dimanche, 01 juin 2014

H/ombres

Il faut parler de la création comme traçant son chemin entre des impossibilités... C’est Kafka qui expliquait l’impossibilité pour un écrivain juif de parler allemand, l’impossibilité de parler tchèque, l’impossibilité de ne pas parler. Pierre Perrault retrouve le problème : impossibilité de ne pas parler, de parler anglais, de parler français. La création se fait dans des goulots d’étranglement. Même dans une langue donnée, même en français par exemple, une nouvelle syntaxe est une langue étrangère dans la langue. Si un créateur n’est pas pris à la gorge par un ensemble d’impossibilités, ce n’est pas un créateur.

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Un créateur est quelqu’un qui crée ses propres impossibilités, et qui crée du possible en même temps. Comme Mac Enroe, c’est en se cognant la tête qu’on trouvera. Il faut limer le mur parce que, si l’on n’a pas un ensemble d’impossibilités, on n’aura pas cette ligne de fuite, cette sortie qui constitue la création, cette puissance du faux qui constitue la vérité. Il faut écrire liquide ou gazeux, justement parce que la perception et l’opinion ordinaires sont solides, géométriques. C’est ce que Bergson faisait pour la philosophie, Virginia Woolf ou James pour le roman, Renoir pour le cinéma (et le cinéma expérimental qui est allé très loin dans l’exploration des états de matière). Non pas du tout quitter la terre. Mais devenir d’autant plus terrestre qu’on invente des lois de liquide et de gaz dont la terre dépend.

Le style, alors, a besoin de beaucoup de silence et de travail pour faire un tourbillon sur place, puis s’élance comme une allumette que les enfants suivent dans l’eau du caniveau. Car certainement ce n’est pas en composant des mots, en combinant des phrases, en utilisant des idées qu’un style se fait. Il faut ouvrir les mots, fendre les choses, pour que se dégagent des vecteurs qui sont ceux de la terre. Tout écrivain, tout créateur est une ombre. Comment faire la biographie de Proust ou de Kafka ? Dès qu’on l’écrit, l’ombre est première par rapport au corps. La vérité c’est de la production d’existence. Ce n’est pas dans la tête, c’est quelque chose qui existe. L’écrivain envoie des corps réels. Dans le cas de Pessoa, ce sont des personnages imaginaires, imaginaires pas tellement, parce qu’il leur donne une écriture, une fonction. Mais il ne fait surtout pas, lui, ce que les personnages font. On ne peut pas aller loin dans la littérature avec le système "On a beaucoup vu, voyagé" où l’auteur fait d’abord les choses et relate ensuite. Le narcissisme des auteurs est odieux parce qu’il ne peut pas y avoir de narcissisme d’une ombre. Alors l’interview est finie. Ce qui est grave, ce n’est pas pour quelqu’un de traverser le désert, il en a l’âge et la patience, c’est pour les jeunes écrivains qui naissent dans le désert, parce qu’ils risquent de voir leur entreprise annulée avant même qu’elle ne se fasse. Et pourtant, et pourtant, il est impossible que ne naisse pas la nouvelle race d’écrivains qui sont déjà là pour des travaux et des styles.

GILLES DELEUZE : extr. "Les intercesseurs" in "Pourparlers", éditions de Minuit (1990/2003).

 

Photo : Tout ce qu'on imagine a des chance d'être faux, restent les feuilles volantes, qui ressemblent vues de loin à des jets de cailloux, ou de plumes, (va savoir !) c'est peut-être les deux, peut-être pas grand chose, qui retomberaient très lents sur d'autres vérités nuancées, comme le vent qui tourne, claque des portes ou les ouvre comme les mots cachés à l'intérieur, ou des mots qui se frottent à d’autres, ici, des bris épars, en apparence...

 

Ciel de Lyon © Frb 2012. Lyon.

samedi, 24 mai 2014

Coming from reality

Voilà que revenait la rage incontrôlée, la haine de soi déguisée en faute de quelqu’un d’autre.

TONI MORRISSON extr. de "Home", Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, éditions Christian Bourgois, 2012.

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Indice : A tort et à travers. Un mur qui ne cesse de parler. A tant le questionner serions-nous sûrs, absolument, ou par un semblant de lucidité (toujours éloquente) d'avoir saisi au plus précis ce que ce mur réellement dissimule ?  

Photo prise à Villeurbanne, il y a quelques années devant une palissade cernant les ruines des bâtisses d'un quartier en démolition, (massacre urbain et toutes ses conséquences). Une intervention éphémère, militante, admirable tentée par un collectif (je ne sais son nom) de citoyens et d'artistes défendant les minorités (souvent silencieuses) et essayant d'agir contre toute forme de racisme y compris le racisme qu'on a parfois coutume de qualifier étrangement de "nouveaux" racismes voir de haine "ordinaire (?)"...

 

Street-Art © Frb (archives urbaines pas "ordinaires")

mardi, 20 mai 2014

Cloudscape

Qu'est-ce qui fait qu'il est parfois difficile de déterminer dans quelle direction nous allons marcher ? Je crois qu'il y a un magnétisme subtil dans la Nature qui, si nous y cédons inconsciemment, nous indique la bonne direction. Il n'est pas indifférent pour nous de savoir quel chemin nous empruntons. Il y a un bon chemin, mais nous sommes très assujettis à l'insouciance et à la stupidité, et nous sommes enclins à emprunter le mauvais. Nous emprunterions volontiers ce chemin que nous n'avons encore jamais emprunté dans ce monde réel, qui soit parfaitement symbolique du chemin que nous aimons suivre dans le monde intérieur et idéal ; et parfois, pas de doute que nous trouvions difficile de choisir notre direction, parce qu'elle n'existe pas encore distinctement dans notre esprit.

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Photo: des pas perdus.

 

St Clair © Frb 2013

lundi, 12 mai 2014

Secret life

Au-delà de ce qui arrive ou n'arrive pas, l'attente est magnifique. 

ANDRE BRETON

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On trouve un silence très troublant dans le Rivage des Syrtes de Julien Gracq où une antique lagune baigne dans l'attente à la lisière des mondes, dans le silence, une forme d'énonciation plus évidente:

 

 

Le silence est témoin absolu.

 

 

 

Photo: A la lisière des mondes (et des merveilles...).

 

 

Très loin d'ici.© Frb 2014

jeudi, 01 mai 2014

Winterlude # 1

Tout homme qui marche peut s’égarer.

 

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Il faut donc de l'attente, que tout aille lentement, ne pas décrire l'achèvement quand rien n'a encore commencé. 

 

 

Photo: Parc de la Tête d'Or. Sur les traces de l'homme qui ne cesse de poursuivre les traces de l'homme qui marche sur les traces de l'homme qui ne cesse de poursuivre, etc, etc ...

 

Lyon © Frb 2014.

samedi, 12 avril 2014

L'aube et la nuit

S’épuiser à chercher le secret de la mort

fait fuir le temps entre les plates-bandes

des jardins qui frémissent

dans leurs fruits rouges

et dans leurs fleurs.

L’on sent notre corps qui se ruine

et pourtant sans trop de douleurs.

L’on se penche pour ramasser

quelque monnaie qui n’a plus cours

cependant que s’entendent au loin

des cris de fierté ou d’amour.

Le bruit fin des râteaux

s’accorde aux paysages

traversés par les soupirs

des arracheuses d’herbes folles.

JEAN FOLLAIN  in  "Exister", Gallimard, collection blanche, 1947

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Le premier mouvement du printemps, une éclosion, surprise dans la fraîcheur de l'aube, jusqu'au profond silence de la nuit et ses hymnes, qui garde avec les fleurs, nos joies perdues, ce qu'il faut redouter, apaiser et enfouir...

 

 

Au jardin : © Frb 2014

mardi, 01 avril 2014

L'horizon

Un homme parle à des animaux, c’est-à-dire à des êtres sans réponse [...] Un homme parle à des animaux et ainsi il leur parle des choses dont on ne parle pas : de ce que nous vivons par exemple, quand nous sommes portés à nos extrêmes, écartelés, dans la plus grande obscurité et pas loin d’une lumière, sans mots et proches d’un dénouement.

Extr. présentation du "Discours aux animaux" de V. NOVARINA, publié chez P.O.L. en 1987

Lecteur, si tu veux faire une bonne action tu peux libérer des oiseaux en cliquant sur toutes les images. oiseaux_0038.JPG

oiseau_0032.JPGoiseaux.jPGoiseaux_0035.JPGoiseaux_0034.JPGoiseaux0037.JPGPour ceux qui ont loupé le début ils trouveront une sorte de résumé : ICI

 

      

       

Nota : J'ose espérer que le lecteur (adoré) aura la bonté de me pardonner la qualité quelque peu désolante de ces clichés, mais je n'ai pas de téléobjectif (envoyez vos dons !) et comme ce blog n'est pas un blog photographique, je ne vois pas pourquoi je ne vous montrerai pas (malgré tout), les oiseaux de notre presqu'île. C'est tellement rare de les approcher de si près. un jout, je tenterai, de vous ramener des galoupes, des aspireaux et peut-être deux ou trois pinsons... (Allain-Bougrain Dubourg sors de ce corps !)

Photos : Oiseaux rébarbatifs ou scènes de la vie d'un couple (?) d'oucardes tigrées, photographiées tout près de la mythique "Buvette St Antoine", sur le quai St Antoine à Lyon, après l'heure du marché, aux alentours de 14H00 du matin, en ce beau mois de Novembre :))

 

Lyon presqu'île © Frb 2010.

mercredi, 10 juillet 2013

Hors-saison


Sur des panneaux luisants, ou sur des cuirs dorés et d’une richesse sombre, vivent discrètement des peintures béates, calmes et profondes, comme les âmes des artistes qui les créèrent.

CHARLES BAUDELAIRE : extr. "L'invitation au voyage", in "Les fleurs du mal" (1857), éditions Gallimard, 2007.


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Parfois, nous brûlons notre terre découvrant la chimère lassée de nos récits. Ca ne tient plus beaucoup. Nous encombrons l'espace, nous ferons quelques rimes pour la foire et c'est tout. Puis nous irons guincher sur les embarcadères.

Déjà, nous regardons peu à peu l'horizon annexer le rivage, nous le laissons à ceux qui voient plus loin que nous. Nous vivrons dans les arbres, avec une foule d'oiseaux, nous serons petits singes, sajous / callimico puis nous re-deviendrons inintelligibles.

Partout, le ciel est pourpre, la saison capitonne. Nous défilons en rythme d’un jour à l’autre, mais tristes, abordons l'avenir sur un point d'immersion qui se perdra sans doute dans une ligne droite bordée en profondeur d'une chute en carrés d'art. 

Peu importe que le grand manitou nous dégorge, quand sa lame nous tranchait nous étions presque morts, nos contours sont plus vagues, nous dérivons encore. Nous cherchons les jardins d'autrefois où les folles balançoires esquissées à la gouache absorbaient nos coquilles dans le pli d'un buvard. Nos mains ont déchiré tant de pages et de pages.

On retourne à la source, on ne s'y abreuve pas, l'eau noircie par mégarde, ouvre un sillon de bave. On traque les empreintes, lichens / fossiles / galets / et le pas se veloute sur des mousses poreuses. On reprend les balades. 

Ces marches agrémentaient, on s'en souvient, des foules vivant en nous de mots ouvrant aux bruits infâmes, il y eût des tavernes assemblées en nuages, qui racontent la suite. On oubliera demain, ces voleurs de miroirs qui goûtaient en eaux troubles les diodons délicieux, et nos barques à présent bercent des sons captieux, les voix ne portent plus.

Dans la chaleur des bars, certains jours on s'attable avec des globe-trotters qui nous racontent leur vie : l'Egypte / l'empire syldave / ils ont des petites lianes enroulées dans la tête, on dirait des girouettes tournant sur des momies, ils sont galants mauresques / fauves étrusques / nécropole engloutie / marins du Kon Tiki / après des heures à boire, à gober leur histoire, on devine au final qu'ils ne sont jamais partis, ils troquent leurs faux voyages contre un peu de compagnie, et nous bradons le virelai pour des romans de gare.

Peu de chance que le chant nous revienne ou s'évase, nous l'avions rêvé flou. Des phrases ont renversé le splendide équipage, une masse enjouée mesure les équilibres, nous restons attentifs aux mouvements de ces gens qui se cachent ou s'étoilent en causeries sur des bancs, nous visons les Nagra de ces genres d'acousmates qui font de grands voyages dans la rue d'à côté, le reste liquidé, se fondra dans les glaces de ces absences-présences qui se croisent et puis cessent.

On rejoint les clochers, tout semble à l'abandon, moins qu'au coeur de ces villes dont les passages fermés ne nous égarent plus. Nous ne pouvons plus choisir entre le plein, le vide, guettant un évènement, traversons des ruelles et des jardins publics jusqu'aux grands toboggans.

Tout près sous les lumières des chiffres sont tombés d'on ne sait quelle statistique, et des publicités passent de plus en plus vite, des homme gris tapent en choeur sur des mini-claviers, notant les résultats d'on ne sait quelle expertise.

Par de fines craquelures entre ces oubliettes on reconnaît l'enfant vaguement phagocyté, allant pieds nus, toujours, courant à la conquête d'un souvenir futur sans trouver la notice qui aide à parvenir à la maturité. La flemme est botte secrète, on aura dans la tête le calcaire/ le granit/ les rochers mystérieux / un paysage d'hiver / une mémoire d'art brut ...

Cela devait entrer en ce rêve animal, rien d'exquis, ni barbare, nous ne sommes plus concernés par ce qui cogne ou jase et s'agite sans égards / ces engouements de cible / nos sentiers éboulés / des pensées pleines de trous / nous figent en pétroglyphes.

Le Cv sous le bras illustrant un grand livre sans lecteur ni auteur, nous trottons par les berges jusqu'aux embarcadères, là, les flots sont plus clairs, les vents nous rafraîchissent. Nous gardons les yeux clos, nous croisons des artistes qui ne savent plus quoi faire de leur vie, de leur art, nous les suivons biffés dans la cité-passoire qui se construit sur nous, rejette les uns les autres à la périphérie. Plus d'atelier plus rien où caler nos paperasses, les cartons à dessin retournent au recyclable, nous aimons l'inutile, c'est plutôt rassurant.

Puis des pieds à la tête, ça flottera de partout, il nous manquera seulement le moral nécessaire mais nous pouvons poursuivre le voyage hors-saison ou en hors-lieu peut-être, tisser les passerelles s'il nous manque des ponts. Nous ramperons comme des bêtes jusqu'en terre de bruyère puis au delà, enfin, nous quitterons nos mémoires en jetant des cailloux pour faire des ronds dans l'eau, nous longerons les rivières (un jour nous y reviendrons).

Les vêtures sinueuses d'écorces nous protègent. Nous serons étendus, nonchalants à poursuivre, enlacés dans les ombres sous les arbres et les herbes, un brin de pâquerette fera bouche à oreille, le reste imprononçable. Ou bien, c'est un silence, un flot qui se retire : le secret de la source près d'un vieil escalier qui descend jusqu'au ciel, nous serons pour ce peu, si près...

 



 

 

 

 

 Photo : Une île, qui ne fleurit jamais.

 

 

 

Là bas © Frb 2013.
  

jeudi, 20 juin 2013

Color me gently

Sous son pinceau, sous ses doigts, les couleurs, la glaise, le bronze, le métal se pliaient à sa force. Il matait les femmes et la matière pour en faire ses esclaves.

MARINA PICASSO in "Grand père", éditions Gallimard, 2003.

 

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Photos : Modèles vivants simples et dociles en quatre couleurs. Déploiement hors saisons suivant la partition, thématique en voeu pieux (?) gentiment after-punk, je cite:

Que la nature nous protège des taches de peinture, des puissances de la glaise, du métal et du bronze. 

C'est de Dante, je crois  - le manuscrit reste introuvable -  mais on a retrouvé celui-ci :

 

 

Nel mezzo del cammin di nostra vita

mi ritrovai per una selva oscura,

ché la diritta via era smarrita.

 

 

A suivre, peut-être...

 

 

 

Là bas : © Frb 2013

lundi, 20 mai 2013

Une histoire sans parole (ou presque)


Hana no kage

aka no tanin wa

nakari keri


ISSA alias Kobayashi Issa. La traduction se trouve au terme de la balade. Si vous êtes trop pressés vous pouvez oublier le printemps et retrouver une saison (de saison), ICI. 

 

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À l’ombre des fleurs

même un parfait étranger

ne l’est déjà plus





Photo :  Le dire avec des fleurs, dans un jardin, c'est mieux...

 

 

Là bas : © Frb 2013.

mardi, 16 avril 2013

La fleur bleue de Novalis

Je n’ai jamais rien éprouvé de pareil : c’est comme si j’avais vécu en songe jusqu’à présent, ou encore comme si j’étais passé en dormant dans un autre monde ; car dans celui où je vivais d’ordinaire, qui donc aurait prêté attention aux fleurs ? Quant à une passion aussi insolite pour une fleur particulière, je n’en avais jamais entendu parler auparavant.

NOVALIS : extr. Henri d’Ofterdingen, traduit de l’allemand par Marcel Camus, éd. GF Flammarion, Paris, 1992. 

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Tout commence ainsi :

le fils de baron Friedrich Von Hardenberg, alias Novalis nom de plume, décrit un rêve de jeune homme, dans son sommeil, il découvre un bassin aux ondes chatoyantes :

Aussitôt, un souffle intérieur le parcourut tout entier, le réconfortant et le désaltérant. Pris d’un irrésistible désir de se baigner, il se dévêtit et descendit dans le bassin. […] Une sensation céleste inonda son cœur […] Et chaque vague de l’adorable élément se pressait contre lui comme une gorge amoureuse.

Le jeune homme s'ouvrit à l'illumination et dans sa nuit rêveuse, eût une autre vision

Il se trouvait à présent étendu sur une molle pelouse au bord d’une source qui jaillissait dans les airs et semblait s’y consumer. Non loin de là, s’élevaient des roches bleuâtres aux veines diaprées. Le jour qui l’entourait lui parut plus clair, plus doux que de coutume ; le ciel, bleu noir, était d’une pureté absolue. Mais ce qui l’attira d’une manière irrésistible, ce fut, dressée au bord même de la source, une grande Fleur d’un bleu éthéré qui l’effleurait de ses hauts pétales éclatants ; autour d’elle se pressaient des milliers de fleurs de toutes les couleurs et dont les suaves parfums embaumaient l’air. Lui, ne voyait que la Fleur bleue, et longtemps il la contempla avec une indicible tendresse. Mais quand il voulut enfin s’approcher d’elle, elle se mit à frémir et à changer d’aspect. Les feuilles, de plus en plus brillantes, se serraient contre la tige qui croissait à vue d’œil ; la Fleur se pencha vers lui : parmi les pétales qui formaient une sorte de collerette bleue, flottait un tendre visage… Son émerveillement grandissait avec cette étrange métamorphose quand soudain la voix de sa mère le réveilla et il se retrouva dans la chambre familiale que dorait déjà le soleil du matin.

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Je me garderai de vous livrer les interprétations des métaphores sublimes nées dans l'esprit du rêveur Henri d’Ofterdingen, dont vous pourrez apprécier plus vastes scintillements ICI ; je n'étriperai pas d'analyse sigmundienne ou jungienne, ces passages de pure grâce afin de ne pas dévoyer ni trahir la beauté suggestive insufflée par l'auteur, et que vienne à chacun cette folle idée d'unir sa vie à ce printemps portant nos figures pâles dans la campagne fraîche. Puissions nous pressentir la puissance alchimique qui bouleverse les coeurs au point qu'il n'est plus d'autre façon d'imaginer vivre autrement que couché au milieu des fleurs, qui sont toutes bleues quoiqu'on dise, sauf peut-être le myosotis qui est rouge comme le sang offert au saccage pictural des chants surréalistes, ils vénéreront avec d'autres, bien plus tard, la grande modernité des romantiques allemands et les oeuvres visionnaires de Friedrich Von H. alias Novalis, du bleu de la fleur au bleu lumineux de la nuit dont nous nous parerons sans doute.

 

 

 

 

Nota : Les conditions impérieuses du petit monde du myosotis se devant toutes d'êtres remplies, par défaut d'entrer dans le rêve du vieux siècle romantique, nous pouvons prier pour la fleur afin qu'elle ne s'étiole pas trop tôt entre nos mains frondeuses, ou dans nos coeurs gros et avides. 

 

Photo : corolle ouverte, accueillants mais farouches et bizarrement difficiles à photographier, Les mini coquelicots de l'Himalaya ont aimablement posé sur ma pente (et pour vos cimes, en tout bien, tout honneur), si par chance là où qu'il soit, (avec des si), Novalis, feu poète nous faisait la fleur (qui tient notre malheur) de nous rêver au profond de ses nuits plus impérissables que nos jours... Je ne termine pas la phrase, le mystère a son charme.

 

Nabirosina : © Frb 2013

mercredi, 10 avril 2013

Icare 2013 (III)

Mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité à créer de la beauté à partir de mon désespoir [...]

STIG DAGERMAN in "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier", éditions Actes Sud 1981.

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Icare n'arrivant plus à s'envoler aussi haut qu'il l'avait autrefois rêvé décida qu'Avril dans sa nature clémente, lui permettrait tout aussi bien d'essayer de marcher sur l'eau. Icare ne savait pas encore que le ciel du mois de Mai s'annonçait pluvieux et brutal, Icare n'écoutait pas la radio, il ne se fiait qu'à notre calendrier singulier destiné à ceux qui ont un léger retard sur la vie, mais il avait notre courage, notre approbation et les cris d'enthousiasme du peuple des oiseaux de la forêt - pic verts, rousseroles et bécassons menant par dessus les choeurs (mes anges !) une section rythmique endiablée en tapant becs et pattes accordés sur tous les bouts de branches qu'ils pouvaient trouver, le départ fût très gai. Icare ne manquait ni d'ingéniosité ni de provisions, nous étions sûrs, cette fois-ci, qu'il ne pouvait pas rater son défi, étant si près du but ...

 

 

 

 

 

 

Si vous avez loupé le début il suffit de cliquer dans l'image et tout ce qui précéde se souviendra de nous. 

 

Photo : Un nouvel élan, Icare et l'océan : une autre histoire, au gré du vent, si le vent nous porte plus loin ou plus haut. CQFD... 

 

Ailleurs © Frb 2013.

 

vendredi, 22 mars 2013

Les limites nous regardent (derniers jours sur le fil)

Un paysage, un habitant qui en explorent les bornes enclin à laisser le photographe se pencher par dessus son épaule...

Les limites nous regardent

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Ceci n'est pas une simple phrase, c'est une tentation.

C'est aussi le thème d'un très beau projet de Ernesto Timor, photographe excellent, dont j'ai découvert récemment les multiples travaux et autres ramifications.

Ernesto Timor expose en ce moment à l'Antre Autre, (chez Maguelone), jusqu'au 30 Mars 2013. 

 http://www.ernestotimor.com/irregular/expositions/les-lim...

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Pour une fois j'étais à jour mais loin de l'heure, malgré une folle course entre villes, il est trop tard pour déjouer d'autres limites technologiques § co, (mes excuses à Ernesto), trop tard pour annoncer une soirée ERNESTO § FRIENDS, qui a eu lieu ce soir, terminée depuis quelques heures, il y avait au programme des projections, échos/ rebonds littéraires et sonores (les limites nous écoutent) + d'autres surprises... Je n'en dis pas davantage puisque que je n'ai pu m'y rendre c'est un regret, mais ça donne une idée du projet et de ses fines correspondances. J'apprends pour consolation, que "Radio Quenelle" "the" web radio lyonnaise a enregistré l'émission "je suis venue vous dire", ce 21 Mars à l'Antre Autre au coeur même des limites de Ernesto Timor. 

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L'artiste y parle lui-même  de son projet, de ses photos, le podcast est écoutable sur le site de Radio Quenelle, je vous glisserai le lien très bientôt afin de ramener un petit aperçu sonore sur cette page.

Pour l'instant je sais déjà qu'il vaut le coup, d'aller faire un tour du côté de l'Antre Autre, l'endroit est coloré, convivial, et les photographies d'Ernesto Timor y sont encore visibles quelques jours.

N'ayant pu rencontrer l'artiste in situ, je publie l'évènement sur le fil d'un échange généreux déjà riche en couleurs, Ernesto Timor a eu la gentillesse, d'offrir des limites inédites à certains jours, je l'en remercie elles sont au chaud pour l'heure, il serait bon d'y revenir... Je ne doute pas que nous pourrons aborder encore le thème des limites vues par Ernesto Timor, peut-être, prochainement. J'ouvre la perspective selon les évènements ou sur un mode impro, on en reparlera tôt ou tard.

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Pour l'instant, nous suivrons l'actualité d'Ernesto Timor de très près, puisque le projet Les limites nous regardent se présente sur un mode évolutif, il s'étoffe, il s'expose entièrement ou par bribes et en divers lieux, il  trouve aussi ses échos en musiques, poésies, se remixe en explorations sonores  et de fait, suscite des rencontres avec d'autres créateurs. C'est en ce moment sur la dernière ligne de Mars, un monde aux vastes imaginaires, et dyptiques assez rares. Courons ! Il n'est jamais trop tard...  

Nota :

L'Antre Autre, est situé au 11 de la rue Terme dans le 1er arrondissement de Lyon.  

 http://www.lantreautre.fr/

 

Si vous désirez découvrir Ernesto Timor en multi-pistes, je dépose quelques liens, tout de quoi savourer et le reste à venir...

 

http://www.ernestotimor.com/malaxe/

http://www.ernestotimor.com/irregular/

http://www.timor-rocks.com/

 

  

Photos: © Ernesto Timor (extraits du dossier "Les limites nous regardent").

vendredi, 01 mars 2013

Métaphore filée

Tout ce que nous ne voyons pas est immense.

Rouletabille in "Le mystère de la chambre jaune" par G. LEROUX. 

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Adolphe essaie de cacher l'ennui que lui donne ce torrent de paroles, qui commence à moitié chemin de son domicile et qui ne trouve pas de mer où se jeter (*)


 

 

Nota (*) : extrait des "Petites misères de la vie conjugale" de Balzac.

 

Photo: Tout est .  

 

Aux champs © Frb 2013

mardi, 26 février 2013

Bricodrame

La fin des commencements

 

  

 

 Avec l’air que l’on chante lointain, 

de plus en plus lointaine enfance 

 

avait écrit TZARA dans "L'homme approximatif".

Une fine trace suspendue à ce fil, et au cours ordinaire simple et bête, filmé brut, d'une fenêtre de la façade adverse, au coeur d'un quartier presque entièrement frappé de servitude (involontaire, évidemment).

  

Villeurbanne © Frb 2013

vendredi, 22 février 2013

L'inertie du particulier

Nous ne sommes pas sur cette planète pour quelque chose. Le tout est de passer le temps ce n'est déjà pas très facile. Tous les moyens employés (poésie, action, amours) laissent un drôle de goût dans la bouche. C'est pourtant ce que nous avons de mieux. Il faut donc s'opposer à tout ce qui limite leur utilisation. C'est pourquoi l'action et l'écriture n'ont de valeur que libératrices. C'est pour cela que j'ai dit que le poète doit être un incendiaire et je le maintiens.

Lettre de Guy Debord (1931-1994) à un ami, écrite en 1951 

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Rien d'autre ici qu'un monde érigé en dortoirs, une cité pragmatique qui s'étend se répand à perte de vue, remplace, peu à peu organise les vies des janfriquets, le quartier des jardins ouvriers d'autrefois né des rêves socialistes de Lazare a été lentement balayé, hier, partout, ici, par la moindre fenêtre on contemplait les arbres ils fleurissent au printemps, et plus loin la montagne porte un temple doré, le parc de la tête d'Or caressait ces espaces. Les arbustes ouvriers, petits monts de Cocagne aujourd'hui sont passés sous l'engin de métal. L'agent immobilier, frotte ses grosses paluches sales. On fête sa réussite au restau des étoiles. Des pots de vins sous silence, et des expropriés avec des protocoles de relogement véreux. L'homme accompli exalte et forme des envieux. Quand les lueurs bleutées de mille téléviseurs s'allumeront en même temps vers dix-neuf ou vingt heures, oubliant le brouillard, l'ultime grenade fruitée du malin cacographe sera dégoupillée.

En nous cette immanence fonde la quête et le nerf d'une paix introuvable, oeuvre à l'inexpressif, aussi inexpressif est ce renoncement qui gagne comme l'air morose vient à nos têtes entrées furtivement dans les barres. On vous en dessinait jadis l'abrutissement avec des mots frondeurs et de la profusion, cherchant à en découdre afin de s'archiver, d'inventer d'autres mondes et un autre langage contre tout l'univers devenu cet album d'images publicitaires, ce débit obsolète d'un siècle compassé - et la mort de l'art même à peu près consommée...

Ici, notre corps tangue imperceptiblement entre la peur du sang (un mauvais sang/"rentable") et le balbutiement d'un fleuve large qui cache un psaume hurlant au coeur d'un tourbillon ou peut-être un plongeoir en forme d'échappée

Là-bas, en bord de Rhône, on a vu une silhouette, allongée sur une planche entre les gyrophares. On ignore quels regards s'agglutinent si nombreux vers ce pont, aux croisées d'une brasserie d'opéra et d'une forêt bancale, dans les brumes du soir vont à pas de fourmis nos histoires et nos oraisons. Des nouvelles de cette vie, gisant dans une enveloppe couleur d'aluminium, sont remontés trois mots: "pronostic vital engagé". Trois mots à la surface, dans du papier journal pour évoquer deux mondes, c'est tout ce qu'on en sait.

On aperçoit encore des ombres en habits noirs de ces personnes placides qui affirment avoir eu une drôle d'appréhension en traversant ce pont, juste avant l'accident, et figées comme aux berges, on  avait planté là, des orchis anthropophora qui évoquent l'idéal du petit homme pendu dans des pots de géants.

Ces gens qui étaient là, n'avaient pu faire un geste comme s'il était normal qu'une poignée d'êtres humains qui reviennent comme des ombres d'un soir au cinéma n'osent se mettre en travers d'actes qui les dépassent.

Comme s'il était normal, qu'au nerf d'une paix hantée de baumes et de violence, une minorité faible, un instant lâche le fil.

Comme si cela encore, procédait d'une normalité, où certains sans profil dégagent un jour la place, et que d'autres plus veinards y affinent les chapelets de leurs condoléances qui n'ont pour seule histoire que de s'émouvoir eux-mêmes de n'avoir pu agir conformément à ce que leur inspirait leur conscience, leurs paroles ou leur éducation.

Plus loin, le drame est sourd et presque aux bas étages de la ville sous ce pont qui relie la mairie aux quartiers les plus riches, des hommes ont protégé le sommeil de la ville ; deux gendarmes, des jeunots, et anormalement pâles, nous demandent de ne pas traîner là, les curieux, sur ce pont, une vingtaine de paires d'yeux penchés sur une rambarde, ne sembleraient que faibles, comme cette dame et sa fille qui voulaient témoigner:

- "pour une fois qu'on sortait, qu'on pouvait se distraire, on revenait tranquille, de voir un court-métrage, on passait par ici et de l'autre côté, on a vu l'homme bizarre qui balançait une jambe par dessus la rambarde, nous on a paniqué, on n'avait pas de portable, le temps de traverser... C'est grâce à lui, voyez (elle montre avec son doigt) le jeune homme blond, là bas, avec son scooter bleu, il a tout essayé !".

Le jeune homme, replié, semble vieux et voûté, il a 18 ans, presque. Entouré de la foule qui grossit peu à peu, il est là, tête baissée, face à deux pâles gendarmes qui voudraient bien comprendre et j'entends quelques bribes au jour crépusculaire encore à l'heure d'hiver:

- "j'ai tenté ce que j'ai pu, j'ai rien pu empêcher, j'aime pas l'eau, j'en ai peur, je sais même pas nager..."

le jeune homme est petit, il paraît égaré, il a gardé son casque volumineux, qu'il tient dans ses bras comme on tient une fiancée, il sanglote nerveusement, le gendarme a posé une main sur son épaule il tapote, c'est un frère, un vrai gardien de la paix, en trois mots répétés, il apaise, il console:

- "ça va aller, ça va aller..."

L'autre gendarme, a repris des couleurs, rôdé aux pires épreuves il garde le sang froid de la horde.

Voix du consolateur au jeune homme:

- "vous avez essayé, vous n'avez rien pu faire... Qu'est ce que vous pouviez faire ? C'est la vie, c'est comme ça". 

"C'est la vie", c'est jeté ! d'un désarroi réel, urbain très ordinaire, d'autres y voient une scène rare, comme dans un long-métrage qu'on ne tournera jamais, dressent le plan plus spécial, d'un pseudo reportage, en direct, comme on tweet en deux phrases une histoire formidable à la gloire éphémère d'un scoop émotionnel le buzz est à portée et l'instant à choper béni par l'Instagram des photos-choc-express grâce au zoom, et contents, ils kiffent grave l'accident.

A l'autre bout du monde, les petites scènes saisies juste après les sirènes rapidement se propagent et pour le récepteur se transforment en spectacle, sans aucune conséquence. Fort délicieux instant, d'un côté le frisson et de l'autre l'extase. 

Je reprends mon vélo quelques minutes vacantes, où deux adolescentes fardées comme Beyoncé, ont osé un selfie sur fond de deux gendarmes, entourant un jeune homme en plein effondrement.

C'est le monde tel qu'il est, vide sur nous, vide encore sa fabrique de cynisme qui devient coutumier d'autant plus coutumier qu'il rit des incidences ; autre mauvais plongeon d'une usine à divertissements qui ronge le paysage pour n'en faire qu'un décornos bouches creusent le vent. Mais grâce à l'éloquence, grâce aux lol et aux smiles, on prendra des notes vagues sur cet homme ivre mort qui roulait dans sa cuite sur le pont aboulant quelques phrases en désordre menées par le vin fou versifiant son palais, feu follet en zig-zag du fantôme égaré au royaume de la mort, il semblait dans sa crasse pourtant moins perdu que nous et nos étreintes (vite !), nos entrains (versatiles), les petits états d'âmes nous recueilleront pétris des meilleurs sentiments, outragés à toute heure, puis oublieux souvent, plus ou moins esseulés sur fond de ces fringales qui ne peuvent s'assouvir. Quelques non-connectés sont sur le bas-côté, les autres s'en balancent.

On se disait peut-être que ce monde sournoisement s'infiltrait en nos sens, comme si nous devenions les mauvais comédiens d'un décor saturé, cinglé d'hommes chancelants, face à nous, il y a les mêmes, des créatures béantes qui se meurent, ou se battent / on s'émeut, on s'en fout / d'autres suréquipées prêtes à juger de tout ou rien, n'importe quoi, observent au dégommeur des gueux sur une place.

Les images des "people" en couverture d'un mag' s'exhibent sur des lueurs, dont celles du soir effacent la vue de l'accident brodant pour un violon et une valse du bon temps photoshopé glamour, pure merveille droite et fière, tandis que l'antidate à mon calendrier vous ferait un jour croire aux pouvoirs prodigieux de mon marc de café

Déjà l'oubli nous vient, sans un mot pour les actes et les êtres qui nous fondent, telles, sous ce gris souris, toutes les affaires reprennent ; pendant qu'on nous amuse, des petits hommes s'évadent sur un chant de sirène. Les berges à nouveau propres, et la fête continue.

Le lendemain, sans un pli, le travail sa valeur et son bleu reblanchi prenaient sous les chaufferies l'air des feux immortels, rien d'anormal alors que le soleil du soir soit devenu si noir.

Voici venus les chants des soldeurs de l'espace où la chauffe des cerveaux qui ciblent le petit d'homme le heurtent contre la page d'une ultime pluie d'hiver, voilà les vieux glaneurs entrés dans la corbeille qui se cherchent un bosquet et deux balles pour bouffer, voilà les caravanes des petits morts en flaques passant silencieusement sous les plinthes des cabanes frappées d'alignement où mon carnet poreux éponge la forme des mots en coulée d'encre et d'eau, la phrase s'y effaçant à mesure qu'elle décrit l'évènement par un lent processus de désintégration, quand la conscience de soi ne peut plus être fidèle aux paroles ou promesses librement énoncées, les caractères liquides forment un voeu liquidé, retournant au fleuve noir, tel on lance une bouteille qui ne trouvera jamais de terre où s'échouer, au lieu prédestiné à dire des fluidités, (le "carnet cependant, s'appelle Clairefontaine").

Une pluie de confettis pour nos jours abolis et nos soirées sans fête. On pourrait presque émettre une de ces bonnes pensées en l'honneur de ceux qui griffonnent traçant leur vie sur des lots de carnets, par exemple on dirait: "n'est pas diariste, qui veut". Ca ferait son petit effet, comme un texte vaseux de l'être qui soupèse sa supériorité, poète sage comme un prêtre portant dans ses attraits tout le silence des autres, pygmalion de papier au défi de sauver ceux qui sans volonté rasent un peu les affiches (autant que l'entourage) sous les éclats louables du printemps des poètes ; des traits biffant le mot qui n'est jamais venu, recueillent dans le limon la vie majestueuse, autant que sous le ciel on passera à travers les notes vite esquissées sur les chiens écrasés d'une ville à la page.

Le printemps des poètes, ne m'a pas traversée, il a plu ces jours-ci, une pluie de poème lâche, ça trempe et me suffit. Une de ces pluies corsée transformant le carnet en ménagerie spongieuse, de pleins et de déliés remuant dans la flaque, un verbe submergé. De l'écrit ne subsiste qu'un fourmillement discret un peu d'humidité en glissement vers l'informe d'insectes cuirassés et de bombyx mornes voltigeant sur des larves, un gros scarabée luit de gris-métal noirci dilué dans l'eau froide rend au gris le plus juste aperçu de cet état de perte de la valeur intense, une lâcheté pour soi-même jusqu'à l'inexprimable et la révolte lourde dans son pas de muet étouffé tel symbole des sauceries de la quête et du verbe coulé.

Sur ce pont j'ai pensé pour ramener un texte plus ou moins lisible (tant bien que mal), recourir au copier-coller, mettre un semblant de jeu sur ces paquets d'impasses, et le gai désespoir à présent compressé, je deviens ce buvard dont les signes compliqués, donnent une chose simple à voir.

Comme les fleuves nous mélangent, ils engendrent en leurs flux deux mondes inconciliables juste après l'accident du côté des bateaux, on voit des messieurs dames qui goûtent le vin du soir servi avec suprêmes d'écrevisses au Champagne, juste après l'accident d'autres vont danser enfin, jusqu'au bout de la nuit au dessus des cadavres puis s'extasient dès l'aube à la vue des reflets d'un Sofitel qui brasse une seconde les lueurs d'une berge à la mode propre et douce, assez gaie.

 

 

Photo: Le monde à ma fenêtre, 5 ou 6 ans après, (sans bouger de mon fauteuil, ni du votre), remplace les ateliers des artistes (trop glodytes), et les jardins prolos au bazar de poireaux, pommes de terre et lilas (trop modestes !).

 

Vidure. Work in progress. © Frb 2013.