23 octobre 2009
Le détraquage
Quatre heures. Le voyage dura quatre heures. Pour un trajet de 90 km. Dans la chenille bleue amidonnée, un panneau devenu fou déroulait le projet d'un itinéraire à rebours. Nous étions censés venir d'Orléans, et à destination de Lyon. Je venais de quitter Lyon pour un train à destination d'Orléans. Le panneau m'assurait que non. Une certitude tournait en boucle. Et j'en doutais. Deux mois.
Cela faisait deux mois que j'attendais de partir. Deux mois que je voyais courir les arbres au dessus de l'enseigne "Le canut sans cervelle", et que je trébuchais sur la caillasse de ces rues en travaux, esquivant les nouveautés, les créateurs, ces vernissages... (non pas que je sois contre, loin s'en faut ! mais là, c'était trop). La rentrée dans tous ses états. Le pire étant encore dans nos villes ce qu'on appelle : "animations". Lasse des têtes et des rubans, épuisée par ces fugues molles toutes identiques, (la mienne aussi), j'attendais le moment où je pourrais durant des heures, parler avec mon âne en croisées de chemins. Combien ?
Il y avait un nombre incalculable de wagons dans cette chenille. Combien exactement ? Je ne saurais dire, de ma vie je n'ai vu un train aussi long. J'étais seule dans le wagon. Le contrôleur, je ne sais pourquoi, me dit qu'il y avait une autre fille à l'autre bout de la chenille. Je songeais que bientôt les forains replieraient la vieille vogue. Il m'a parlé juste pour me dire ça. Deux.
Nous étions deux dans ce grand train. Ca ressemblait à l'énoncé d'un cauchemar mathématique."Deux et deux seulement". C'était un TER avec des sièges comme au salon de coiffure, en velours imitation velours, (c'est très nouveau), et des tablettes couleur perce-neige, rabattues, (rebattues ?) sur le dos du fauteuil d'en face, un long couloir gris, et plus haut des diodes électroluminescentes oranges déroulaient le nom de toutes les gares qui marqueraient l'arrêt entre Orléans et Lyon. Sur le côté, des bribes de civilisation, ponts de ferraille, tags incompréhensibles, établissements portant à bout de charpente, la "domotique", les bureaux de marketing, puis un retour brusque aux néons augurait entre des grillages, la rébellion des végétaux qui claquaient sur la vitre maculée de caques d'oiseaux. On entrait victorieux en gare de Lozanne, (20km au nord ouest de Lyon du nom de "Hosanna" jour de correspondances et de Rameaux). Un quart d'heure environ.
Le train roula presque normalement pendant un quart d'heure environ. Le moteur vibrait fort, ce barouf de graves nous prenait dans l'étau. J'avais ouvert un livre de Benjamin FONDANE, qui parlait de Baudelaire, d'une préface signée par Théophile Gautier. Un livre écrit tout en hongrois. Tandis que la loco attaquait les oreilles, le cerveau puis les yeux, et que les diodes oranges superposaient aux caractères des éditions Paris-Méditerranée, des figures cosmiques, univers fractals et les liasses de billets d'un Voltaire psychédélique virevoltaient simultanément sur mon crépusculaire reflet. Nul ne peut ignorer que FONDANE n'est pas un poète hongrois mais roumain, la traductrice s'était trompée ? J'eus un instant besoin de maudire Odile Serre, que j'aimais bien pourtant grâce à la poésie moldave. La mécanique flambait, acheminant la vie du rail qui bringueballait de gauche à droite son acousmatique laminée. Tout cela allait crescendo mais le train avançait. On avait ajouté à cette symphonie (non pas pour un homme seul, mais pour deux femmes dans un train), l'éclatante ligne de rouages percussifs, une diffusion en continu, un métronome broyé qui battait sous la peau mais le train avançait encore. Et je me réjouissais du temps qu'il me restait pour lire. Trois.
Tandis que je contestais violemment Odile Serre pour cette traduction hongroise inacceptable de FUNDOIANU (FONDANE), une confusion qui représentait à mon sens, une faute professionnelle très grave, doublée d'un irrespect envers les lecteurs et lectrices ; le train arriva à Lamure sur Azergues au bout d'une demi-heure comme prévu. Lamure sur Azergues, (anciennement, "La mure". Héraldique : "gueules au mur ruiné (la mure) d'argent, maçonné de sable, soutenu d'or et ouvert du champ, au chef aussi d'or chargé d'un lion issant aussi de sable, armé et lampassé aussi de gueules, surchargé d'un lambel de cinq pendants du même"). Lamure sur Azergues, deux minutes d'arrêt. La ville (petite) ouvrit ses quais à la chenille. Impromptu mécanique métamorphosé qui sait ? en papillon de nuit conçu par Vaucanson un soir d'ivresse. La bête s'émancipait. Nous nous désincarnions. Personne ne descendit, ni ne monta. Le contrôleur vint me le redire. D'un air tout à fait désolé. Il répéta trois fois "Vous êtes deux dans ce train" : Cette fille qui ne me voyait pas et moi qui n'avais pas la preuve de l'existence de cette fille, à peine de la mienne sinon dans le regard du contrôleur, lui même, intermittent, "effacé", comme on dit souvent. Nous étions trois, à peine. Dans un monde où tout compte à partir de mille. Une heure.
Nous passâmes du chant Russolien au silence de la montagne. Un râle spasmodique, juste. Et plus rien. Grâce à l'arrêt de ces moteurs, je parvins enfin à relire la préface de Monique Jutrin. "poétique du gouffre". Une mémoire pour Benjamin FONDANE, mes initiales inversées, je loue ce précurseur et poète au destin tragique qu'on ne m'apprit jamais à l'école, hélas ! nous y reviendrons, hors détraquage... "enadnof srev Unaiodnuf eD". Le hongrois d'Odile Serre prenait un élan charmillon. Le rétablissement d'un espace sonore plus adéquat à mon audiophilie maniaque, me rendait les points de concentration, de probité, nécessaires à la compréhension d'un livre en promenade, ce projet de nouveau possible, je reconstituai méthodiquement le bon sens du rectangle qui glissait sous mes doigts. Je me mis à aimer follement Odile Serre, pour sa traduction admirable du roumain au français de l'oeuvre de Benjamin FONDANE ("Images et livres de France") quand je m'aperçus que depuis une heure, raptée mentalement par le jeu arythmique du train, j'avais lu le livre à l'envers. Deux minutes.
J'avais donc repris le beau livre, rephasé à l'endroit son deuxième chapitre. J'attaquais doucement quelques notes d'introduction sur HUYSMANS, le catholique, où FONDANE évoquait le Christ peint par Matthias GRÜNEWALD du petit musée de Cassel. Au prélude de "Là bas", les diodes implacables lancinaient le désert, annonçaient implacables aussi, l'arrivée imminente au terminus de Lyon Perrache. Nous étions arrêtés en sens contraire à la campagne. Ma montre retardait de trois jours. Vingt minutes.
Le contrôleur signala que la machine était en panne, un des moteurs avait lâché. La nuit tombait sur la montagne. Il venait un courant glacé. On avait appelé d'urgence un technicien qui arriverait dans vingt minutes pour essayer de faire redémarrer ce train. Pour l'instant on préférait évaluer le temps en valeur indéterminée. Nulle part.
Nous étions au milieu de nulle part. Là bas entre les rails, un petit bonhomme courait. Le chef de gare, le contrôleur, deux voyageuses. Bientôt nous serions cinq. Nous grandirions. Le contrôleur allait venait. Son talkie walkie émettait un consolant grésil. Le contrôleur parlait en hurlant, à chaque fois le grésil répondait : "Ok d'accord ! d'accord ok !". Je m'entendis bêtement demander au controleur :"Pardon, m'sieur, mais qu'est ce qui se passe ? Où va-t-on maintenant ?". Il énonça clairement les faits. L'homme était très aimable, les choses bien expliquées. Mais elles semblaient se balancer comme la feuille de TINGUELY au bout d'un porte-clefs à quelques mètre de là, pendues à la ceinture du chef de gare... J'écoutais la réponse. Toute l'attention qu'on me portait, le contrôleur faisait tout ce qui était en son pouvoir. J'en fus émue aux larmes :
"On est en panne, on ne peut pas réparer, soit on essaye de repartir avec un moteur détraqué au risque de se retrouver coincé dans un tunnel, soit on reste là, et on attend. Qu'est ce que vous préférez ?"
Nota : Prochainement, un certain jour (?) ou jamais (?) la suite du voyage et puis un autre jour encore (?) plus certain (?) je reparlerai du poète, Benjamin FONDANE (traduit admirablement du roumain par Odile Serre et vivement conseillé par la maison)
Photo 1 : La nuit, ou presque. Quelques brésars d'automne qui bordent la vallée d'Azergues.
Photo 2 : Un extrait de forêt de pins dans la montagne, vus quelquepart entre le Bois d'Oingt et Poule les Echarmeaux. Je ne sais pas où exactement. Octobre 2009. © Frb.
03:10 Publié dans A tribute to, Chiffres,Lettres, Ciels, De visu, Impromptus, Mémoire collective, Objets sonores, Parlez vous Charmillon ?, Transports | Lien permanent | Commentaires (47) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : train, voyage, lire dans le train, le temps, bruits, brésars, ciels, nuit, attente, rêverie, digression, désordres, étrangetés
31 mai 2009
Un jour...
Une autre ...
Photo: La peine est bleue rue Pelletier sur le plateau de la Croix-Rousse à Lyon. Vue le dimanche 31 Mai 2009. © Frb.
06:00 Publié dans Art contemporain sauvage, Chiffres,Lettres, De visu, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : peine, graff, art contemporain sauvage, bleu, lettres, murs, croix-rousse, sentiment, humanité
22 mai 2009
Un billet sur la rue
Il y eût un jour un mot pour une rue :
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/08/20/la...
Voilà un billet sur la rue. Je ne saurais rien vous dire plus.
Photo: A Paray le Monial (ville très pieuse), on s'agenouille dans la rue Billet pour sanctifier la blogosphère qui aura désormais son lieu de pélerinage, (et la rue Billet, son billet). La rue Billet est située non loin de la rue Dame Dieu et tout près de la rue de la Visitation (où se trouve la célèbre Chapelle des apparitions de Ste Marguerite-Marie Alacoque). Vue en Avril 2009. © Frb
00:37 Publié dans Affiches,panneaux,vitrines, Chiffres,Lettres, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rue, rue billet, de visu, paray le monial, curiosité, province, promenade, mot, meta
15 avril 2009
Où que tu sois...

Volonté de puissance du mercredi.
Je fiche ce billet au Docteur SOULAGIEUX, où qu'il soit. Grand patron des "Maîtres du monde", et sauveur de l'humanité par alliance. (ophtamologue, omnipotent de métier) ayant échappé à l'emprise (et pour cause !). Puisse t-il me lire un jour...
http://soulagiologie.blogspot.com/
Très forte récompense à qui viendra dénoncer le Dr Soulagieux à C.J. Pour nous aider à le retrouver : Nous avons mis en ligne, dès aujourd'hui une chaîne de solidarité pour récolter des fonds d'une valeur de 50.000 francs (anciens) en petit coupures de 10 francs (Voltaires psychédéliques, seulement). Vous pouvez envoyer vos dons à "Certains Jours" ou téléphoner au Babylone 69 69 ou taper sur la touche étoile. Ou encore vous pouvez passer dans nos boutiques, dernier cri, de télésurveillance mobile (Pas moins de 45600 en région Rhône Alpes (et ce n'est qu'un début !!! ) ou demander Marie-Claude à l'accueil, qui vous recevra sur rendez vous, dans nos prestigieux locaux administratifs, à l'adresse suivante :
"Certains jours" "télésurveillance's boutiques 2000" : 1 rue centrale. bâtiment "La Conille" allée B2. 69 Lyon. Rhône.
Photo : Entre la rue Neyret et le jardin des plantes, il est un mur certainement ubique, avec un oeil caché énorme qui parle et qui sait tout... Le docteur SOULAGIEUX aura encore frappé, ou l' une de ses brebis, sans doute guidée télépathiquement (à son insu) par le professeur SOULAGIEUX, lui même. Vu à Lyon. Avril 2009. © Frb
04:25 Publié dans Art contemporain sauvage, Certains jours ..., Chiffres,Lettres, De visu, Le nouveau Monde, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : murs, omnipotence, paranoia, certains jours, mercredi, lyon, pentes, graff, big brother, contrôle, voir, ubiquité, dr soulagieux
12 avril 2009
Comme un dimanche (d'opaques)

Une belle apparition immobile et dorée, semble pourtant flotter dans l'un des deux bassins disposés en miroir, de la belle esplanade, place Lazare Goujon située entre l'hotel de ville et le TNP. Non loin du "jardin vertical" (avec ses pergolas agrémentées de plantes grimpantes, que l'on peut voir, en passant, de la rue Verlaine, on vous les montrera un jour, c'est presque une promesse). Vue à Villeurbanne. Comme un dimanche d'opâques (et d'Amour ?). Avril 2009. © Frb.
22:24 Publié dans Art contemporain sauvage, Arts visuels, Certains jours ..., Chiffres,Lettres, De visu, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : villeurbanne, bassins, de visu, art visuel certains jours, dimanche, place lazare goujon, flotter, pâques, opaque, eau, ballade, étrangeté, poésie
16 mars 2009
Comme un lundi (très galactique)
"Aujourd'hui notre Univers, contient pas moins de cent milliards de galaxies qui, elles-mêmes, comptent cent à deux cent milliards d'étoiles. Il faudrait plus de 1982 milliards de vies humaines pour les énumérer toutes, à raison d'une demi seconde par étoile et une espérance de vie de 80 ans !"
Source: Michel WALTER d'après un article lu sur le site de l'association "Terre sacrée"

Evidemment à cette échelle, on perd le nord.
80 années
29200 jours
700800 heures
42048000 minutes
2522880000 secondes
5045760000 étoiles comptées dans une vie
(2 étoiles/seconde) soit 5 milliards
5,05E+09
100E+9 100 milliards d'étoiles dans 1 galaxie
100E+9 100 milliards de galaxies
10000E+18 étoiles
1982E+9 SOIT 1982 milliards de "vie" nécessaire
Comme le calcul est tout de même assez compliqué à envisager. Je vous propose de vous exercer à compter les cailloux, à raison d'1/2 seconde par caillou, et par personne. Je vous souhaite bon courage et quand tout le monde sera prêt, on montera tous ensemble faire un tour dans la galaxie. Calculettes dans les étoiles...
Photo: Cailloux. Vus sur une humble tombe au cimetière du village médiéval de Bois-Ste-Marie. Février 2009.©
21:31 Publié dans Certains jours ..., Chiffres,Lettres, De visu, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : univers, espaces, étoiles, galaxies, humains, lundi, certains jours, chiffres, vie, mort, cimetière, cailloux
06 mars 2009
Boulangerie - Tapisserie
La boulangerie fait tapisserie les jours de fermeture.
Photo: Vieux monde et nouveau monde exposés en remix, sur une ancienne façade de la colline travailleuse. Quand la rue des Pierres-Plantées se prend pour le Bronx, mais ne mène pas ailleurs qu'au Boulevard de la Croix- Rousse, sans ses bruits de métiers mais encore sous la protection de feu l'inventeur Jacquard (en statue), d'un vieux manège, d'un gros caillou. Le tout hors champ, vous vous en étiez aperçus, j'espère... A découvrir toujours tout droit et toujours en montant... Lyon, mars 2009 © Frb.
23:48 Publié dans Affiches,panneaux,vitrines, Art contemporain sauvage, Balades, Chiffres,Lettres, De visu, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : façades, croix rousse, graffs, rue des pierres plantées, art contemporain sauvage, boulangerie patisserie, tapisserie, magasins, couleurs
11 février 2009
Les regrets
Du mercredi.
Et peut-être aussi des autres jours ...

Là, une maison abandonnée, ici, quelques feuilles mortes, entre les deux un mur, et dans un coeur très délavé : "pour toujours", en anglais...
Photo: résonance éternelle sur la promenade d'un chemin buissonnier, en haut de la colline, (au lieu dit "les hauts de Saône"), vue un mercredi après midi de février 2009 à Lyon © Frb
06:40 Publié dans Art contemporain sauvage, Balades, Certains jours ..., Chiffres,Lettres, De visu, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : graff, for ever, mercredi, certains jours, rêverie, murs, trace
09 février 2009
La vie, l'espoir ...
Voilà le nécessaire. Un titre + une image. Je vous laisse le tout en pièces détachées. On y gagnera un adage. Une panacée, qui donnera force et courage, emplira le coeur de volonté, fera même revenir l'être aimé, (à ce qu'on dit)... Le tout très efficace. Avec quatre mots, un verbe, grosso modo, on vient à bout de l'adversité. Je ne vous dirai pas combien de gens ont été sauvés par cette phrase. Pas avant que vous ayez trouvé. Un nombre très en deçà de la réalité. Car peu d'entre eux osent avouer, surtout pas à eux mêmes (Toujours à ce qu'on dit), les prodigieuses vertus de cette phrase.
J'aurais pu aussi vous coller en titre de billet: "La cruche, et l'eau", "Le tiens! et la chose promise", "le bon bruit et la grâce acquise","Le vent tournant qui chet en brise", pour faire plaisir à monsieur VILLON. A ce propos, je ne résiste pas à la volupté de vous livrer un bien beau lien où vous découvrirez, si ce n'est déjà fait, la "ballade des proverbes" du François en ancien français :
http://muze15.canalblog.com/archives/2008/12/29/9790201.h...
J'aurais pu titrer : "métiers et besaces", histoire d'embrouiller nos affaires. Ou vous laisser sur cette phrase, ô combien fascinante, mais un brin emberlificotée (pour des esprits peu initiés). Oyez un peu :
"Dominique, prends une femme, et après dors TANT QUE tu voudras, car elle aura assez de soin de t'esseiller".
Ca laisse songeur tout en produisant son effet... Ou j'aurais pu vous rapprocher des plaisirs merveilleusement phonétiques de la "COUZONNAISE" (patois de Vaise) en vous glissant en vieux français :
"Elles en ont tant porte de grans qu'elles n'en scauroyent plus porter des petits".
Après quoi, la messe serait dite. Mais comme à "Certains jours", on ne baisse jamais les bras, même dans les causes les plus désespérées (surtout dans ces causes là), j'aurais pu vous glisser un de ces proverbes plein de bon sens, qui vous lit toutes les lignes de la main en deux coups de cuillère à pot, toujours sur un air de "patois de Vaise", version (attention ! âmes sensibles s'abstenir) "sabotière pour les nuls". Ou polka cancaillotte :
"Fais l'amour TANT QUE tu peux, tu pourras plus quand tu seras vieux".
Oui, je sais, ça fait très mal. C'est ça, le bon sens. Ou bien, j'aurais pu vous l'offrir, pragmatique au terroir :
"Il faut puiser TANT QUE la corde est au puits"
précédé d'un "Ouh ben!" aux accents bourguignons (dont je reparlerai un jour)... Pragmatique toujours, mais brut de décoffrage, à prononcer de préférence avec une gitane maïs (éteinte) collée en coin de lèvre inférieure, le genre de phrase qui sent la sueur, et l'obstination forcenée de la "valeur-travail" des ânes bâtés nés durs à cuir, fiers de l'être, élevés à coups de pieds où on sait, vantant les joies du martinet pour leurs propres enfants:
" Il faut travailler TANT QUE la peau du cul dure".
Ou bien pragmatique (on n'en sort pas), d'une sagesse prudente économe (féminine et vénale ?), à l'antiromantisme assumé :
"Il ne s'en faut aller du bain TANT QUE la bourse nage sur l'eau".
Quant à la prétention qu'ont certains de se croire plus importants que les autres, la sagesse populaire a tranché avec une chute digne de chez Jean DE LA FONTAINE, mais cependant fort d'actualité :
"Ils vont tant haut, TANT QUE pour finir ils tombent le nez dans la flaque".
C'est là, tout ce qu'on leur souhaite...( Epargnez qui vous voulez ;-)
Enfin, elle aurait été belle, la note mystérieuse en lettres majuscules, un titre dénudé, le dicton tout entier et puis rien. L'érudition portée au point de béatitude que je n'aurais même pas été capable d'expliquer, (à quoi bon ?). Un "TANT QUE" plus sonnant que toutes les musiques. L'énigme du "TANT QUE" jamais élucidée. Dicton clair comme le filet d'eau naissant à la première source du premier jour du monde, fulgurant au passage les sagesses de tous les adages, comme l'ouragan balaye la plage, nous laissant tous (ou presque), tels larrons dégrisés, qui, tombés à quatre pattes sur la révélation, ne savent même plus danser la "Couzonnaise", mais tâtant le monolithe, avec des grosses pattes, en cherchent l'ouverture, oeil torpide, bouche bée, relisent mille fois, dix mille fois sans comprendre... La naissance du proverbe, tout autant que sa quintessence. Accrochez vos ceintures, j'amène la chose :
"TANT nyolate QUE pleut, TANT l'aforhlye, QUE s'evaie"
Voilà pourquoi, "la vie, l'espoir", au fond, ce n'est pas plus mal, même en pièces détachées...
Photo: Un début (?) lu sur les marches du grand escalier, qui longe le jardin de la Grande Côte, juste en montant là haut sur l'esplanade à deux pas du plateau de la Croix-Rousse à Lyon. Février 2009. © Frb
13:29 Publié dans Art contemporain sauvage, Chiffres,Lettres, De visu, L'ai- je bien descendu ?, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : proverbe, f. villon, mots, sagesse populaire, dictons, tant que, escaliers
27 novembre 2008
Devenir
Ligne de flottaison...
Juste entre l'esplanade et le boulevard de la Croix-Rousse à Lyon, un beau rouge vermillon au tracé vivant, appliqué, comme une écriture d'enfant, extrait d'une phrase tronquée, un seul mot retient l'attention rue des pierres plantées. Un mot qui ressemble à un pont et me rappelle cette réplique entendue dans un vieux film, empruntée à un auteur dont j'ai oublié le nom:
"Devenir éternel et puis, Mourir..."
Photo: Novembre 2008 ©.
08:31 Publié dans Art contemporain sauvage, Chiffres,Lettres, De visu, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : éternel, murs, de visu, mot, graphie, tracé, philosophie




