lundi, 16 janvier 2012

Dix petits tableaux (VI)

Sixième tableau : lire au nid, c'est peut-être fini

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L'éminent Docteur Guy Baudroit a voulu ramasser les corps que l'on emmenait loin du parc. Il cacha ses brouettes dans le quartier des marécages. Cherchait-il à sauver les  dernières biches ou les chevreuils qui couraient encore sur nos tapisseries ? Des  maisons de papiers, des bouts de nids, c'était écrit, avaient été frappés de servitude. Une quantité de bêtes serait peut-être sacrifiée pour quelques mots perdus, il y avait eu des rixes  et puis des corps, dont on ferait des grands plats au banquet des copains d'avant. On invitait déjà, les spectateurs, à réserver leurs  emplacements afin d'assister au moment où l'on jetterait le butin en pâture sur les places. Le clou du spectacle ne serait pas de tuer les animaux mais de voir simplement pleurer leurs maîtres. C'est beau de regarder tomber les gens. C'est simple et pour un être humain c'est presque un jeu d'enfant. Il n'y a rien de plus simple, il suffit d'ouvrir une fenêtre et de papoter. On peut ajouter à cette volonté spectaculaire, les onomatopées en vogue et le relief de l'ensemble nous semblera plus beau que l'original. Peut-être même qu'en romançant, au fil du temps, cela deviendra de l'art. Il suffira d'attendre et puis de regarder... Une seule voix peut faire boule de neige. Un prophète t'ouvrira les yeux, il te les noircira parfois, en même temps que tes oreilles, selon ses engouements successifs, on ne peut l'anticiper - mais qui ne risque rien n'a rien - et ici, ça tombe bien : il s'agira précisément d'avoirs. Une fois tes premiers pas ébauchés, on te lancera par une fenêtre. Tu hésiteras, tu te balanceras d'abord sur toi-même puis aux regards du nombre qui te précède, tu balanceras à ton tour. Le but sera de réaliser parfaitement ce désir de conserver des traces de toi. On peut tout sacrifier, à l'exception de soi-même. C'est la loi. Il faudra t'arranger pour que les traces d'autrui ne produisent pas trop d'ombre sur ton nid. Voilà tout. Mais après les cinq ans que nous venons de traverser, (cinq ans de trop) il n'y a plus de raison de s'embarrasser de complexes. Le partage est globalisé. Nous devenons des obligés tout à fait libérés, globalement, le moi s'exhibe toujours avec plaisir, quoiqu'on dise, on aura beau se débattre contre la vanité, le nid constitue cet objet partageable dont l'écho stupéfie. C'est une expérience exemplaire. Au delà des apparences, on se surprend à lire au nid sa propre biographie écrite par d'autres qui racontent une histoire que nous n'avons jamais connue, ni jamais ressentie. Le doute affleure sur l'héritage vécu. A présent, les outils sont en place, une caisse à outils provisoire, maniée par des experts en quête d'amour universel. Ils creusent un grand trou dans ton parc, puis un trou dans ton nid. "Une bonne pelle et une bonne pioche pour une belle tombe". Nous voilà omnibiographés.

-"Et le nid ?" Demanda Madame Chausson, en essuyant les verres à Porto.

-"Le nid ?" ...

"Nous n'avons rien à nous que le temps, dont jouissent ceux-mêmes qui n'ont point de demeure"  

Balthasar Gracian (L'homme de cour).
 

 

Photo : un faux nid pour un homme seul photographié à Lyon rue de Brest, on ne doute pas que le même existe en vrai, exactement au même instant à Brest, rue de Lyon.

Nota : la référence à "l'omnibiographie", a été empruntée à Jean-Marc Huitorel chez qui, pour la première fois, j'ai pu découvrir l'emploi de ce néologisme.

Remerciements : à l'artiste Claude Closky dont les détournements de signes et autres déplacements de sens ont largement inspiré ce billet, à ce cher Raidi Pour pour les leçons de ping-pong aquatique, un merci very spécial à Herr Zack Einstein, cyberman, que je n'arrive toujours pas à joindre, à qui je tiens à rendre un vibrant hommage ici, puisque la boîte à courrier, s'est crashée peut-être aussi le téléphone (?)  il est difficile de répondre au courrier, tandis que les oiseaux se cachent pour mourir, que les grands bateaux sombres sombrent... Heureusement, il reste des survivants, (the show must go on), un commandant et de quoi capter les petites ondes. En attendant que la boîte aux lettres nous revienne, on ramera jours et nuits...  

© frasby 2012.

jeudi, 12 janvier 2012

Dix petits tableaux (V)

Cinquième tableau : où vont les éléphants ?

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Une nuit, j'ai croisé Tante Yvette, assise sous la lune au jardin. Elle a vidé son sac, une femme lucide, recluse, qui se tait, on dirait, qu'elle ne vit que pour s'effacer. Elle a dû m'expliquer. Je ne sais pas si ce que j'en ai retenu est sa vérité ou la mienne, il se peut que mon interprétation trahisse la sincérité de notre entretien. "Ca ne fait rien" m'a-t-elle dit. -"Tu peux bien trahir mes propos, les mots prouvent si peu ce que nous sommes. Pour moi, n'être personne, c'est la seule chose que j'ai trouvé. C'est à ce prix, à ce prix seulement, que je peux vivre en paix, c'est une manière comme une autre de pouvoir résister, l'invisibilité, ça tient au coeur des mécanismes, je suis dedans, c'est limpide en même temps je n'y comprends rien. Quoique je fasse, on me donne un rôle, il suffit de le tenir. C'est aussi clair et aussi compliqué qu'une équation mathématique". Ainsi, on pouvait, selon la théorie de la tante Yvette, espérer ne pas dire "oui" à tout, en se faisant passer pour ce qu'on n'est pas, en laissant croire, en faisant mine de dire "oui" ou rien, et de s'enthousiasmer de pouvoir ressentir une forme d'indifférence pour la vie qu'on se fait. -"On peut se détacher d'un rien tout en laissant chaque chose à sa place. Rien ne tient mais tout reste à sa place". C'est ainsi qu'elle voit le monde, la tante Yvette. Tout semble pénétré d'une illusion qui passe sur un semblant d'histoire, tante Yvette fait semblant d'y tenir par d'extrêmes bienveillances. Tout est factice, évidemment. Oui, mais moi, je voudrais savoir : -"Qu'est qu'on peut faire des apparences ? Que dire de celles qu'on ne soupçonne pas ?". Tante Yvette a réponse à tout -"On doit faire semblant de s'y plaire, ça balayera autant de méprises, même si on sait que ce n'est pas acceptable, il faut tâcher de faire semblant d'approuver. Pas la peine de laisser prospérer le doute. On sait qu'il n'y a plus rien. On sait que jamais on ne pourra retrouver ce qu'il y avait avant, à quoi bon le chercher ? A quoi bon réparer ? Quand tout devient irréparable, il faut faire semblant de s'être trompé puis se laver les mains, après tout, ce n'est rien. Ce n'est que la réalité. Peut-être qu'on existe uniquement pour accepter qu'on s'est trompé". Avant, c'était l'enfance de Tante Yvette, avant les habitudes où des concessions peu à peu ordonnaient le quotidien. Avant que ça ressemble au quotidien de tout le monde, on a placé l'amour dedans, sur un étage ou deux qui tient un sol, un plafond, et des murs, parfois des rayonnages encombrés de babioles astiquées avec soin, grâce à l'effort humain, on rafistole autant qu'on le peut, et même l'amour il se bricole comme l'amour de tout le monde, à quelques détails près... Est-ce le diable qu'on entend parfois ricaner derrière les portes, est ce un détail ? -"Qu'importe ! avec un petit peu de volonté on arrive à rafistoler le diable et puis les portes aussi. Les réponses on ne les donnera pas, les questions ne font que creuser la terre, ou la matière, au fond, tu ne creuseras qu'un trou". Pragmatique, Tante Yvette, je l'écoute me parler de l'antimatière. -"Il existe pour chaque particule une antiparticule correspondante" elle a lu ça dans le Wikipédia. Je demande -"Pourrait-on reproduire cela ?", -"moi, j'ai mes antimondes". Elle l'a dit sérieusement. J'ai répondu -"Ah bon ?" -"On peut bien l'expliquer, mais pas le montrer, ni le représenter, ça n'appartient qu'à soi, tu comprends ?" J'ai dit oui, j'aurais pu dire non, tout ce que j'aurais pu dire... C'est comme un jeu d'enfant. La tante Yvette, le jour, elle soutient son tyran, la nuit elle récupére en douce ce que le vieux lui a dérobé. Le jour, elle observe, fait en sorte que tout soit parfait. Chacun tient son rôle à sa place. La vraie vie tient encore par la grâce de tout ce qui n'est pas vrai. Quand le vieux croit posséder la preuve que Tante Yvette pourrait se dévouer, mourir pour lui, à ses côtés, elle dira "oui, après tout se dévouer puis mourir pourquoi pas ? Si ça lui fait plaisir à lui"... Nous on croit ce qu'on entend, on juge d'après ce qu'on voit. Mais le silence qui suit, c'est ce "non" tapi à côté, une vie à côté qui ressemble à un "oui". Pour elle c'est plus facile de vivre la nuit, c'est une vie dans un rêve quand les autres dorment et rêvent, pour elle, ça devient la seule réalité qui pourrait exister au monde. -"quand la nuit nous regarde, on dirait que l'éternité remet notre destin à sa place". Elle est mystique, la tante Yvette. Qui aurait pu imaginer qu'un langage mystérieux parlait en elle d'une autre vie pendant la vie ? Pourvu que personne ne s'en mêle, que le jour ne puisse pas reconnaître cette créature et toutes ses vies qui abondent à côté. Le principe de réalité déduirait que c'est la folie. "Aujourd'hui la folie, ça se repère et ça se soigne". On connaît les idées du docteur Guy Baudroit. C'est une lumière et c'est une ombre, la tante Yvette, pour elle il n'y a que les coins sombres qui peuvent devenir lumineux, un double inoffensif ouvrant un troisième oeil qui réfute et acquiesse en même temps, et tout cela dans une seule vie. Le jour elle fait semblant de veiller aux intêrets d'une existence où le principe même d'exister se trouve peu à peu aboli. L'oncle Edmond, il remue sa rancoeur dans son coin, ça dure toute la journée sans bouger du fauteuil, quand il sort c'est juste sa tête, pour brailler par les fenêtres. Rien jamais ne sort du cadre et le cadre a retrouvé le feu, depuis le temps que ça couvait. Rien ne rend plus heureux l'oncle Edmond que cette fumée qui fait courir l'indice d'un incendie, né de vieilles limes mises au rebut. L'oncle Edmond est ce héros qui cherche son étoffe, il prétend qu'elle serait méritée. Oui, en cas de guerre, elle le serait, avec ce feu et tout ce bruit, il saisirait sa chance, d'où cet acharnement contre ceux qui oeuvrent pour la paix. -"Ceux-là ne méritent pas d'être nés..." a dit le vieux. -"Pour mériter la vie, il faut se battre, nom de Dieu ! personne ne veut plus se battre aujourd'hui, regardez autour de vous ! on ne croise que des traîtres et des lâches !". Après, il bourre sa pipe de la boue qu'il a dans la tête. Son coeur aussi gras qu'un chapon trempé dans du vinaigre, s'est mis à dégorger avec la rage d'accumuler des possessions. Il croit posséder son prochain comme il possède ses meubles comme il a possédé la tante Yvette, il appelle ça "s'unir pour le meilleur et pour le pire", à moins qu'il soit possédé du désir d'emmerder ceux qui restent et qui selon les statistiques ont de grandes chances de lui survivre. Les statistiques, on peut les bricoler aussi, il arrange le monde à sa guise, l'oncle Edmond, avec cette vengeance ordonnée qu'il mène contre un passé, ça traîne des ordures derrière lui, son mal devient un édifice si lourd qu'il ne peut plus le porter, Tante Yvette en prend la moitié. Si la clairvoyance le happait, il ne saurait pas l'endurer, depuis des années qu'il se venge, on ne sait contre quoi, contre qui. Il se venge, il n'y a pas à discuter, c'est ainsi. C'est entré dans un pli. On suppose que ça revient de l'enfance, c'est peut être pour cela qu'aujourd'hui il mélange sa vie à des tribulations qui ne sont pas sa vie, on ne peut plus démêler le faux du vrai, déjà toutes les phrases se suspendent, personne ne fera attention, il voulait dire... Il ne sait plus. Ca s'arrête là, en plein milieu. Un mot tronqué, une apparence, ça n'a plus d'importance, la musique peut continuer, c'est le bourdon qui bourdonne, une petite voix dans la tête qui s'enivre et ne cesse. La Tante Yvette, a fini par s'accommoder, l'oncle Edmond n'est plus vraiment un homme, à peine un fond sonore, on ne fait plus attention. Il sonne le clairon, ouvre un tir à l'assaut, coupe les conversations, quand il n'y a plus de quoi brailler, plus de quoi boire, il dit "Brisons là ! ça suffit !". Nul n'oserait hausser le ton. "Ca suffit !". C'est tout ce qu'on retiendra de la conversation.

(A SUIVRE...)

 


 


MusicDamien Jurado - "Nothing Is The News"- (by brooklynvegan via Soundcloud)

Photo :  Certains jours on voyage à dos d'éléphant, c'est l'éléphant de la république, de la rue, de sa place, de nos rondes enfantines, photographié en plein coeur de presqu'île, à Lyon, lors d'un prodigieux voyage à dos d'éléphant en habits de gala avec une vue imprenable sur une sorte de printemps.

© Frasby 2012.

dimanche, 08 janvier 2012

Dix petits tableaux (IV)

Quatrième tableau : l'ère des résolutions

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La lumière veloutée du soleil joue un peu sur la tapisserie de la salle à manger où des doigts ont griffé quelquefois les biches et les chevreuils. Toutes nos saisons sont sur ce mur. On a dû recoller peu à peu, afin que l'intérieur ne paraisse pas trop délabré.  Plus on cherchait à recoller les lambeaux, moins on avait d'amis, et là bas dans la salle à manger des Chausson, dans l'alcôve de la maison de Tante Yvette et de l'oncle Edmond, des biches et des chevreuils traversaient les cloisons. On a perdu le goût du jeu.  Avant, oui, nous vivions, là, en paix. Nous étions vrais comme les vrais gens disent qu'ils le sont. Nos fenêtres restaient ouvertes, quand nos voisins débarquaient, on leur prêtait même la brouette léguée par nos ancêtres, qui avaient été gardiens des enclos de biches au parc d'acclimatation légué à la population par le Marquis en échange de petits services. Et pendant que la tante Yvette, l'oncle Edmond chargeaient des objets dans la Mercedès, on échangeait des mots, sans souci de comparaison, des mots pour ne rien dire, des mots pour le plaisir d'être aimé ou d'aimer à nouveau, toutes sortes de congratulations, les phrases qu'on lisait dans les livres devenaient nos phrases, on déclinait des aphorismes, on échangeait des graines, également dans le but d'embellir les massifs collectifs. On croyait en l'environnement. On imaginait même pouvoir y ajouter l'empreinte de notre fantaisie au bon gré de nos engouements, dans un cadre personnalisé gratuit qui s'adresserait à tous. On espérait que la bonté resterait un don merveilleux de la nature humaine. On avait lu Pierre Bonte, Lulu Vroumette, Jean-Jacques Rousseau. C'était sans doute une naïveté, il se peut qu'un jour on regrette.

"Un homme vraiment heureux ne parle guère et ne rit guère ; il resserre pour ainsi dire son bonheur autour de lui"

Oui, bon. C'était pas clair. Ca ne collait plus vraiment avec l'esprit des lieux et encore moins avec l'époque, ni avec la bouche rouge avide qui vivait dans nos corps, à défaut de tout dévorer voulait absolument que le dragon l'adopte. Et le dragon voulait qu'on soit dragon, déterminé, retors, qu'on se fabrique un caractère à la force des éclairs, bruyant comme le tonnerre pour secouer le ciel d'étincelles quand nos vies deviendraient un peu molles. Pour se faire remarquer, on mettrait en lambeaux toute tapisserie qui se décolle. On pouvait dire adieu au lièvre, adieu aux rondes perpétuelles. Ceux qui gambadaient dans la nuit et qui dormaient le jour ne retrouveraient plus une écuelle au crépuscule, pleine d'un brouet tout blanc rempli comme au vieux temps de l'astre que l'homme avait exploré en personne. Chacun aurait son écuelle, à lui, plus question d'offrir rien à personne, plus question de nourrir les bestioles qui vivent la nuit et le jour dorment. Les taches de lune tomberaient dans les mares des jardins et les traces des pattes de nos lièvres seraient noyées par l'eau qui dort. On pourrait dire adieu à la cratophanie lunaire, il  y a gros à parier que d'ici Février, il n'en resterait rien. Qu'un signe nous allume, le dragon est un soleil mort, il faudrait apprendre encore à nager en eaux troubles, le dragon dévorerait peu à peu quelques têtes jusqu'à trouver la région ténébreuse du diable qu'on tirerait par la queue dans un grand télescope. A présent, on ne comprendrait plus rien au jargon, des uns et traduits par les autres, ça n'irait plus vers rien. Les sentiments qui nous portaient jadis nous menaient à rebours. Des files d'attente nous attendaient, chacun à notre tour on dépeçait soigneusement le fardeau, à 70% un caddy avançait dans la travée des soldes, on avait le ticket où nos trésors s'empilent et s'effacent à mesure qu'on les donne. Le soir on soignerait les courbatures en dormant sur les couvertures bigarrées de nos livres, il parait que c'est bon pour le dos, a dit un astrologue qui revenait de Chine :

"[...] Les deux dragons qui se combinent avec le rat pour former encore plus d’eau, il ne serait pas surprenant qu’il survienne des séismes et des tsunamis durant ce mois."

Mais nous, on n'était pas idiot, on sait que les menaces servent à rendre plus flexible, (c'est un mot moins tordu qu'élastique). Avec le temps, c'est mieux quand on s'aligne, on fait les magasins on se presse aux caisses en rang, on obéit comme les enfants. On avance en se marchant sur les pieds, on serait plus apte à réussir si on marchait avec les genoux, (c'est une théorie comportementaliste du Docteur Mollon, que le docteur Guy Baudroit conteste et trouve même obsolète). Je fais confiance au Docteur Guy Baudroit, il aide les gens à se maintenir en vie ceux qui ont du mal à marcher sans tomber puisqu'il faut toujours, à présent,  tomber pour envisager le positif et puis on ne pourra pas éternellement assister aux caprices de ceux qui refusent de s'adapter. C'est la réalité. On va tout remettre sur pieds dans la réalité, les affaires et les gens, vu qu'on ne peut plus les séparer. On a reçu un dépliant qui donnait des conseils pour survivre, ça disait "qu'il fallait reviser au plus vite nos priorités" (ça ne précisait pas lesquelles), et que "du comportement raisonné de chaque individu, dépendrait l'avenir de l'humanité [...] Toute la vie sur terre s'en trouverait métamorphosée, ça passerait par une nouvelle prise de conscience et puis moins d'égoïsme [...]. Au nom de la justice il faudrait quelques sacrifices matériels et humains. Le docteur Guy Baudroit nous aiderait à entrer en concordance avec notre prochain. Notre prochain quoi ? Tout cela manquait encore de précision. -"Moi j'suis pas prêt à me faire dicter ma vie par des cons" murmura l'oncle Edmond, couché sur son litre de Porto.

Nous, on ferait tout, même l'impossible pour s'en sortir. On approchait d'une solution. Pour un coût de 432 euros (seulement) par personne, en moyenne. On avait récemment trouvé dans "Zadig et Voltaire" une pensée parfaitement adaptée à la dimension de nos désirs.

 


 

 

MusicErik Satie par Stephen Rees, "Je te veux" (northstarmusicpublishing, via Soundcloud)

Photo : lutin des villes qui vit tranquille couché sous un majestueux chêne rouge. Photographié à Lyon presqu'île, dans le courant fou des liquidations de Janvier.

© Frasby 2012.

jeudi, 05 janvier 2012

Dix petits tableaux (III)

Troisième tableau : La drôle de guerre

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On a fait la même chose qu'avec les Chausson, quand sont arrivés la Tante Yvette, et l'oncle Edmond, on a dit qu'on n'avait pas vu un si beau soleil depuis Janvier 1939. En 39, on n'était pas né, on a dit ça sans vérifier, pour ouvrir la conversation, comme si 39, était en nous, comme si on faisait une mise à jour, la vérité et son erreur rien que pour eux, toute à nous, comme les biens qu'ils portaient sans coeur, des pâtes de fruits de la promotion de Noël du grand Casino des Charpennes, dans lesquelles on taperait sans bouger de nos fauteuils. Normal que les bienfaits nous soient dûs -"si on l'exprime sans trop se gêner c'est une preuve d'honnêteté pour après !" déclara l'oncle Edmond, roi du monologue intérieur qu'il exprimait sans retenue haut et fort, peu lui importait que l'interlocuteur soit d'accord, pas d'accord, l'oncle Edmond était venu sur terre pour rétablir la vérité. Et même que selon lui, ce soleil de printemps en Janvier annonçait forcément une future catastrophe, même plusieurs enchaînées. Il aurait pu se réjouir, de la lumière agréable qui offrait au balcon des tonalités roses et bleues qu'on ne voyait jamais en hiver, mais non. Il a refusé de prendre l'apéritif au balcon, a accusé l'ordinateur d'avoir détraqué les saisons, il nous a annoncé que ça allait être la guerre, la troisième guerre mondiale, il l'annonce chaque année -"et personne ne sera épargné, c'coup ci, ça fera les pieds aux jeunes, à tous les cons, qui vivent dans des ordinateurs, nom de Dieu !" La tante Yvette a confirmé qu'on serait mieux à l'aise dans la salle à manger, pour parler de la guerre, c'est aussi bien au chaud. Tante Yvette a raison. La guerre, toujours la guerre, on dirait que ça le retient en vie l'oncle Edmond, inépuisable, il poursuivait, la même leçon d'histoire, "un puits de science"  nous confirmait la Tante Yvette, -"sur la guerre, il est incollable". L'oncle Edmond avait tranché, l'été en Janvier ce n'était que l'hiver -"En 1939, je vous signale que ce fût une année décisive !", il n'aura pas pu s'empêcher de nous le dire, depuis vingt ans c'est la guerre de 39 qui rythme nos jours de l'an. On a mangé, des criques à l'oeuf et des Chipsters en cubes qu'on a mis au bout d'un cure-dents avec des guirlandes entre les couverts à la fortune du pot, l'oncle Edmond il voyait pas grand chose de la décoration, il gueulait il buvait, il bouffait, déplorant la misère... Il ponctuait ses phrases par une expression bien à lui, il disait toujours "c'coup ci". Pour oublier un sujet de conversation invariablement consommé d'avance, il occupait le territoire ainsi qu'on lui avait appris il y a des lustres, à la caserne. On piquait à plaisir. Et le chipster en cubes s'offrait bien docilement, amolli dessous le cure-dents. En plus de déguster, piquer un petit peu, ça détend. L'oncle Edmond il piquait comme un enfant goulu, avec un rire aigu, à chaque fois qu'il prenait un chipster avec le cure-dents il ne pouvait se retenir de dire tout haut son sentiment, celui que tout le monde ne pense  pas forcément tout bas : -"si seulement on pouvait choper avec des grands cure-dents les cocos, les bougnoules, et les nègres, je crois que c'coup ci, on serait vraiment chez nous", il riait aux éclats et il s'applaudissait longtemps, en frappant des pieds et des mains, triturant son chipster dans un boucan d'enfer, la guerre au bout d'un sabre en bois moins gros qu'une allumette qu'il prenait pour une baïonnette, et il déniapait le chipster, pour lui chercher les tripes comme l'enfant arrache les ailes d'un insecte puis le lance dans les airs juste pour voir comment ça volera dans le ciel, un insecte sans les ailes. Puis après s'être offert à lui même, par lui seul triomphant, une ovation qui n'en finissait pas, il scrutait dans nos yeux l'acquiessement, comme un petit enfant, il criait, "elle est pas mal, celle là, non ? Hein maman ? Jusqu'à ce qu'on acquiesse, par usure. La Tante Yvette, il l'appelle maman, elle l'appelle "Edmond", simplement, ou "mon mari", avec une voix de petite fille très vieille et très obéissante. Face à ces vieux enfants, l'un cruel, et l'autre inoffensive, on était juste mal à l'aise. On avait mis les cure-dents à l'attention de la Tante Yvette qui a la manie de la propreté ; comme il y a dans l'esprit de Madame Chausson une crainte supersitieuse de l'eau, la Tante Yvette n'a jamais supporté qu'on touche la nourriture avec les doigts, une sorte de terreur des microbes qui la consume jusqu'à l'effroi. Rien qu'à l'idée d'imaginer quelqu'un prendre de la nourriture avec ses doigts, et elle se couvre de plaques d'urticaire, la tante Yvette, elle nous fait des syncopes parfois, -"c'est très grave, c'est un point dans la tête qui redescend par tout le corps", elle le sait d'après le diagnostic qu'une voisine lui a fait en lisant des chroniques de docteurs dans les internettes. J'ai pensé, mais je pense trop, qu'il faudrait que l'oncle Edmond montre la tante Yvette au Docteur Guy Baudroit spécialiste des phobies, tout ce qui est obsessionnel, c'est le plus grand spécialiste au monde, il est connu pour ça, je l'ai dit à la tante Yvette, il est passé à la télé -"il est très bien, il pourrait soulager ta peur". La Tante Yvette répondait rien, c'est toujours l'oncle Edmond qui décide, puis elle a rectifié "C'est mon mari qui décidera". -"Bah ! bah ! bah laisse-moi tomber ces charlatans !" l'oncle Edmond, il assure que la tante Yvette elle a une maladie des mains, -"elle est pas assez occupée des mains et puis voilà ! j'ten foutais des psychiatres, (il prononçait "pichiatres") ils empêchent les gars de se battre comme des hommes, t'avoueras, ça va contre l'instinct, c'est à cause des pichiatres qu'aujourd'hui les gars, ils chialent pour de rien, ils chialent comme des gonzesses et si y'avait eu que des pichiatres pour se battre à la guerre, ce coup ci, à ct'heure on serait en train de se peler les couilles à Nuremberg, c'est une bande de voleurs, ça serait de moi je te les mettrai chez Renon à la chaîne et à coups de pompes dans l'train"  L'oncle Edmond nous tapait sur les nerfs à la fin, pour qu'il se taise, on applaudissait, on faisait la standing ovation, on disait "t'as raison, c'est toi qui as raison, tonton". Ca permettait de modifier un instant la conversation, par exemple, pour les criques à l'oeuf, pas de problème, on aura trouvé au Bricorama sur la route de l'Arbresles, des fourchettes à criques pour la tante Yvette. L'oncle Edmond il parlait à son verre, à présent, il contait aux reflets du Porto, les exploits du Maréchal Pétain, du Colonel Henry, on sait pas trop pourquoi. -"Ils n'avaient pas que des mauvais côtés, ces gars là, ils en avaient dans la culotte, y'en faudrait un comme le Maréchal, en 2012 ça serait pas trop tôt, cré vin Dieu !". Entre nous, je crois bien qu'on l'a déjà, mais sur ce coup-ci, je préfére me taire. C'est ainsi que l'Histoire a mangé des Chipsters en cubes et des criques à l'oeuf avec nous. Après le discours du président. On commençait l'année dans une ambiance triste et vulgaire.

(A SUIVRE) ... 

   

Musique : John Lee Hooker "I can't believe" (via Soundcloud)

Photo : Cette image saisonnière de pur enchantement n'a pas été photographiée au Grand Casino des Charpennes, ni au Bricorama sur la route de l'Arbresles. Ni devant le sapin de Noël au salon, c'est bien en vitrine mais ça reste un mystère, certains jours de se souvenir, ça restera un mystère. Un peu de mystère de temps en temps, après tout, on ne sait rien...

© Frasby 2012

mercredi, 04 janvier 2012

Dix petits tableaux (II)

Deuxième tableau :  des mots pour le dire

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Il faut dire que Madame Chausson, ne vient jamais les mains vides, la revoilà, devant nous avec un bouquet confortable elle a dit -"c'est de la monnaie du pape ça tient bien". Un bouquet sec comme les moissons, qui traversent les saisons, l'herbe aux écus, lunaire, comme le visage de son époux qui la suit sans rien dire, avec ses yeux qui tombent, on dirait un toutou, elle le dit devant le monde -"mon Maurice, c'est un bon gros toutou, hein Maurice !". Nous on  rit, tout le monde rit. Maurice Chausson il rit un peu. Il prend un air penaud et il rit sans rien dire. Au fond, il ne sait pas trop ce que c'est que de rire. A-t-on déjà vu un bon gros toutou rire ? Mais sur les bêtes on sait pas tout. Madame Chausson  tend son bouquet c'est un plaisir d'offrir. Nous, joyeux de recevoir, on s'intéresse, -"C'est de la monnaie qui vit dans l'eau ?" Madame Chausson s'indigne, dit qu'il n'y a pas besoin d'eau pour la monnaie du pape, on la met comme ça dans un vase, bien au sec, et ça tient toute l'année, dix ans, vingt ans. Toute la vie si on veut. J'ai rangé mon petit arrosoir. Surtout pas d'eau. Va savoir de quelle eau on parle. Elle a dit -"Faut pas d'eau et c'est tout". On irait pas se fâcher pour des monnaies du pape. On a demandé -"Qu'est ce qu'il faut qu'on vous souhaite ?". Madame Chausson le prend de haut, le timbre est sec, -"Mais rien ! On voudrait vivre un peu tranquille et garder la santé, parce que quand on ne l'a plus"... Nous on a répondu que la santé était une richesse. -"Ah oui ! oui ! oui ! c'est jamais trop de le redire !". On le redit chaque année, on part de nos principes, on rajoute tout ce qu'on a constaté les années précédentes, dire et redire ça chassera les supersititions. On le sait d'expérience que tout servira de leçon, et que la vie est brève, tant que l'eau coule sous les ponts... -"Non, pas l'eau ! surtout pas l'eau, ça porte malheur ! a rajouté Madame Chausson en remuant ses bras mous dans l'air, si affolée si apeurée qu'on aurait dit qu'elle se noyait. On a changé de sujet. On a compté ceux qui avaient passé l'année dernière à l'hôpital. On a pleuré sur la pauvre Melle Chanterelle qu'est pas revenue, elle a fermé les yeux juste la veillée de Noël, Madame Chausson a cru bon d'ajouter -"Elle est morte à minuit, à l'instant où est né le Jésus". Au fond y'a une justice. Immanente, on a dit. Madame Chausson y voit un signe du Seigneur. -"Pour certains la vie est mal faite, mais la mort est pas mal fichue", nous on a répondu -"Ca fera surtout une triste affaire pour ceux qui restent." C'est à peu près tout ce qu'on s'est dit. On a mis du porto sur la table à roulettes, on l'a poussée jusqu'au balcon avec quatre petits verres, on a trinqué. L'apéritif sous le soleil, ça restera un souvenir.

 


podcast

 

Musique : Atlantic Dance Orchestra : "If winter comes", c'est un foxtrot (avec refrain), et craquements de chez crack enregistré sur cylindre entre 1920 et 1930, sorti chez Edison Records ce qui ne nous rajeunit pas

Photo : Ceci n'est pas une bulle pontificale. Mais dans la boule à neige, chacun ses voeux, chacun sa bulle a dit Pirandello, celle-ci photographiée du côté de la presqu'île à Lyon,  le père-Noël y sera enfermé à double tour jusqu'à l'année prochaine, exposé en vitrine jusqu'à ce que la galette désigne les rois et reines et après, c'est fini,  on pourra s'en faire un chapeau virtuel sympathique desfois que l'hiver serait estival, ce qui semble le cas, hélas ! hélas ! y'a plus de saisons, ah ! Mâme Chausson, tout est vilain !!!  vilain  partout ! sauf dans les bulles, un pays sans pépins (merci Vermot).

© Frasby 2012

lundi, 02 janvier 2012

Dix petits tableaux (I)

Premier tableau : comme dans un rêve

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Les lieux isolés ne l'étaient plus. Les jours de fête, ressemblaient aux jours ordinaires, hormis que tout devenait presque immobile. On marchait à pas lents dans ces allées, longues, peut être vides, tant les promeneurs s'y mouvaient presque absents, ou entrés en eux-mêmes absorbés, désormais voués à rencontrer uniquement ceux qui leur ressemblaient au mieux peut-on dire au plus près ? Plusieurs mondes, un semblant d'unité.  C'était l'année nouvelle avec un tas de bonnes volontés, les meilleurs se retrouvaient sur un banc, à discuter entre eux.  Le bilan. Aucun risque de déception, tout était balisé, roulerait au moins jusqu'au mois de Mai après un déluge annoncé, un sauveur espéré boucherait les trous du bas de laine puis la peau de chagrin grandirait. L'espoir est un fléau discret, peut-être que chaque humain un jour en conçoit une sorte de rage, réalisant que l'autre, par exemple cet étranger, qui marchait loin, là bas, devant, derrière, virtuose ou prophète, celui qu'il avait tant aimé ne pourrait jamais lui ressembler. Chacun attendait beaucoup, tout, sûrement, de ces êtres à verser aux reflets de son existence. Tout. Ca veut dire une "épaule rassurante", un "coeur où se loger", une âme ainsi consentante comme la neige est blanche et qui ne fond jamais... Ce que chacun imaginait semblait alourdi par l'horloge qui tournait à présent en accéléré, peut être encore une illusion ? L'attente aujourd'hui n'endure plus rien de ces patiences qui naguère permettaient d'essayer, d'échouer puis de recommencer comme si l'oubli offrait aussi la chance de pouvoir revivre autant de fois qu'on le voulait... Sans jamais rien attendre ? Qu'en sais-je ? Moi qui n'ai pas connu naguère et cette lenteur où le désir n'est pas tout à fait de l'attente. Chacun pourrait admettre que cela lui revint vaporeux comme un rêve. La nuit, finit en queue de poisson, et le matin farde la peau, de quoi camoufler les questions, jusqu'à la prochaine nuit à l'endroit des révolutions :

"pourquoi ai je rêvé à untel dans une drôle de situation ?  Untel broyait du sucre dans une usine de macarons et Melle Murielle chantait de bonnes chansons dans une veste en plumes d'engoulevent, l'autre poussait une brouette avec ses mains crochues comme les pattes du dragon et les pattes tiraient la brouette faisaient avancer les camions sur la route de Nevers, avançait, reculait, avant arrière à la force des griffes... etc..." 

Une nuit ça a duré et il y avait encore ces oiseaux qui passaient dans le sommeil émettant au réveil ce cri codé aux puissantes réverbérations, ça passait entre le tronc d'un saule et les oreilles d'une vieille venue apporter aux pigeons les miettes du réveillon, (comme par hasard, des macarons). Le Docteur Guy Baudroit expert psychiatre (conseillé par le Docteur Mollon, médecin des soyeux du Caillou) toussota mollement farfouilla dans sa boîte pour choisir une pastille à la menthe, il lui fallait bien ronde. Ce praticien soignait les yeux fermés disait-on - "Poursuivez, poursuivez, le rêve est toujours très intéressant, surtout pour éclairer la réalité." Je repris. "Les lieux isolés ne l'étaient plus, les jours de fête ressemblaient à des jours ordinaires hormis que tout devenait presque immobile et puis euh eh ben .. Je vous demande pardon, où en étais je ?" Le fil perdu, j'étais sûre à présent que cela n'était pas un rêve, ce que je  croyais énoncer comme un rêve c'était sûr, je l'avais vécu. - "Continuez !"  - "ce n'est pas un rêve", osais-je dire fermement au Docteur Guy Baudroit qui nettoyait sa montre - "Plait-il ?" - " J'ai menti. Ce rêve n'existe pas, je suis sûre que je l'ai vécu ! c'est la stricte réalité aussi vrai que je vous vois". Le Docteur Guy Baudroit secoua sa montre. Onze heures onze. On sonna. Il se leva, et sortit comme un chat, par une porte recouverte d'affichettes, des campagnes contre le tabac, la dépression, l'alcool, tant de menaces autour de soi : "Osez en parler à vos proches"... Je restais quelques secondes assise sur ma chaise devant le grand rocking chair vide qui se balançait en grinçant juste à côté il y avait un divan en velours pourpre et or, cela semblait revenu à la mode, au dessus  du divan, on voyait la photo d'un oiseau-mobylette assoupi sur un nid de feuilles mortes. J'attendis des minutes, des demi-heures, des heures. Une odeur de sucre fondu en caramel et de tartines d'ail enrobées de gros sel remontait des cuisines du restaurant, "La Cancaillotte", c'était  pile douze heures douze puis ce fut treize heures treize, des heures pour déjeûner en ville. Le temps ne passait pas malgré l'accélération des horloges. Il devait être huit heures huit environ quand le Docteur Guy Baudroit revint avec la première brouette pleine. Melle Murielle l'aidait a décharger les biches et les chevreuils en chantant. Ils tâtaient tous deux les peaux savamment à l'aide de leurs griffes puissantes, le travail avançait, reculait, vingt-cinq brouettes, passèrent comme ça, c'était rapide, impressionnant. Le docteur Guy Baudroit parût très étonné de me trouver sur la chaise, il me salua poliment - Bonjour, puis-je savoir ce que vous faites là ? Chacun est chez soi, à cette heure, normalement...", je lui répondis que je ne savais pas, sans doute que je m'étais trompée de jour - "Vous voulez une brouette ?"  - "Une brouette ?  Pourquoi faire ?"  Il insista - "Sincèrement, j'en ai trop, si ça vous fait plaisir ça me débarrasse, quand on peut faire plaisir, n'est ce pas ? Le Docteur Guy Baudroit souriait, c'était de bon coeur, je répondis - "oui, oui, bien sûr ! merci beaucoup ! c'est très gentil à vous, vraiment..." Je repris mon manteau, mon bonnet, et mes gants, je saluais et je rentrais chez moi une brouette sur les bras. - "Hum... hum... ! Tout ça finit en queue de poisson", murmura La tatan Yvette, le nez dans son verre de porto. - "Cette histoire n'a ni queue ni tête ! et les autres brouettes, elles vont devenir quoi ?" - "Les autres ? Quels autres ? Qui a parlé de brouettes ?".

A SUIVRE...

 



Musique : "Ne lâche pas le fil" by Ghaalvondrak

Photo : "Tout pour l'intérieur" ou "Tout pour les fleurs", j'ai oublié, c'était devant la vitrine du côté de Brest ou de Lyon, de Brest concentré dans une rue de Lyon, c'est tout à fait possible. La fée qui n'est pas ma marraine (ni ma cousine), dansait autour d'une bouteille sur un fil, enfin c'était en Janvier 2012, pas le premier jour ni le deuxième, peut être un jour entre les deux ? Hélas ! je ne peux pour l'heure, vous le confirmer, il va falloir creuser encore plus loin jusqu'à trouver.

© frasby 2012

dimanche, 01 janvier 2012

Deux mil douzement (mais sûrement)

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Aux premières heures du jour si on enlève les mots, puis on si on enlève peu à peu ce qu'il y a autour, à supposer qu'on regarde, oui, qu'on regarde bien en dehors,  je veux dire en dehors de soi, on n'en aura pas vu deux mil, mais, juste à notre portée, disons, après des calculs compliqués, on en a choisi douze (douze quoi ? Chuuut ! un peu de patience, voyons !). Alors ça sera, mettons comme douze voeux à distiller au fil du temps et si nous survivons ce sera plus partagé que toutes les bonnes résolutions le même jour,  dont on sait d'expérience qu'elles durent peu (c'est de Montaigne). Au jour le jour, les grands et petits voeux reviendront pour un an plus neufs que le sou voilé dans les roues de l'infortune par les menaces des tout puissants. Oui mais voilà, La roue tourne et puis la route aussi, (a dit Popeye, le marin devant un tonneau d'épinards, c'est pas malin, je suis bien d'accord avec vous), tout ça pour annoncer qu'il n'y aura pas de récession au programme en nos lieux, plus que jamais reliés à d'autres perspectives, pour nos jeux sans un rond c'est plutôt l'abondance et comme nous n'avons pas les moyens de vous offrir Elisabeth Teissier,  afin de vous annoncer tout ce qui  va arriver en cette future année, (qui s'enfuit déjà, pas Elisabeth Teissier ! l'année !), voici  un résumé extra lucide de ce qui nous pend au nez à tous sans exception, enfin, un peu d'égalité, avec les bons adages offerts par certains jours, pourvu que tout finisse par des chansons. Je remercie les lecteurs qui durant cette précédente (année) ont partagé les humeurs plus ou moins régulières de notre petit éphéméride. Je passerai mes bons voeux via les pluies de Vendeix, ou le soleil de St Amant, (prions pour lui) car le timbre amoureux se trouve être plus tendre, à nos yeux que l'encre noire sur blanc. Belle année, mes amis, au lieu d'être contre tout, soyons pour ce qui nous plaît avec des brosses d'amour pour les hirsutes comme dirait Paul Eluard, (alias Eugène grain d'ailes) en reprenant quelques libertés dont on pourrait (parfois) se sentir (trop) privé, (quoique pas totalement), avec ce "pas totalement", on devrait peut-être y arriver "douzement"... Soyons, soyons...  Et je glisse le calendrier dans votre botte de sept lieues, pour tout l'usage qui vous plaira.

 

JANVIER : "prends garde à la Sainte Martine, l'hiver se mutine".

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FEVRIER : "le douze février, si le soleil est clair, ce sera encore quarante jours d'hiver."

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MARS : "A la mi Mars le coucou se cache dans les épinards".

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AVRIL : "Pâques pluvieux, Saint Jean farineux."

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MAI : "Pluie de Sainte Pétronille, quarante jours trempe ta guenille." 

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JUIN : "Pour la Saint Antoine (de Padoue), les jours croissent comme la barbe d'un moine." (ou d'un Hozan)

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JUILLET : "Avec Sainte Procule arrive la canicule."

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AOÛT : "A la Sainte Radegonde, quand l'eau abonde, la misère est dans le monde."

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SEPTEMBRE : "A la Saint Firmin, l'hiver est en chemin."

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OCTOBRE : "Vilaine veille de Toussaint ne présage rien de bien."

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NOVEMBRE : "A la Sainte Delphine, mets ton manteau à pélerine."

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DECEMBRE : "Quand Noël se trouve être un dimanche, les ennuis de l'hiver viendront en avalanche."

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Photos : Ritournelle, ou la ronde des saisons à relire ci dessous :

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2010/04/27/tr...

Saisie entre les mois de Janvier et Décembre au cours de cette année 2012, he oui ! il y en aura d'autres, des mois, et des années dans cette année. C'est même la grande nouveauté (ô douce !), mais on  ne va pas se mentir ni tout se raconter, sinon adieu surprises ! et sans surprises, bonjour tristesse ! (c'est de La Palisse).

Je remercie monsieur Herbert-Georges Wells, (on ne peut rien refuser à un Georges, surtout pas à un Georges à moustaches) ; Wells donc, m'a gracieusement prêté sa formidable machine à explorer le temps (j'ai beaucoup aimé), et je dédie ce billet à mon grand ami Herr Zack Einstein (le frère caché de Georges Albert), qui m'a envoyé un émissaire-facteur de sa planète à lui, pour enfin me permettre de remonter les sons à la vitesse de votre lumière (- ah bon ?), oui,  je promets ! mais ceci est une autre histoire que je vous raconterai, (peut-être) un certain jour, au risque de perdre toute crédibilité, il faut vivre dangereusement, sinon ce n'est pas vivre, n'est-ce pas ? Voeux doux, toujours debout avec des cadeaux parmilliés. Promesses... !

© Paul, frasby, raidi pour, (photomix) 2012

mercredi, 28 décembre 2011

Orea Phone

Devance tout adieu, comme s'il se trouvait derrière
toi, à l'instar de cet hiver qui va se terminer.
Car entre les hivers, il est un tel hiver sans fin
qu'être au-delà de lui, c'est pour ton coeur l'être de tout.

RAINER-MARIA RILKE : extr. "Sonnets à Orphée" (1922)

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Sans doute existe-t-il une histoire de la vocalité qui se confond contre toute espérance, à l'histoire des mondes unis ensemble. Une épopée originelle perdue puis retrouvée, par les mondes que nous fabriquons, rêvons, et que parfois, un bref instant, nous augurons.

Le mythe d'Orphée nous touchera toujours avec force puisque Orphée est la figure incarnée de la vocalité et que la voix jouit d'un statut ambivalent, innocente, ou malfaisante immatérielle, ou incarnée. Orphée est bien cette voix qui fît remonter Eurydice des enfers, mais si la voix parvint à Eurydice par la force d'un chant, c'est que Orphée chanteur était aussi musicien.

Pourrait-on imaginer un chanteur dont la voix ne s'adresse à rien ni à personne ? Peut-être en existe-il un ou deux, qui toucherait le vide des choses, comme autant le vide des êtres. Il serait là, sans doute en soliloque comme déjà en enfer.

Et cette voix dont le son reviendrait toujours à ses oreilles, finirait par ne plus être perçue par son corps, glisserait doucement de l'auto-affectation jusqu'à l'auto-altération.

Il est permis de penser que Orphée chanta pour susciter la coïncidence, ou plus exactement faire coïncider sa voix avec celle d'Eurydice, et cela ne sera pas, comme on l'imaginait une manière de fusion, mais une manière de révélation, pour faire émerger :

 "Ce qui veut naître de moi par toi" 


Citation de fin de billet, Paul Valéry, in "Les cahiers".

Photo : Ciel vu d'un arbre, je ne me souviens plus lequel exactement, photographié, là bas , près de Saint Cyr, (loin des enfers).

© frasby 2011.

dimanche, 25 décembre 2011

Les petits oiseaux aiment lire au nid (et pas que lire...)

L'envie de devenir source d'événements agit sur chacun comme un désordre mental ou comme une malédiction voulue. La société, - un enfer de sauveurs ! Ce qu'y cherchait Diogène avec sa lanterne, c'était un indifférent...

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[...] Toute foi exerce une forme de terreur, d'autant plus effroyable que les "purs" en sont les agents. On se méfie des finauds, des fripons, des farceurs ; pourtant on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l'histoire ; ne croyant en rien, ils ne fouillent pas vos cœurs, ni vos arrières-pensées, ils vous abandonnent à votre nonchalance, à votre désespoir ou à votre inutilité ; l'humanité leur doit le peu de moments de prospérité qu'elle connut : ce sont eux qui sauvent les peuples que les fanatiques torturent et que les "idéalistes" ruinent.

E.M. CIORAN : "Précis de décomposition", éditions Gallimard 1948.

 

 

Lien ou éclairage pas utile mais peut-être à propos:

 http://stylistique-anglaise.org/document.php?id=150

Photo : Fauvette pitchou (sans sa houpette), assise sur un tonneau regardant passer les bateaux (temps trop froid pour manger les glaces à l'eau). Photographiée sur les remparts bordant les quais de Saône à Lyon. (Photo du nid dans la centrifugeuse rurale de Paul, à venir un certain jour, peut-être...),

Remerciements à raidi pour, ses fines connaissances en ornithologie (du grec ancien ορνις [ornis], "oiseau" et λόγος [logos], "connaissance") et hommage aux 126 ans de ce cher Vermot (source de calembours indémodables).

© frasby,  Décembre 2011.

dimanche, 18 décembre 2011

Les pas perdus

le temps perdu

mercredi, 14 décembre 2011

Aventure

Voici la troisième version d'une œuvre qui m'habite depuis près de quinze ans et dont la réalisation finale m'a demandé plus de deux années. Version profondément modifiée dont la durée est presque doublée par rapport aux versions précédentes.

FRANCIS DHOMONT extr. de l'éclairage par l'auteur d'une composition acousmatique intitulée "Forêt profonde".

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En cliquant sur l'image, vous entrerez dans l'univers sonore de Francis Dhomont pour écouter l'oeuvre "Forêt profonde".

La suite de l'éclairage :

Entreprise treize ans après "Sous le regard d'un soleil noir", "Forêt profonde", s'inspire, elle aussi, d'une réflexion psychanalytique, C'est une lecture adulte de contes pour enfants qui se balance entre le souvenir des émerveillements naïfs du compositeur et la découverte de leurs mécanismes secrets.

Peut-être cette hésitation entre deux âges présente-t-elle le risque de ne s'adresser ni à l'un, ni à l'autre ?  Mais il se peut néanmoins que l'intuition magique de l'enfance, qui en nous ne dort jamais que d'un œil, rappelle des révélations enfouies et que l'esprit rationnel prenne plaisir à déchiffrer, sous le contenu manifeste de cet inconscient universel, la logique de son contenu latent.

Il s'agit d'une écoute à trois niveaux — romanesque, symbolique, musical — plus déconcertante, sans doute, mais plus active que l'écoute unidimensionnelle.

La trajectoire humaine de Bruno Bettelheim, dont la réflexion est à l'origine de ce parcours étoilé interfère, pour des raisons évidentes, avec ces histoires de jadis qui nous questionnent encore sur notre époque.

Dans la "forêt profonde" de Francis Dhomont : cette visite guidée de l'âme enfantine n'est, à vrai dire, qu'un retour au monde initiatique — à la fois cruel et rassurant — des contes de fées. Ci dessous un extrait lumineux écrit par Bruno Bettelheim.


cf. "La psychanalyse des contes de fées" : (Extrait) 

Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu'exige notre passage de l'immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d'abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts.


Remerciements à Francis Dhomont, au site Arts sonores et à l'INA.

Bonus à lire : ICI

Source-liens  : by Paul avec l'oreille bienveillante de Raidi pour.

Photo  : by frasby, Loin des regards, une forêt.

© P /Frb/ Rp 2011.

Face aux feux du soleil

Les chimistes sont un étrange groupe de mortels, mus par la pulsion presque insensée de chercher le plaisir dans la fumée et les vapeurs, la suie et les flammes, les poisons et la pauvreté ; et cependant, ma vie est si douce parmi toutes ces malfaisances que je mourrais plutôt que d’échanger ma place avec le roi de Perse.

JOHANN JOACHIM BECHER : (chimiste allemand du 17e siècle), propos recueillis par ISAAC ASIMOV  in "What writers go through", (Traduction : Marc Zaffran/Martin Winckler)

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"Le calvaire des écrivains", la suite, par Asimov lui même :

Eh bien, ce qui est vrai de la chimie, l’est aussi de l’écriture. J’en subis tous les désagréments mais, malgré cela, j’y trouve du bonheur. Je ne pourrais pas expliquer facilement d’où il vient, ni même en quoi il consiste, mais il est là. J’en connais les joies et je les ressens, et je ne cesserai pas d’écrire tant que je vivrai - et plutôt mourir que d’échanger ma place avec le Président des Etats-Unis.

Si le propos vous intéresse, nous vous invitons à poursuivre la lecture de ce beau texte en intégralité sur le site personnel de Martin Winckler (ce site est un lieu multipistes où l'on appréciera le temps passé à lire) :

http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=938

Nous avons emprunté volontairement le titre à un roman de Isaac Asimov (souvenez-vous : Les trois lois de la robotique)  c'est la traduction d'un récit plus connu sous le nom de "The Naked Sun" paru en 1956-57.

Bonus : ci-dessous, à lire, un court extrait de "The Naked Sun" où l'on retrouve l'inspecteur de police Elijah Baley en pleine crise d'agoraphobie dans un avion :

Il se mit soudain à concevoir la Terre comme une sphère de pierre, recouverte d'une pellicule d'humidité et d'atmosphère, entourée par le vide, encerclée par le néant ; et les villes à peine enfoncées dans la couche externe, faisant une transition précaire entre le roc et l'air...

ISAAC ASIMOV (trad. André Yves Richard), éd. J'ai Lu, 1976.

Nota: ce billet a été rédigé par Paul, liens et thèmes glanés par Raidi pour, mis en ligne par frasby.

Photo : Ailleurs.La maison du chimiste, du chien, du petit scribouilleur (peu importe qui s'y loge). Une façade (presque) comme une autre, posée ici, côté jardin où l'on peut lire encore, peut être écrire, tant qu'il sera permis de lire, écrire en paix, ailleurs. (by frasby)

© Trois sur un chien, assis. 2011.

lundi, 12 décembre 2011

Le son comme un parfum

Le son, qui dans les églises romanes et gothiques entoure l'assemblée, renforce le lien entre l'individu et la communauté. La perte des hautes fréquences et l'impossibilité qui en résulte de localisation du son intègrent chaque fidèle à un univers sonore. Celui-ci ne fait pas face au son dans la "jouissance", il en est tout entier enveloppé.

KURT BLAUKOPF : "Problèmes de l'acoustique architecturale en sociologie musicale", Gravesaner Blätter, vol V, N°19/20/ 1960.

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Un type d'écoute, existe, qui a lieu dans un espace clos précisément où la distance et la direction sont absentes : c'est en général le cas des concerts de musique contemporaine, populaire ou de la chaîne stéréo, un type d'écoute que nous pratiquons parfois dans nos appartements. L'auditeur se trouve alors au centre même du son qui le touche ou l'imprègne. Ce mode d'écoute est celui d'une société sans classes à la recherche d'unification et de plénitude.

De là, on pourrait croire que ce type d'espace sonore (1) est une invention moderne, pas du tout, il a connu ses heures de gloire au Moyen-Âge avec le chant grégorien. La pierre des murs et du sol des cathédrales romanes et gothiques, non seulement avait un temps de réverbération (2) anormalement long, (jusqu'à six secondes et plus), mais renvoyait également les sons de fréquences moyennes et basses, tandis qu'elle absorbait les fréquences supérieures à 2000 hertz. Ceux qui ont eu la chance d'écouter des moines chanter le plain-chant dans un de ces lieux, n'ont pu oublier l'impression produite : les voix semblent ne provenir d'aucun point précis mais justement emplir le lieu comme un parfum. 

C'est une expérience d'immersion, par opposition à la concentration, et cette écoute particulière génère encore un lien puissant entre l'homme moderne et l'homme médiéval. Ce rendu serait difficile à transcrire  avec des mots, le vocabulaire touchant là des limites après quoi ce qui ne peut se dire avec des mots pourra peut-être mieux être appréhendé par les sons, et l'on remontera encore plus loin dans le passé, afin de rejoindre cette origine commune, cet espace à la fois fluide et sombre d'où émerge un souvenir commun, une formule qui en dit encore peu par rapport à l'expérience sensitive où se retrouverait l'océan matriciel d'ancêtres plus lointains...

L'écho amplifié et la rétroaction électronique de la musique moderne ou populaire est venue recréer pour nous ces voûtes résonnantes, ces sombres profondeurs de l'océan. Aussi nous pourrions honorer la bonne fée qui livra à tous l'électricité, par laquelle les anciens effets des pierres romanes et gothiques ont été retrouvés afin de pouvoir rassembler à nouveau les hommes.

 

 

Nota (1) : La documentation ayant inspiré ce billet est extraite de l'ouvrage "Le paysage sonore" de R. Murray Schafer paru chez JC Lattès en 1979.

(2) : La réverbération est la persistance du son dans un lieu alors que la source originale n'existe plus. La réverbération est le mélange d'une quantité de réflexions directes et indirectes donnant un son confus qui décroit progressivement. voir ICI

Photo : Abbaye bénédictine de Charlieu fondée vers 872-75 (?) et sa pierre dorée, un fragment de colonnades séparant le cloître de la salle capitulaire, ces deux sites datant du XVem siècle, la pierre a été photographiée de la salle capitulaire à la suite d'un concert d'été.

© frasby 2011.

dimanche, 11 décembre 2011

The ghost sonata

Quelques générations encore, et le rire, réservé aux initiés, sera aussi impraticable que l'extase.

E.M CIORAN : in "Syllogismes de l'amertume", Gallimard 1952.

 

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Le silence qui suivit fût

Assourdissant

Pas de quoi en faire

Une histoire

Il n'est pas une histoire

D'où reviendrait

La leçon mémorable

D'un vacarme aussi

Désolant.


 

 



Déjà, jadis, sur le même fleuve (à lire) : ICI

Music : Tuxedomoon - The Ghost Sonata - Music Number Two by Influences Only.

Photo : Des tourbillons drainent d'infi(r)mes échardes pendant que les astres aimables dansent en rond sur les ponts. Saisie ce dimanche, au dernier jour, des festivités du 8 décembre en fin d'après-midi. (Remember : Lyon, le Rhône).

 

Text et photo by © frasby 2011.

samedi, 10 décembre 2011

La chair est tendre

Croire que "tout a été dit" et que "l’on vient trop tard" est le fait d’un esprit sans force, ou que le monde ne surprend plus assez. Peu de choses, au contraire, ont été dites comme il le fallait, car la secrète vérité du monde est fuyante, et l’on peut ne jamais cesser de la poursuivre, l’approcher quelquefois, souvent de nouveau s’en éloigner [...]

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[...] Quiconque s’enfonce assez loin dans sa sensibilité particulière, quiconque est assez attentif à la singularité de son expérience propre, découvre des régions nouvelles ; et il comprend aussi combien il est difficile de décrire à d’autres les pas effrayés ou enchantés qu’il y fait.

PHILIPPE JACCOTTET: "Tout n'est pas dit", éditions "Le temps qu'il fait", 1994.

 

 


Photo : La chair est tendre et le soleil pénètre doucement dans une chambre là bas. Les amants du 8 Décembre n'ont pas eu besoin de vos lumières ni des nôtres pour resplendir.

Photographiés sur l'esplanade à quelques mètres de la rue des Pierres plantées qui mène au plateau de la Croix Rousse, à Lyon, en haut des escaliers quand on s'assoit sur le petit mur par temps clair on aperçoit le  fleuve plus élevé que celui de tous les autres fleuves de la planète qui prend sa source dans les Andes et se jette dans l'océan Atlantique, après avoir traversé le Pérou, la Colombie et le Brésil, contourne les obstacles, puis rejoint etc ...

© frasby 2011.

jeudi, 08 décembre 2011

Plus que la lumière !

Pour changer des textes plombants que chaque 8 Décembre nous  apportons en lecture avec la déception, pour parer aux turlus de la fin de nos mondes, avec l'aimable autorisation, de Mondrian alias Piet, WJaz, aujourd'hui, nous reproduisons une publipage, pour la beauté des images (on dit flyers) et du texte, toute à la gouleyante, de ce qui n'est pas un produit exactement, mais une véritable aventure conviviale artistique et humaine. Un point de convergence que sans réserve nous soutenons. Je proclame sous mon bonnet : sus aux morosités de saison ! il y en marre des  minauderies, on met la cherry sur le cake puisqu'on nous offre sans chichis un 8 Décembre friendly carrément attirant, je suis heureuse d'offrir à ces amis un petit coin de certains jours, tout autant que Paul and co, si toutefois vous doutiez de leur existence (rôoo !) seront heureux de vous faire partager (avec le chien, le chat, les animaux de la forêt, quelques autres célébrités d'une seconde, et moi même) une bonne lichette de notre dive bouteille en ces lieux. Puis un petit tour du côté miniflux à la bonne adresse de la galerie Roger Tator puisque c'est à côté encore à suivre d'assez près, du côté de la rue D'anvers par la rue Pasteur, étonnante...

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Le 8 décembre à Lyon fête sa fête des lumières.
Merci Vierge Marie, comme dirait un célèbre politicard pris la main dans le sac (façon de parler, dans le pantalon, serait plus approprié...) il n'y a pas si longtemps "Vous le savez, ils le savent, je le sais" (Thanks Ds). Chaque année la presque île est prise d'assault, impossible de marcher tranquillou (sauf sur les pieds de son voisin), les restaurants respirent la frite, bref, les lyonnais, les vrais, aspirent à réussir cette fête de façon singulière...

Joker et alternative, juste de l'autre côté du pont de la Guillotière  (la bonne Guill'), ce soir là, le MONDRIAN 1 quai Claude Bernard dans le 7em sur la place Raspail à côté de la piscine du Rhône, terrasse culte l'été, intérieur chaud et joyeusement friendly, tout au long de l'année, Piet, Max et son équipe vous propose une soirée lyonaise "Sabodet" saucisson typique lyonnais viendra rivaliser avec les platines vinylistiques des dj's Mr CARLITOS et WJAZ.

Jazz, soul, funky et § musiques électroniques seront au rendez vous pour quelques heures de rencontres terriennes mais aussi astrales, musicales, dans l'idée d'un 8 décembre groovy, cool et à la lyonnaise pour autant. Oui, les célèbres pots seront présents, tout autant qu'un des meilleurs mojitos de la ville concocté par Masta Max en personne !!!, n'hésitez pas, traversez le pont  et venez fuir la cohue touristique  en nous retrouvant au Mondrian, pour une soirée forcément... Différente. Cherry on the cake, ouverture exceptionnelle, jusqu'à 4H du matin (merci Marie ! pardon mairie ! :O)

Texte et photo © J. Perrichon, WJAZ 2011.

Nota: (by frasby) : merci à lui et eux ! Merci à Piet, Max, et l'équipe, thanks to Jack l'hyperboss, père du PR99, Paul en cavale avec les filles, Raidi pour aux multilampions, frasby au sabodet  (si ça peut amuser) et Marie qui veillera sur la bonne lichette...

La camionnette a été réellement attrapée dans l'objectif du fin photographe J Perrichon, sur un pont. Comme quoi il suffit de passer le pont... Et hop, c'est parti !

MONDRIAN : Sous l'adresse un bon lien, le Mondrian soutient aussi les déménageurs (une merveille !)

: Le Mondrian, 1 quai Claude Bernard, Lyon 7Em.