lundi, 14 mai 2012

Le cours peu ordinaire...

Les coeurs qui n'ont qu'un seul dessein,
Hiver comme été, voici qu'un sortilège
Semble les avoir changés en une pierre
Qui trouble le courant de la vie.
Le cheval qui vient sur la route,
Le cavalier, les oiseaux qui errent
Dans le mouvant désordre des nuages,
Changent de minute en minute ;
L'ombre d'un nuage sur le courant
De minute en minute change [...]

W.B.YEATS,  extr. de "Easter" 1916.

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Et la Biennale de Lyon emprunta au poète irlandais, W.B. Yeats, un prodigieux poème portant en  lui le chant d'insurrection,  d'une portée historique autant qu'intemporelle

 

I have met them at close of day
Coming with vivid faces
From counter or desk among grey
Eighteenth-century houses.
I have passed with a nod of the head
Or polite meaningless words,
Or have lingered awhile and said
Polite meaningless words,
And thought before I had done
Of a mocking tale or a gibe
To please a companion
Around the fire at the club,
Being certain that they and I
But lived where motley is worn:
All changed, changed utterly:
A terrible beauty is born.

 

Quand le chaos fût consommé, nous sommes sortis de nos maisons, il y avait des conversations, près des livres de Beckett, au fond du café irlandais où jadis nous nous retrouvions. Sous les drapeaux, nous ramassions les flyers colorés de France, et de ces  cultures pop folk ornées de croix celtiques. Nous nous sommes délités jusqu'à la déraison. Plus tard, j'ai revu les même groupes d'amis venus réanimer leurs forces autour de quelques bières dont la douce-amère, Blanche de Bruges offrant l'oubli jeté au courant des jours en allés. Pourtant quelque chose a changé. Déjà on se demande, comment exposer la transformation avant qu'elle n'apparaisse...

beauté de la vie- pink.jpg

Une laideur terrible, achevée ? Le mouvement trace entre les questions.

 

Un sacrifice trop long
Peut changer le coeur en pierre.
Quand cela sera-t-il assez ?


Deux façons d'appréhender les cloisons ou de les regarder s'ouvrir ? Même s'il ne semble pas qu'une bonne pensée suffise à dépasser cette multitude de mondes qui mettrait à l'épreuve tant la parole que l'écriture et porterait ce pouvoir inouï de nous apprendre à traverser les obstacles puis les murs. Sera-t-il assez d'essayer, sans craindre l'aventure ? Au risque de s'y perdre...

Aller plus loin que s'enthousiasmer de voir naître : laisser vivre.

 

 

Photos : Monuments éphémères, photographiés l'un à quelques mètres de l'autre, sur la Presqu'île à Lyon au début d'un printemps agité. Merci aux graffeurs anonymes.

© Frb 2012

vendredi, 11 mai 2012

Délavé

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Dernière image, ou plus exactement un petit bout d'une image de candidat président malheureux. "Malheureux", c'est peut-être un grand mot + une pâle et belle déchirure saisie par un jour de grand vent, sur une palissade du cours Emile Zola à Villeurbanne.

©Frb 2012

mercredi, 09 mai 2012

Un peu froissé

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Merci à Pascale Dufraisse qui m'a aimablement envoyé cette photo, prise le Dimanche 6 Mai 2012 à .... Chut !

Le froissé presque audible touchant à la perfection, je vous laisse  contempler...

mardi, 08 mai 2012

Plié

 

Du pillage au pliage réalisé un petit peu par hasard, à partir des tracts officiels, dont j'avais remarqué la laideur, des photos, des maquettes, malgré le soin apporté par des professionnels sans doute très compétents, rien de nouveau depuis des décennies, pas un seul tract qui ne sorte de cette pauvreté visuelle déjà vue, disons, depuis Georges Pompidou (que j'ai très bien connu). Même les plus prestigieux programmes de changement offraient toujours ces tracts d'une austérité désolante comme si trop d'esthétisme pouvait nuire au sérieux du programme ou séduire à mauvais escient. Quelques jours avant le second tour les journaux un peu chics sortaient des images très "glamour" des candidats les plus en vue, un contraste sur papier glacé, cette fois bien trop esthétisé (pour être honnête ?), et je me demandais qu'est ce qui était le plus brut, le plus laid, de ces images, notre regard étant inévitablement obligé de cotoyer ces deux formes contrastées de présentation, était-ce la laideur de ces tracts, qu'on sort d'une enveloppe un peu cheap ou ces mises en scènes séduisantes et spectaculaires des magazines modernes ? Les  photos glamour, les tracts cheap regardés ensemble donnant une troisième chose assez étrange, un peu absurde, il semblait que le sens s'y perdait. Je pensais à l'enfance quand dans les belles salles à manger il y a de beaux tableaux sur une tapisserie moche, le moche aura toujours tendance à tirer les yeux de l'enfant et puis à l'emporter dans une tentation de sottise, les enfants sont destroy, par nature si les parents ont le dos tourné, l'enfant  ne résistera pas à la petite idée d'ajouter sa  pointe de crayon feutre sur ce qui lui semble laid, ou trop beau, mais customiser la laideur comporte moins de risques et  il y a quelque attirance peut être un plaisir dans cette régression à rendre encore plus laid ce qui est laid. Afin éviter tout malentendu,  je précise que ce diaporama, n'a aucune visée artistique d'aucune sorte, est ce bien utile de le spécifier ? Quand une matière est pauvre, on ne perdra rien à mettre la main dans cette pâte, et c'est machinalement en triturant ces tracts sans aucune intention de pliage ou collage qu'après tout la brutalité aura eu raison de moi, ou plus largement de nous, car le nombre d'affiches triturées  montrera encore sur ce coup là, que ce sont les adultes qui se sont adonnés joyeusement à quelques modifications aussi nécessaires qu'inutiles. Depuis des lustres une campagne électorale ne saurait être une belle campagne sans son lot de triturations. Le cheap qui est là, plus ou moins hasardeux, offrant une occasion rêvée d'y ajouter son brin potache, le pliage régressif autant que les affiches griffées froissées déchirées traverseront certains jours aussi vite que monsieur le président au même instant esquissera pudiquement quelques pas de danse avec sa dame au son des accordéons de Tulle. Image plus historique mais tout aussi absurde que nos expressions spontanées impulsives, en attendant les photos des législatives, qui seront encore plus ratées que nos jeux, on visualise mentalement par avance, mais je rassure le lecteur, autant que moi-même, je ne vous infligerai pas deux diaporamas de ce genre. La vie normale nous rattrapera, c'est une image, on vous la montrera peut-être, si on peut l'embellir...

© Frb 2012.

dimanche, 06 mai 2012

Pink parade

Les éléphants peuvent dormir debout, mais le fait de se coucher indique qu'ils sont parfaitement détendus... (et nous aussi).

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Juste une image saisie à la volée sur le mur de l'école de la rue Jacquard à Lyon, transformée, un jour ou deux en bureau de vote. Un indice, bien évidemment, on ne se fiera pas aux sondages, ce blog n'étant ni de son temps ni à la page. Si vous voulez connaître tout, par exemple, sur l'éléphant debout, vous pouvez cliquer sur l'image. Merci à Léopold pour le dessin très relaxant.

Histoire à suivre, bien sûr...

Lien instructif : http://www.accesstoinsight.org/tipitaka/kn/dhp/dhp.23.bud...

© Frb Mai 2012

vendredi, 20 avril 2012

Sh(l)eep

Le fondement plus ou moins avoué de la société libérale avancée est l’inertie d’un consensus de consommateurs médiocrement satisfaits.

GILLES CHÂTELET in "Les Animaux malades du consensus", éditions Lignes, 2010.

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On se désespère: où est le père Noël qui fera émerger un grand projet ? Comment électriser le Grand Zéro  ? Bien sûr, l’État “fonctionne” toujours, mais jamais une fonction n’a accouché d’un projet  ! Au niveau national on compte beaucoup sur les "questions de société" et la "défense des valeurs" pour exalter un peu la chair à bon choix. Mais on ne peut espérer que les États restent les seuls maîtres d’œuvre de la Grande Charte Sanitaire du Mental qui s’esquisse. Les ministères de la lutte du bien contre le mal de chaque pays pourront sans doute assumer la sous-traitance indigène des croisades et des grandes battues et gérer le service national des dénonciations, mais il semble que seules les multinationales de la superstition, comme l’Unification Church, l’Église de scientologie, etc, soient aptes à répondre à la demande mondiale de crétinisation.

En 1999, Gilles Châtelet âgé de 44 ans, se suicidait. L’année précédente, il publiait un fulgurant essai au titre mémorable: "Vivre et penser comme des porcs - De l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés", édité chez Exils, Gilles Châtelet posait un regard radical sur l'état de nos sociétés. Le livre était dédié à Gilles Deleuze et Félix Guattari, qu'il citait en préface:

Les droits de l’homme ne nous feront pas bénir le capitalisme. Et il faut beaucoup d’innocence, ou de rouerie, à une philosophie de la communication qui prétend restaurer la société des amis ou même des sages en formant une opinion universelle comme "consensus", capable de moraliser les nations, les Etats et le marché. Les droits de l’homme ne disent rien sur les modes d’existence immanents de l’homme pourvu de droits. Et la honte d’être un homme, nous ne l’éprouvons pas seulement dans les situations extrêmes décrites par Primo Levi, mais dans des conditions insignifiantes, devant la bassesse et la vulgarité d’existence qui hantent les démocraties, devant la propagation de ces modes d’existence et de pensée-pour-le-marché, devant les valeurs, les idéaux et les opinions de notre époque. L’ignominie des possibilités de vie qui nous sont offertes apparaît du dedans. Nous ne nous sentons pas hors de notre époque, au contraire nous ne cessons de passer avec elle des compromis honteux. Ce sentiment de honte est un des plus puissants motifs de la philosophie. Nous ne sommes pas responsables des victimes, mais devant les victimes. Et il n’y a pas d’autre moyen que de faire l’animal (grogner, fouir, ricaner, se convulser) pour échapper à l’ignoble : La pensée même est parfois plus proche d’un animal qui meurt que d’un homme vivant, même démocrate. (in "Qu’est-ce que la philosophie ?", Editions de Minuit, collection Critique, 1991)

Gilles Châtelet s'attaque à l'économie, aux idéologies consensuelles et à cette conséquence obscène, la défaite admise des idéaux que le philosophe n'a jamais acceptée. Le ton est donné. La critique s'y trouve affûtée, l'écriture de Gilles Châtelet cingle autant qu'elle réjouit. On peut relire aujourd'hui cet ouvrage plus que jamais d'actualité, quelques pages du livre suffiront pour s'apercevoir que "Vivre et penser comme des porcs", n'a pas pris une seule ride, hélas (hélas pour nous, dans ce cas on aimerait que G. Châtelet se soit un peu trompé) le livre possédait déjà une bonne longueur d'avance non seulement sur son temps mais sur le notre, et nos récents constats ne semblent pas avoir affecté nos modes de vie, ni modifié réellement notre façon de marcher, on dirait même que la régulation des êtres, de la culture, et les mimétismes s'aggravent...

En 2010, Les Nouvelles éditions Lignes ont réuni dans un recueil intitulé : "Les animaux malades du consensus", une somme d’articles, de conférences et d’interventions que l’auteur rédigea et prononça dans les années antérieures "éclairant ainsi la genèse de son essai, nous offrant l’occasion de mieux appréhender sa réflexion philosophique", (ça c'est la note de l'éditeur et on fera un détour au passage, par la première fable du livre VII second recueil de ce bon Jean De La Fontaine)quant à l'ouvrage de Gilles Châtelet outre la qualité des textes et la radicalité, il sera difficile de réfuter la critique du naufrage de la pensée des années 60-70, jusqu'à l'avènement de 'l'homme moyen des démocraties-marchés". Gilles Châtelet épingle l'Homme, et la forme que prend aujourd'hui l’idée de tolérance dans notre société avancée, il nous engagera tout autant à relire ou découvrir Herbert Marcuse, et pointera férocement  l'idée de la tolérance, à bas prix, le fait de tolérer par exemple la crétinisation de l'enfant, de l'homme et de la femme via la télévision, la publicité etc... La tolérance de la déception, que nous avons pourtant redoutée  nous semble de plus en plus difficile à combattre, affadis, résignés, autant que paraissant perdus à tenter de sortir de cette inanité, nous avons encore le ressort de polémiquer / multiplier tant que nous le désirons moults débats déroulant des sujets variables à l'infini, vite aplatis, oubliés, et remplacés par d'autres etc... Gilles Châtelet  évoquera sans compromis la tolérance de l'obsolescence planifiée d'un grand nombre de produits, la tolérance de la vidéo-surveillance et autres biométries à venir, la tolérance de réseaux "influents", etc .. Et puis nos tolérances qui conduisent insidieusement à se réprimer soi-même, comme Michel Foucault le notait en son temps, afin que chacun de nous, devienne "le principe de son assujettissement" (cf. "Surveiller et punir", 1975)

Gilles Châtelet adopta le style du pamphlet pour dirait-on "mordre au travers" jusqu'au saccage des "bons principes et du bon sens" que chacun emprunte avec bonne conscience, pisté dans sa cyber-bulle qu'il imagine (nous ne sommes pas épargnés) si singulière ou se voulant tellement originale  chacun  devenu tolérant devant les prédateurs cyniques qui ont transformé le citoyen en cible commerciale, l'ont atomisé peu à peu et l'Homme évoluant via diverses prises de consciences par la grâce du zapping, entre autres, sera toujours d'accord pour sauver la nature ou tenter quelques aventures "à la marge", pas de peine au delà de ses nobles idées, à proclamer son amour pour la vie en plein air tout en affirmant  que la voiture est aussi "indispensable à son (ou notre ?) existence." Extrait :

C'est qu'il faut beaucoup de place, de sacrifice, d'énergie, de mutilation, de cadavres pour que l'"homme moyen" devienne automobile et se prenne pour un nomade. C'est pourquoi toutes les administrations qui se prétendaient fidèles à la voix de la modernité, de l'administration Pompidou, qui voulait "adapter la ville à l'automobile", à l'administration Mitterrand, friande d'autoroutes et de transports routiers — se sont toujours voulues les vestales zélées de la bagnole, de l'homme moyen à roulettes censé incarné le "dynamisme" de la société civile. Ainsi toute autoroute est-elle d'abord une autoroute sociale, et ce qu'il faut appeler le pétronomadisme de la bagnole tourne souvent au pétainisme à roulettes : l'automobile c'est d'abord le travail, la famille et la bêtise montés sur pneus.

Gilles Châtelet ne se prive pas de décrire les apparences "aimables" du marché, les innocents jeux de société, toutes les panacées participatives, et autres calculs de politologues mathématiciens, où le multiple deviendra la "diversité", il s'agira :

[...] de faire rentrer l'homme dans un marché de dupes et lui faire croire qu'il concocte lui même son point fixe comme d'autres font de la prose sans le savoir [...] Fluidité maximale propageant le mimétisme comme une gangrène, confusion de la mobilité avec le "nomadisme" douteux des "jobs" et du temps partiel, solidarités expéditives de camaraderies de survie, tels sont les caractères de la nouvelle société civile"

Le constat est sans complaisance, la crispation devient le point de départ d'une pensée élaborée durant de longues années, Gilles Châtelet décrit non sans ironie la vision thermodynamique du monde politico-économique, qu'il rebaptisera non sans jubilation : "la société thermo-civile". Ou mieux encore: "Thermocratie". N'oublions pas que Gilles Châtelet n'emploie pas l'exemple de thermodynamique au hasard, le philosophe était également mathématicien.

Si l'ancêtre de l'homme Moyen, Monsieur Prudhomme, s'inquiétait souvent du "char de l'état qui navigue sur un volcan", son arrière petit neveu, plus roublard et plus informé, aura prédit et prouvé que la calculette et le lave-vaisselle viendront bien à bout des pensées de Marcuse, Deleuze Guattari, Foucault (pas Jean pierre, hein ! patience ! c'est presque mon dernier mot), par la grâce du Cyber-Gédéon qui depuis Gilles Châtelet a son mur sur FB, (je pique au drualeté lézant), pour y développer l'état des lieux de nos vies et nos frustrations camouflées  en bontés toujours éloquentes puisqu'au fond ce qu'il nous manque, au fond de quoi ? (D'un écran ? De nos rues ? De nos ban(c)s ?) comme disait le Grand Charles (Il n'y a qu'un Grand Charles  ici, c'est Pennequin tout-puissant!)

"Ce qui nous manque c'est d'avoir une pensée" - "une bonne pensée"...

Alors, peut-être en cette période indécise et brutale, est-ce lui, ou elle ? (comme vous ou moi ?  Dans la parenthèse, écrasés), pardon amis lecteurs, lisez mais sans aucun mépris de ma part ce que René Char rapprochait si douloureusement du soleil), sûrement, ce sera lui, le cyber-Gédéon et elle, la Cyber-Bécassine qui nous uniront, nous diront qui lire qui croire et si ça se trouve pour qui voter.

Pas de quoi pavoiser à se prendre pour un guide noyé parmi d'autres, ils finiront tous par se ressembler, quel que soit le vent, le clocher etc... Pas de quoi non plus se vanter d'en rester à ce laminage, en jouissant bruyamment sur la contemplation des ruines de nos humanités, tellement sollicitées et empressées parfois d'exposer l'expression satisfaite de la "diversité" avec son bon message à délivrer, il ne resterait qu'à suivre ?... Face à la démission "programmée" que Gilles Châtelet décela en son temps avec une acuité troublante, une question essentielle est posée à la fin de l'ouvrage : comment sortir d'une pareille impasse ? Comment parvenir à trouver un passage, sachant que

N'importe quel maillon social peut se prêter sans résistance apparente au laminage désingularisant et infantilisant des productions capitalistiques de signifiant.

Dans ce répit, ou ce flou, entre deux tours d'un show électoral, il ne sera pas trop d'aller s'abreuver à la claire fontaine de Châtelet, peut être est-ce encore une chance de pouvoir éprouver sa perception, loin du chaudron et se frotter à l'analyse d'un auteur vif et fulgurant. Quelques secousses futures sont à imaginer, mais sans doute faudra-t-il s'irriter davantage, aller plus loin en acceptant la violence qu'il faut faire d'abord à soi-même, afin de ne pas céder la notion d'hommes libres à des pseudos humanistes zélés qui la compileront, légers comme ils vont, façon catalogue France-loisirs peut-être interactif pour vrais faux quéqués en mal d'authenticité. De ce brouet on pourrait toujours sortir un Muray relifté à la mode "loser magnifique" dont on fera un biopic peut être dans cinq ou six ans, qui sait ? De même  "La société du spectacle" de Guy Debord qui fit le succès de prestigieuses manifestations culturelles approuvées par tout le gratin du monde spectaculaire, pourrait, elle aussi, faire l'objet d'une citation dans le prochain livre de... Euh... Frédéric Lefèbvre ? ( Bête Burger prenez qui vous voulez, au point où on en est...)

L’homme, à certaines heures, est maître de son destin. Nos fautes, cher Brutus, ne sont point dans nos étoiles, mais dans nos âmes prosternées (extr. Shakespeare in Jules Cesar)

J'imagine au sortir d'un rêve éveillé, que demain, pour verser plus chichement mon projet à l'universel, le rentabiliser, faire valoir mon exception pluraliste ou pouvoir m'acheter plein de Kinder Bueno et vous en faire gagner, je poserai peut-être une banderolle du déodorant Narta (démo) à l'entrée de ce petit blog qui tourne déjà les serviettes en pleurant sur les malentendus cruels où sont tombés nos enthousiasmes fragiles, destinés à se refermer au point qu'on regrette presque de manquer du courage de ne pas se faire sauter la cervelle devant toute cette inanité, mais cela n'en vaut pas la peine, à force on se laissera tremper comme une madeleine dans le lait du narcisse jusqu'à trouver nos "interêts" et on rejoindra le cheptel (cyber c'est plus pratix), prenant place et voix dans des causes infiniment plus dignes avec un bel aquoibonnisme ou pas, selon que l'air du temps est à l'aquoibonnisme ou non, ça finira par nous convenir et tout sera plié.

Plié comme le langage, comme l'égarement, on règnera via l'onctueux "don de soi même" affichant le sérieux des personnes qui sont vraies, et fières d'évoluer dans le vrai monde, on ne parlera que de "la vérité vraie" n'ayant qu'un souci, devenu le même pour tout un, les chacuns : "être soi-même et le clamer" avec de temps en temps une vraie fausse rebellion de confort qui nous permettra de déballer nos saines rancoeurs des coups de gueule outragés où il n'est jamais trop risqué de dénoncer le voisin pour écrêter le sommet de cette panacée qui nous fera tous marcher du même pas et chanter d'une même voix au choeur du zéro satisfait qui nous ressemble. Ca donnera finalement un nombre assez solide pour mener l'écrasement de l'humain à son point légitime de stabilité.

- Ainsi les Hommes qui désirent être libres (Je cite G. Châtelet) ne savent même plus aujourd'hui s'ils ont leur mot à dire ni s'ils ont seulement le droit d'exister, à moins qu'on remette gentiment nos volontés aux globales souverainetés, globales injonctions planétaires consensuelles encadrant à distance les nobles effusions sans que nos modes de vie n'en soient trop bouleversés c'est encore une chose "bien sympa", qu'on pourrait même organiser. Nous laisserons alors nos corps et nos esprits bercés par cette vague jusqu'à nous engouffrer dans cette porcherie hyper (et cyber) cool laquelle c'est fort probable (je cite encore Châtelet) "pilotera en douce la neurocratie de demain".

- Ainsi va le monstre sans visage d'une bêtise à millions de têtes qui penseront comme une seule, laissera sur sa faim l'homme singulier, se vivant comme une illusion qui se sentira pris dans une imposture et c'est là, que le livre de G. Châtelet pourra encore nourrir son homme, sa femme, les petits du futur enfin bref, quelques uns, lesquels sans prétention ni porte-voix, mèneront la réflexion loin de cet empirisme marchand à condition d'accepter l'absence de confort de la petite affaire, Deleuze, Debord, Châtelet et quelques autres l'ont éprouvé absolument. Entrer en guerre avec soi-même, on le sait, n'est pas sans danger.

Enfin, moi ce que j'en dis c'est que si Châtelet a pu écrire un livre aussi clairvoyant c'est qu'il pouvait sans doute imaginer, que quelques lecteurs  ici ou là ne liraient pas tous comme des porcs, sinon il se serait suicidé avant. C'est un début, non ? Par contre je ne sais pas trop si il aurait apprécié cette conclusion. Bien trop consensuelle, sûrement inadmissible. Mais, un joker pour le point de détail  je suis née dans le consensus, plusieurs décennies après Gilles Châtelet et il me semble depuis toujours n'avoir rencontré que cela, le consensus porté par une légereté vorace qui nimba mon enfance de fêtes de la musique et pétro-nomadismes, du 4X4 au camping-car, jusqu'à l'apogée des meubles nordiques, bibliothèques yuppies à personnaliser, qu'on retrouve à l'insu du plein gré, chez soi chez nous bref, chez tout le monde, que celui qui n'a pas dans sa chambrette quelques rayonnages colorés me jette la première pierre, supports pour objets culturels sur lesquels, on posera son petit truc à soi, les bons livres les bons disques, marquant "sa" différence, ce sera tout autant les mémoires d'Anne Sinclair, le film "Titanic" qu'on glissera  joliment à côté du "Panégyrique" juste derrière sa petite collection de dauphins en plastique, mais je m'égare. Citons en écho Guy Debord qui écrivait en 1988 dans "Commentaire sur la société du spectacle":

Comme on pouvait facilement le prévoir en théorie, l’expérience pratique de l’accomplissement sans freins des volontés de la raison marchande aura montré vite et sans exception que le devenir-monde de la falsification était aussi un devenir-falsification du monde.

Après ça, comment faire une conclusion qui tienne? Hormis l'impression de publier la promo d'un vieux livre de Châtelet, à la va-vite sur une plateforme ringardisée d'avance, avec du lien entre pain vin et boursin réels ou virtuels, ma petite entreprise livrée d'ores et déjà au cul de sac des communications paradoxales, mais bon, nul besoin d'y courir ensemble, Gilles Châtelet est une bonne pensée, parue en folio, profitez ! c'est pas cher, et le livre il me semble n'est pas tout à fait épuisé. "Fino des connusses, al napacée ed al globruse tse trove napacée !" (c'est de Dante).

Liens à propos,

quelques éléments de biographie par Catherine Paoletti

http://www.editions-lignes.com/_Chatelet-Gilles_.html

Relire Marcuse Pour ne pas vivre comme des porcs via le Diplo

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/CHATELET/10825

Photo : Le répit (c'est pas mal non plus), le répit de l'agriculteur. Photographié entre le cours de L'émile et l'avenue de Barbusse, à Gratte ciel, Villeurbanne sous le temps gris de l'entre-deux mauvais (tours)...

© Frb 2012.

mardi, 10 avril 2012

Naturellement on pourrait continuer comme ça pendant longtemps, mais...

Pendant ce temps là, les shadoks pompaient.. Et plus ils pompaient, plus il n'y avait rien qui sortait. Et le professeur Shadoko était inquiet. D'autant plus que la planète Shadok recommençait à se déformer et donner des signes de désagrégation imminente […]

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[...] Tout ça, évidemment, faisait pas mal de bruit et les Shadoks d’en bas qui, comme vous le savez, soutenaient la planète, s’en plaignaient. Ils disaient : Que serait peut-être le temps de réfléchir, qu’ils en avaient assez et que… si tout cela ne cessait pas ils iraient tous se coucher, qu’ils ne soutiendraient plus rien du tout et que la planète tomberait. C’était de l’intimidation pure et simple car ils savaient très bien que si planète tombait, eux, seraient tombés avec. Et ça ne les intéressait pas tellement, mais ils protestaient quand même. Pour les apaiser, les Shadoks d’en haut étaient obligés de leur envoyer d’énormes quantités de nourriture par des petits conduits spéciaux creusés à cet effet. Mais, plus on leur en donnait, plus ils en demandaient !  et en même temps ils se disaient :

"Mieux vaut regarder là où on ne va pas, parce que, là où on va, on saura ce qu'il y a quand on y sera"

Mais quand il n’y aurait plus rien à manger... hein ?

 Nota : Le texte est extrait d'un "pompage" (un peu remixé) de la sublime série des Shadoks, remercions le génial et regretté Jacques Rouxel qui ne perdît jamais son aaa et connaissait sans doute Jarry, je préfère rendre hommage à Rouxel que louer la sakroserie, car Rouxel pompa pour quelque chose de précieux le GA BU ZO MEU en base 4 (Ga = 0, Bu = 1, Zo = 2, Meu = 3), que Bobby Lapointe surnomma "le système quaternaire bi-binaire et le système hexadécimal bibi-binaire"), remisa en bibi-binaire (ou bibi) qui a ses propres chiffres. Exit les 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 de notre vieille base 10, et bonjour aux seize nouveaux chiffres bibi : Ho, Ha, He, Hi, Bo, Ba, Be, Bi, Ko, Ka, Ke, Ki, Do, Da, De et Di. A chaque chiffre sa graphie (obtenue à partir de la représentation binaire des chiffres), Pour transformer un nombre décimal et bibi, c'est comme pour le shadok : on le décompose en somme de puissance de 16, et on a juste à énumérer son nouveau nom en bibi, exemple : 124 = 1×16² + 3×16¹ + 12×16°, "ce qui donne en bibi : HAHIDO !", (cf. Nicolas Graner). Ca ne sert à rien, mais justement, elle est peut-être là, la vraie rupture, la plus tranquille, la grande force : tout reprendre à zéro, le calcul, le langage... Et les applications sont déjà opérationnelles, un petit tour sur le site de Nicolas Graner devrait sans problème vous persuader qu'un autre monde existe (il est dans celui là) pourquoi ne pas essayer tout de suite ?

http://graner.net/nicolas/nombres/bibibinaire.php

Pour en revenir à Jacques Rouxel il fût, avant tout le créateur des excellents épisodes shadoks intemporels, prémonitoires, hyperactifs avant l'heure, bosseurs en diable via cet épisode-ci par exemple, louons aussi la voix du grand Claude Piéplu non sans passer par l'inévitable pub pour le roi merlin, la famille cul la lune, et les produits dérivés des sucrettes, à moins d'avoir un marin Shadok à la maison qui sache bloquer les réclames dans les préférences de la machine à coudre le beurre. Et, sans craindre les gridessoins,  le bon sens inviterait toute personne attachée aux valeurs (disons humaines, si après ces cinq ans elles n'ont pas toutes été ponctionnées) à voter massivement Shadoks, pensez-y ! mais comme on me dit dans l'oreillette que le vote shadok compte autant qu'un vote blanc, il va falloir voter avec des pavés, pincettes pinces à linges sur le nez, voter, voter, comme vous voulez, pas pour le même surtout voter par désespoir ça sera comme ça en 2012 (Bidado en langue bibinaire), mieux qu'en totaliser dix années (du même), en attendant le vrai changement en 2017 (Bideha en langue bibinaire). Bien sûr, on pourrait continuer comme ça pendant longtemps, mais... mais... mais...

Pour reboucler sur notre sujet, la phrrrrrrrance, (et nous), c'est du sérieux je joins un petit lien antibibinaire, entre autres, et vu d'ailleurs, c'est encore du spectacle, mais bon...

http://www.rts.ch/emissions/temps-present/1237902-sarkozy...

Music : "De l'argent"(n.sarkozy@lefouquets.dance-club) by SuperKitchenMagikStudio via Soundclouds

Photos : Dépliant virtuel. De kiosque en kiosque et d'auto en auto. Il existe et j'insiste c'est un no-monde sans pitié et uperça pirade ed l'ansute plumiltication sed asigem...  © Frb 2012 (= en bibi © frb-bidado)

lundi, 02 avril 2012

"A l'Hyper" by Hozan Kebo

"Le hasard n'est que la mesure de notre ignorance" (H.POINCARE)

A Sonia :

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Un prologue, avant d'ouvrir cette page à l'invité du jour, il n'est pas inconnu des lecteurs qui font leur petit tour par ici, (j'allais écrire leurs "emplettes", mais non, tout est gratis ici et j'espère pour longtemps, je maintiens "le petit tour") au delà de la sacro-sainte brosse à reluire, (que Roger le siamois me pardonne) je ne cacherai pas que j'ai toujours grand plaisir à accueillir ici son frère Hozan Kebo  fort en thèmes sur nos pages, cette fois-ci la coïncidence ajoutant son grain, là où n'étions pas, nous nous sommes étonnés nous-mêmes (eh oui ! soyons replets et restons naturels, ce sont des choses qui arrivent, mais rares, je cite Henri Michaux "Jubilation à l'infini de la disparition des disparités"). Et l'on s'étonnera de ces rencontres que nous ne pourrions jamais deviner à l'avance. Nous voilà dépassés, par le z'hasard et les coïncidences  via nos virées persos en zhypers et finalement assez contents de contempler notre Sonia revenue du néant pour aller rouler du nid d'Hozan K. jusque dans le mien son petit corps de métier entre nos pleins et nos déliés. Et par dessus le l'hypermarché pendant que nous avions le dos tourné, le sou d'osier de la  coquine pouaêsie récupéra la petite affaire pour livrer notre Sonia en tirant des rubans virtuels de ceci à cela, via le pohème que vous découvrirez, à la fin, aimablement offert par l'artiste ayant longtemps cherché sa Sonia perdue, puis retrouvée, tandis que je donnais ses premiers bains de foule à la mienne (de Sonia)... Mais comme je ne suis pas sûre d'être assez claire, je vous joins un extrait d'une correspondance récente, non, ce n'est pas celle de Raymond Guérin mais il s'agit des fameuses "lettres secrètes de HK/RL à /Frb enfin révélées au public", c'est une doublette voire une triplette qui marche à l'envers sur les fleuves avec Sonia, patinant merveilleusement entre les archives, pendant que nous dormons. D'ailleurs qui sait si chacun d'entre vous  n'a pas une Sonia cachée dans son placard à balai ? S'il l'a achetée au Niquéa ou au fauquonrama y'a de fortes chances que la Sonia y'ait pondu des oeufs, et je vous conseille de passer vos maisons au peigne fin, car Sonia est partout. Fino ed dresoginsi !

Voici donc cet extrait du mail (on dit courriel) que Sir Hozan Kebo m'a posté ces jours-ci, jetez-y un coup d'oeil qui abolira peut-être le hasard, sait-on jamais ? Puis lisez sans vergogne, sur le thème des rubriques de la poste c'est peut-être moins extravagant que la lettre d'Eva Jolie à sa chhère France, mais comme on n'a pas fait exprès... Je vous laisse savourer le courrier et le poème par la voix du maestro.

 

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"[...] Ce matin j'ai (comme tous les jours - certains ou incertains) était lire vos "CJ"

Sonia arrive, à très grandes enjambées, sur son gilet vert pomme molletonné, un carré épinglé "City marché, le sourire en plus", en dessous de la poche, un rectangle en carton plastifié découpé au cutter avec écrit, au marqueur rouge en gros "Sonia". Sonia est jeune, 20 ans, à peine, c’est elle qui s’occupe du "Rayon Beauté",

Quand j'ai lu ces lignes j'ai eu, comment dire , une sensation de "déjà vu" ou plutot de "déjà lu"
mais sans aucune reminiscence précise
Ce soir j'ai relu votre billet et  soudain déclic !

Il m'a fallu presque une heure pour retrouver le texte qui avait déclenché cette sensation de déjà lu
(j'ai un giga dossier "POESIE" qui contient des centaines et des centaines de "dossiers" sous dossiers fichiers
un labyrinthe où je ne m'aventure désormais que fort  rarement

j'ai fini par retrouver ce que je cherchais sans savoir exactement ce que je recherchais
le "fichier" date de 2003
vous allez voir  la coïncidence est assez troublante".


à l'hyper (by hozan kebo),variations sur thème,tapis rouge,à sonia,hasards et coïncidences,croisements de textes,grands magasins,zhypers marchés,marchandises,nouveau monde,correspondances,certains jours,roger lahu,dossiers,sous-dossiers,2003 vs 2012,henri poincaré,claude closky,robert wyatt,on a tous quelque chose de sonia,soniarama,elle est partout


"Les plis des bouches des gens les plis qu’ils ont les gens
à leurs bouches
qu’elles font leurs bouches

« AVEC NOUS VOTRE VIE A DU GOUT ! »

leurs yeux leurs peaux leurs vies les plis qu’ils ont les gens
à tout ça
comme des traits

de quelle plume ?

« AVEC NOUS VOTRE VIE A DU GOUT ! »

- non la carte c’est à partir de 10 € monsieur
- ah bon ?
lasse Sonia bouche lasse yeux las
encore trois heures d’au revoir bonne journée bonjour monsieur

« AVEC NOUS VOTRE VIE A DU GOUT ! »

MOINS 20 30 40 50 % ! ! ! ! derniers jours !
derniers jours !

couleurs criardes de fin d’un monde mais
rien dans les yeux des gens

leurs yeux leurs yeux leurs yeux comme des faux yeux

« AVEC NOUS VOTRE VIE A DU GOUT ! »


 HK/LR, 2003.





Photos by frb : Variations sur thème:  Sonia le retour (1)... Un coup de dé... (2), "So so so...Sonia, partout et en tous lieux (3). Avril 2012.


lundi, 26 mars 2012

Grand Magasin

Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous recommandons le robinet qui s'arrête de couler quand on ne l'écoute pas.

MARCEL DUCHAMP : Rrose Sélavy  in "Poils et coups de pieds en tous genres"  publié par GLM dans la collection "Biens Nouveaux" en 1939.

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Il y a 2 personnes devant moi, j’attends mon tour. Sur les écrans partout disposés en hauteur, on peut visionner la météo, les horoscopes, une recette, image par image des escalopes de veau au dessus de nos têtes, un panneau clignote sans jamais s'arrêter : "Le veau c'est beau !" et plus loin, "50% sur les pantoufles pour 1 achat de 5 bougies parfumées", derrière moi, une dame élégante s’impatiente, posant sa question sans attendre le tour de l'autre dame qui s'apprête à payer  "Excusez moi, c’est juste pour un petit renseignement... Elle enchaîne aussitôt - la crème de jour, vous ne l’avez pas en "Sable ?" - "C’était quel numéro, Madame, vous vous souvenez ? Parce qu'ils ont tout changé dans cette gamme là". La dame hausse les épaules, "quel numéro ? Aucune idée !". La caissière balaye du regard la totalité du City marché. Elle lève le bras c’est pour quelqu'un là bas, elle se met à crier : "Sonia, Sonia !  tu peux venir cinq minutes ?". Sonia arrive, à très grandes enjambées, sur son gilet vert pomme molletonné, un carré épinglé "City marché, le sourire en plus", en dessous de la poche, un rectangle en carton plastifié découpé au cutter avec écrit, au marqueur rouge en gros "Sonia". Sonia est jeune, 20 ans, à peine, c’est elle qui s’occupe du "Rayon Beauté", Nicole pourrait être sa mère. Mais pour l’heure sous mes yeux c’est la profession qui s’affiche : deux bouts de cartons recouverts de plastique épinglés soigneusement sur deux gilets sans manche où dans le dos il y a encore écrit "City marché, le sourire en plus". Gilet "Nicole". Gilet "Sonia". "La crème de jour, Sonia ! la nouvelle gamme en "sable tu sais le numéro, c'est quoi maintenant ? le 5 , le 3 ?  Je sais qu'ils ont pas changé le 6 mais le 6 c'est "Beige rosé" ?". Sonia fouille dans les rayons, Nicole demande : "Vous avez gardé l’ancien pot madame ?" -"Ben oui, euh ! j'sais pas ! je crois, mais c'est pas sûr...". Nicole poursuit : "Dans ce cas, faudrait nous ramener l'ancien pot madame ! parce qu'ils ont tout changé et je voudrais pas vous vendre "Porcelaine" pour du "Sable", quoique ça ressemble assez et si ça se trouve ils ont aussi changé les noms et "Sable" ça serait peut être  maintenant remplacé par "Porcelaine"..." Silence. Les deux femmes comparent les deux coloris, se regardent longtemps, hésitation puis silence à nouveau. Sonia revient, rajoute un "si ça se trouve...". la cliente remue la tête affirmativement, plusieurs fois très longtemps, comme s'il s'agissait d'une chose très grave.

Nicole ne répond pas, examine de plus près les deux coloris : "regardez voir sur la peau..." Sonia étarpe la crème teintée sur l'avant-bras de la cliente; au dessus du poignet, la cliente lève le bras du côté des néons elle dit, "c’est difficile à savoir, hein !". Deux grandes traces épaisses beiges tachent l'avant bras de la cliente, la peau est fine sans veines apparentes ni plis, le bras est lisse, très blanc. La dame hésite encore, l'autre dame devant moi perd patience, derrière nous, la file est devenue très longue, la cliente paraît très gênée, elle s'adresse à la dame qui était devant puis à moi, "je vous fais attendre, excusez moi ! je croyais que ça irait vite" je dis - "je vous en prie, c'est pas grave, prenez votre temps !". La dame devant me jette un regard noir. (Ben quoi ? Qu’est ce que j’ai dit ?"). Sonia semble réfléchir. Nicole propose : "Tu devrais regarder dans le classeur". Sonia, nous sourit d'un sourire réellement désolé et gentil, pour nous aider  un peu à patienter. Ce sourire est vraiment désarmant. La dame devant soupire bruyamment. Nicole dit "Dans le classeur c'est sûr qu'on trouvera ! y’a tous les nouveaux numéros qui correspondent avec les anciennes couleurs" - "Ah ben ouais ! répond Sonia, J'avais pas pensé au  classeur, t’as raison ! je vais chercher ça !" Nicole la retient  "Non, mais euh... Tu peux plus y aller, ça a changé, c'est Madame Chamot, pour les clefs, il faut appeler Madame Chamot, c’est elle qui a les clefs du bureau, attends, bouge pas ! je vais essayer de l'appeler d'ici". Nicole se rapproche d'un micro fixé par un gros ressort sur le coin de la caisse. Dans tous le magasin on entend la voix de Nicole qui se diffuse dans les hauts parleurs,"on demande Madame Chamot à l’espace beauté, madame Chamot !".

Quelques secondes après, Madame Chamot, arrive. La cinquantaine bien tassée, 1,43M environ, perchée sur des moonboots prunes à talons compensés, je me dis que sans ses bottes elle doit mesurer dans les 1m33 environ, il semble qu'à chacun de ses mouvements, c’est le magasin tout entier qui peut se renverser, on dirait que c'est elle, Madame Chamot qui porte le City-marché sur ses épaules. Elle parait être de ces créatures méticuleuses, parfaitement organisées, de celles qui mènent leur monde à la baguette. Rien ne dépasse. Tout est carré. Son chemisier à collerette impeccable boutonné jusqu’en haut pince même les rides en bas du cou, des maxilaires carrées, des lèvres pulpées de rouge pourpre nacré qui déborde légèrement au dessus de la lèvre supérieure plus fine pincée, un petit nez rose juste à peine aplati au bout, des pommettes presque absentes relevées d’un fond de teint crèmeux qui donne un air hâlé, Madame Chamot porte des lunettes en écaille cerclées bleues signées de l'autre fou, une jupe droite en velours côtelé fendu sur un côté, mais pas trop, entre les moon boots et la jupe, deux bosses plutôt rugueuses, roses, aplaties comme son nez. Je croise le regard piquant de Madame Chamot qui surprend en flagrant délit mon regard perdu sur ses genoux, je devine un courant d'animosité, une légère pointe de crainte, elle tire vif, sur le pan de sa jupe d'un coup sec machinalement, tout va si vite. Madame Chamot s’énerve : -" Mais enfin Nicole ! ça fait une semaine qu'on a reçu les nouvelles références ! il faut les avoir en tête les numéros. "Sable" c’est le 5, "Porcelaine" le 2, "Biche" c’est "Beige le N° 6 "beige tendre" maintenant le n°1 c'est le zéro qui est l'équivalent au "Beige foncé" de la gamme "Elusane" "Sable" "5" "Chamois" c'est "Biche", "Beige N°6 " "N°1 c'était le zéro chez Bergamole" et il n'existe plus, vu qu'ils ont supprimé le 4 qui était "Chevreuil n°7" chez Bergamole comme Elusane a fusionné avec Bergamole il ont revu les coloris et le 8 n'existe plus mais c'est devenu le "Sable", et même que le n° 8 de chez Elusane, pour le coup ça change pas grand chose,  vous demanderez à Madame Moulu de vous expliquer, c’est elle qui s’occupe de la marque, maintenant."

Nicole. Sonia. Madame Chamot. Course folle au rayon des peaux. Madame Chamot s'énerve "Nicole, vous n'avez pas pensé à présenter une autre marque à Madame ? On a peut être l'équivalent de couleur en sable dans la gamme, "Agnès Grey", Sonia ! allez voir monsieur Blénot, c'est lui qui a reçu le représentant, "Agnès Grey". Sonia trépigne et son visage devient pâle, elle murmure tout bas, terrorisée "Monsieur Blénot ?" Madame Chamot répond  "Oui il doit être dans le bureau à l'étage avec le représentant, pour l'arrivage des  peignoirs de Ceylan. Sonia s'étonne et devient de plus en plus pâle : "Les peignoirs de Ceylan ?". Madame Chamot se retient, tâche de garder son calme : "Oui. Les peignoirs de Ceylan ! Sonia ! la semaine prochaine ! vous savez bien que c'est la semaine de la ristourne orientale." Sonia, sourit  bêtement : "Ah oui, la ristourne orientale, pardon madame, je croyais que ça commençait qu''au milieu Avril, enfin, il me semble euh... Vous aviez dit le 14...", Madame Chamot hausse les épaules, ne répond pas, elle cherche un truc sur son portable puis se remet à parler tout en pianotant sur les touches : -" On a dit, on a dit ! oui ! on l'a dit. Mais depuis ça a changé, c'est vrai que vous étiez pas là, lundi. (Air de réprobation)... "A ce propos Sonia lundi prochain vous passerez en caisse 4, vous verrez ça avec Brigitte, parce que Crystelle prend sa journée et Nicole pourra pas faire les deux caisses en même temps vous comprenez, alors elle sera remplacée par Sandra mais entre midi et 2, y'a personne et on pourrait vous mettre, il faudra venir du matin et rester entre midi et deux ça vous fait rien ? Sonia tripote sa bague d'un air indifférent, sa voix est morne. "Non madame, ça fait rien", elle reprend aussi vite son sourire de composition mais on voit bien que la nouvelle fait mal. Le coeur n'y est plus. Madame Chamot la toise de bas en haut : - "Parfait ! merci Sonia ! vous êtes gentille ! vous m'enlevez une épine du pied ! je vous note pour lundi ! et puis vous vous arrangerez avec Monsieur Blénot pour récupérer vos heures, du soir en reprenant un matin au mois de Juin, vous verrez avec lui sur le planning  ça ne vous pose pas de problème ? Sonia bégaye : -"Non, non, aucun,  je m'organiserai avec mon mari sinon euh... Madame Chamot (sèche) - Vous avez un souci Sonia ? Sonia (pulvérisée) - Non, non aucun, je vais essayer de m'organiser avec mon mari". Sonia sourit hébétée, debout au milieu de la clientèle. Une dizaine d'yeux fixés sur elle. Nicole arrive - "Ca va, Sonia ? Tu veux que je te remplace cinq minutes ?  Sonia a répondu "j'veux bien", on ne l'a pas vu partir, à peine disparue, volatilisée, que déjà Nicole, reprend le cours ordinaire de ce jour ordinaire dans le rayon beauté -"oui, sable, c'est ce qui se rapproche le plus, Madame, mais il se peut qu'Elusane sorte une nouvelle gamme de poudre, une nano poudre avec toute une gamme de nuances, vers le 10 Mai, si vous pouvez attendre... (La dame sceptique) -"Oui, ben, je sais pas." -"Ca sera intéressant parce qu'en Mai y'aura 20% sur tout le rayon-beauté, si vous pouvez attendre. Ou alors vous revenez avec l'ancien pot, c'est comme vous voulez." -"Oui ben... Je vais réfléchir..."

L'autre dame devant moi, soupire très fort, à présent, ça monte, se communique, c'est dans l'air, ça va arriver, ça se répand, ça y'est presque c'est monté, la coupe pleine, elle se met à râler c'est venu d'un coup tout haut, cette impatience, les nerfs, quelque chose vient de passer traverse l'épiderme : - "Pffff ! c'est pas vrai ! ah lalala lalala ! Eh ben ! faut pas avoir de train à prendre  pfou ! ni avoir mal au coeur en plus c'est surchauffé ici ! et moi j'attends toujours, c'est pas vrai ! c'est un monde ! moi j'ai pas que ça à faire, attendre ! s'il faut attendre des heures! moi hein ! non mais c'est vrai moi je trouve, hein !" elle tente de me tirer à elle, il lui faut une complice, quelqu'un qui pourrait justifier, ne s'adressant qu'à moi - "Elles s'en font pas ! vous trouvez pas ? Elles sont là, elles causent entre elles et tout ça pour une crème ! ça ! ahlalalala ! pour causer elles causent ! et nous ça fait des heures qu'on attend, si elles croillent qu'on a que ça à faire, les regarder jacasser ! elles exagèrent vous trouvez pas ? Puis elle se met à me parler de son mari qui est bricoleur, même qu'elle est venue acheter des affaires pour leur salle de bain, un tapis assorti aux carreaux que son mari  etc etc... Je me garde de répondre à cette pie mais la pie me tape sur l'épaule avec son bec, à petits coups de becs jusqu'à ce que je lui prête attention, elle poursuit ne s'adressant qu'à moi, ne parlant qu'à elle seule, se déverse -"Evidemment vous ! ça ne vous fait rien ! vous êtes  jeune, vous pouvez  ! je réponds - "Boh ! Pas tant que ça !"  la pie ne m'entend pas, vide son flot, son fiel, son besoin de parler, si possible à quelqu'un. Besoin/ de parler/ à  quelqu'un / ça ne peut plus attendre - Vous comprenez moi j'ai tendance à faire des phlébites, quand le chauffage est par le sol, et comme j'ai des varices alors vous comprenez ? Je dis - "oui". Je comprends. - "Alors si ils nous font attendre des heures, ça va plus parce que moi j'ai juste ma crème de jour à prendre, et hop  je file,et là  je suis en retard vous comprenez ? J'suis pas d'ici, moi hein ! des heures pour une crème, vous z'avouerez ! et avec ma phlébite, c'est pas possible ah non, mais y'a de l'abus ! moi oh  mais je vous le dit ! ils ont perdu une cliente ! ah ça, moi ah  oh aaah mais ! je vais pas me laisser pas faire ! qu'est ce qui croillent ? R'gardez ! ah mais ! je suis une bonne cliente ! je viens tous les jours, eh ben! c'est tout vu, je reviendrai plus ! j'irai à l'intermarché, ils ont monté un intermarché rue Hénon, j'irai à l'intermarché et puis c'est tout ! regardez ! elle tend la jambe -"avec leur chauffage au sol,  eh ben voilà ! ça regonfle ! ça y'est !  voilà ! z'avez vu ? C'est enflé là, vous voyez ? Je dis -"non, pas trop." Elle poursuit - "si on doit se retrouver à l'hopital à cause des caissières qui font mal leur travail, moi je vais être obligée de le signaler, on peut pas. Je peux plus. Vous comprenez ? (Elle m'engueule). La phlébite, vous ne savez pas ce que c'est !!! on peut en mourir ! enfin vous, oh vous ! evidemment ! vous vous en fichez vous ! vous êtes jeune ! (oui bof) vous pouvez pas comprendre !"  ... Je réponds par politesse -"Euh, si,  j'ai une tante (ronpich-ronpich) qui a eu une phlébite". Cause toujours. -"Ah mais y'a phlébite et phlébite ! moi j'ai la grave, c'est ce que je disais à mon mari si le caillot monte au coeur, hein ! eh ! ben on sait pas ! elle me tape sur l'épaule, prend le ton de la confidence tout bas, (radoucie) - je vais vous dire, entre nous, mon mari, c'est lui qui fait les courses d'habitude mais là, il refait toute la maison, il bricole sous l'évier, il a carrelé, la cuisine, il fait la plomberie, il a tout recarrelé, enfin le voisin vient pour l'aider, entre voisins, il faut bien s'entraider, hein ? Vous croyez pas ? - Euh, si ! - Les gens sont tellement indifférents. C'est de pire en pire, les gens sont égoïstes ! Vous trouvez pas ?  "- Euh, si, ptêtre..." -"Les gens, que voulez vous ! ils ont plus l'temps ! y pensent qu'à eux, vous trouvez pas ? -"si"- -"Mon mari  il me dit toujours les gens ils dautdrait foiybonnemoicnvà mlaguerrmoieoicdmoilj csaquekifera sçamoi  mais xkmoidivraivheinmoikheinmgdftoubkxbmoifoutugkjsux comme des chiens, pas vrai ?" Je réponds - Oui, sûrement". En me demandant si l'on trouve au rayon "anti-pies" un bon bonnet, avec des pattes pour bien protéger les oreilles.

 

 


Photo : Le rayon cosmétique de mon city marché le seul de la colline, celui qui a des nouveaux étiquetages de boites de conserves et d'affiches inspirées des grandes heures du constructivistme (eh oui ! regardez ! ) le seul "grand magasin" Hippy chic de la colline, quoique le super U est pas mal non plus, mais dans le city marché y'a tout (yatou yatou) un peu cher mais très agréable, avec des caissières adorables (bravo les filles !). Les croix Roussiens le reconnaîtront entre mille. Haut lieu de drague très officieux fréquenté par quelques oiseux célibataires (après 20H00 only !) mais faut pas le dire. Enfin bon, (admettons que je n'ai rien dit :) Photographié à Lyon city M. rue de Cuire

© Frb 2012.

mardi, 20 mars 2012

Qui sont les poètes ?

L'influence du poète ressemble souvent à celle de Chantecler dont le chant fait lever le soleil, à condition d'être chanté juste avant l'aurore.

Albert GUERARD, in "Les primaires',1937, cité dans "Le dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugements § le livre des bizarres" de Guy BECHTEL et J.-C. CARRIERE aux éditions R.Laffont, 1991.

Pour découvrir ce que racontent les poètes, vous pouvez cliquer sur l'image.pink floyd.JPG  

Le poète (ancienne orthographe : "le poëte") est celui qui dit ou écrit de la poésie. C'est donc celui qui possède l'art de combiner les mots.

Exemple :

Ogan labessé son danbo
Séban déboidur édobuie
Essé glondue débroidérie
Gonsollié rian clarido [...]

Le fin connaisseur en poètes aura bien sûr reconnu une parodie d'un poème bien connu que voilà  :

L'hiver a laissé son manteau / De vent, de froidure et de pluie / Et s'est vêtu de broderie / De soleil riant, clair et beau.

- Le poète maîtrise également l'art de combiner les sonorités

Exemple :

Damned Canuck de damned Canuck de pea soup
sainte bénite de sainte bénite de batèche
sainte bénite de vie maganée de batèche
belle grégousse de vieille réguine de batèche

[...]

Cré bataclan des misères batèche
cré maudit raque de destine batèche
raque des amanchures des parlures et des sacrures
moi le raqué de partout batèche
nous les raqués de l'histoire batèche

(extr. GASTON MIRON in "l'Homme rapaillé", Montréal, L'Hexagone, 1994)

 - Quand les sonorités se font clairement entendre le poète peut se mettre en scène il dira alors qu'il fait de la "Poésie Sonore"

Exemple  (un must)

  - le poète a aussi le don de combiner les rythmes , 

Il connaît l'ARYTHMIE.

Exemple : Mes pieds. Merde. Quel système. Attendre l'arrêt. Ah !

Ne lâche pas son classique enfantin :  ÂNONNEMENT.

Un jjourrr surrr la pppl-a-tee-fforrmmm a-a-arri-ière dd'un a-au-autobusss...

Il sait pratiquer la RHINOLALIE OUVERTE c'est à dire que le voile de son palais (et ce n'est pas une métaphore) est rabaissé quand il devrait être levé

Exemple : "Guel chabeau ridigule !"

Il peut autant pratiquer la RHINOLALIE FERMEE

 Quelle heure est-il?
--- Bidi et debie.

- Le poète sait pour notre plaisir également évoquer des images:

Exemple :

Sur une branche morte
Repose un corbeau:
Soir d'automne!

BASHÔ : Haïku (traduction Karl Petit)

 - Le poète est aussi formidablement doué pour suggérer des sensations, des émotions.

A noter que notre exemple ici présente un cas particulier de poète en jupon (ou jupette), dans ce cas afin de bien marquer la différence entre le poète en pantalon (ou en short ou en salopette, bien que souvent un poète qui se respecte honnira le port de la salopette, trop peu solennelle, le poète peut-être en robe de bure pour le poète ecclésiastique ou en robe de chambre pour amuser les pommes de terre, pourquoi pas en robe du soir pour le poète transgenre ? Hé oui, tout est permis au poète sinon c'est pas un "vrai" poète  enfin, pour désigner le poète en jupon on utilisera le terme très émouvant de poétesse.

Exemple :

Tu es, tout seul, tout mon mal et mon bien;
Avec toi tout, et sans toi je n'ai rien;
Et, n'ayant rien qui plaise à ma pensée,
De tout plaisir me trouve délaissée,
Et, pour plaisir, ennui saisir me vient,
Le regretter et pleurer me convient,
Et sur ce point entre en tel déconfort
Que mille fois je souhaite la mort.
Ainsi, ami, ton absence lointaine
Depuis deux mois me tient en cette peine,
Ne vivant pas, mais mourant d'un amour
Lequel m'occit dix mille fois le jour.
Reviens donc tôt, si tu as quelque envie
De me revoir encore un coup en vie.

Extr. LOUISE LABE  in "Élégie II" dans Anthologie poétique française, XVIe siècle 1, Paris, Garnier-Flammarion, 1965.

 - Il faut savoir que les poètes si nombreux soient ils, ont bien chacun leur genre.

Bien sûr, nous ne pourrons pas aborder tous ces genres en un seul billet ,mais nous y reviendrons  un certain jour, sans doute. Parmi ces genres, le genre lyrique :

Exemple :

Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée
L'admirable!... Le feu, des cirques purs descend;
Il change le mont chauve en auguste trophée
D'où s'exhale d'un dieu l'acte retentissant.

Extr. PAUL VALERY in Album.

 - D'autres sont du genre courtois (attention, digression !)
Qui dit courtois dit bien souvent que le poète cherche sa muse, ou son chat, (mais quand c'est son chat le poète sait alors redevenir comme vous et moi, un homme entre tous d'une prodigieuse simplicité et on le remerciera de rendre cela mémorable) mais un poète qui cherche son chat n'étant pas forcément un poète courtois il faudra préciser que celui qui cherche sa muse l'est toujours, qu'il la possède ou ne la trouve jamais au moins se différencie t-il de l'homme ordinaire par ses superpouvoirs d'imagination, tant et si bien qu'il finira par l'engendrer, sa muse, (c'est une image, bien sûr) à ce propos, prudence !  j'ouvre une innocente parenthèse pour ceux qui ne s'y connaissent pas plus en poètes que je m'y connais en moteur de voitures. Attention ! le poète, peut à tout moment prendre ses aises et vous mentir en ayant l'air de dire la vérité, lisez plutôt:

J'aime Gala plus que ma mère, plus que mon père, plus que Picasso et même plus que l'argent (S. DALI)

 

 

Dans ce cas, c'est peut-être vrai, peut-être faux, peu importe, mais de la part de Dali "plus que l'argent", ça inspire certaines "méditations poétiques", pourquoi pas ? Et on serait bien bête de ne pas se laisser charmer par les mondes flottants de ce cher Phonce de Lam, (j'emprunte le sobriquet à un pouête ami, merci à lui !) car par les temps qui courent, une ombre de vieux chêne ça ne se refuse pas.

 

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs ;
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m’attend.


Après ce trop court moment de grâce, pour en revenir à nos oiseaux je précise pour les moins de vingt ans qui liraient ce blog que "Gala" n'est pas ce magazine des princes et des princesse mais la brune dame que Salvador Dali (alias Avida Dollars) avait piqué à Paul Eluard, (alias Eugène Emile Paul Grindel) et là ce n'est pas un anagramme mais nous constatons contre toute attente, que le poète peut être un brin goujat comme les gens ordinaires, or, qu'il soit menteur ou goujat, contrairement aux gens ordinaires il faut savoir tout pardonner au poète car s'il mène parfois une vie de barreaux de chaise, (pas tous, il existe des poètes aux moeurs très convenables), ce sera toujours pour vous céder le testament, (non pas celui des barreaux de chaise), regardez !

 http://www.youtube.com/watch?v=-Vlkypk36qQ

A propos de la dame, Paul Eluard épousa Gala en 1917 comme chacun sait, mais le remariage de Gala avec Dali et de Eluard avec Nusch, ne dégrada pas la ferveur d'une belle correspondance entre Gala et Paul Eluard, qui dura au delà de leur séparation (en 1929 jusqu'en 1948) quatre ans avant la mort d'Eluard. Le témoignage de cette relation épistolaire se retrouve encore dans un livre étonnant qui s'intitule "Lettres à Gala".

Tout ça pour atterir au Moyen-Âge et vous citer un exemple de poésie courtoise ce qui n'a strictement rien à voir avec les surréalistes mais les poètes forment une grande famille, ils n'ont qu'une terre de reconnaissance - par delà les frontières du temps qu'ils savent abolir (et hop ! voyez comme on danse !).

 Ainsi, dans l'exemple à venir nous n'hésiterons pas à enfourcher  chevaucher la machine à remonter le temps, (en poésie, l'impossible n'est plus un problème) pour vous proposer une poésie qui est un roman en fait, mais en vers, sacreblou ! ça ressemble à s'y méprendre à de la poésie courtoise, n'est-ce t-y point confondant ?)

Ele fu longue et gresle et droite.
De moi desarmer fu adroite;
Qu'ele le fist et bien et bel.
Puis m'afubla un cort mantel,
Ver d'escarlate peonace,
Et tuit nos guerpirent la place,
Que avuec moi ne avuec li
Ne remest nus, ce m'abeli;
Que plus n'i queroie veoir.
Et ele me mena seoir
El plus bel praelet del monde
Clos de bas mur a la reonde.
La la trovai si afeitiee,
Si bien parlant et anseigniee,
De tel sanblant et de tel estre,
Que mout m'i delitoit a estre,
245 Ne ja mes por nul estovoir
Ne m'an queïsse removoir.
Mes tant me fist la nuit de guerre
Li vavassors, qu'il me vint querre,
Quant de soper fu tans et ore.
N'i poi plus feire de demore,
Si fis lues son comandemant.
Del soper vos dirai briemant,
Qu'il fu del tot a ma devise,
Des que devant moi fu assise
La pucele qui s'i assist.

IVAIN (ou yvain) cité dans Auerbach 

 - Autre style du poète sorti d'une trempe vieille comme le monde : Le poète courageux qui n'hésitera pas à se lancer dans la poésie épique,  évoquant des événements historiques mêlés généralement à des légendes ou des héros sont magnifiés. Il s’agit en réalité d’accorder à un fait ou à un héros une grandeur, une dimension quasi surnaturelle. Sur ce coup du poème épique, entre nous, j'ai la flemme, mais je vous renverrai à ce qu'en dit Melle Chardon, poétesse au club-poésie de la Scala de Vaise, je cite :

Il ne faut pas confondre la poésie épique avec la poésie qui pique [...]

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2010/03/29/menage-de-printemps.html

[...] Ni avec le Merlin du picnik" :

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/29/30...

Bon. C'est pas bien malin. J'en suis presque gênée pour cette pauvre Melle Chardon et moi-même. Enfin, pour terminer par delà soucis et controverses. Il y a tout de même une petite ombre au tableau, le destin du poète ne figurant dans aucun programme d'aucun candidat pour cette présidentielle, les arts en général paraissant de tous bords ignorés (sans jouer les martyrs), on est en droit de se demander avec quoi le poète il va pouvoir becqueter, surtout quand on voit le nombre de poètes obligés de vendre de la barbapapa à la vogue, bien qu'il n'y ait pas de sots métiers, il est grand temps d'anticiper : qu'est ce qu'on va faire de nos poètes ? Est ce qu'on les garde ? (Pour s'occuper des femmes en cas de guerre). Est ce qu'on les recycle ? (Pour animer des soirées dans des chateaux par exemple... ). Là, j'interroge nos politiques, "c'est une question de vie". (Sûr qu'ils vont prendre en compte !). Et je joins au lecteur adoré deux liens facultatifs. Rien que dans l'objectif.

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/30/po...

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/30/co...

La prochaine fois, je ne sais quand, je vous parlerai du poète dramatique, du poète spatialiste, du poète maudit, des oulipiens, des poètes lettristes, puis, si on a le temps de l'héritage des peintres... ?

Photo : Parortit sed topètes ua bani uo toiser ud trempins des opètes, sènec rera, gratiophophée nu sori à l'erheu ed l'épifitra, au Parc de la tête d'Or à Lyon.

© Frb 2012.

mercredi, 14 mars 2012

H/ombres

Il faut parler de la création comme traçant son chemin entre des impossibilités... C’est Kafka qui expliquait l’impossibilité pour un écrivain juif de parler allemand, l’impossibilité de parler tchèque, l’impossibilité de ne pas parler. Pierre Perrault retrouve le problème : impossibilité de ne pas parler, de parler anglais, de parler français. La création se fait dans des goulots d’étranglement. Même dans une langue donnée, même en français par exemple, une nouvelle syntaxe est une langue étrangère dans la langue. Si un créateur n’est pas pris à la gorge par un ensemble d’impossibilités, ce n’est pas un créateur.

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Un créateur est quelqu’un qui crée ses propres impossibilités, et qui crée du possible en même temps. Comme Mac Enroe, c’est en se cognant la tête qu’on trouvera. Il faut limer le mur parce que, si l’on n’a pas un ensemble d’impossibilités, on n’aura pas cette ligne de fuite, cette sortie qui constitue la création, cette puissance du faux qui constitue la vérité. Il faut écrire liquide ou gazeux, justement parce que la perception et l’opinion ordinaires sont solides, géométriques. C’est ce que Bergson faisait pour la philosophie, Virginia Woolf ou James pour le roman, Renoir pour le cinéma (et le cinéma expérimental qui est allé très loin dans l’exploration des états de matière). Non pas du tout quitter la terre. Mais devenir d’autant plus terrestre qu’on invente des lois de liquide et de gaz dont la terre dépend.

Le style, alors, a besoin de beaucoup de silence et de travail pour faire un tourbillon sur place, puis s’élance comme une allumette que les enfants suivent dans l’eau du caniveau. Car certainement ce n’est pas en composant des mots, en combinant des phrases, en utilisant des idées qu’un style se fait. Il faut ouvrir les mots, fendre les choses, pour que se dégagent des vecteurs qui sont ceux de la terre. Tout écrivain, tout créateur est une ombre. Comment faire la biographie de Proust ou de Kafka ? Dès qu’on l’écrit, l’ombre est première par rapport au corps. La vérité c’est de la production d’existence. Ce n’est pas dans la tête, c’est quelque chose qui existe. L’écrivain envoie des corps réels. Dans le cas de Pessoa, ce sont des personnages imaginaires, imaginaires pas tellement, parce qu’il leur donne une écriture, une fonction. Mais il ne fait surtout pas, lui, ce que les personnages font. On ne peut pas aller loin dans la littérature avec le système "On a beaucoup vu, voyagé" où l’auteur fait d’abord les choses et relate ensuite. Le narcissisme des auteurs est odieux parce qu’il ne peut pas y avoir de narcissisme d’une ombre. Alors l’interview est finie. Ce qui est grave, ce n’est pas pour quelqu’un de traverser le désert, il en a l’âge et la patience, c’est pour les jeunes écrivains qui naissent dans le désert, parce qu’ils risquent de voir leur entreprise annulée avant même qu’elle ne se fasse. Et pourtant, et pourtant, il est impossible que ne naisse pas la nouvelle race d’écrivains qui sont déjà là pour des travaux et des styles.

GILLES DELEUZE : extr. "Les intercesseurs" in "Pourparlers", éditions de Minuit (1990/2003).

Photo : Les feuilles qui semblaient mortes en hiver reviennent toujours au printemps. Ca arrivera entre le noir et le blanc pendant que nous serons occupés ailleurs.

© Frb 2012. Lyon.

samedi, 10 mars 2012

Des fourmis plein la tête (part 4)

A propos de quelques questions recueillies au hasard dans les livres et dans les magazines. La suite...

Pour accéder aux séries précédentes, il suffit de cliquer sur l'imagefourmis.jpg

Les jeux sont ils faits ? 1 milliard est égal a combien de milliers ?  Qu'est-ce qu'un instant décisif ? Le bicarbonate de soude peut-il remplacer un bon dentifrice ? Avez-vous eu une enfance normale ? Le philosophe pense t-il lorsqu'il descend les poubelles ? Madame Bovary  est ce vous ou moi ? Croyez-vous à la métempsychose ? La mélatonine supprime-t-elle le décalage horaire ?  Les extraterrestres sont ils parmi nous ? Où se se situe l'ailleurs d'où l'on ne peut s'enfuir ? Comment la pensée va-t-elle se contraindre à ne pas pouvoir rester indemne à l'indifférence qu'elle risque de susciter ? Est ce qu'il y a un ailleurs ? Un jeune qui tue ses parents est-il fou ? Faut-il bloquer les prix, voir les encadrer ? Qui est luc Brossolet ? Dois je me laver les mains avant de toucher mes yeux ? En quoi la ghréline est elle l'antagoniste de la leptine ? Ai-je mérité mon sort ? Ou vont les fleuves ?  Vivons nous pour comprendre ? La percussion est-elle forcément musicale ?  Qu'est ce qu'un mécanisme de solidarité à distance ? Qui a peint le plafond de l'opéra de Paris ? Tromper son mari est-il bon pour le moral ? Comment dépasser l'art ? A quel moment doit-on cesser d'aider quelqu'un ? Peut-on tabler sur des valeurs sûres ? Pourquoi cette palabre sur la structure ? Combien d'argent dépense-ton en une vie pour son confort ? Quelle est la difference entre les termes de "race" ou "d'espèce" ? Qu'est ce que la chromatographie sur couche mince ? Que faire quand on traverse une mauvaise passe ? Vous sentez-vous trahis par François Hollande ? La contraception masculine, on en est où ? Quelle est la différence entre "la variation" et "la variation infinitésimale" d'une quantité de chaleur ? Comment me procurer la liste de tous les produits agricoles qui existent ? Que serait l'homme sans l'angoisse ? Comment factoriser 2a+2b-2c  ? Faut-il éplucher les coings pour faire une bonne gelée ? Sur quel tableau de Dali peut-on voir Lénine ? Est-il possible de suivre la cinétique des acides gras volatiles dans une fève de cacao ? Qui travaillerait pour rien ? Dans quelle ville se trouve l'Ermitage ? Le syringa est-il une fleur ? Et si les banquiers faisaient la sourde oreille ? Pourquoi les autres occuperaient-ils une plus grande place dans notre coeur que dans notre budget ? A partir de quand vous êtes vous aperçu que votre femme vous trompait ? Qu'est ce qui est impossible au poète ? Quel vin boire avec un magret ? Pour ou contre les maisons closes ? Comment peut-il en être ainsi ? Comment peindre le bleu ? Quel est le rapport (vu sous l'angle du processus) entre l'hypnose et la méditation ? Quel préfixe indique-til la privation ?  Le lynx est il un  animal protégé ? Qu'est ce qu'un mentat ? Comment dois-je m'y prendre pour fabriquer des fringues avec des sacs papiers ? Ecrit-on  "s'en sonner" ou "sans sonnets" ? Comment passer d'une formule topologique, à une formule semi-développée ? Pourquoi n'y a -t-il pas de "e" à la fin de "en aparté" ? Si un siamois meurt est ce que son frère siamois meurt aussi ? Qui décide des abréviations ? Sommes nous enfin entrés dans la campagne présidentielle ? L'enthousiasme est-il suffisant ? Qu'est ce que la mystagogie ? Pardon

 

 

Photo : Métamorphose du castor, qui s'est déguisé en cravate de Gilbert Bécaud, à l'envers (pas Gilbert Bécaud, les pois de la cravate) pour passer inaperçu, le lecteur plein de sagacité l'aura deviné, enfin bref, ceci n'est pas une fourmi, ni une pipe qui revient du ski, quoique de loin... lézardant - on ne se refuse rien - sur une sorte de plaque ornementale, à peu près ras les pâquerettes (des milliers, bien sûr, à venir, que nous cultivons avec soin, hors champ). Ce street-art est peut-être en pochoir, n'est ce pas ? Et je remercie l'artiste au passage, d'avoir remis ça un petit peu partout dans la ville. J'ai photographié la bestiole, place du Maréchal Liautey, dans les quartiers chics à Lyon (6em arrondissement) près de la mythologique "Forêt Morand. Mythologique ? Non. Par respect pour Monsieur Marcel Rivière, j'écrirai "photographié près de la mythique". Ne soillons point tout trop cuidants.

 

© Frb 2012.

mardi, 06 mars 2012

Ponctualité

Début du printemps,
Je mets ma pendule à l'heure.

l'heure qu'il.JPGMaintenant qu'on a l'éternité, on peut toujours rêver, avec Raoul :

Nous sommes dans le monde et en nous-mêmes au croisement de deux civilisations. L’une achève de se ruiner en stérilisant l’univers sous son ombre glacée, l’autre découvre aux premières lueurs d’une vie qui renaît l’homme nouveau, sensible, vivant et créateur, frêle rameau d’une évolution où l’homme économique n’est plus désormais qu’une branche morte.

Raoul VANEIGHEM in "L'ère des créateurs".

On peut aussi croquer quelques livres d'esprit libre du même auteur, lus et approuvés par la maison (ci-dessous):

http://nouvellerevuemoderne.free.fr/eredescreateurs.htm

On peut encore s'instruire avec Georges un ami de Georges tous deux amis de Georges et de Robert et plus haut, de Roger:

Maintenant, le mouvement de l’horloge donne la cadence aux vies humaines : les humains sont asservis à la conception du temps qu’ils ont eux mêmes produite et sont maintenus dans la peur, comme Frankenstein par son propre monstre. Dans une société saine et libre, une telle domination arbitraire de la fonction humaine par l’horloge ou la machine serait hors de question. Le temps mécanique serait relégué dans sa vraie fonction de moyen de référence et de coordination, et les hommes et les femmes reviendraient à une vision équilibrée de la vie qui ne serait plus dominée par le culte de l’horloge.

Georges WOODCOCK in "War commentary - For anarchism", mars 1944.

Et comme le sujet ne pouvait ignorer ce texte, petit bonus de lecture encore signé Georges Woodcock, "La tyrannie de l'horloge", je vous joins son petit lien salutaire :

http://infokiosques.net/lire.php?id_article=632

Voilà, mes amis, de quoi occuper les prochains jours en belles lectures puisqu'on annonce la pluie, et qu'on ne pourra pas se donner rendez-vous sous l'horloge à point d'heures (sniff, sniff)...

Photo : Le lyonnais, bon marcheur, amoureux de sa ville, et peut-être les autres, reconnaîtront sans doute l'horloge de la rue Grenette située en Presqu'île entre Rhône et Saône. L'instant pur, rare décrochage d'une ville entière et pourquoi pas de ses habitants ? Ou une métamorphose d'un genre éternel ? Un temps sans temps répondra le génie des oisifs qui vit sur son nuage qu'on ne voit jamais et qui sait tout. Hélas, j'émettrai un regret (très personnel, of et hors course) c'est que l'horloge de la rue Grenette ne présente pas son programme aux élections présidentielles 2012, "arrêter le temps", (et là je suis sûre d'avoir raison), ça paraissait pourtant le seul projet enfin sensé pour le pays et surtout le plus émouvant entre tous, afin d'en finir avec les grosses promesses rébarbatives et les formes comptables si peu romantiques.

© Frb 2012.

vendredi, 02 mars 2012

Impression de voyage

Nous vivons bien à l'aise, chacun dans son absurdité, comme poissons dans l'eau, et nous ne percevons jamais que par un accident tout ce que contient de stupidités l'existence d'une personne raisonnable. Nous ne pensons jamais que ce que nous pensons nous cache ce que nous sommes.

PAUL VALERY : extr. "Monsieur Teste", L'imaginaire/ Gallimard 1946.

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Comme s'il fallait toujours s'éloigner de ce qui fût trop proche, comme s'il fallait ne se fier qu'à la captation d'un mouvement qui prend de la vitesse, pour s'imaginer autre, le mouvement devenu l'unique réalité étrangement saisissable, portant au plus haut point la curiosité et la capacité d'attention, abolirait progressivement les dimensions de l'existence personnelle, effaçant les événements à mesure que la mémoire s'appliquerait à les convoquer. Du moins, est-ce un souhait trop difficile à énoncer, tant il paraît aussi léger qu'un rêve. Un état où il serait en même temps possible d'accepter la destruction de sa propre histoire, et l'idée de n'en rien rejeter, se relier à l'inconcevable détachement né d'un attachement véritable autant qu'il deviendrait possible de regarder sans fureur les déflagrations qui ont entaché ce souvenir. Infiltrer en soi le présent plus entier qu'au coeur d'aucune autre conversation, bercé par le coton des voyages, entre une destination épuisée et le point d'ancrage encore vierge où l'on irait sans doute, tôt ou tard, s'attacher de la même façon qu'hier. On s'attacherait ailleurs, quoiqu'on dise, on recommence presque toujours la même histoire en tous lieux. Mais dans l'improbable lieu qui raccorde et répare, dans ce mouvement de dépossession lente, livré aux grincements étouffés, roulements rondement crissés des mécaniques, délivré de n'être à aucune place pour personne, on verrait un début de réconciliation exister entre-deux, rendu à l'anonymat idéal, parmi des issues entrevues, on se surprendrait approuvant le cours des évènements, et le voyage allégé des raisons même qui faisaient voyager pourrait enfin prendre son sens dans une parfaite vacuité, délesté du sang des regrets, des ressassements désastreux de l'intimité. A présent, on approuve, sans mesurer les heures, porté, lâché, plus présent que jamais et déjà hors-sujet. 

Photo : mouvement du 952861184 saisi entre deux gares.

© Frb 2012.

jeudi, 01 mars 2012

Le temps des jeux

Plus on médite un sujet, plus il s’étend ; on trouve que c’est l’histoire de tout ce qu’on a dans la tête et de tout ce qui y manque : et cela sert d’autant mieux que les idées et les connaissances y sont plus liées ; il part tant de branches, et ces branches vont s’entrelacer à tant d’autres qui appartiennent à des sciences et à des arts divers, qu’il semble que pour parler pertinemment d’une aiguille, il faudrait posséder la science universelle. Qu’est-ce que c’est qu’une bonne aiguille ? Dieu le sait. Le découragement et le dégoût nous prennent, et dans l’impossibilité de tout dire, car il faudrait tout savoir, on se tait ; parti dont la paresse naturelle s’accommode fort bien.

DENIS DIDEROT : "Sur la diversité de nos jugements", extr. "Oeuvres complètes", édition Assézat, IV.

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Photo : Les pieds dans l'eau, un peu de paix au coeur du monde, en état de grâce hors saison, saisi d'un pont sur les berges du Rhône.

© Lyon, frb 2012

dimanche, 26 février 2012

Le temps des gueux

"Il fait un froid de gueux"

CARLA BRUNI-SARKOZY, phrase rapportée par le Nouvel Observateur + une pépite encore (hiver 2012)

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Nota 1 : Si vous remarquez quelques incohérences entre la date de parution du nouvel Obs et notre jour de Février c'est bien normal, pour vous livrer l'information avant tout le monde nous avons dû personnaliser un peu notre calendrier. Ce qui s'appelle en d'autres mondes, le "mentir-vrai. En revanche, vous constaterez que nos images sont réalisées sans trucages. La situation est la même partout, que ce soit à Lyon, cours Vitton, quartier naguère prestigieux (photo 1), à Cannes, sur la Croisette, (photo 2), à Paris, face au Fouquet's (photo 3), à Deauville, pas loin du casino (photo 4) à Marne la Vallée, à 300 mètres d'Eurodisney (photo 5), à Lyon-Vaise devant la rutilante médiathèque (photo 6), ou à  la sortie du super U de Courchevel (photo 7), les gueux envahissent nos villes et nos campagnes avec un toupet qui se pose là. Mais le plus inquiétant, nous vient d'une études très sérieuse faite par la commission des  savants mandatés (et chers payés) par l'IEECJ (institut d'expertises et d'évaluations de certains jours) qui a prouvé que non seulement les gueux attirent le froid mais qu'ils en sont les principaux responsables. Les conséquences, on ne peut plus les cacher. Elles vous seront révélées, veuille ou veuille pas, après ce que vous savez. En attendant je confie le soin aux lecteurs de tirer les conclusions qui s'imposent, et de se poser la question : doit-on laisser en toute impunité les gueux prendre leurs aises aux vues de tous ? Quand on voit que certains ramènent le froid par cartons entiers, (cf. photo 1) pour organiser, semble-t-il, une fois encore, entre eux, on ne sait quel trafic frauduleux, on est droit de se demander si par leur faute, il n'y aura pas de la neige tout l'été...  En attendant, remercions l'ingénuité de notre savoureuse première dame de France, qui étant troubadour d'origine, s'exprime dans une langue moyenâgeuse à ravir. Une invitation à ressortir nos Roland Barthes, (non, ce ne sont pas des baskets) que dis-je ! notre Roland Barthes ! unique, inimitable, qui n'est pas auteur médiéval  souvenez vous, quand il écrivait : "Je vois le langage", en considérant cette condition de voyeur comme une maladie. Enfin, bon, heureusement, chacun sait que là où s'arrête le langage, tout finit par des chansons, (des cerises, et puis des roses, au diable ! le bas de laine !), mais faudra pas confondre la langue spécifique à chacun, avec le langage qui est une généralisation à l'homme, (c'est de Lacan) après quoi, on se tiendra peut-être mieux droit sur dans nos bottes, tout ça pour dire, (ce qui n'a pas grand rapport) que le cynisme moderne ne se raccordera en rien avec l'ancien, nevermore... Nul ne l'ignore, bien sûr, après cinq ans de... Non, rien.

Alternative ICI

Ligne de fuite (100% médiévale datant de 1876 grosso-modo) :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57802151/f9.image.swf

Photo : nous, les gueux, et nos légumes, photographiés un peu partout, durant le rude hiver.

© Frasby 2012