; florilèges et tutti, je trouve ça tuant à force (c'est subjectif je sais, j'ai tort...) Le poète est-il où l'on croit ? (où l'on croît ?), c'est la question, je n'ai pas de réponse, le socle du pouêt est une masse qui me plonge dans un grand désarroi, on s'y râpe les doigts, "autant essayer de réveiller un mort" comme tu dis, oui ! c'est très vrai, mais ce n'est sûrement pas mon but. Pour les causes honorables, je suis assez flemmarde. Une suite ? oui, elle peut être interminable, pour l'instant, je découpe en morceaux mon pouêt, (comme on fait pour le poulet basquaise (:-O!) c'est une patiente déconstruction, une petite cuisine cannibale :) suite fumeuse, enfumée contre les poètes, pour et tout contre le corps voluptueux de la poésie (et du poète ? Il doit bien y'en avoir un ou deux qui ont des corps volupteux:)... ô ardeurs printanières ! avec toi Alex, (debout les morts !) je te souhaite un joyeux mercredi ; (y'a pas école aujourd'hui, profitons en ! :)
Écrit par : frasby | mercredi, 01 juin 2011
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