11 novembre 2009
Approximations
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées
partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent
sans raison un peu secs un peu durs sévères
pain nourriture plus de pain qui accompagne
la chanson savoureuse sur la gamme de la langue
les couleurs déposent leur poids et pensent
et pensent ou crient et restent et se nourrissent
de fruits légers comme la fumée planent
qui pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous [...]
TRISTAN TZARA (1896-1963): Extr: "L'homme approximatif". Editions Gallimard 2007.
Les cloches sonnent sans raison. Nous ingérons mollement un peu de tout et son contraire. Tony troque son rêve d'enfant pour un nécessaire à prison. TZARA croise Tony, une seconde à peine. Les deux ont sans doute pleuré longtemps sur la route, une valise à la main. Le temps d'arracher à la camionnette sa béance pour quelques biftons. De broyer les rouages du monde, d'en extraire l'acier, de renverser la dette de la renvoyer muette, à son acte de contrition. Peu importe si l'histoire est fausse. La rumeur est lancée. Elle deviendra légende. L'anti banque frôlera l'anti-art. Les fulgurances sont éternelles, c'est à peu près tout ce qu'on en sait.
Ailleurs, Tristan trie les coupures, des papiers durs, des papiers doux. Il pose sur sa tête, un entonnoir volé au brigadier Hugo, chef des fanfares au cabaret. Des fantômes glissent à l'embouchure. On en fera des tire-bouchons, un entonnoir, plus strident qu'une trompette, plus sourd que la corne de chasse. Au fond des bois, l'auteur deviendra étranger, sciant la branche qui le porta. Soufflant à nous ensucrer les muqueuses dans un pipeau en chocolat.
Une fable poursuit le poète, cassée par des sonorités cruelles, pas d'antidote pour l'anti tête, qui raffole des portraits sépia. La caravane abonde, un convoi mis à nu visant le Dchilolo Mgabati Bailunda. Les chiens de bonne famille aboient. TZARA parle tout seul. Il fracture les coffres aux soirées folles où l'on trempe les amuse gueules dans les petits suisses, jusqu'à l'effritement de la harpe à Dada, tout s'ébauche sans peine à Zurich, là où la guerre (14-18), (c'est décidé), n'existe pas. Tout retourne au désert, sur des sables branligotants, des oasis mis à l'envers sont balayés par le courant. On jase encore des nuits entières dans le dos de monsieur bleu bleu, tout sautera dans la bétaillère avant qu'un nouvel ordre enchaîne. La poésie mangeant les cheveux de ses ancêtres avec les doigts. Sur la stèle écrasée de lettres, Dada glisse son piège à rats. Ainsi toute une bande de pouêts, embrasés, dans la joie, posera son cul à la fenêtre pour rien. Juste comme ça.
Un feu rapide pulvérise ses proies. Un autre temps, inédit se précise par le verbe chauffé à blanc, les proies se noient, brûlant des vie de jeunes fauves aux bûchers tendrement. Quelques réjouissances éphémères sur un sourire fondu en sang, et recraché dans le Grand verre. TZARA épuisera sa pudeur à dénuder des souveraines que le royaume n'intéresse pas. Au cabaret Voltaire, le pseudo, étripe sans cesse les formules incontrôlables le fatum, l' ironie du sort. Le prénom juif de Samuel, se fera wagnérien.
Dada compose de l'art plastures de la littératique. Partout, ailleurs des hommes tombent. On pleure. On creuse. On cautérise. Dada la boucle, Dada fait mine. Des alphabets pierreux s'érigent, les paysans comptent les corps. Des filles hurlent d'horreur, aux vues de leurs fiancés, des soldats valeureux revenus de très loin, avec des gueules cassées. Pendant ce temps, Tristan coule son or en fourbis dans toutes les fissures. Par ce bel évasement s'échapperont des oxymores :
"Ainsi fûmes-nous désignés à prendre comme objet de nos attaques les fondements même de la société, le langage en tant qu'agent de communication entre les individus et la logique qui en était le ciment."
L'être humain se désarticule. Au cabaret déboulent les monstres de Léonard. On fermera les portes du lieu 6 mois plus tard pour tapage nocturne et tapage moral. Mais peu importe ! un épandage planétaire aura eu lieu. Irréversiblement. A la queue des belles lettres, à leurs pleins et déliés, s'aggrippent à jamais au bout d'une ficelle, la sangsue et le staphylin guettant le verbe invertébré. Tout le décor du monde n'y pourra rien changer, ni biffer l'unité de mesure vouée aux cartons d'emballage. L'alexandrin se meurt sur des crocs de bouchers. Le parnasse survivra pour la pérennité mais de sa bouche exsangue ne sortiront que des voyelles déjà sciées sur l'établi du prophète ardennais qui avait entendu, bien avant que ne se gonflent tous ces coussins d'oiseaux, le murmure de monsieur Cri Cri en de lointaines incantations. Appliqués à toute chose, les déchets s'élaborent dans le photomontage. Kurt Schwitters à Postdam éructe l'Ursonate. Bientôt une autre guerre. Entre les deux trappes mondiales, la phonétique attaque le temps... Et enfin, "La main passe"...
"Marié aux larges masses d'insoumis, brassé dans l'universel attroupement des choses, livré aux dénicheurs de graves tourments, aux radicelles humaines figées dans le recueillement et la complicité des jaloux, tu te regardes accomplir les gestes quotidiens dans les limites serrées des souples branches. Au désir de papier buvard, tu t'opposes, tu t'agites sous le vent d'un sillage toujours en fleurs. Que je n'arrive pas à distinguer des choses les fantômes des parties qui ont aidé à leur épanchement hors de moi, cela est dû à la continuité de leur action médiatrice entre le monde et mon adolescence. Et, désormais soumis à un sentiment, morcelé et étranger, de gouffre, pouvais-je, sinon subir avec terreur leur désertique et ferrugineux appel? Tout l'espace terreux se cabrait sous les bancs de nuages. Je me suis entouré d'hivernages fragiles, de forces desséchantes. Que reste-t-il d'humain sur les glabres visages tannés par les lectures et les astreingeantes politesses des dossiers dont je me suis constitué un décor famélique? Coutumière faiblesse il sera dit un jour de révolte que les yeux qu'on a cherchés étaient vides de la joie des hommes. Et les hommes et la joie, j'ai toujours essayé de me mêler à eux, à défaut de la féroce fusion promise que l'on trouve cependant encore vivante au fond résiduel des contes, parmi les germes de froid et les portes parsemées d'enfances."
Tristan TZARA . La Main passe - 1935 -
Photo : De "l'anti-art", à "l'anti-banque", le courant passe. Les mains sont vides et les sacs toujours pleins. Tandis que TZARA reste toujours introuvable, C.J. retrouve la trace de Tony Musulin (de dos) déguisé en détective privé pourvu de faux diplômes du passeur doux vaguement notaire. Vu il y a quelques jours, avant la réddition. Et un peu plus de trois ans avant nos épousailles. Lyon, rue Gentil. Novembre 2009.© Frb
22:40 Publié dans A tribute to, Arts visuels, De visu, Le monde en marche, Le vieux Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tristan tzara, tony musulin, passeurs, dada, approximations, fulgurance, poésie, impromptus, improvisation, la main passe, le monde en marche, hugo ball, kurt schwitters
06 novembre 2009
Dada doux
"Âne. Le lapin devenu grand"
JULES RENARD : Extr. "L'âne" in "Histoires naturelles". Editions Flammarion 1999.
"Parfois l'âne, à cause d'un chardon qu'il flaire, ou d'une idée qui le prend, ne marche plus.
Jacquot lui met un bras autour du cou et pousse. Si l'âne résiste, Jacquot lui mord l'oreille.
Ils mangent dans les fossés, le maître une croûte et des oignons, la bête ce qu'elle veut.
Ils ne rentrent qu'à la nuit. Leurs ombres passent avec lenteur d'un arbre à l'autre.
Subitement, le lac de silence où les choses baignent et dorment déjà, se rompt, bouleversé.
Quelle ménagère tire, à cette heure, par un treuil rouillé et criard, des pleins seaux d'eau de son puits ?
C'est l'âne qui remonte et jette toute sa voix dehors et brait, jusqu'à extinction, qu'il s'en fiche, qu'il s'en fiche."
Klaus GROH : "Dadadance"
A écouter un petit clin d'oeil (glamouroso) à l'âne, extrait du magnifique album "Spazio" de Fabio VISCOGLIOSI : http://www.deezer.com/listen-222718
A découvrir : Le merveilleux baudet du poitou. Le plus beatnik des ânes. (Une very spéciale dédicace à Liam, en passant) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Baudet_du_Poitou
Photo : Auprès de mon âne. (Equus Asinus), à la robe grise, aux yeux très doux, j'entends les sons de la montagne en multistéréo. Photographié dans un grand champs près de Montmelard. Nabirosina. Octobre 2009. © Frb.
22:56 Publié dans Art contemporain sauvage, Balades, De la musique avant toute chose, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective, Objets sonores, Transports | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : âne, animal, dada, douceur, jules renard, histoires naturelles, balade, grandes oreilles, dadance, klaus groh, étrangeté, compagnon, extrait de texte
01 novembre 2009
Voyage en Toussaint(s)

Le jour de la Toussaint, ils ne peuvent pas venir, parce qu'ils fleurissent les tombes du côté de sa famille à elle, donc ils viennent le dimanche, et pour l'occasion, la mère fait toujours un gigot avec des flageolets et eux, ils apportent le dessert. En général la tante elle prépare un gâteau, toujours le même à base de yaourts et de poires. L'après midi, on part tous dans la 504 "c'est pas la peine de prendre deux voitures" dit le tonton. Le coffre est grand, on case les chrysanthèmes, et la tatan elle monte devant. Elle prend le plus gros de ce qu'il y a à prendre, sur ses genoux. Les pastilles de Vichy sont dans la boîte à gants. Après on essaie de se caler de chaque côté de grand mère, à cinq derrière, avec les arrosoirs entre les genoux, parce qu'au cimetière, on n'est pas sûrs que tous les arrosoirs ne soient pas utilisés par les autres gens. Ensuite on roule des kilomètres, en général il pleut. La radio fait des parasites, une station, on ne sait pas trop quoi, qui passerait tantôt d'europe 1 à RTL, dans les virages. Les hauts parleurs sont réglés tout dans l'aigu. Le tonton dit à la tatan : "mets nous dont une petite cassette, ils nous cassent les pieds avec leur blabla". La tatan regarde en dessous du tapis pour les pieds, tire une cassette , n'importe quoi. Au crayon feutre sur la pochette découpée dans du papier à dessin Canson, quelqu'un a écrit noir sur blanc "les plus grand hits"- compilation des années 70" avec en plus petit une liste des titres : face A, Face B : "Laisse-moi vivre ma vie- Du côté de chez Swann-Made in Normandie- C'est ma prière-Tata Yoyo". La mère dit qu'elle a oublié la bruyère qu'elle voulait déposer sur la tombe du Nono. Le tonton grogne tout bas "Pour ce qu'on en a à foutre de la tombe du Nono"... La mère reprend, "Dis donc ! tu pourrais pas faire demi tour, je voudrais qu'on aille chercher la bruyère le Nono , il a plus personne..." "Ben justement, répond le tonton, comme il a plus personne, je vois pas qui ça gênera si on ne fleurit pas sa tombe!" mais la tante engueule le tonton, "S'il te plaît, Guy, pas devant les petites ! y'a le respect des morts quand même !"... Le respect des morts, d'accord ! On fait demi-tour. Le tonton en colère monte le son du radio cassette, toute la voiture s'emplit d'un air bonnasse Annie Cordy. la cousine est malade, il faut ouvrir les fenêtres, c'est normal crie la tante, "avec tes cigarettes !", le tonton lève les bras au ciel, "Ouh ben ! si on a même plus le droit de fumer ! c'est pas quand on sera là bas dessous ..", "oui mais maintenant tout le monde a froid !" la mère ose un : "j'croyais que vous aviez la clim dans c't'auto ?" La tante ricane : "la clim ! mais si on l'a ! mais il n'a jamais été foutu de comprendre la notice! "ouais, dit mon oncle, la notice en chinois ! pis ces machins j'y comprends pas !" "t'y comprends pas , t'y comprends pas !" ... Je ne sais pas si ça vient de la cassette, mais tout à coup plus rien ne va. "la clim c'est maintenant qu'il faut la comprendre, pas quand tu seras dans le trou!", l'oncle marmonne, "Quand je serai dans le trou, je serai bien tranquille, au moins je pourrai faire ce que je veux ! ","Dis tout de suite que je t'en t'empêche ! t'es pas bien malheureux, quand même !". Tatan, tonton, 45 ans de mariage. On n'entend pas grand mère qui tourne la tête de gauche à droite, pour, on dirait, ne rien perdre du paysage. La cousine vire au vert, elle coince sa tête entre la vitre et la fenêtre, avec ses cheveux qui pendent de chaque côté à l'exterieur, on dirait ces chiens de chasse à l'arrière des autos... La tatan dit "ouvre grand la fenêtre !" la cousine pleure "chui malaaaade, elle répète plusieurs fois "malaaaade!". J'ai 12 ans et je pense en secret, qu'il me reste six ans à tirer. J'ose un "C'est encore loin ? le cimetière ?" La mère dit : "Si c'est pour soupirer et faire la gueule, c'est pas la peine, t'as qu'à rentrer en stop". Des parfums montent d'une forêt. La tante se demande si on verra la Guite. "Parce que si on la voit, pas besoin de faire demi tour, elle est pas loin, elle pourra bien mettre une bricole sur la tombe du Nono, même un truc en plastique". Le tonton ne décolère pas: "Faut savoir si tu veux qu'on fasse demi-tour, ou bien si tu veux pas !" La tante se ratatine. Dans sa bouche cinq onomatopées "Moui, bof, oh, bah, pfff !", je me dis qu'en boucle ça ferait une putain de rythmique de jazz. Sur la cassette, Dave revisite Combray. Après un long silence, mon oncle reprend la conversation, il s'agit de faire l'inventaire de tous les maires de Belmont "Y'avait qui avant Léon Troncy ? Jean Verdellet ou Camille Chavanon ?". Un silence abyssal. Tonton insiste "Y'avait qui ?". La tante s'énerve, "Mais Guy, tu vois ben qu'on n'y sait pas! tu parles d'une conversation !". Grand mère me regarde gentiment : "Et toi alors ? l'école comment ça va ? Est ce qu'elle est gentille ta maîtresse ?". Grand-Mère sourit. Son regard est doux. Je suis en 5em j'ai plusieurs profs. je réponds "oui, elle est gentille". La vie reprend son cours, la tatan parle, elle cause, et quand elle cause sa mise en plis bouge d'avant en arrière, de là où je suis on dirait une très grosse salade beige ou un nid pour oiseau géant. La tatan interroge le monde, l'interroge indéfiniment, "Il devient quoi Dave ?", "Elle est où la lampe électrique ? Est ce qu'on va avoir assez de pain pour ce soir ?".
Sous des couleurs laiteuses, des panneaux bleus défilent "Ecoche, St Igny de Roche, St Germain la Montagne, Belleroche, Coublanc". Des panneaux blancs : "Ranchal, Le Cergne, Thel, Arcinges, Azolette, Anglure Sous Dun, Cours la Ville, Cuinzier, Propières...". Et le ciel se couvre de ces milliers d'oiseaux géants qui sortent des cheveux de ma tante : Tangre noir, Ombrase, Aigrelot cendré, Palunier de Smyrne, Antarche, Erythor champoisé. A quelques mètres du village, des milliers de petites croix. Grand mère me serre fort dans ses bras. Nous entrons au Royaume des Morts. Tatan porte les arrosoirs. Tonton, les pots. Bruyère et chrysanthèmes. La cousine semble manger l'air, son visage est si pâle qu'on voit presque à travers. Il y a des lis blancs sur la tombe du Nono, aux étamines d'or, dans un vase de cristal en forme d'étoile de mer. Grand mère me prend la main, son coeur bat sous la peau et sur chacun de ses doigts, mes doigts peuvent lire le passé. Je reste là longtemps, au milieu de l'allée, debout sur les cailloux. Grand Mère s'est esquivée. Je la cherche partout. Partout des fleurs artificielles, des plaques, des petites photos "A Robert, mon époux " "A mon épouse bien aimée", des gerbes pâles "De la part des amis de Tony Bertillon". Du marbre partout, beaucoup de marbre, et des mottes de terre, pour les demoiselles des Ursulines. Je vois au loin ma tante qui me fait de grands signes, "Viens ! Viens ! j'vais t'présenter, l'arrière-neveu du Nono ! c'est un grand professeur, il travaille dans les hopitaux". Je serre le gant tanné d'un dadais à chapeau et costume chevron. "Ca fait longtemps, dis donc.", je dis "ça fait longtemps !". Je me souviens de ce petit garçon qui adorait craquer des allumettes, pour brûler les yeux des crapauds. De cet enfant gynécologue, le plus illustre de la région, qui auscultait les petites filles, avec trois doigts... Il me dit "Je vais te présenter ma femme et mes enfants", je vois débouler d'entre les tombes deux petits clones précédés d'une grosse plante mêchée arrogante. Je crie :"non, non !". Je cours par les allées, repèrant au cas où, la sortie de secours. Là-bas, mon oncle remplit les arrosoirs. Il me rejoint. "Dis donc t'as pas l'air d'aller bien, tu es sûre que ça va ?", je ne sais plus où j'en suis. Je lui dis "Non, ça va pas bien je ne sais pas où est la grand mère". Mon oncle me dévisage. Il s'assoit sur une tombe, il secoue sa grosse tête, longtemps. Puis il m'emmène "viens avec moi !". Nous entrons dans un labyrinthe, des allées, des chapelles. L'oncle porte religieusement ses deux grands arrosoirs et un pot plein de fleurs mauves. Il s'arrête devant un bloc rose granité surmonté d'une discrète croix blanche. Il est gêné. Il essaye de remplir le vide, de me faire la conversation. "Et comment ça va, toi ? les études ? Le bac français, c'est pour c'printemps ? J'ai 22 ans. Je termine un mémoire sur "le Rivage des Syrtes". Je réponds "oui, le bac français c'est pour ce printemps.". Il fait très sombre. On commence à sentir les gouttes. Je lève les yeux, je tourne en boucle "Faut que j'aille chercher grand mère !". Mon oncle me répond "Tu es sûre ?", " Sûre de quoi ?", " Es tu sûre que ça va ?". La pluie ruisselle sur sa figure. Je ne sais pas trop pourquoi. Je lui dis : "je reviens dans cinq minutes, si Grand mère a fait un malaise je ne me le pardonnerai pas". Il me rattrape, il me retient: "Tu veux pas qu'on aille boire un coup ? "Après, peut-être. Là, je suis inquiète, il faut que j'aille voir !". Il me retient. Il me serre très fort dans ses bras, Il me dit à l'oreille tout bas : "C'est pas la peine !". "C'est pas la peine ?... Pourquoi ?". Il me montre sur la croix blanche, une inscription sculptée : "ci-gît Lucie Laure-Marie- 1908- 1979". Je toise l'inscription, les prénoms. "Ce n'est pas elle, tonton, ça ne se peut pas !". Mon oncle s'exaspère : "Mais enfin tu ne te souviens pas ? en 1979, quand on a eu cet accident, en revenant du cimetière ! sur la route de Propières c'était la toussaint comme aujourd'hui, sauf qu'il pleuvait..." je regarde le ciel, je m'aperçois qu'il ne pleut pas. Il ne pleuvra sans doute pas aujourd'hui. Mon oncle parle de l'accident, du sang du mien, de celui de grand-Mère, c'est un vrai charabia ! Peut être qu'avec l'âge, il commence à perdre la tête..."Tu comprends... C'était difficile, à cette époque, on manquait de sang, on m'a demandé de faire un choix. J'ai signé un papier. Et puis ils t'ont transfusé toi".
Il y a sous la terre une mâchoire d'où sortent des milliers d'oiseaux, des aigrelots de Thel, des tangres de Ranchal. A dos de palunier j'étudie les excavations. La belle main de Grand-mère m'offre des coraux noirs. Entre les tombes, mon oncle, continue ses fadaises. Je nous vois tous les deux, distinctement dialoguer. Je me dis, vu d'ici que mon corps est vraiment différent de mon âme. Heureusement, les silhouettes rétrécissent à vue d'oeil.
Photo : Fleurs artificielles et pots perdus vus aux cimetières de Charlieu, et Bois Ste Marie le 1er-Novembre 2009.© Frb.
23:17 Publié dans Art contemporain sauvage, Balades, De visu, Impromptus, Le vieux Monde, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : toussaint, de visu, cimetières, partir, novembre, fleurs, coutumes, balades, vie, mort, passé, présent, souvenir
30 octobre 2009
Haute fidélité
"Il fût tiré de sa méditation par un grincement venant de la remise. C'était la girouette qui tournait sur le toit. Et ce changement de vent annonçait une pluie diluvienne".
THOMAS HARDY : "Far from the madding crowd". Editions : Oxford university press, 2002.
La campagne est généralement plus hi-fi que la ville. (Il y a deux termes, hi-fi et lo-fi). Dans l'environnement hi-fi, le signal bruit est satisfaisant. Le paysage sonore hi-fi est celui dans lequel, chaque son est clairement perçu en raison du faible niveau sonore ambiant. Dans un paysage sonore hi-fi les sons se chevauchent moins fréquemment. On a chez Alain FOURNIER dans "le Grand Meaulnes" plusieurs exemples, d'images qui donnent précisément une idée de l'acoustique de la campagne française à son époque : "Le bruit d'un seau sur la margelle du puits et le claquement d'un fouet au loin". Le calme d'un paysage sonore hi-fi, permet donc d'entendre plus loin, de même qu'un paysage rural offre généralement des panaromas plus vastes. La ville a réduit les possibilités d'audition et de vision opérant ainsi l'une des modifications les plus importantes de l'histoire de la perception. Dans un paysage sonore lo-fi, les signaux acoustiques individuels, se perdent dans une surabondance de sons. Il n'est plus réellement possible d'entendre un son clair. La perspective, dans une cité moderne, s'évanouit à un carrefour. La distance est abolie, seule reste la présence car il y a des interférences sur tous les circuits. Les sons ordinaires devront être de plus en plus amplifiés. Dans un paysage sonore hi-fi, le moindre changement peut transmettre une information vitale ou intéressante, l'oreille humaine est en alerte comme celle des animaux. Dans la nuit silencieuse, la vieille dame paralysée d'un récit de TOURGUENIEV entend les taupes creuser sous la terre. "C'est bon signe, n'y pensons plus" se dit-elle, mais ces bruits lui rappellent aussi le poète, GOETHE, l'oreille collée au sol :
"[...] Que mon coeur sent de près l'existence de ce petit monde qui fourmille parmi les herbes, de cette multitude innombrable de vermisseaux et de moucherons, dans toutes formes, que je sens la présence du tout puissant qui nous a crées à son image [...]" (Extr. GOETHE, "Les souffrances du jeune Werther).
De près comme de loin, l'oreille répond avec une sensibilité de sismographe. Du temps où les hommes vivaient très souvent isolés ou se regroupaient par petites communautés, les sons ne se gênaient pas les uns les autres. Chacun restait au sein d'un halo de silence, et le berger, le bûcheron, le paysan, savaient lire dans le paysage, le moindre changement.
Vous aussi, (grâce à certains jours), vous pouvez comme en pleine campagne écouter la chouette hulotte chanter depuis un grand arbre (tout en surveillant le passage du moindre petit mulot. Pas vous, voyons ! la chouette ! quoique...). Pure Hi-fi par ICI.
Ou découvrir le chevreuil (capreolus capreolus), monologuer dans la forêt sous les grands feuillus : ICI encore.
Et enfin (un exemple parmi d'autres), découvrir qu'il n'y a pas une différence si énorme entre les très urbains Résidents et autres animaux des champs, des bois et de la ferme, dont notre sanglier : ICI enfin.
Sources tirées de : R. MURRAY SCHAFER: Le paysage sonore". Editions Lattès 1970. (A suivre...)
Autre lien puisé à la bonne source de R.MURRAY SCHAFER : http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/10/17/2f...
Photo: Au bout d'un chemin, une vieille maison, (côté grange ou remise). Vue au hameau dit "les clefs", longeant un étang du même nom (traversé entre les bruissements par de microscopiques insectes). Nabirosina. Octobre 2009. © Frb.
21:25 Publié dans A tribute to, Balades, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective, Objets sonores | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sons, écoute, paysage sonore, pays, loin de la foule, perception, bruit, bruissements, balade, nabirosina, animaux, nature, thomas hardy
20 octobre 2009
Encres perdues
Je descendis de cheval ; je lui offris le vin de l’adieu,
Et je lui demandai quel était le but de son voyage.
Il me répondit : Je n’ai pas réussi dans les affaires du monde ;
Je m’en retourne aux monts Nan-chan pour y chercher le repos.
Vous n’aurez plus désormais à m’interroger sur de nouveaux voyages,
Car la nature est immuable, et les nuages blancs sont éternels
WANG WEI : "En se séparant d'un voyageur"
WANG WEI (vers 701-761 ?) fût un illustre poète chinois de la dynastie T'ANG. Peintre, calligraphe, musicien, "paysagiste", il fût considéré comme le maîtres le plus doué de la poésie lyrique. Il intégra le paysage dans la peinture chinoise du paysage, comme un sujet à part entière. On sait qu'il occupa plusieurs postes de prestige, d'autres moins, il appartenait aux "officiels" et fût incarcéré lors d'une rebellion dans la capitale, obligé de travailler pour les rebels puis accusé de collaboration lors de la reconquête de la capitale, il sauva sa tête par la grâce d'un poème loyaliste écrit en prison.
On lui attribue plusieurs innovations techniques, notamment un style qui utilisait l'encre monochromatique dont l'effet dépendait uniquement d'un emploi expressif et rigoureux de lavis d'encre noire ou grise projetée. Il est considéré comme l'un des plus grands peintres de la Chine, mais comble du paradoxe, on ne possède aucune peinture de ce grand maître. elles ont toutes disparu au fil des siècles. Sa peinture n'est donc connue qu'à travers quelques gravures sur pierre réalisées à partir de son célèbre rouleau Wang-chuan et des copies de ses peintures par les artistes qui lui succédèrent (telles que "Eclaircie après une chute de neige", collection Ogawa, Kyoto). On pense que la famille impériale mandchoue conserva un original intitulé "Paysage sous la neige". Les informations sur son œuvre nous viennent principalement de sources littéraires. On raconte que ceux qui ont jadis eu la chance d'apercevoir la peinture de WANG WEI se sont exclamés : "On ne peut aller plus loin, plus haut : l’art du paysage dit ici son dernier mot.". Quant à la poésie chinoise, s'il faut nommer trois grands poètes, les trois plus grands, on nommera souvent : LI-PO, DU FU (Thou fou) et WANG WEI... Ce dernier adepte du tch'an (bouddhisme) cherche à approcher un état de communion presque amoureux avec la nature, le regard du poète se mêle au vide de la montagne", à la barque du pêcheur, au bleu des saisons, comme s'il les avait lui même inventés : "Je vais jusqu’au lieu où la source s’épuise, et contemple la naissance des nuages. Voici le semeur de forêts : Nos plaisanteries n’ont pas souci du temps."
Le poète et peintre SU TUNG PO écrira assez musicalement, à propos des oeuvres de WANG WEI :
Savourant un poème de Wang Wei, dans son poème
une peinture
savourant une peinture de Wang Wei, dans sa peinture
un poème
Dans la poésie de WANG WEI, il n'est jamais question d'effusion personnelle, celle ci est d'autant moins présente que les verbes en chinois ne se conjuguent pas et que les articles sont absents. L'être humain pourrait se fondre presque dans la totalité du monde, et le lecteur occidental se confronter à des traductions qui n'ont pas toujours le ton juste ni l'esprit du mouvement de WANG WEI. On pourra cependant apprécier les oeuvres de Wang WEI dans les ouvrages suivants :
Wang WEI, Les Saisons bleues : l'œuvre de Wang Wei poète et peintre, éd. et trad. Patrick Carré, Paris, Phébus, 1989 / " Libretto ", 2004.
Wang WEI, Paysages : Miroirs du cœur, trad. Wei-penn Chang et Lucien Drivod, Paris, Gallimard, " Connaissance de l'Orient. Série chinoise ", 1990.
Wang WEI, Le Plein du vide, trad. Hervé Collet, Cheng Wing-fun, callig. Cheng Wing-fun, Millemont, Moundarren, 1985.
A noter qu'un jour, un recueil de poésies chinoises fût offert à GUSTAV MALHER qui, pour composer "Le chant de la terre" ("Das lied von der Erde") sélectionna sept pièces dont une de WANG WEI. Le sujet du chant de la terre peut se croiser ci dessous.
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/03/15/ca...
Le compositeur a un peu "arrangé" le poème de WANG WEI , mais comme sa composition musicale, est un chef d'oeuvre magistral, on fermera les yeux sur cette petite occidentalisation.
Photo : retour des encres plus ou moins chinoises juste au dessus de la voie du caillou. Vu au hameau des Clefs. Nabirosina. Octobre 2009.© Frb.
07:19 Publié dans A tribute to, Arts visuels, Balades, Ciels, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wang wai, poésie chinoise, paysages, correspondances, dynastie t'ang, ciels, balade, nuage, peinture, calligraphie, notes de lecture, contemplation, nuages
16 octobre 2009
Marcher sous la lune
"Et les refuges lointains succèdent aux gîtes proches."
LI PO : "Sur l'air des barbares bodhisattva" in "Les yeux du dragon", (Anthologie de la poésie chinoise trad. Daniel Giraud). Editions Le bois d'Orion 1993.
LI PO (connu aussi sous les noms de LI-BAI, LI TAI PO, LI TAI PE etc..) , fût l'un des poètes chinois les populaires de la grande époque des T'ang. Riche et pérégrin, il fût tout autant viveur proclamé, que promeneur méditatif, amateur de femmes et de beuveries. L'un des poèmes les plus connus étant celui où le poète boit du vin avec son ombre :
Au milieu des fleurs un pichet de vin
je bois seul, sans compagnon
levant ma coupe je convie la lune claire
avec mon ombre nous voilà trois
Surnommé "un immortel en exil", il se désignait lui même comme "l'ambassadeur des trente six cieux".
Une parenthèse très approximative quant à ce nombre impressionnant de cieux. Cette connaissance par les chiffres du Tao (ineffable et incommensurable) est en alchimie taoïste, le ressort caché du cosmos : "Sur une grande échelle, le Ciel et la Terre, et sur une petite, le corps en son entier ont tous des nombres du régime du feu naissant et se parachevant". 36 serait le nombre des provinces des maîtres célestes, qui entretient un rapport avec les 360 jours de l'année. Pour d'autres encore, le cosmos s'abolit tous les 36 billions ou trillions d'années. Mais cet aspect étant un peu trop vertigineux pour l'heure et ma nature ayant horreur du chiffre, je referme la parenthèse, et retrouve LI PO le poète magnifique, qui dit-on se serait adonné à l'alchimie, comme un millénaire auparavant son camarade et illustre poète QU YUAN.
LI PO passa la plus grande partie de sa vie à voyager à travers la Chine, sans souci, sur un mode incompatible avec le système confucéen. Sa personnalité fascina. On lui offrit un poste à l'académie Hanlin comme poète au service de l'empereur, puis il fût remercié pour indiscrétion, ensuite il erra, le reste de sa vie. Il rencontra DU FU (THOU FOU) à l'automne 744 et puis l'année suivante, deux seules rencontres qui ont pourtant associé les deux poètes pour très longtemps dans les mémoires. Cette amitié intense, se lit encore dans certains poèmes, particulièrement ceux de DU FU. LI PO fût exilé pour s'être révolté contre l'empereur, mais il fût pardonné avant d'avoir atteint son lieu d'exil. La légende raconte qu'il se serait noyé en essayant d'embrasser l'image, réfléchie de la lune dans une rivière. Nous esquiverons volontairement l'hypothèse d'une fin plus réaliste, tant mourir en embrassant le reflet de la lune semble une mort, sinon rêvée, la plus douce des morts possibles.
Je chante, je chante la chanson du vent qui souffle à travers les pins,
Et ma verve ne s’épuise qu’à l’heure où s’efface la voie lactée.
J’ai perdu ma raison et cela excite encore votre gaieté, mon prince ;
Nous oublions tous deux, avec délices, les préoccupations de la vie réelle.
Autre lien de Chine et de lune : http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/08/11/pleine-lune.html
Et, par contraste, à contempler, une lune urbaine sur le tard : http://kl-loth-dailylife.hautetfort.com/archive/2009/10/3...
Photo : La lune ou presque, au dessus du chemin qui longe les prairies et les pépinières à la tombée de la nuit (ou presque). Nabirosina. Octobre 2009.© Frb.
20:14 Publié dans A tribute to, Balades, Ciels, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : li po, li taï pei, poésie chinoise, dynastie t'ang, balade, nabirosina, lune, ciel, pérégrinations, errance, contemplation, ivresse, immortel
15 octobre 2009
Phyllomancie
La phyllomancie est une divination par les feuilles d'arbres et de plantes. Les prêtres de Dodone en Epire se fondaient sur leur bruissement pour annoncer l'avenir. Grand sanctuaire à oracle, Delphes, fût d'abord complètement sous le règne "de la Grande Mère enfouie en terre jusqu'à la poitrine". La vérité sortait des profondeurs souterraines, l'oracle parvenait du monde des morts. Puis Thémis prit la place de la Grande Mère, elle choisit pour prophétiser une nymphe, Daphné, qui recueillait les voix des arbres et les vibrations du serpent enfoui dans les profondeurs mais cela est une autre histoire que je vous raconterai peut- être un certain jour...
Depuis 2000 ans le constant usage mantique des feuilles d'arbres et de plantes a été celui de l'oracle d'amour. Au IIem siècle de notre ère, déjà on savait pratiquer "la claquette", (rien à voir avec Fred Astaire ! mais plutôt avec un certain Pollux, pas le chien, non plus ! je précise, il ne faut pas confondre la phyllomancie avec le manège enchanté, quoique...). Ainsi par la grâce de Monsieur Pollux, la claquette vient à certains jours, livrer un peu de ses secrets, il n'est pas défendu au lecteur, d'essayer, c'est beaucoup moins dangereux que de mâcher les feuilles de lauriers roses, (voire le billet "dendromancie") ou les colchiques de fin d'été qui fleurissent, fleurissent... et contiennent de la cholchicine mortelle pour l'être humain, à partir de 40 grammes, mais là, sort de la diviniation par les chemins buissonniers, pour rejoindre la route (goudronnée et anti-poétique) de la prévention. Je n'irai pas au delà. Recentrons vite notre sujet, pour saluer l'automne, et apprenons ensemble, si vous le permettez, la claquette, par le magique enseignement du professeur Pollux :
"On prend une feuille de pavot ou d'anémone, on la pose sur le pouce et l'index de la main gauche réunis en cercle et on la frappe avec le creux de la main droite. Si le bruit que fait entendre la feuille en se déchirant est sonore, on peut espérer dans l'amour de son bien aimé".
On procédait aussi (toujours selon Pollux) d'une toute autre manière avec la fleur d'un lis double en la gonflant comme un sac en papier et en la faisant éclater sur le front. Le scholiaste de Théocrite précise que la claquette, se jouait souvent sur l'épaule ou dans le pli du coude, et qu'on observait non seulement le bruit, mais aussi la trace. Une simple marque était interprétée favorablement et s'il y avait une égratignure on y redoutait le pire. La phyllomancie doit être considérée comme une sorte de botanomancie. Les plantes, qui le plus souvent ont donné leurs feuilles aux phyllomanciens sont le rosier, l'anémone, le pavot et la sauge. On cite aussi la verveine et la bruyère ainsi que le myhique figuier.
Au Moyen-Age, on connaissait le procédé phyllomantique suivant : On plaçait les feuilles en un lieu légèrement aéré. On laissait décanter. Quelques jours après, on revenait et on notait l'aspect et la disposition des feuilles qui ne s'étaient pas envolées. A partir de là on établissait l'interprétation. Parfois on écrivait des noms de personnes ou certaines réponses sur les feuilles, on observait ensuite celles que le vent avait dispersées et celles qui étaient demeurées telles qu'on les avait disposées. Puis la divination se perdant à travers les siècles, je n'ai pas de données assez sérieuses, pour décrire comment on interprètait ces dispositions, mais je sais que parmi les mancies fantaisistes (lesquelles ne le sont pas ?), on pourrait parler, pourquoi pas ? de la choumancie (Voir la minute encyclopédique), non pas pour lire l'avenir en soufflant sur la feuille de chou mais pour palper le chou afin de connaître les caractéristiques du futur époux, une mancie réservée aux demoiselles d'Ecosse dit on, j'émets évidemment quelques réserves mais je vous livre un brin de légende quand même :
"Pour savoir, à quoi ressemblera leur futur époux, les jeunes filles écossaises pendant la période d'Halloween, vont au jardin pour y cueillir un chou les yeux fermés, si la racine est terreuse cela signifie que le mari sera riche, si la racine est douce c'est qu'il aura bon caractère, et le futur mari ressemblera au chou qui aura été cueilli petit ou tordu, bossu, gros rond... ".
A signaler parmi ces lectures dans les feuilles la "tasséomancie" ou divination dans les feuilles de thé. Au XVIIIem et au XIXem siècle on trouvait même des petits ouvrages expliquant aux curieux les bases de cette divination et cette pratique fût très prisée dans les salons nantis épris d'ésotérisme (il faut bien dire, "de bazar"). Enfin pour terminer on pourrait dire que la phyllomancie se rapproche de la capnomancie (ou divination par la fumée, très pratiquée en Grèce antique et puis au Moyen Age où l'on jetait des graines de jasmin dans le feu pour prédire l'avenir). Les deux mancies furent parfois intriquées, il était fréquent que des feuilles d'arbres et de plantes soient brûlées, la lecture divinatoire de cette fumée se mêlant aux bruissements des végétaux menait sans doute à de puissants adages mais les pratiques de notre domaine suivant une philosophie 100% alcestienne, récusent sans réserve ce type de mancie tout autant que les pratiques sacrificielles visant à saccager les fleurs les feuilles et puis les branches, et je rajoute, (selon ma pseudo sagesse populaire à moi, au diable la capnomancie!) qu'il vaut mieux destiner directement à l'être aimé, les fleurs, les feuilles et puis les branches au lieu de les brûler pour savoir si on sera aimé. Après quoi, l'avenir sera dit...
Photos : Bruissements de feuilles aux couleurs folles vénérant les frêle brésars dans un fourré secret. L'adage dit que l'automne est là. Et c'est bien vrai ! vu en chemin nabirosinais. Octobre 2009. © Frb
06:10 Publié dans Balades, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (27) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mancies, phyllomancie, botanomancie, capnomancie, feuilles, bruissement, plantes, arbres, légendes, digressions, croyances, mémoire collective
13 octobre 2009
Dendromancie
"Si un tamaris est triste, l’intérieur du pays ne sera pas heureux"
La dendromancie est une branche de la botanomancie : il s’agit d’une divination par les arbres. Tout dans un arbre peut être observé à des fins d’interprétations mantiques dit-on. Le feuillage et son mouvement sous le vent, l’aspect extérieur, le bois même qui peut être disséqué de la même manière qu’un corps animal.
La vigueur des pousses nouvelles, les craquements du bois, les prodiges apparus dans le tronc ou les branches.
Ainsi peut on lire dans l'ouvrage du Docteur G. Contenau ("la divination chez les assyriens et les babyloniens") quelques exemples de préceptes très anciens :
"Si un palmier est triste, le coeur des gens ne sera pas bon".
"Si un arbre épineux est triste, la santé des gens ne sera pas bonne."
(Voir ci-dessus le triste tamaris), entre autres... Nous retrouvons le tamaris dans la divination grecque, à côté du laurier d'Apollon, et des chênes de Zeus, sur la croupe du mont Tamaros à Dodone. La divination par le laurier a pour petit nom savant la daphnomancie. Le laurier, consacré à Apollon, (Dieu des prophètes et des devins) était aussi considéré comme symbole par excellence de la divination. On pouvait mâcher des feuilles de laurier pour atteindre un état de transe. (Il ne vaut mieux pas re-tenter l'expérience aujourd'hui, car les feuilles de lauriers sont toxiques à très faible dose, et parfois même mortelles). On pouvait aussi le faire brûler et observer les flammes, y lire peut-être quelque présage dans la fumée ? Plus tard, on confectionna les dés avec le bois de laurier, (dont certains possèdaient le pouvoir d’abolir le hasard, ça c’est moi qui rajoute). On pensait aussi qu’en mettant une branche de laurier près de la tête d’un homme endormi, on faciliterait chez lui, les rêves divinatoires. Quant aux chênes (pour en revenir à la pure dendromancie), les prêtres de l’oracle de Zeus à Dodone considéraient comme une prophétie le bruissement de leurs feuilles agitées par le vent. Homère a évoqué ces oracles de chênes devins dans "l'Iliade" et dans "l'Odyssée" :
"Seigneur Zeus, dieu de Dodone, dieu des Pélasges, dieu au lointain logis, qui règne sur Dodone où sévit de mauvais temps - et les Selles habitent à l'entour, tes interprêtes, qui, les pieds non lavés, couchent sur le sol !" (HOMERE - l'Iliade, XVI - v.234)
"Celui-ci me dit qu'Ulysse s'en était allé à Dodone pour écouter, dans la haute chevelure du chêne divin, les conseils de Zeus sur la manière de revenir au gras pays d'Ithaque, dont il était depuis longtemps, déjà éloigné." (HOMERE - L'Odyssée XIV, v.327)
Si l'on sait aujourd'hui que Dodone était l'oracle de Zeus, on oublie que l'oracle était aussi dédié à Dioné qui était autrefois considérée comme une puissance agraire et comme une déesse du chêne, l'arbre tutélaire de ce bois sacré. L'oracle de Zeus et de Dioné fût donc l'un des plus renommés du monde hellénique. Dès l’époque romaine et jusqu’à nos jours, on a volontiers attribué un arbre à une famille noble et puissante : une branche abattue par la foudre, une maladie du bois, des feuilles tombant prématurément étaient autant de présages d’un accident ou d’un décès dans cette famille. Souvent, de la mort de l’arbre tout entier, on pronostiquait la ruine ou la disparition de la famille. De nombreuses lignées seigneuriales en Europe ont vu leur sort lié à celui de leur totem végétal. Elles ne suivaient en cela que l’exemple donné par la famille romaine de Jules dont le bosquet de lauriers plantés par Auguste se déssécha à la mort de Néron.
Il faut voir là, une conception de la magie sympathique entraînant secondairement des conséquences divinatoires. Une telle notion rejoint le principe des totems, des attributs mythologiques, des animaux compagnons des saints dans l’iconographie médiévale, des statuettes de cire des sorciers de village etc... La dendromancie est profondément enracinée dans l’esprit humain et qui sait ? En de nombreuses superstitions qui parfois nous hantent tout bas...
Souvent je songe à ce chêne rouge que mon père planta le jour de ma naissance, dont la racine tenait dans le creux d'une main. Durant toute mon enfance je le vis grandir et puis me dépasser. Le chêne ne tarda pas à me dominer d’un bon mètre, puis de deux... Tandis que je lisais mes premiers "Oui-Oui" dans son ombre. Lorsque je découvris le "bateau ivre", le chêne rouge était un géant, il aurait dû survivre à ma génération et à celles qui suivraient. Mon père veilla longtemps sur sa tranquille maturité. Tant que le chêne rouge allait, tout irait. Puis il y eût d'autres livres et des feuilles plus sombres. Une nuit, l’orage foudroya notre chêne, brisa en deux parties nettes le tronc. Quelques jours après, on vit arriver la faucheuse.
Photo : Crépuscule aux oracles d'un dieu brésar vu près de la dame et ses génies (dont certains de l'agriculture) dans la mythique forêt Morand. Photographié à Lyon rive gauche. Au début de l'hiver 2008. © Frb
04:23 Publié dans Balades, Ciels, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mancies, dendromancie, daphnomancie, botanomancie, divination, mythologie, croyances, éléments, nature, brésars, humeurs, oracles, laurier
03 octobre 2009
Cordoue, c'est fini
Entre nous deux, dis, le veux tu, l’impérissable,
Le secret qui se tait quand les autres secrets
Ne savent pas se taire ? O toi dont le bonheur
Se paye de ma vie, fût-elle inépuisable...
Au prix de ton bonheur, je la refuserais.
IBN ZEYDOUN (ou Abu al-Waleed Ahmad Ibn Zeydoun al-Makhzumi -1003-1071). Extr : "Anthologie poétique "Les Arabes et l'amour" traduit et présenté par H. Hadjadji et A. Miquel. Editions Actes Sud 1999.
IBN ZEYDOUN (ou ZAYDÛN) est l'un des plus illustres poètes de l'Espagne musulmane, dont les meilleurs accents sont ceux de l'exil, et célébrent le souvenir de la princesse WALLÂDA dont on l'avait séparé.
Ainsi Dieu le sait, j’ai changé de vie :
Je suis en toi pour tout ce que je suis
De tous les mets j’ai perdu la caresse
Et quant à boire, un supplice j’endure
WALLÂDA (Bint al Mustakfi) était une poétesse, fille du dernier calife omeyyade de Cordoue, Muhammad III, elle organisait chez elle des salons littéraires où se rencontraient poètes, philosophes et artistes, elle s'occupait aussi d'éducation de jeunes filles. D'après les récits historiques, elle portait une robe sur laquelle était brodée en or des vers d'amour. Participant aux joutes de poésie, elle fût très critiquée pour avoir exprimé souvent ses sentiments avec beaucoup d'audace et une très grande liberté. Elle eût aussi de nombreux défenseurs comme IBN AZM, poète historien philosophe, théologien arabe. La liaison de WALLÂDA avec IBN ZEYDOUN fût, (dit-on), assez tumultueuse. Les deux se seraient rencontrés à l'occasion d'une de ces compétitions poétiques, où déjà WALLÂDA défrayait la chronique dans la Cordoue du XI em siècle.
A propos de cette relation quelques poèmes de la princesse nous sont parvenus. Ils expriment le désir de rejoindre le bien aimé, la déception puis la douleur et enfin le reproche succédant à la brutale séparation. IBN ZEYDOUN ne cessera d'écrire, il écrira à son amour perdu qu'il ne pût jamais revoir. La princesse serait morte à l'âge de cent ans, son aimé l'ayant précédée dans l'autre monde, déjà depuis vingt ans...
Avant de rencontrer WALLÂDA, le poète IBN ZEYDOUN était déjà reconnu, admiré à la cour. Il se persuada, d'abord, que la princesse était laide, sûr, (comme quelques d'hommes l'ont crû et le croient encore parfois, à tort, maudits goujats !), que "les femmes savantes sont souvent des femmes sans beauté qui compensent leurs disgrâces par leur esprit" et puis il préfèrait les femmes "de type oriental, blanches de peau, avec des cheveux de jais, des yeux de braise." Rien donc ne destinait IBN ZEYDOUN et WALLÂDA à s'éprendre, l'un de l'autre.
La réalité fût sans doute moins idyllique mais le mythe existe pourtant repris de mille façons depuis des siècles, aussi envoûtant que l'histoire de "Roméo et Juliette". On dit que WALLÂDA était extrêmement belle avec ses "cheveux blonds cendrés" qui auréolaient un visage ovale, parfait et "donnaient à ses yeux bleus des reflets changeants aux paupières légèrement bistrées". Le poète parla même de "ce regard où sont nés les regards et les astres". WALLÂDA fût elle attiré par IBN ZEYDOUN lorsqu'elle le vit pour la première fois ? (Pardonnez, chers lecteurs cette prose du genre "courrier du coeur", mais certains jours ne fait que questionner gentiment les mystères, brodant pour le plaisir seulement, tout comme on caresse les feuilles mortes, puisque l'idylle, autant le dire, ne finit pas très bien et demeure aussi un casse-tête pour ceux qui ont voulu décrypter les quelques points obscurs de ces vies tourmentées. Cordoue semble enfouir ses anciens secrets, et sur le plus précis du thème, la documentation est rare...).
Donc, nous retrouvons WALLADA, au palais, recevant tout ce que le royaume comptait d'hommes puissants ou de personnalités cultivées, princesse "aguerrie", dirons nous, qui soudain fut impressionnée par la personne d'IBN ZEYDOUN, "il était différent au moral, comme au physique". Mais n'est ce pas ce qui se dit généralement à l'origine de toute passion ? Sauf que nous sommes ici, dans un royaume ! splendeurs et misères donc, et sous ce genre d'auspices, l'idylle ne pouvait aller très longtemps. Des obstacles de plus en plus en nombreux entravèrent les amants. WALLÂDA malgré son nom "l'enfanteresse" (ou femme génitrice) était loin de symboliser la fécondité. Soucieuse de reconquérir le trône de ses ancêtres, elle conspirait ouvertement à faire renverser les Jawharides (ou nouveaux maîtres de Cordoue). Férue de poésie, chanteuse, musicienne de talent, elle devint peu à peu pour IBN ZEYDOUN : la beauté inquiétante...
"Qui mesure le temps, ô ma dame ! toi, les astres ou Dieu ?"
Au lieu d'une réponse, le déchirement. Certes IBN ZEYDOUN, n'ignorait pas cette chance d'être aimé d'une princesse, mais ne pouvait oublier qu'il était serviteur des Jawharides et que cette liaison avec une "ennemie" risquait fort de le mettre en porte à faux. Les amants s'aimaient follement et pourtant ils se séparèrent. Plusieurs thèses furent avancées. Certaines affirment que le chantre de WALLÂDA l'avait trompée avec OTBA, une de ses suivantes noires, chanteuse à la voix d'or, d'autres invoquent les incompatibilités d'humeurs, d'autres encore préfèrent croire que la rupture vint d'une raison d'état, logique. Toujours est-il qu'on ne peut rien révéler de source sûre, tout comme on doute encore du caractère de cette princesse, amante et poétesse. Pour certains WALLÂDA reste une libertine, dépravée, une créature sans coeur, pour d'autres elle symbolise la vertu, la muse incomparable adulée par l'un des plus grands poètes d'Andalousie.
Tandis que l'homme proclamera jusqu'à la fin de sa vie, qu'il aime sa princesse, encore et toujours, sa poésie évoquera parallèlement le temps d'avant l'exil, le regret du pays, de l'espace cordouan, lieu du bonheur et des amours. Son paradis perdu.
Ô belle Cordoue me sera-t-il donné
De retourner à toi ?
Que vienne le moment où je te reverrai
Tes nuits sont des aurores
Ta terre est un jardin
Ton sol imprégné d'ambre
Safrané, un tapis d'or.
Photo 1 : Premiers émois presque au dessus des flots du lac, l'été indien encore, mais déjà, à peine perceptible la naissance d'une légère teinte dorée sur quelques feuilles, au soleil de midi.
Photo 2 : Les souvenirs s'envolent. Tapis pas safrané, semé de lumineuses feuilles d'or, vu sur les grands boulevards un peu avant minuit. Lyon. Octobre 2009. © Frb
23:26 Publié dans A tribute to, Balades, Ciels, De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective, Parlez vous Charmillon ? | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amours, ibn zeydoun, poésie arabe, princesse wallâda, poésie amoureuse, histoire, notes de lecture, anthologie, ciels, arbres, feuilles mortes, cordoue, rencontre
13 septembre 2009
Comme un dimanche
"A peine eût-il descendu dans la cave, qu'on le vit agité par des mouvements convulsifs"
FELIX VICQ D'AZYR, (1748-1794). "Le danger des sépultures", cité par PHILIPPE ARIES in "Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen-Age à nos jours". Editions Seuil 1975.

Avant-propos : Ce billet est une suite, (pas tout à fait chronologique) tout autant qu'une variation sur un même thème, si vous avez loupé le début, vous le trouverez sur le billet "Comme un dimanche" daté du 06/09/2009.
On sait maintenant que dans la seconde moitié du XVIIIem s. l'opinion s'est émue des "dangers des sépultures", c'est même le titre d'un essai paru en 1778, écrit par F. VICQ D'AZYR, médecin bien connu aujourd'hui des historiens. Un recueil de faits divers qui démontrent le pouvoir d'infestation contagieuse des cadavres et décrivent aussi ces foyers de gaz toxiques qui se formaient dans les tombes. Certains enterrements célèbres dans les annales de ces premiers hygiénistes tournèrent à l'hécatombe.
Ainsi un jour chaud du mois d'Août 1744, un portefaix s'effondra, ouvrant le caveau des pénitents blancs de Montpellier, à peine eût il descendu à la cave, qu'il fût pris d'un malaise brutal, le frère pénitent qui voulût lui porter secours échappa de justesse au danger. "A peine eût-il saisi l'habit de portefaix qu'il perdit la respiration". On le retira à demi-mort. Bientôt il reprit ses sens mais il lui resta une espèce de vertige et d'étourdissement, signes avant-coureurs des mouvements et des défaillances qui se manifestèrent un quart d'heure plus tard. "Ses troubles heureusement disparurent par le moyen d'une saignée et de quelques cordiaux, mais il fût longtemps pâle et défiguré et il porta depuis, dans toute la ville, le nom de ressucité". Deux autres pénitents tentèrent de sauver le malheureux portefaix qui était toujours au fond de la cave, inanimé. Le premier pénitent se sentant suffoquer eût le temps de faire signe qu'on le retirât. Le deuxième, plus robuste fût victime de sa force et de son audace : "Il mourût presque aussitôt qu'il fût descendu [...] chacun alors comprit, à quoi il s'exposait et personne ne désirât plus se risquer à une telle tentative malgré les exhortations les plus pressantes du clergé".
Source : Philippe ARIES "Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen-Age à nos jours".
Même lien, à props de Philippe ARIES : http://bruegel.pieter.free.fr/aries.htm
Photo : Est-il mort ou tente t-il doucement de revenir à la vie ? ce Christ couché à nos pieds et dépouillé de sa croix. Etrangement mis à terre, bras clouées à la pierre, poings rageusement serrés. A terre encore, se trouve, presque à l'endroit de la blessure, et glissant tout le long du corps, une mousse tellement improbable qu'on la croirait miraculeuse, (s'il nous venait encore la certitude de quelques miracles sur terre...). Le temps d'une seconde, l'illusion trouble un peu, et nous surprend encore en flagrant-délit de superstition... Cela comme la feuille noire gisant sur un bitume hanté par les vivants, tout aussi bâtés qu'insoucieux. Ces choses porteront simplement le doux nom de mystère. Je ne saurai rien vous dire de plus. Photographié au Cimetière de Bois Ste Marie, au milieu de l'été 2009. © Frb
19:26 Publié dans A tribute to, Art contemporain sauvage, Balades, Certains jours ..., De visu, Le vieux Monde, Mémoire collective | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dimanche, mémoire collective, certains jours, cimetière, la mort, philippe ariès, vicq d'azir, notes de lecture, sépultures, essais sur l'histoire de la mort en occident, peur, cadavres, hantises






