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Feu ! Chatterton : "Ici Le Jour" (a tout enseveli)

Feu ! Chatterton : "Ici Le Jour" (a tout enseveli)

Artiste : Feu ! Chatterton :

Année : 2015

FEU! CHATTERTON (en hommage au poète Thomas Chatterton, génie non reconnu qui s'est suicidé à 17 ans pour éviter de mourir de faim), c'est d'abord une voix, un flow, un texte. Littéraire, travaillé, habité par un souffle personnel, singulier, Arthur Teboul (chanteur et parolier) ne peut laisser indifférent. Et encore moins quand on a eu la chance de le voir en live. La découverte des 12 pistes (l'album suit un EP de 2014 qui a fait du boucan grâce au single "La Malinche") a été une grosse baffe. Ce que l'on pressentait sur le EP se confirme: c'est tout le groupe qui est exceptionnel. Un album aussi bien dansant que poignant, des morceaux qui savent changer de rythme sans casser l'énergie mystique qu'ils ont créée, des textes forts. Pour illustrer leur travail, on peut prendre "Côte Concorde": le guitariste fait pleuvoir un voile de notes qui habille la narration habitée de Teboul. Un tableau gigantesque et terrifiant se crée sous nos oreilles, et toute la tragédie du "Costa Concordia» s'imprime sur nos tympans avec un lyrisme jamais déplacé, au jeu très envoutant. La poésie est au coeur de ce petit chef d'oeuvre, et sa musique est d'une justesse désarmante. Ces musiciens fins et complémentaires (allez les voir en concert!) sont rock, jusqu'au bout des ongles. L'energie de "Fou A Lier" et son refrain obsédant "Ophélie", "La Malinche», incontournable, une irrésistible prose d’écrivain-voyageur ou encore "Boeing» - rock nerveux, ironique, pour moiteur du dancefloor -ces pistes montrent à quel point le groupe maîtrise son sujet comme rare groupe en France. Les sons de guitare, de claviers (le fantastique et saisissant "La Mort dans la Pinède"), ou de batterie ("Le Pont Marie") sont témoins d'un travail d'architectes sonores qui laisse pantois. Cet album, dans un pays de variétoche, de rap, slam voir R&B suintant l’ennui ou la copie conforme au vide auto-tuné, est une sorte de miracle. On pourra toujours convoquer BREL, NOIR DESIR BASHUNG etc… mais le FEU! CHATTERTON serait plutôt ailleurs avec une couleur, déjà reconnaissable. Promesses d’une première oeuvre… On ne sait si la suite retiendra ce groupe entre une profusion, mais l’album «ici le jour» aura marqué son temps, au passage délicat et par dessus les vogues, évitant les écueils des bastringueries fastoches, des souchoneries des pops,sous Ferré sous Manset, sous Murat pour Monop. Les djeuns, assez dandys du groupe, Feu ! Chatterton sont en dehors de ça, sans bouder les bonnes influences qui se sont déployées de Led Zep à Radiohead en passant par Neil Young (Harvest) Pink Floyd (période à Pompeï) jusqu’aux sons et sens raffinés de Gainsbourg et Vannier (Melody Nelson), Talking Heads, Joy Division, Bowie, Chet Baker, ou Léo Ferré et jusqu’à Aphex Twin. Le chanteur n’est pas musicien au départ, il demeure le parolier du groupe tôt nourri par Balzac, Vigny, Baudelaire ou Aragon mais aussi Bolaño ou Fante, l’expérience poétique au départ pourrait même s’inscrire dans la frange des groupes à texte, (le « spoken word ), un brin juvénile, il est vrai libertaire romantique. Ils ont été bardés d'une «étiquette bobo un peu snobs» ou «dandys littéraires» dont ils n’ont rien à faire. c’est le lot à chaque fois qu’un groupe rock écrit en français des textes fins, pas crétins. Peu importe. Sur scène, vrai, qu’ils sont beaux élégants, fine moustache, gominés mais foin des étiquettes, la voix est chaude, le sourire large, les concerts flamboyants, l’univers théâtral du groupe assez construit, pour permettre quelque suite. Flambée ou beau début pour une carrière qui s’annonce plutôt bien ? On ne peut pas deviner. Comme ces groupes qu'un succès fragilise et met au défi de ne pas décevoir la critique, ça s'est vu s’engoncerait à fond dans une image qui le rendrait moins libre voir caricatural, ou perdrait en fougue et en rage, Feu Chatterton, c'est vrai, pourrait flamber très vite, autant que se refaire en multiples éclats, et formes imprévisibles, pour l’instant on perçoit cette belle fragilité autant que des bases musicales, littéraires bien trempées et solides… Pour l’instant, l’oeuvre est là, profitons de cette grâce, "Ici, le jour» mélancolique, inspiré ou joyeux, filant comme une comète dans un ciel encombré. La lumière se fait rare. Sans calcul, bonne jeunesse, s’y colle sans tortiller : (sic, le bon roi Arthur) :

"Si les gens n’aiment pas cet album, tant pis, au moins on y aura mis tout ce qu’on avait." Ben voilà.

Source inspirée par Nightfall

http://fp.nightfall.fr/index_9601_feu-chatterton-ici-le-jour-a-tout-enseveli-.html

Pour écouter l'extrait, passez la pub, et c'est ICI

Publié dans Electrophone | Lien permanent