Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 25 janvier 2015

Le rivage oublié

Il faut savoir répondre dans le vide. Ce sont les livres. Il faut savoir se perdre dans le vide. C’est la lumière dans laquelle on les lit ; il ne faut répondre aux autres qu’en créant.

PASCAL QUIGNARD : extr. "Les désarçonnés", Septième volume du "Dernier royaume", éditions Grasset, 2012. 

rive color.JPG

 

Pascal Quignard cite Montaigne tombé de cheval lors d'une promenade. Désarçonné, le grand homme affaibli et gisant à terre : 

"mort, étendu à la renverse, le visage tout meurtri et tout écorché [...] n'ayant ni mouvement ni sentiment non plus qu'une souche", et qui, après avoir vomi "un plein seau de bouillons de sang pur", entreprit d'écrire "Les Essais".

 P. Quignard écrit encore :

"Tout à coup quelque chose désarçonne l'âme dans le corps. Tout à coup un amour renverse le cours de notre vie. Tout à coup une mort imprévue fait basculer l'ordre du monde [...] Tomber à la renverse [...] C'est comme une ­seconde naissance qui s'ouvre dans le cours de la vie."

Plus loin l'auteur évoque, en 1548, Etienne de La Boétie, l'homme, ami de Montaigne qui parla en beaux termes, la théorisant même, de la désobéissance civile:

"Je ne vous demande même pas d’ébranler le pouvoir mais seulement de ne plus le soutenir."

Commencez par arrêter de voter pour vos ennemis.

Arrêtez de vous donner des maîtres.

Arrêtez de payer des surveillants pour vous épier.

Arrêtez d’offrir par votre travail, au prince, l’or et les armes dont vous serez ensuite les victimes.

Arrêtez de donner la liste de vos biens à ceux qui exigent de vous piller.

Pourquoi constituez-vous ces files qui montent au bûcher et qui alimentent le sacrifice pour quelques-uns ou pour un seul ?

Pourquoi tenez-vous tant à être le complice préféré du meurtre et l’ami fidèle du désespoir ?

Les bêtes ne souffriraient pas ce que vous consentez.

Ne servez plus.

 

******************

 

Pour entrer dans l'image ou peut-être un reflet: en contrepoint encore mais sur un fil ténu précédent, le "royaume", fût il premier, dernier, vite vu, pas encore emballé pour soi seul, ni vendu, un instant retranché, rien qu'une légère errance en dessous de la surface éblouissante d'une ville occupée à nouveau ou toujours occupée. Un espace reprend l'homme qui marchait au hasard et s'y retrouve, par là même trouve une place que peut-être la société violente a cessé de lui accorder, un silence espéré loin des flux médiateurs, loin des violences d'après, loin de l'hyper-active injonction de devoir s'y sentir engagé à s'exprimer encore ou prendre partie prenante d'un nombre d'avis auxquels de toute façon on ne peut pas entièrement se rallier, loin des heures d'affluence, loin des ponts survoltés de traversées d'autos, d'hommes pressés et de vies hérissées, de courants électriques, des réseaux, des complots et loin très loin, de la vélocité, possessive. Ici, au jour le jour comme avant, comme après, c'est à peine, ou peiné qu'on retrouve un rivage tel un monde oublié, épargné, c'est un leurre, on le sait, mais peut-être, libre encore que l'imaginaire s'y repose, s'y prélasse. Peu importe, le prétexte vrai ou pas, l'endroit s'ouvre comme un livre, qui résiste aux assauts des foules, et de la peur, à nos replis craintifs, à la chute qui partout à la fois décrypte et tétanise l'homme au tempo rapide, qui se rêve au repos. Le lieu, ici invite, préservant des crissements, des fers, de la puissance, des serpents à sonnettes, des sirènes, des échos, à peine deux ou trois mouettes. A bonne distance sur terre comme au ciel, ces espaces semblent ouverts, pour nous aider à vivre, un peu d'eau, l'air, une berge vaguement à l'abandon, sans un phare, sans aucun feux de joie qu'attise la volonté de sacrifier, quoi donc ? Ici la berge étire un instant l'horizon, par la force de ce temps disponible, luxe doux n'ayant pas tant besoin de remparts ni de cuirasser l'être pour le trouver en phase, une heure avec lui même. Ce lieu où je n'avais pas forcément prévu d'aller à cet instant alors que la balade très naturellement m'y menait, happait d'un bleu-vert magnétique une mémoire d'océan qui n'existe pas sur le fleuve Rhône, pas en réalité, jamais à l'ordinaire, plutôt gris coutumier de sa grisaille urbaine. Bleu glacé de l'hiver, comme un gel, loin des pêches des navigateurs intrépides, de leurs chasses aux trésors, loin des vagues lourdes des hommes qui tombent et se relèvent comptent les points et les morts. Ici quelques reflets et les miroitements passagers de l'eau mêlée à une éclaircie toujours brève, le ciel bas ajoutant au désarroi des jours d'après, ce n'est pas rien qu'un rêve de glisser à travers cette luminosité, puis approcher d'un pas, concret, ou toucher la texture de cette berge, esquissant une trouée dans l'univers familier, bercé du flottement comme observer la vie avec les éléments devient un jour utile pour savoir qui on est. Il ne manquait, peut-être que "La barque silencieuse", hantant la simple image qui fragmente un passage d'une plus longue promenade, ce passage hante aussi quelques êtres, les plus lents, ou les autres, solitaires, ou les peu éloquents qui n'osent dire leurs idées au grand jour, peut-être pris à cette heure, de panique par l'instance collective, qui demande à chacun de penser à l'avenir, laïc ou religieux, alors qu'on ne peut plus suivre, en ses nombreux méandres, une si lourde entreprise. Alors qu'on se replie le jour où prononcer un seul mot, dont le sens qui déjà connoté, autopsié par tant d'autres, ruine la moindre tentative, et décourage, parfois du simple fait de vivre. Tous ces flux nous informent autant qu'ils peuvent aussi annuler la présence singulière, qui craindrait de se perdre en rejoignant trop vite les mouvements ou en se dévouant corps et âme aux causes les plus pressantes, en éprouve par avance les limites dérisoires aussi paradoxales que l'obstacle qu'il faut pourtant combattre. L'errance en contrepoint, du malaise éprouvé face aux ogres et géants, ici en forme floue, émerge par simple attrait, îlot d'indépendance, doucement retiré des sonos de la cité, une absence qui s'approche tout prés d'une autre page, déroule au pas suivant encore un fil d'Ariane, ou de Pascal (Quignard) magnifique écrivain, fouinant dans les comptines vieilles de nos origines éclairant notre époque, qui ravivent l'être humain fort de sa liberté inouïe, mais aussi entravée, à toutes les époques. Le livre offre de quoi sustenter les mortels embarqués, l'écrivain a rêvé de barques grecques allant à la dérive, il s'est concentré, à décrire :

"cette réserve animale, farouche, qui ne doit jamais se soumettre au langage, ni aux arts, ni à la communauté, ni à la famille, ni à la confidence amoureuse."

Il cherche le vivant avant que l’histoire l’ait réduit au standard, une piste, une phrase encore échouée, sur la barque invisible qu'il est possible ou non, d'ajouter à l'image (à la guise du lecteur de la voir apparaître ou de la dessiner). Extrait puisé toujours à la source limpide des beaux livres de l'auteur.

"Nous emportons avec nous lorsque nous crions pour la première fois dans le jour la perte d'un monde obscur, aphone, solitaire et liquide. Toujours ce lieu et ce silence nous seront dérobés"...

pourtant: "le large existe."

 

 

 

 

  

Photo : "L'eau qui revient sans cesse"...

Eau d'ici, eau de là, le bleu rare du fleuve Rhône © Frb, Lyon 2015.

mercredi, 21 janvier 2015

Contrepoint # 1 : Aimer le chétif

J'avais envie de dire quelque chose, de le rompre comme du pain, le silence.

CHRISTIAN DOTREMONT extr. "Les grandes choses" 

pijonsd.jpg

Ogres et géants assistent à nos raclettes.

La petite dans sa cage tapotait sur le bec d’un oiseau et les cris déchirants de la bête nous arrachaient le coeur.

L'humain, noble chétif, apportait les z'oizelles et de juteuses mûres, des volailles à pieds d'ange, ce serait les dernières.

L’ogre savourait encore les orties dans sa grange. Il tombait une belle neige barbouillée de groseilles et le bonhomme fondait au milieu de la route avec son rire tenant le notre en hébétude.

Sur les murs de la chambre un vacherin couleur miel camouflait des moellons, c'était le bas de laine, une vie de pâquerettes à motif libertaire,

la petite tirait la langue à cette drôle de neige, le bonhomme dégorgeait, l’ogre dormait en ronflant, la mère faisait des crêpes, et l’ado, né-rebelle, un nid de faune dans l’oreille répétait à tue tête "on  y va ! on y go ! on y va ! on y go!".

Ogres et géants sifflent nos anisettes,

piquent dans nos sacs nos sucres, nos pétards et nos pêches, s'aspergent à nos pipettes puis embaument leur crête des arômes du grand musc d'Ovibos Moschatus.

L’un des derniers poètes sirotait sur son banc, l’hypocras et le ciel se couvrait doucement d’un grand voile écarlate, vu de l'escarpolette on aurait dit du sang.

La petite dans sa cage portait un jupon blanc qui flottait dans sa tête, elle martelait penchée, en arrière, en avant, le bâton de rouge à lèvres mélangé à la terre, farines et dissolvants

l’ogre sautait sur le banc de son frère et la terre s’en trouvait parée de brisements. Le bonhomme souriait sur ses mains grosses de neige, serrant l’air de l’hiver, la tempête et le vent.

Ogres et géants dévastent nos palettes,

un bras de mer roulé au pays des congères pour embraser la guerre, l’ogre mangeait un flan. La petite dans sa cage comptait les vers de terre sur les corps des amis par milliers, ruisselants,

et la chaleur humaine dans le bonhomme de neige devenait un cortège au grand air débonnaire, on ne sût pas pourquoi cet air était glaçant, une flaque dans nos gamelles.

Ogre et géant funestes retardaient les horaires.

Le benêt cajolait des cachous sous sa dent, le froid cloquait les ailes des bébés-cormorans.

La petite à genoux priait la Bernadette qu’on la sorte à présent du trou où les gisants se transforment en lichens, et les mourants reprennent des airs de bons vivants.

Une gondole échouée près d'un mur en coulisse s’était mise à rouler, la petite écoutait. Ces bruits lui rappelaient les chantiers de Dunkerke, caresses à l'océan,

le dadet retournait à ses mondes étonnants, l'américain suaire bouclerait ses bonnettes sur un vaste désert et des vues d'ouragan.

On dut voir l’encre sèche cacher les pansements. Quand l’ogre tremperait ses lèvres dans un grand bol de crème, il serait 5H30, l'aube s'ouvrirait violette à nos gigues mourantes, et le dernier candide sous le premier soleil, ne verrait pas les vrilles attachant la petite secouée dans sa cage qui riait mollement.

Ogres et géants étouffent nos chansonnettes.

Des croisés sur un rire barré de rouge ardent, la parole agrégeant un noeud sur sa ficelle, le géant décrétait. Sous un ciel apaisé, les pigeons communient dans le vin de bohême. Le nez devient complexe.

On voit les dieux-enfants suspendus à l'envers aux branches du pommier blanc, les bébés cormorans se ramassent à la pelle, une mémoire s'épanouit hors des lousses maraîchères, les femmes occupent l'hiver, les marins sont marrants. 

Ogres et géants boursouflent nos crapettes

Diable ! que les dieux sont bêtes ! à parquer les comètes dans l'osier des volières, où de grands fauconniers pleurent les joujoux d'antan.

La neige tombe en poussières, si les voeux sont troublants, les coeurs flanchent à travers.

Le rouquet boit son lait de jabot sous le lierre, on annonce pour demain, un peu de neige en plaine, l'ombre porte le gel. Les jours vont sans oreilles.

 

   

 

 

In situ: Jour de grâce à l'hôtel, les pigeons retombés sur un tapis de neige, vaguement allégorique, si on veut. Bien aussi malins que les pingouins, nos pigeons - Ce Qui Fut et Ne Fut Pas Démontré - juste vus de concert entre autres hybridations, parmi de nombreuses "curiosités", mues de l'époque épique.

Photo: à l'aube d'une ère nouvelle, la photo officielle, nous y étions, déguisés en Charlots, (bien partis à la faire, la guerre, la dure ! la vraie !) armés d'un stylo bille, dans la cour des petits, d'accord, mais assez dignes, engagés et lucides, droits dans nos bottes, et hop ! to hope is to live, hop ! et hop ! en doudoune sur la place des Terreaux, partis à la marche des Charlie qui se trouvait place Bellecour, en fait, bon, on n'est pas des héros,,"l'erreur est presque humaine" a dit l'ogre, tout là haut après avoir fouillé la bête et sa f(u)leur polétique, se fut fée, et enfin nous pûmes rationnellement rejoindre les camarades pour la photo, pis aller à l'after, voilà, un monde d'images, à suivre, peut-être, ou pas, une promesse intenable pour l'instant...

Moralité: y'en a pas, toujours pas, enfin, si, y'en a une, on la pigera après quand on sera très très vieux. On peut toujours sourire, et suivre de loin, chouïa, pour le temps qui nous reste, desfois qu'on anticipe, des feuilles mortes à la pelle qui se balayeraient elle mêmes, pour ne pas voir le vent... :((

 

Nids perliens : La vie des animals, une fantaisie pas méchante remixed © Frb, 2014 vs 2015.

dimanche, 11 janvier 2015

2015 : ça ne suffira pas, mais il faut essayer...

455_0206k.jpg

  

Nota : Le street-art rend hommage en "free style" aux victimes des attentats du 7 Janvier 2015, aux dessinateurs, à ceux qui restent qui vont tenter de continuer, à défendre leur plus libre expression possible, aujourd'hui, mais aussi pour la suite du monde, j'aimerais (I have a dream) que le mouvement in situ de la rue, (re)donne un sens, si ce n'est à tous à quelques uns, (sans naïveté évidemment), je ne sais pas si "je suis Charlie", (je m'en fous un peu) mais je sais que je soutiens de tout coeur, les créateurs, ceux qui restent, je les admire, et j'espère que nous les soutiendrons, encore après, ainsi que toutes les formes d'expression, quand l'émotion spectaculaire, se délitera peu à peu, c'est là, que ça risque d'être "coton", mais bon... Foin du noirte horizon !

Merci à eux.

Merci à ceux du "Canard enchaîné" qui eux aussi ont subi, subissent encore à ce jour de très sérieuses menaces, ils ont désiré absolument, ne rien réduire de leur ligne éditoriale, un soutien aux confrères, like Libé, "terre d'asile", pas sans risque, et ce, sans la bénédiction du pape, (Flanchouai, mît bémol, ravi qui dans sa bulle... continue ses voyages, ajoutant à la bonne eau bénite, l'huile sur le feu sacré versée dans tous les encriers, ce qui ne va pas, (il me semble), apaiser, ni aider les forces communes et individuelles à se ré-accorder, (couac) ni la création déjà très fragile, et encore plus fragilisée, depuis ces infamies, ni l'expression encore libre, juste armée de pinceaux, d'instruments de musique ou de plumes (sur la commode, et plus ...) des créateurs chenapans, et des gens entrés en résistance, avec une grande tristesse, une immense détermination à ne rien lâcher, rien, nada, nothing, autant que nous le pourrons,  même si cela paraît naïveté, s'exprimer sans craindre pour sa vie et celle des gens qu'on aime, si possible, doit être, la moindre des choses, autant que nous vivrons...

J'ois, pleinement, ce jour la bonne chanson "mourir pour des idées", par la bénédiction universelle du mécréant frère Georges qui fuyait les cortèges. Un grand salut à Luz, à Riss, et tous leurs camarades pour la suite, et la une du Charlie, malicieuse, excellente, la bande des Charlie, vraiment très courageuse, puissent-ils vivre, longtemps et qu'un jour on arrive enfin à comprendre leur langage et à leur foutre la paix, tirer sur un canard avec des armes de guerre, ne peut guère être justifié, par "des limites" à imposer au rire, qu'il soit de "bon goût" ou non, la bien-pensance, la religion, les puissants personnages (réels ou s'imaginant tels) n'ont rien à limiter à personne sinon leurs propres craintes, leurs fantasmes de domination, ces violences intérieures passées à l'extérieur sont bien antérieures aux dessins des Charlie. Les caricatures ont toujours existé. Mon parti-pris vu d'une lorgnette, d'abord celle du dessin, puis, de l'expression, de la création en France, je précise, les enjeux politiques étant très complexes, là encore, il y a beaucoup trop d'inquiétudes, de langages de cultures que moi même je ne comprendrais pas. Mais je ne suis pas certaine que la censure pour quiconque, y compris des personnages qu'on exècre, soit le moyen le plus efficace pour défendre la démocratie, ses belles idées de liberté et tout ça. Ici, dans tel contexte il me semble que tout créateur, qu'il soit écrivain, poète, musicien, peintre, clown, etc ce jour et sans autres illusions, doit se tenir au plus près de ses camarades créateurs (de ceux qui désirent se rallier) pour défendre ce dernier rempart face à l'impuissance générale qui vient greffer sur nous, la peur, cette peur que nous n'éprouvions pas à l'origine, et qui n'est pas de notre désir, peur que l'horreur ne creuse en nous encore plus silencieusement le sentiment de voir gagner l'ignorance, la vengeance, la lâcheté, la sottise, la perfidie, nos failles personnelles également, ce jour en question, pire même que la censure : l'autocensure qui vient déjà, viendra, forcément, insidieuse si l'on se met à craindre pour son intégrité physique qu'une idée soit très mal comprise. 

Celui qui s'exprime met son univers au partage, une fois lâché son dessin, sa musique, ses écrits, etc... appartiennent aussi à qui les reçoit, celui qui livre l'expression de son imaginaire peut toujours s'expliquer, présenter des excuses si lui-même conçoit que cela est peut-être "trop", il accepte la contestation, ou bien il la refuse, ou l'offensé s'en remettra aux procédures, ultimes limites mais jamais, un individu qui s'exprime ne devrait craindre pour sa peau et mourir pour cela, toute forme d'expression reste libre aussi à celui qui va l'interpréter, en prolonger les idées, ou les dévoyer voir les anéantir, mille lectures seront possibles, on le sait, cela a toujours été, mille malentendus, c'est le risque inhérent à tout homme qui s'exprime, quel que soit ses idées, une idée se combat avec des idées, jamais avec un arsenal de guerre, foin de banalités, et phrases des plus naïves qui seront toujours à redire face au pire et au plus sordide des malentendus, jamais vu en France, ni concevable avant ces attentats, exaltation de la morgue, de l'obscurité qui ronge en dedans le coeur même du vivant, les créateurs et les gens, tous les gens ont le droit non seulement civique, mais le droit naturel de s'exprimer, les limites (et tant pis aujourd'hui pour le pape) c'est le droit d'en débattre et même de s'engueuler, mais si cela advient sous menace d'armement, ou quelque autre intimidation idéologique, l'homme mourra d'asphyxie dans son repli, sa peur de l'ouvrir parce que la peur, est la première et la plus vulnérable des émotions, et tous les prédateurs le savent. Si demain, comme aujourd'hui un individu pense qu'il va risquer sa vie en s'exprimant et cela, par malheur cela, est arrivé et si (avec des si) progressivement cette emprise devenait acceptable. Nous ne serions plus rien.

Je crains le pire, et comme chacun, sidéré, je manque de mots pertinents ou impertinents, je ne crains pas de m'exprimer, ce jour sans aucune éloquence, je crains juste qu'un jour la menace devienne plus prégnante que la libre expression de chacun, par là, que toutes ses intentions singulières se pervertissent sournoisement sous le poids de cette pression, ce qui existait larvé déjà, bon. Ces attentats laissent un peu pantelants sur le bord du chemin, mais il fût "consolant" un jour de pouvoir partager mille différences avec tous les êtres qui avaient décidé de marcher en respectant toutes les nuances, qu'on soit Charlie ou non, on pouvait n'être que soi, solidaire et vivant ce jour avec les autres, sans s'aveugler de tout, et c'est bien de se dire que cela un jour a pu exister puissamment sans autre embrasement dramatique, in situ. 

Il y a beaucoup de gens isolés, dans les villes, et partout beaucoup de gens qui n'ont pas la culture, encore moins la parole, ils se sont exprimé ce jour là, nous avons vu cela, émouvant et sans frime, sans exagération, ce n'est pas rien et ne peut se décrire, je crois qu'il ne faut pas mépriser le pas des hommes et des femmes qui se mettent en marche, même un seul jour, même si cela fût orchestré, comme l'émotion - dit-on - peut-être, ce mouvement est issu d'un paradoxe et de contradictions mais beaucoup in situ n'était pas dupe, je crois, en tout cas nous n'avons pas, avec mes amis, ressenti à Lyon, ce que nous ressentons d'ordinaire dans une foule, et qui nous met si mal à l'aise, cette espèce d'injonction béate, marcher suffisait, pas obligé de "suivre" tout et n'importe quoi, foule vivante, visages tristes, sourires éblouissants, et des mots d'un instant toutes raisons différentes, les pas étaient splendides, chacun prouva sans doute à sa façon que l'émotion personnelle n'était pas, seulement réductible à un réflexe conditionné, et cela fit une belle, une magnifique journée.

Le scepticisme de chacun s'est perçu, également, l'inquiétude de l'après, la tristesse mais aussi la fragile espérance d'un jour réconfortée par cette marche, lente, mesure de l'humain, de milliers d'êtres humains ensemble qui s'aident à se relever d'un choc épouvantable, c'est d'un monde trop sensible pour être traduit encore avec des mots, du moins pas pour l'instant.

Nous entrons dans l'après, dans le "rien ne sera comme avant", peu importe pour l'instant qui trame ceci cela, quel machins, quels salauds... avaient tramé cela avant, on lit déjà partout un tas d'insanités, l'hypocrisie des "grands" de ce monde, on la connaît, ok, c'est à ce point délicat de devoir, à présent défendre individuellement (et commencer par ça) ce qu'on est déjà soi, ensuite collectivement, défendre une liberté d'expression violemment touchée, désormais ensanglantée, ce n'est plus la même liberté, (déjà bien malmenée depuis pas mal de temps) mais nous savons que cela est possible pourtant de la défendre encore, on ne peut pas décider autre chose que tenter, comme on marche pour ne pas se coucher, l'expression nécessaire d'une respiration, telle la marche ouvre au souffle précieux de la chaleur humaine, des personnes profondément choquées, tristes et gaies, de toutes parts ont donné une réponse, sur l'instant, la plus intelligente qui soit, cette réponse ne peut-être réductible aux observations, à distance, ni aux analyses plus subtiles, elle concerne un instant, un bref passage du temps, même si nous resterons sur nos gardes, longtemps, moins nombreux, c'est certain, et sans trop d'illusions, pour la plupart, je crois, lucides là bas ou ici, face au choc terrifiant, devant un grand saccage de vies humaines, on sait que  la parole tournera un peu en rond, encore un temps, et qu'il ne sera pas possible d'oublier l'évènement, que l'éloquence ne masquera que ce très lourd malaise qui nous serre le coeur encore à cette heure, quand nous pensons aux attentats, aux victimes, à ceux qui restent, comme l'info, ne cesse pas depuis ces attentats, là bas et ici, elle tourne encore en boucle embrouillant l'acuité des petits nains que nous sommes, à tenter de s'informer écouter, regarder, et essayer de comprendre, pour rester dans le vif, sans autres considérations politiques H.O donc la tentative d'une marche nous réveille c'est un essai troublant, devenu inouï, qui ne suffira pas. La cohue devant les maisons de la presse, j'en discute souvent avec le marchand de journaux de mon quartier ces jours-ci, si ça nourrit les petits canards qui étaient boiteux avant, tant mieux, s'il faut du sang pour les nourrir ça reste sidérant.

J'aimerais (encore rêver, on peut ?) que la réalité de cette marche nous donne une force réelle pour porter preuve après, que cet imaginaire vive ainsi qu'il nous préserve encore, épargne, s'il se peut, les mômes qui gambadent insouciants, pour que nous préservions leurs rires, ce monde à eux, leurs rires cons comme on est, et leurs blagues à Toto, qui font les mômes radieux, comme ce pigeon de Dieu rejetant son pique-nique sur la veste du président, grain de sable, pure pralin, rire de Luz, poésie de l'instant, du mauvais goût peut-être ? Qu'un fou rire en plein coeur d'une cérémonie solennelle, soit aussi important, un détail disproportionné, face aux crimes monstrueux, oui, sûrement, c'est bien bête que de tenir encore à l'imagination qui galope librement et pour ce tout venant, respectueux de nous, en cette sale époque, où la vie peine rudement, (dit comme ça, ma bonne dame ! ouh ben !) ....

Comme je n'ai jamais eu trop le goût d'exalter le néant, ni ici ni ailleurs, malgré le doute, ni folie des grandeurs du paradis, ou de l'enfer, exalter juste la vie, comme elle vient, certains jours, d'expression singulière, qui se partage ou non, sans occulter ce qu'elle a de bizarre et fragile, espérer que la création paradant au travers s'y amuse et de temps en temps qu'elle vous amuse peut-être ou non, que les idées s'expriment sans vigiles ni cerbères, ce n'est pas un voeu pieux, mais un désir humain pour ne pas que toute âme  finisse dépossédée par ces valeurs autoritaires, les obscurantismes, leurs remèdes, à craindre des coups de bâton, mourir pour ça, mort physique ou mentale, qu'on soit croyant ou non, ça tue les forces vives, par avance, d'y songer. Ici, nous jouons, nous marchons, et nous rions de tout, des winners, des losers des détails, des horreurs, ainsi de nos échecs, rire de tout vaut toujours mieux qu'un cynique ricanement qui tourne encore à vide sur le vide, négation même de l'autre comme une mort en dedans que les gars de Charlie ne défendaient jamais, avec leurs dessins "gratinés", desfois cheap, desfois "trop" mais aussi très "chiadés", leur critique qui n'épargne personne, même pas eux, a poursuivi l'ouvrage d'une autre génération de l'après 68, portant l'expression d'une contestation sur une société qui n'en pouvait plus de ses frustrations.

Nous avons, mes amis et moi-même, de la génération de Charb, bénéficié de ce vent de liberté, nous l'avons beaucoup contesté, et nous l'avons aimé, sans être des inconditionnels, de tous les opus de Charlie Hebdo, nous sommes les enfants des pionniers de cette mouvance libertaire, un souvenir dilettante de la contre-culture en France plutôt rare de trouver cette presse-là avant eux, qui pût parfois nous concerner, nous étions vers les 12 à 15 ans égarés dans les années-fric, la petite province encore poujadiste s'épouvantait à nous voir lire, Reiser, Cabu, sans oublier le feu prof Choron qui traînait dans les chambres des grands frères des copines, Hara kiri mort Charlie Hebdo occupa cycliquement les cours ennuyeux, glissé sous les bureaux, acheté par un et lu par tous, à pouffer de rire sur des dessins qui passaient de main en main (sous le bureau, sous le manteau) et faisaient grinçer joyeusement les chaises austères de notre respectable école, lors des cours de dessin catholique, enseignés par la polyvalente Melle Pugeolles, au collège St Marie, les enfants pré-ados bécassons que nous étions (et vieux bécassons, nous restons) payèrent cher en interminables heures de colle (vous me copierez 100 fois - "je ne dois pas lire Charlie Hebdo" ou du genre, tours de cour les mains sur la tête, confisqués, les revue "cochonnes", j'exagère à peine c'est pour dire : Charlie Hebdo n'était pas du goût de tout le monde, ces lectures engagées, rigolotes émancipèrent sans qu'on s'en rende trop compte, notre créativité fulgurante, et nous dessinâmes à notre tour, (les revues confisquées, il fallait bien essayer autre chose), nous avons compris bien plus tard que les contestataires d'une époque à nos yeux révolue, nous avaient ouvert l'esprit et libéré de pas mal de trucs, un terrain fertile s'est ouvert en mille autres différents, pas banals pour les voies de la création, et surtout l'expression qui s'y développait en roue libre.

Bon, jusque là, dit, à chaud on serait presque tous d'accord. Anecdote très compassionnelle. Alors que nous marchions. Grosse surprise de croiser place Bellecour notre bonne Melle Pugeolles, complètement amnésique, épanouie, rayonnante dans son nouveau tee-shirt "Je suis Charlie" enfilé à la vrac sur sa même robe chasuble (beige-grenat) accompagnée par le redoutable Monsieur Bouchard, responsable du martinet et du fouet à l'école "Notre Dame" en 1976, revenu lui aussi en tee-shirt XXL "je suis Charlie", super-sympa. Moralité : y'en a pas. Que ceci reste une belle histoire, de bravoure hyper-love et sans rancune of course. A part ça...

Nous sommes des êtres doux, vulnérables, nous sommes beaux et grotesques, nous sommes petits et fiers, nous sommes faiblesse de notre époque, nous sommes forts de notre naïveté, de nos défauts de nos lâchetés, de nos questions, de notre maladresse à ne savoir nous exprimer mieux, nous sommes les gens du siècle munis de notre intelligence, (relative) de nos lacunes (champs inexplorés), de notre liberté de pensée, de nos erreurs, de notre langage fourbu de culture, d'inculture, de nos inspirations irrégulières, d'un savoir faire très libre, nous précis, nous gentils, nous très approximatifs, nous multiples, identiques, nous, nous, nous...  Comme disait un monsieur dans la rue : "on bricole, on n'a que ça pour vivre", Vivre, ouais, ouais  pas mourir. Nous ne mesurons qu'à court terme, toutes les conséquences de nos gigues*- ["Sous toutes ses formes, la gigue exerce une fascination peu commune sur la population locale; par sa virtuosité, son accord parfait à la musique, la finesse de ses mouvements et l’énergie qu’elle déploie*"] ; la violence, les hybridations de nos drôles de machines qui permet de mondialiser le Charlie, avec tous les drapeaux en berne, n'est pas le moindre de nos soucis, le spectre effrayant d'un monde sécuritaire (pour notre bien) nous fait, froid dans le dos, l'administration de la peur vient comme une hantise au coeur de la vie brève, nous tentons quelque chose sans promettre, parce qu'on ne peut pas ne rien tenter un peu à notre échelle, et nous aurons encore besoin de réconfort.

Ce billet a été corrigé (pas très bien mais tant pis) signé et approuvé de tout coeur par Melle Pugeolles, qui nous a présenté ses excuses, lors d'un très beau discours, elle nous a demandé pardon de nous avoir injustement infligé - bien à tort- des heures de colle pour avoir lu Charlie Hebdo, qu'elle trouve aujourd'hui formidable, bien autant que ses créateurs. Acte de contrition, à coeur, espérance, forcément sublime.  Amen.

 

  

 

  

Photo: Tant que...

Tant que les murs ne seront pas muets. Un signe fort, en pochoir, saisi le lendemain du choc, sur la Montée de Grande Côte  à  Lyon.

mercredi, 07 janvier 2015

2015 : résister

Contre la peur et tout l'inconsolable, vous pouvez cliquer dans l'image
malcomx.jpg

 

Sources vives:

http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150107.OBS...

http://www.leberry.fr/france-monde/actualites/a-la-une/na...

http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/07/a...

http://www.huffingtonpost.fr/2015/01/09/charlie-hebdo-car...

http://www.telerama.fr/medias/charlie-hebdo-et-apres,1213...

 

Source(s)iniques :

 http://www.slate.fr/story/96573/des-journaux-anglais-et-a...

http://www.metronews.fr/_internal/gxml!0/r0dc21o2f3vste5s...

http://www.ladepeche.fr/article/2015/01/09/2025683-unes-c...

http://www.sudouest.fr/2015/01/08/charlie-hebdo-marine-le...

 

Sources libres :

http://www.francetvinfo.fr/image/754txhp6c-c858/908/624/5390507.jpg

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2012/09/20...

http://www.lesinrocks.com/2015/01/10/actualite/luz-tout-l...

http://www.lepoint.fr/societe/willem-vomit-sur-ceux-qui-s...

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/video/2015/01/08/c...

https://twitter.com/plantu/status/552820642987270144/phot...

 

lundi, 05 janvier 2015

2015 : Ne plus céder aux intimidations

Tu com­prends quelque chose à tout ce qui nous vient, toi ? 

tumblr_nco414IFNq1rlz6lxo1_1280.jpg

http://www.amnesty.org/fr/freedom-of-expression

jeudi, 01 janvier 2015

2015 : ralentir

Voeux de sérénité : pour rire un peu de soi s'il est encore possible

 

mardi, 30 décembre 2014

On rentre à la maison

on rentre.jpg

 

Le psychologue - et a fortiori le philosophe - donne peu d'attention aux jeux des miniatures qui interviennent souvent dans les contes de fées. Au regard du psychologue, l'écrivain s'amuse en fabriquant des maisons qui tiennent dans un pois chiche. C'est là une absurdité initiale qui situe le conte au rang de la plus simple fantaisie. En cette fantaisie, l'écrivain n'entre pas vraiment dans le grand domaine du fantastique. L'écrivain lui-même, quand il développe - souvent bien lourdement - son invention facile, ne croit pas, semble-t-il, à une réalité psychologique correspondant à de telles miniatures. Il y manque ce grain de songe qui pourrait passer de l'écrivain à son lecteur. Pour faire croire, il faut croire. Vaut-il la peine, pour un philosophe, de soulever un problème phénoménologique à l'occasion de ces miniatures "littéraires", de ces objets si aisément diminués par le littérateur ? La conscience - celle de l'écrivain, celle du lecteur - peut-elle sincèrement être en acte à l'origine même de telles images ? À ces images, il faut bien cependant accorder une certaine objectivité, du fait seul qu'elles reçoivent l'adhésion, voire l'intérêt, de nombreux rêveurs. On peut dire que ces maisons en miniature sont des objets faux pourvus d'une objectivité psychologique vraie. Le processus d'imagination est ici typique. Il pose un problème qu'il faut distinguer du problème général des similitudes géométriques. Le géomètre voit exactement la même chose dans deux figures semblables dessinées à des échelles différentes. Des plans de maison à des échelles réduites n'impliquent aucun des problèmes qui relèvent d'une philosophie de l'imagination. Nous n'avons même pas à nous placer sur le plan général de la représentation, encore que sur ce plan il y aurait grand intérêt à étudier la phénoménologie de la similitude. Notre étude doit se spécifier comme relevant sûrement de l'imagination. Tout sera clair, par exemple, si, pour entrer dans le domaine où l'on imagine, on nous fait franchir un seuil d'absurdité. Suivons un instant le héros de Charles Nodier, "Trésor des fèves", qui entre dans la calèche de la fée. Dans cette calèche, qui a la dimension d'un haricot, le jeune homme entre avec six "litrons" de haricots sur l'épaule. Le nombre est, ainsi contredit en même temps que la grandeur de l'espace. Six mille haricots tiennent dans un. De même quand le gros Michel entrera - avec quel étonnement ! - dans la demeure de la "Fée aux miettes", demeure cachée sous une touffe d'herbe, il s'y trouvera bien. Il se "case". Heureux dans un petit espace, il réalise une expérience de topophilie. Une fois à l'intérieur de la miniature, il en verra les vastes appartements. Il découvrira de l'intérieur une beauté inférieure. Il y a là une inversion de perspective, inversion fugitive ou plus prenante, suivant le talent du conteur et la puissance de songe du lecteur. Sou- vent trop désireux de conter "agréablement", trop amusé pour aller à fond d'imagination, Nodier laisse subsister des rationalisations mal camouflées. Pour expliquer psychologiquement l'entrée dans la demeure en miniature, il évoque les petites maisons de carton des jeux d'enfant : les "miniatures" de l'imagination nous rendraient tout simplement à une enfance, à la participation aux jouets, à la réalité du jouetL'imagination vaut mieux que cela. En fait, l'imagination miniaturisante est une imagination naturelle. Elle apparaît à tout âge dans la rêverie des rêveurs nés. Précisément, il faut détacher ce qui amuse pour en découvrir les racines psychologiques effectives. Par exemple, on pourra lire sérieusement cette page de Hermann Hesse publiée dans la revue Fontaine (n° 57, p. 725). Un prisonnier a peint sur le mur de son cachot un paysage : un petit train y entre dans un tunnel. Quand ses geôliers viennent le chercher, il leur demande "gentiment qu'ils attendissent un moment pour que je puisse entrer dans le petit, train de ma toile afin d'y vérifier quelque chose. A leur habitude, ils se mirent à rire, car ils me regardaient comme un faible d'esprit. Je me fis tout petit. J'entrai dans mon tableau, montai dans le petit train qui se mit en marche et disparut dans le noir du petit tunnel. Pendant quelques instants, l'on aperçut encore un peu de fumée floconneuse qui sortait du trou rond. Puis cette fumée se dissipa et avec elle le tableau et avec le tableau ma personne"... Que de fois le poète-peintre, dans sa prison, n'a-t-il pas percé les murs par un tunnel ! Que de fois, peignant son rêve, il s'est évadé par une lézarde du mur ! Pour sortir de prison tous les moyens sont bons. Au besoin, à elle seule, l'absurdité libère.

GASTON BACHELARD : extr. "La poétique de l’espace", Presses Universitaires de France, 2004. 

 

 

 

 

  

Légende : Il existe à un jour de marche du pays de neige un hameau qui s'appelle "la demeure" et ceux qui vivent là, sont des êtres irréels.

 

Option : Si, la maison n'était pas à votre goût, on en a d'autres qui manquent pas d'air, (voeux officieux, à cliquer dans l'image).

 

Villa Alcestia, là bas © Frb Dec.2014

mardi, 23 décembre 2014

Entre deux ...

Irez-vous chercher loin ? Vous finirez sûrement par revenir, pour trouver le mieux, ou tout aussi bien que le mieux, dans ce qui vous est le mieux connu...

WALT WHITMAN, extr. "Un chant pour les occupations", traduction de Louis Fabulet, in "Feuilles d'herbes", "Poèmes" éditions Gallimard 1918

escal gare z.jpg

Dans le grand hall de gare où le pas perdu va, où le dessin rature mille fois et recommence, où chaque regard retient l'attention comme la votre, puis l'oublie, la seconde après, j'aperçois une tête d'homme, un homme sobre, l'oeil craintif, attentif comme le mien, dans la même inquiétude, au guet de sa correspondance.

Perdu, là tout pareil, un semblable qui se perd au milieu de la foule ou se cherche un visage ; qui parmi des milliers saurait le renseigner ? Quelle voiture ? Ou quel quai ? Et partout le silence de chacun glisse dans ce vacarme, on se pose jambes croisées une valise à ses pieds, en ces lieux consacrés simplement à l'absence, lui, comme moi, avec eux, nous serions des milliers abordés de vacance à espérer la lettre d'un quai de A à Z, qui se lit comme un chiffre, puis se vide sur des bruits...

L'homme a mis un carnet sur ses genoux il semble qu'il dessine quelque chose, ou il écrit sans doute via ces petits engins, à quelqu'un, (la bien-aimée, qui sait ?),"Le train a du retard". Je ne sais par quel hasard, nous sommes toujours tentés d'avoir l'air occupés.

C'est une autre manière de converser encore, que de rester longtemps assis sur des banquettes à attendre face à face sans rien dire, ou discuter si peu et toujours à voix basse :"où est-ce que vous allez ?". La réponse est sans but, le mot sans importance. Tous ces gens se contentent chacun a ses errances contre un brin ébloui, une furtive émotion pourtant si recherchée, qu'on ne retrouvera plus ou qui a disparu parfois, sans y penser, chez ceux de l'entourage, si blasés qu'on soit là, qu'ils finissent forcément par ne plus apprécier ou ne plus ressentir les considérations que tous ces anonymes savent s'accorder entre eux, comme l'habitude souvent nous fait par distraction, cet air désaffecté.  

Cherchant un point d'appui dans l'oeil des passagers sans la moindre méfiance, sans aucun attachement, ni désir de saisir, on voit des créatures tripoter leurs portables ou le crayon fixé sur les petits carreaux maculés d'un carnet. On cherche le journal, on achète des bonbons qui pétillent, on rumine pour ne pas les croquer d'un coup sec en faisant trop de bruit avec ces dents pointues qui tirent sur les affiches, des sourires de façade louées aux carnassiers.

Les yeux sur nos paquets, vous et nous, entre deux, écrirons par ennui, des rimes de pacotille, ou petits textes en prose, dévoués à des formes sans drame et sans passé. Nous sommes les personnages, une seconde accrochés, déjà hors de portée, soulagés de partir, pris dans la vacuité de toute chose périssable un instant délayés, suspendus comme des lampes.

 

 

 

 

 

Envoi ** Merci à ceux qui ont suivi ce blog, durant cette (rude) année 2014, une année empêchée pour ma part, la vie, la vraie, pas celle qu'on nous (vous) raconte, l'année, finit entre deux trains, au ralenti comme elle a commencé, l'ordi étant à quai le plus souvent hors-box, le logiciel courrier en bug grave, le tutti en bazar menant à ce temps comme on dit de latence, un temps à réparer (ce n'est pas une promesse, ni gagné, mais on va essayer), je remercie les lecteurs, commentateurs, et amis qui ont écrit des courriers chaleureux vraiment très appréciés, toujours encourageants, merci également aux artistes, galeristes, éditeurs, les passeurs (ils se reconnaîtront) qui ont proposé des oeuvres, textes, photos, peintures, ceux qui m'ont invitée, ceux rencontrés, entre deux trains, tant à la ville qu'à la campagne, qui changent un peu la vie à leur façon, belles rencontres suspendues et retardées pour l'heure, mais c'est pas volontaire (latence, donc) ; certains courriers se perdent encore à ce jour un peu moins (quoique... je ne peux pas tant savoir), d'autres se sont perdus, pas sûr qu'on les retrouve, idem pour mes réponses, le fonctionnement normal, encore incertain à ce jour, je tiens à présenter mes excuses à ceux qui ont écrit, à qui j'aurais aimé répondre, j'ai essayé souvent mais tout m'est revenu, l'acheminement reste encore à ce jour plutôt aléatoire (passons sous silence les supputations (?) que malheureusement j'ai reçûtes, elles sont hors-sujet, diffamantes, une espèce de dérive, aux antipodes de la réalité, cela mériterait tôt ou tard un sérieux démenti, il serait temps - 2015 ? - de ne plus laisser courir n'importe quoi). En attendant, je vous souhaite de belles fêtes de fin d'année, paix et douceurs dans les chaumières, des partages simples, des illuminations, des bougies et des luges, des pistes vertes, des sommets plein de neige, des biches et des chamois, des trains bleus, des oranges, des Jésus en sucre, des poêles à bois, des grosses chaussettes, des bottines, des bonnets à pompons, de la caresse diurne et nocturne, des musiques et des choeurs, et si les bonnes richesses naturelles de la vie étonnante ne vous suffisaient pas, espérons que le père Noël (et la Noëlle) arrivent à passer avec tout leur barda (autre petit voyage), par votre cheminée, (enfin on pense à eux, et on y croit très fort) pour vous apporter, des jouets parmillés, (Tino, sors de ce corps !

 

Photo: Perrache vieille gare. Saisie entre deux quais, son passage mécanique, désert, ce qui est rare .

 

 

Lyon, © Frb - txt revu et corrigé - Décembre 2014.

lundi, 15 décembre 2014

Passures

Interroger l'habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l'interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s'il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s'il n'était porteur d'aucune information. Ce n'est même plus du conditionnement, c'est de l'anesthésie. Nous dormons notre vie d'un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?

GEORGES PEREC, extr. L'infra-ordinaire, éditions du Seuil, 1989.

passures,georges perec,vie,corps,espace,questions,l'infra-ordinaire,passages,humanité,balade,multitude,solitude,temps,gares,époque épique,mouvement,les gens,pataphysique,créatures,décalage

cado.jpggente.jpgbarottes.jpgboulot.jpg
sal temps.jpgmodèle b.jpg
hivr gens.jpg




mov hiv a.jpgsac.jpg


  

 

 

 

Photos : des histoires, plein d'histoires, mises à sac, mises en sacs, une traversée, de rue en rue jusqu'aux ruelles en multiples passerelles à taille humaine, passages géographiques, et trajets fragmentés à travers les quartiers différents d'une ville, acteurs ou figurants pour approcher les fêtes, trop plein d'appréhension, de bonnes résolutions qu'on voudrait honorer, qui ne tiendront qu'à travers, et pas comme on voudrait, jamais aussi splendides, effondrements des rêves, choeurs des lamentations, chenilles de joies rapides, un mélange de désirs, à travers les clients, les marchands, et toute la marchandise, sa promo permanente, à travers - en travers - les élans versatiles, les renoncements, la hâte, l'alternative, la norme, le besoin de s'y plier puis de s'en échapper, la recherche du temps perdu ou retrouvé de son plaisir, désir de choses simples: des godasses et des fringues, sacs de fripes, à travers, tant qu'on peut préserver chez soi un endroit au chaud pour tout en déballer, débarder, essayer, apaiser les grands maux ou les petits bobos, le surplus excessif, les gros riens, ces sutures à travers, les paquets et les mots, en travers, l'immanence et la loi d'entropie et tous les paradigmes, à travers le plaisir de courir pour choper du nouveau avec les vieux poncifs "l'hiver et le printemps", la rue en kit chez Continent, des pays ou des gens, le printemps comme un clip qui grignote l'escargot en musique re-jouant Vivaldi sur des rythmes électro, les quatre saisons mutables comme l'espoir tourne en vice et revend de partout des sacs pendus aux mains, ces poings demi-ouverts, empaquetés, à travers un fourbi dans la tête avec des sentiments, l'amour et l'amitié, évasions en travers, les histoires qui vont vite pour se perdre dans les flux imiter la croissance des systèmes, marcher sur les bris de verre sous les lustres en plein air, faire monter les machins et les trucs, les compulsions d'achat, le harcèlement moral, le travail, les loisirs, la croissance, le coaching, l'open-space, mise à sac de l'éthique, rafraîchissement des murs que la ville peinturlure avec ceux qui voudraient que ça change, qui n'ont plus de certitude (ça commence à se voir) qui ne peuvent plus, ne veulent plus suivre, face à ces géants verts, des mots bleus de la peur qui caressent les personnes, vident les poches des petits, séduisent les lucratifs, à travers les précaires qu'on ne voit pas courir aussi vite, ça retombe loin là bas, à la périphérie, à nos pieds, à genoux sous les ponts, dans les squatts, les prières invisibles, la convivialité, le discount, les échanges, enfin le système D, le pas qui continue avec du grain, sans grain, à travers la beauté, des instituts de beauté, des ongleries américaines, du panache, des paillettes à travers l'épuisement, la loi de l'apparence qui fait foi d'existence, loi sélecte, les meilleurs s'y retrouvent, y glissent entre leurs dents ta carte bleue, avisent nos cartes-fidélité, du mot fidélité vidé avec les sacs, des gants raflant la mise du gueux qui tourne chèvre sans plus savoir pourquoi, au cercle du manège, mange sur les chevaux de bois, se sustente au snacking, voyage sur des lumières avec les ombres tristes abordant le scientisme et le trans-humanisme, à travers, l'homme fragile héritier de sa révolte impuissante, en travers les clous du passager s'égayant d'un spectacle 7J/7/24H/24, avec nous ou sans nous, avec les stars, les fils de..., la déco, packaging, la crise qui t'en fabrique de l'austérité capitale, la foi dans l'abondance, les possessions, les intimidations, la peur de perdre, cette commune hantise des déflagrations singulières, courses vite, en travers, la pauvreté, le luxe, à travers la bonté, la gentillesse, la culpabilité, l'empathie, la souffrance, et ceux qui s'en relèvent affrontant à travers leurs défis personnels : être soi, trouver sa voie, devenir vrai, au delà des pressions et du pouvoir d'achat, les hommes ont autant d'imagination que d'avenir, les marchandises s'en moquent, à travers les affiches pillant au plus profond, le peu, l'insuffisant, mesurant à chaque pas, le secret de chacun, qui devient frustration du grand nombre, toute la dynamique mise en sacs, par les stats en travers ceux qui rêvent que leurs têtes pourraient fuir les boutiques, les corps et les boutiques on ne sait pas où ça va. Si ça tire à travers les personnes ou les cibles, l'ego à travers ça, viserait qui s'entasse à travers, play to win, baraka, empochant, sacs à part, la ruine à prix d'amis par les lieux traversants, les néons, les lanternes, la surface amovible, la valse des étiquettes affichées de travers, les winners, les losers, les empires, l'univers made in Chine, les affaires, les modèles de mesure verticale, le bon sens, l'eau qui dort au prix flottant du genre moyen pressé, le crédit, le bizzness, les horaires, la monnaie, le job, le sac plastique, la vie rêvée de l'homme-sandwitch, et nous, courant derrière, la réalité mal traitée. Est ce qu'on pourra tenir ?

Passures ...

Sous silence, toutes les vies, des milliards de mémoires, que l'on ne connaîtra pas, pas un pas sans une conséquence, la dernière image pouvant être la première du billet on n'arrête pas le regret, ni le printemps, encore moins l'avenir qui commence minuscule sur les dalles gigantesques (pour nos pas de géants ?) d'un hall de gare avec une barotte à 4 roues, (pas encore connectée, ni coachée, ni livrée aux vigiles, ni vue en transparence, ouf, :) ...

Certains jours suivant au présent là où on serait passé, un instant pour les promeneurs ubiques et les autres égarés (au travers les méandres) et puis pour les perplexes de l'élasticité (du temps ? ou des conjugaisons), - pour ceux qui ne vont pas forcément en deçà - c'est à dire lorgner les dessous, l'image du jour retardera, demain tout comme hier, chaque jour, tous déjà advenus, ou peut-être pas encore, bref, pour cette histoire en cours, notre dernière image si on était couture, elle s'ouvrirait ICI ...

Où ne serait pas loué l'intrus, le symbolique intrus figurant à mon sens (relatif) toutes saisons confondues la marche difficile encore libre à travers l'espace et le temps, l'intrus qui s'approcherait au plus près de l'état de nous autres, créatures embringuées, au milieu de l'époque épique, afin de nous aider en image à essayer de répondre au plus près aux trois questions du Georges :

Où est-elle notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ? 

Héros pataphysique, l'intrus intemporel, serait l'anomalie qui fait avancer les idées, suggestion du Boris, cherchons donc cet intrus, et laissons le filer, bras ballants, sans s'occuper à s'y mesurer, dans des formes de concurrences, qui ne feront avancer aucune forme d'idée, une anomalie dans l'anomalie : ici il n'y a rien à gagner. Sauf un nid de pattes peut-être ? Des promesses, résolutions, promesses, tenues ou non. Un Soupir... 

 

Rues et gens from Lyon © Frb Dec. 2014

jeudi, 20 novembre 2014

A travers

Il n'y a de communautaire que l'illusion d'être ensemble. Certes l'amorce d'une vie collective authentique existe à l'état latent au sein même de l'illusion - il n'y a pas d'illusion sans support réel - mais la communauté véritable reste à créer. Il arrive que la force du mensonge efface de la conscience des hommes la dure réalité de leur isolement.

hiver.JPG

Il arrive que l'on oublie dans une rue animée qu'il s'y trouve encore de la souffrance et des séparations. Et, parce que l'on oublie seulement par la force du mensonge, la souffrance et les séparations se durcissent ; et le mensonge aussi se brise les reins sur une telle pierre angulaire. Il n'y a plus d'illusion à la taille de notre désarroi

Le malaise m'assaille à proportion de la foule qui m'entoure. Aussitôt, les compromis qu'au fil des circonstances j'accordai à la bêtise accourent à ma rencontre, affluent vers moi en vagues hallucinantes de têtes sans visage. Le tableau célèbre d'Edward Munch, Le Cri, évoque pour moi une impression ressentie dix fois par jour. Un homme emporté par une foule, visible de lui seul, hurle soudain pour briser l'envoûtement, se rappeler à lui, rentrer dans sa peau. Acquiescements tacites, sourires figés, paroles sans vie, veulerie et humiliation émiettés sur ses pas se ramassent, s'engouffrent en lui, l'expulsent de ses désirs et de ses rêves, volatilisent l'illusion d'"être ensemble". On se côtoie sans se rencontrer ; l'isolement s'additionne et ne se totalise pas ; le vide s'empare des hommes à mesure qu'ils s'accroissent en densité. La foule me traîne hors de moi, laissant s'installer dans ma présence vide des milliers de petits renoncements. 

Partout les réclames lumineuses reproduisent dans un miroitement de néon la formule de Plotin : "Tous les êtres sont ensemble bien que chacun d'eux reste séparé.Il suffit pourtant d'étendre la main pour se toucher, de lever les yeux pour se rencontrer, et, par ce simple geste, tout devient proche et lointain, comme par sortilège. 

mendicité.JPG

 

Raoul VANEIGEM: extr. du "Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations", Gallimard, 1967.

 

 

In situ : d'un jour à l'autre à Lyon, quelque part entre la vogue sans marrons et l'ogresse, positive, positiviste, fête des lumières.

 

In city, la presqu'île, November like December © Frb 2014.

samedi, 01 novembre 2014

La mémoire hors des équilibres

But if you could just see the beauty,
These things I could never describe,
This is my one consolation,
This is my one true prize.

JOY DIVISION : "Isolation" extr. du second et dernier album "Closer". (Factory Records, 1980).

Si vous ne comprenez rien à cette histoire vous pouvez toujours cliquer sur l'imagesol cendre.JPG

Ici, on achève patiemment la mémoire du dernier soldat vivant oublié sur la dune, parlant seul aux étoiles, cherchant Orion et la grandeur de l'ourse quand tout finit à l'horizon et qu'il n'a plus assez de munitions pour s'en griller une en silence. On lui envoie bien le poison par signaux de fumée qui montent du fond de la vallée, et le cristal de soufre réanime son berceau. Peut-être est-ce une intention religieuse ? Ou la frénésie collective qu'il attrape de son regard mort aux choses qui persistent dans la gaieté et l'insistant désir de communication. La foule a brûlé son cerveau. Il en a vu tant et tant eu dans la ligne de mire que l'écran diffusant soit disant son histoire sous les grands chapiteaux soit disant financés par des constructeurs d'Algéco, ne lui parait au fond que de facétieuses entourloupes nées des chiffres ignorant la marge de manoeuvre des derniers primitifs, ceux là aux visages oubliés en ont tant vu aussi, que leurs yeux noirs troués de suie, ne peuvent plus supporter l'idée même de la lumière. Cheminant désormais dans la fine poussière des talus, ils biberonnent à tâtons, les veines aux poignets des jeunes filles, baroudent l'âme de ces créatures qui livrent leurs corps de débutantes à ces pourvoyeurs d'anciens mondes. Sur ce gibier doux à mourir, ils folâtrent, accueillent le mouvement de ces vallées à reconstruire où désormais ils ne pourront plus rejoindre leurs épouses sans un regret, ça ressemble au dégoût. C'est rester là, intacts, renoncer à la renommée, ou se trahir et devenir héros, condamnés à transcrire le vieux crime en livres d'images préfacés par des vedettes de la télévision, ou des poètes qui se donnent en spectacle, ils assureront désormais notre avenir. Le pays natal rétrécit. Les enfants collectionnent les livres de dinosaures, des photos de martiens, des panoplies de prédateurs sous forme de combinaisons étanches fabriquées en Chine, imitant l'acier brossé, emballées dans les sarcophages. Les femmes, elles ont le souvenir de ces très jeunes garçons, soldats tristes et vaillants dans leurs costumes de guerre, tandis que meurent près des talus d'augustes vieillards à cheveux gris virant au bleu comme les brumes du couchant. Ce sont les mêmes qui jadis emmenaient tout le monde au manège, ou au cirque, et le dimanche parfois, vêtus de bleu sombre et de blanc, ils allaient à la messe. Ce sont les mêmes qui renversaient les imprudentes et les visaient nues dans les champs, ou leur faisaient la conversation gentiment, en effeuillant la marguerite, premiers pas de la ritournelle... Aux talus vert-de-gris atomisés, tout cela nous revient et se met à tourner en rond. La terre grouille et se fend. Le vent retourne la vallée où se lisent les chiffres alignés des nouvelles numérotations. Dehors sur les bancs des marchés, dehors c'était notre vallée où des constructeurs d'Algéco déroulent avec un gant discret le plan d'un énorme projet qui détruira le Nombre d'Or.

 

  

Photo :  Un fantôme sur un lac cendré. Tracé quelque part près de la Tour Oxygène, un jour de pluie, dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon. Nov 2009.

Retouche : quelques années plus tard, texte revu et corrigé, un jour de pluie, pas loin de la tour Incity près du quartier de la Part-Dieu à Lyon. 

Un ban pour les rivages : 

La musique est dédiée aux étranges rêves de Marc**, merci pour les voyages, (Wait and see, amigo !)...

Et la réflection de ma rue, s'échappe jusqu'aux attractions nécessaires de Mister Ernesto Timor**. scuzi, ami, l'ordi était en-rade, et mes champs muaient dans les gares, no soucis (eau de là) peut-être, à Benito ou à Lyno ? Aux forêts de la Céruse ? ... voir le livre ! (sans mourir).

 

Lyon © Frb. Novembre 2014.

mercredi, 10 septembre 2014

Eighties : Frigo-Bellevue-Code Public and works

"L'analyse, c'est la pratique".

30 mn 37 à découvrir, ou fragments d'une constellation. Enjoy !

 

 

Vidéo via le site de Christian Vanderborght, réalisée par FRIGO-CODE PUBLIC : Mike Hentz, Gérard Couty, Rotraut Pape, Gérard Bourgey, Alain Garlan, Jacques Bigot, Marc Moget, et tant d'autres ...

A suivre ICI ou voir le billet ci-dessous.

Bientôt, peut-être, un aperçu de FRIGO RESURGENCE écho du 10 au MAC de Lyon, (dixit Frigo Bûro "la bonne ambiance", je confirme), et quelques traces ou liens en images de cet évènement passionnant, très festif et vraiment réussi. Suite aux rétrospectives, l'esquisse d'un grand désir, aujourd'hui et demain : "RESET FRIGO-BELLEVUE 2014", ce rêve dont on pressent qu'il est réalisable, un nuage, des archives en cours de numérisation, des labos avec des étudiants de l'Ensba et des projets à suivre élaborés en diverses villes même divers pays, enfin, une date à retenir: le 13 Septembre à Lyon, avec une projection commentée par le groupe FRIGO dans le cadre de la 16ème biennale de la danse (pour en savoir plus c'est ICI) et des remerciements à ceux qui ont aimé, aimeront et à tous les curieux.

mercredi, 03 septembre 2014

So future ...

Frigo_Mobil_Site_04-1.jpg

  

De 1977 à 2001, le groupe FRIGO a réuni un nombre impressionnant d'archives autant d'évènements sur les arts multiples d'une époque, (vidéo musique, danse, performances, écriture, graphisme, peinture, architecture, et j'en oublie) ; à l'occasion de la numérisation de ces archives (voir le lien dans l'image) les artistes de Frigo, créateurs d'une expérience artistique et humaine absolument exceptionnelle ont rassemblé plus de 300 heures de vidéos, les nombreuses archives de Radio Bellevue, et celles de Faits Divers System, ces travaux ont donné l'idée d'une réunion des différents acteurs de cette aventure artistique, prévue sur quatre dates à Lyon, autant de moments forts à découvrir, de surprises, de rencontres, de soirées festives "nous nous sommes tant aimés et tellement amusés", (encore rien de l'écrire !) au delà des mots, des travaux, des labos, c'est un courant de pensée porté par le désir de faire vivre les créations, et les lieux sans cloisonner les disciplines, depuis le temps qu'on en rêvait, qu'on en causait à la terrasse du Mondrian, (voir encore en lien ci dessous), une mémoire à relier avec la transmission, "So future", l'évènement reste à suivre et à vivre, (quatre fois en quatre lieux) c'est le plus exaltant opus de la rentrée, c'est dehors, c'est lancé ! on en reparle très bientôt.

   

 

Nota : pour le programme complet il suffit de cliquer dans l'image, vous trouverez toutes les précisions également, en visitant les liens-amis ci-dessous

  

http://www.frigobellevue.net/

http://www.unitvnetwork.org/

https://twitter.com/buro_frigo

http://www.ensba-lyon.fr/danslesmurs/1415/buro/

http://www.lemondrian.com/post/2014/08/26/Notre-CHEF-est-...

 

Musique : un clin d'oeil à Holger Hiller, beau complice du groupe et des lieux.

Flyer: aimablement offert par "Gérard et Gérard", coiffeurs intemporels, fervents initiateurs (salon itinérant ;-)

dimanche, 01 juin 2014

H/ombres

Il faut parler de la création comme traçant son chemin entre des impossibilités... C’est Kafka qui expliquait l’impossibilité pour un écrivain juif de parler allemand, l’impossibilité de parler tchèque, l’impossibilité de ne pas parler. Pierre Perrault retrouve le problème : impossibilité de ne pas parler, de parler anglais, de parler français. La création se fait dans des goulots d’étranglement. Même dans une langue donnée, même en français par exemple, une nouvelle syntaxe est une langue étrangère dans la langue. Si un créateur n’est pas pris à la gorge par un ensemble d’impossibilités, ce n’est pas un créateur.

(h)ombres,gilles deleuze,les intercesseurs,pourparlers,impossibilités,créer,murs,kafka,mc enroe,bergson virginia woolf,henry james,jean renoir,pessoa,corps,transmission,persévérance,expériences,résistances

Un créateur est quelqu’un qui crée ses propres impossibilités, et qui crée du possible en même temps. Comme Mac Enroe, c’est en se cognant la tête qu’on trouvera. Il faut limer le mur parce que, si l’on n’a pas un ensemble d’impossibilités, on n’aura pas cette ligne de fuite, cette sortie qui constitue la création, cette puissance du faux qui constitue la vérité. Il faut écrire liquide ou gazeux, justement parce que la perception et l’opinion ordinaires sont solides, géométriques. C’est ce que Bergson faisait pour la philosophie, Virginia Woolf ou James pour le roman, Renoir pour le cinéma (et le cinéma expérimental qui est allé très loin dans l’exploration des états de matière). Non pas du tout quitter la terre. Mais devenir d’autant plus terrestre qu’on invente des lois de liquide et de gaz dont la terre dépend.

Le style, alors, a besoin de beaucoup de silence et de travail pour faire un tourbillon sur place, puis s’élance comme une allumette que les enfants suivent dans l’eau du caniveau. Car certainement ce n’est pas en composant des mots, en combinant des phrases, en utilisant des idées qu’un style se fait. Il faut ouvrir les mots, fendre les choses, pour que se dégagent des vecteurs qui sont ceux de la terre. Tout écrivain, tout créateur est une ombre. Comment faire la biographie de Proust ou de Kafka ? Dès qu’on l’écrit, l’ombre est première par rapport au corps. La vérité c’est de la production d’existence. Ce n’est pas dans la tête, c’est quelque chose qui existe. L’écrivain envoie des corps réels. Dans le cas de Pessoa, ce sont des personnages imaginaires, imaginaires pas tellement, parce qu’il leur donne une écriture, une fonction. Mais il ne fait surtout pas, lui, ce que les personnages font. On ne peut pas aller loin dans la littérature avec le système "On a beaucoup vu, voyagé" où l’auteur fait d’abord les choses et relate ensuite. Le narcissisme des auteurs est odieux parce qu’il ne peut pas y avoir de narcissisme d’une ombre. Alors l’interview est finie. Ce qui est grave, ce n’est pas pour quelqu’un de traverser le désert, il en a l’âge et la patience, c’est pour les jeunes écrivains qui naissent dans le désert, parce qu’ils risquent de voir leur entreprise annulée avant même qu’elle ne se fasse. Et pourtant, et pourtant, il est impossible que ne naisse pas la nouvelle race d’écrivains qui sont déjà là pour des travaux et des styles.

GILLES DELEUZE : extr. "Les intercesseurs" in "Pourparlers", éditions de Minuit (1990/2003).

 

Photo : Tout ce qu'on imagine a des chance d'être faux, restent les feuilles volantes, qui ressemblent vues de loin à des jets de cailloux, ou de plumes, (va savoir !) c'est peut-être les deux, peut-être pas grand chose, qui retomberaient très lents sur d'autres vérités nuancées, comme le vent qui tourne, claque des portes ou les ouvre comme les mots cachés à l'intérieur, ou des mots qui se frottent à d’autres, ici, des bris, en apparence...

 

Ciel de Lyon © Frb 2012. Lyon.

samedi, 24 mai 2014

Coming from reality

Voilà que revenait la rage incontrôlée, la haine de soi déguisée en faute de quelqu’un d’autre.

TONI MORRISSON extr. de "Home", Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, éditions Christian Bourgois, 2012.

attaque.JPG

 

 

 

 

 

Indice : A tort et à travers. Un mur qui ne cesse de parler. A tant le questionner serions-nous sûrs, absolument sûrs, de saisir au plus prés ce que ces mots réellement dissimulent ?  

Photo prise à Villeurbanne, il y a quelques années devant une palissade cernant les ruines des bâtisses d'un quartier en démolition, (massacre urbain et toutes ses conséquences). Une intervention éphémère, militante, admirable tentée par un collectif (je ne sais son nom) de citoyens et d'artistes défendant les minorités (plus souvent silencieuses) et essayant d'agir contre toute forme de racisme y compris le racisme qu'on a parfois coutume de qualifier étrangement de "nouveaux" racismes voir de haine "ordinaire (?)"...

 

Street-Art © Frb (archives urbaines pas "ordinaires")

vendredi, 23 mai 2014

Métaphore filée

Tout ce que nous ne voyons pas est immense.

Rouletabille in "Le mystère de la chambre jaune" par G. LEROUX. 

neu.jpg

 

Adolphe essaie de cacher l'ennui que lui donne ce torrent de paroles, qui commence à moitié chemin de son domicile et qui ne trouve pas de mer où se jeter (*)

 

 

 

Nota (*) : extrait des "Petites misères de la vie conjugale" de Balzac.

 

Photo: Tout est .  

 

Aux champs © Frb 2013