mercredi, 04 janvier 2012

Dix petits tableaux (II)

Deuxième tableau :  des mots pour le dire

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Il faut dire que Madame Chausson, ne vient jamais les mains vides, la revoilà, devant nous avec un bouquet confortable elle a dit -"c'est de la monnaie du pape ça tient bien". Un bouquet sec comme les moissons, qui traversent les saisons, l'herbe aux écus, lunaire, comme le visage de son époux qui la suit sans rien dire, avec ses yeux qui tombent, on dirait un toutou, elle le dit devant le monde -"mon Maurice, c'est un bon gros toutou, hein Maurice !". Nous on  rit, tout le monde rit. Maurice Chausson il rit un peu. Il prend un air penaud et il rit sans rien dire. Au fond, il ne sait pas trop ce que c'est que de rire. A-t-on déjà vu un bon gros toutou rire ? Mais sur les bêtes on sait pas tout. Madame Chausson  tend son bouquet c'est un plaisir d'offrir. Nous, joyeux de recevoir, on s'intéresse, -"C'est de la monnaie qui vit dans l'eau ?" Madame Chausson s'indigne, dit qu'il n'y a pas besoin d'eau pour la monnaie du pape, on la met comme ça dans un vase, bien au sec, et ça tient toute l'année, dix ans, vingt ans. Toute la vie si on veut. J'ai rangé mon petit arrosoir. Surtout pas d'eau. Va savoir de quelle eau on parle. Elle a dit -"Faut pas d'eau et c'est tout". On irait pas se fâcher pour des monnaies du pape. On a demandé -"Qu'est ce qu'il faut qu'on vous souhaite ?". Madame Chausson le prend de haut, le timbre est sec, -"Mais rien ! On voudrait vivre un peu tranquille et garder la santé, parce que quand on ne l'a plus"... Nous on a répondu que la santé était une richesse. -"Ah oui ! oui ! oui ! c'est jamais trop de le redire !". On le redit chaque année, on part de nos principes, on rajoute tout ce qu'on a constaté les années précédentes, dire et redire ça chassera les supersititions. On le sait d'expérience que tout servira de leçon, et que la vie est brève, tant que l'eau coule sous les ponts... -"Non, pas l'eau ! surtout pas l'eau, ça porte malheur ! a rajouté Madame Chausson en remuant ses bras mous dans l'air, si affolée si apeurée qu'on aurait dit qu'elle se noyait. On a changé de sujet. On a compté ceux qui avaient passé l'année dernière à l'hôpital. On a pleuré sur la pauvre Melle Chanterelle qu'est pas revenue, elle a fermé les yeux juste la veillée de Noël, Madame Chausson a cru bon d'ajouter -"Elle est morte à minuit, à l'instant où est né le Jésus". Au fond y'a une justice. Immanente, on a dit. Madame Chausson y voit un signe du Seigneur. -"Pour certains la vie est mal faite, mais la mort est pas mal fichue", nous on a répondu -"Ca fera surtout une triste affaire pour ceux qui restent." C'est à peu près tout ce qu'on s'est dit. On a mis du porto sur la table à roulettes, on l'a poussée jusqu'au balcon avec quatre petits verres, on a trinqué. L'apéritif sous le soleil, ça restera un souvenir.

 


podcast

 

Musique : Atlantic Dance Orchestra : "If winter comes", c'est un foxtrot (avec refrain), et craquements de chez crack enregistré sur cylindre entre 1920 et 1930, sorti chez Edison Records ce qui ne nous rajeunit pas

Photo : Ceci n'est pas une bulle pontificale. Mais dans la boule à neige, chacun ses voeux, chacun sa bulle a dit Pirandello, celle-ci photographiée du côté de la presqu'île à Lyon,  le père-Noël y sera enfermé à double tour jusqu'à l'année prochaine, exposé en vitrine jusqu'à ce que la galette désigne les rois et reines et après, c'est fini,  on pourra s'en faire un chapeau virtuel sympathique desfois que l'hiver serait estival, ce qui semble le cas, hélas ! hélas ! y'a plus de saisons, ah ! Mâme Chausson, tout est vilain !!!  vilain  partout ! sauf dans les bulles, un pays sans pépins (merci Vermot).

© Frasby 2012

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Commentaires

Diantre, vous redoublez d'ambition avec cette pièce en dix tableaux ! Moi je ne me casse pas la tête et je commence directement par le deuxième parce que d'une part, connaissant l'auteur, c'est peut-être la bonne manière de procéder mais aussi parce que le premier tableau, c'est souvent bourré de descriptions sur les lieux et les personnages. Et les personnages je les connais ! En tout cas, Madame Chausson je la connais. J'ai déjà pu admirer sa collection de casseroles en cuivre et le porto sur la table à roulettes, eh bien ça me dit quelque chose. J'ai vécu un an à Toulouse et tous les mois, j'allais payer mon loyer à ma propriétaire (Madame Chausson donc) qui en retour me payait le porto sur une petite table à roulettes. Je rédigeais mon chèque toujours assis à la même place devant la collection de casseroles en cuivre. Des souvenirs comme ça, ça ne s'achète pas !

Écrit par : Fernand Chocapic | samedi, 07 janvier 2012

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@Fernand Chocapic : Vous avez raison de commencer par le deuxième tableau car je n'ai pour ambition que 2 souhaits concernant ce projet pharaonique: 10 tableaux, donc c'est qu'ils puissent - 1/ se lire dans le désordre, conformément à votre intuition et celle de Frédérique M, (voir commentaire tableau 1 + module sonore du billet 1), la trame des 10 tableaux restera libre tout comme le lecteur qui choisira l'ordre à son gré tout cela n'est pas important et ne m'appartient pas, juste une phrase, (tableau I), second voeu ambitieux 2 / "Ne lâche pas le fil" servira de leitmotiv à quelques règles du récit assez peu respectées du point de vue de la loi :) En parlant de loi puisqu'il existe des cerbères légiférant à présent sur nos intentions y soupçonnant des maux qui ne s'y trouvent pas, hélas vous le savez, nos initiatives ayant moult fois été épinglées, nos jeux confondus avec des projections. Vous comprendrez que pour une fois, juste une fois je répondrai à ces malfaisances pour l'honneur de Madame Chausson, car il me peinerait qu'on la mêle à tout ça, vous décrivez et moi aussi avec affection, ces souvenirs qui ne s'achètent pas,
vous avez raison, souvenirs assez proches il me semble. Ma dame Chausson est morte à 99 ans, c'était ma voisine de palier, une merveille, tout prétexte était bon pour nous faire goûter son porto, qu'elle descendait + vite que nous, elle n'aimait pas les vieux, elle avait du vocabulaire pour le dire et elle trainait sa table à roulette sur un mini balcon, avec des verres fragiles offrant de bon coeur, ne voulait pas qu'on l'aide, les verres branligotaient durant le trajet à chaque fois on tremblait, un souvenir sympathique comme les tintinnabulations de cette table roulante, que j'entendais, de ma chambrette et j'imagine avec tendresse votre Madame Chausson dans ses casseroles en cuivre, et même qu'on vous visualise presque avec votre petit chéquier à côté de votre verre de porto... Merci pour le petit film et mes bons voeux Fernand, pour vous vous et vos mondes poétiques...
"2012 sera l'année chocapiquante ou ne sera pas" a dit André Chausson qui a lu ça dans les nuages.

Écrit par : frasby | dimanche, 08 janvier 2012

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