mardi, 04 mars 2014

Les errances du modèle (III)

Il est des êtres qui cultivent une apparente difficulté de vivre à seule fin de se croire supérieurs à ceux que ces tourments épargnent. Mais pourquoi celui qui souffre et cherche, devrait-il s’estimer supérieur à celui qui ni ne souffre, ni ne cherche ? Face à la vie, nous sommes tous des infirmes, et nul n’est fondé à se croire supérieur ou inférieur à quiconque.

CHARLES JULIET extrait "Ténèbres en terre froide"Journal tome I, (1957-1964), éditions POL 2000.

ho seul vitre.jpg

Je voyage dans tous les pays, et j’ai les nerfs à vif, pris de géographies qui sont toutes des espaces sentimentaux pour moi, c’est usant à présent, je voudrais rester là, le temps qu’il faudrait vivre, refaire une vie autre, toujours au même endroit, afin de mieux connaître ceux qui m’ont rencontré que j’ai dû oublier pour construire mon royaume.

Au fil du temps j’ai vu que je ne connaissais rien, ni mon père, ni ma mère, ni les songes des miens, je me croyais porté par eux, floué parfois, si souvent plus malin que les autres, mais c’est une illusion due à ma négligence de prétendre que les autres ont perdu la mémoire, que la mienne est intacte

J’avais le feu au cul, et toujours en partance, je voulais m’éveiller faire le tour de la terre comme s’il s’agissait de se multiplier, j’ai gardé les billets de train dans mes petites affaires, c’est une peau de romance poinçonnée en vitesse, mais en réalité je ne suis jamais allé bien plus loin que Coutances ;

là où finit mon pas.

Quand je reviens chez nous, tout me semble réduit aux mauvaises raisons qui m’avaient fait partir, je les retrouve entières, elles m’attendent au tournant, je pourrais fuir encore, j’ai allumé des feux que je ne peux plus éteindre dont les braises mourantes m’asphyxient peu à peu.

Je croise virtuellement des gens qui m’interrogent, je ne sais quoi leur répondre, je triche et je m’invente quantité de personnes qui croyaient être moi, m’ont trahi peu à peu, je porte leurs habits au pressing, je me noie dans l'étoffe, elle me va comme un gant, je vous vois en dedans ce corps qui se repose ou engendré de monstres sous ces masques enveloppés de résine, je remue un amas ; je crois entendre le rire du monstre qui me déprend, il voulait revêtir les précieux ornements inspirés de ces vies qui ne m’appartiennent pas.

Rien d’étonnant chez moi, que des petits voyages, où je semblais armé, j’avais fait ma fortune à capter des cobras et revendre à des gens des portes et des fenêtres ouvertes où s’engouffrait le vent, un grand mistral mais c’est la tramontane j’ai oublié les noms je les confonds encore.

J’avais fait ma fortune en bradant ces fenêtres et ces portes pour me rendre au final à l’idée de revendre le vent qui venait de Saturne, c’est drôle de voir des gens acheter n’importe quoi, pour peu que l’emballage soit plaisant ou soigné. J’enveloppais des bouts de vent dans du papier journal puis je me consacrais à des collections rares de coquillages géants en forme d’escaliers dont je faisais des bracelets et des boucles dorées qui collaient aux oreilles, après quoi, la breloque semblait un don des dieux.

J’offrais tout, je soldais le dernier cri du monde, un cri éblouissant, les vagues de l’océan, l’air iodé, la tiédeur, la grève, les aromates, ça faisait un malheur. J'éditais des plaquettes de poésie flottante, comme des mots embaumés à la graisse de baleine et tant que ça flottait, le monde était content.

Toutes mes vies insouciantes finissaient en dérives, j’abordais les pagodes où de vieilles madones qui songeaient pour de rire peut-être à m’adorer, emballées du projet de mon fantômatisme, doucement commençaient à poser sur mon seuil, les cadavres que j’avais oublié d’engloutir.

J’avais beau les jeter à mon chien, un bâtard lunatique aux allures d’ours brun, il me refusait tout et ne daignait goûter cette nourriture puante qui portait au dedans mes empreintes digitales.

Avais-je tué des gens pendant un long sommeil ? Oui, sans doute, mal tué, car je faisais tout mal. Même en vrai, même en rêve, ainsi revenaient-ils pour que je les achève ? Ce sont des âmes qui errent dans ma tête, dit mon chien et mon chien ne voit rien. Et mon chien ne veut pas finir le sale travail.

Certains jours il me parle, il me demande à boire, ne boit que dans ces mares que l’on frappe au champagne, il devient exigeant et je frappe tout liquide et il boit mes paroles et je suis fier de ça.

C’est dans les reflets vifs de ses yeux irisés que je puisse mon entrain, l’espèce d’humanité animale qu'il me faudra pour vivre et vous paraître humain. Avec lui, je suis moi, pas comme avec ces gens qui me posent des questions sur mon poids sur ma taille, et les autres qui recherchent le bureau du service après-vente des magasins du vent, veulent me faire des procès ; ils me feraient crever à force de se plaindre. Les gens se plaignent tout le temps. A présent ils voudraient que je rembourse le vent, moi, qui ai marchandé sous prétexte... je ne sais plus quels prétextes ils inventent, les gens sont décevants.

J’aimerais devenir moine, vivre dans un capuchon avec ma tête ovale, et prier sous des voûtes, finir vouté comme toi qui laçais tes souliers pour grimper la montagne et te coinças le dos, quand t’accrochant à moi, tu arrachas le masque, on t'a vu effrayé de ne pas y découvrir la personnalité dont tu avais cherché précisément l'image...

Pourtant j’ai de la tenue, mon sourire est plaisant, j’ai les yeux qui s’éclairent dès que revient la nuit, et toi tu voudrais voir dans mes yeux le soleil briller avec les autres, tu voudrais m'emmener dans tous les cinémas regarder les chefs-d’oeuvres que la vie n’offre pas, tu voudrais que j’abandonne mon chien pour être à toi, il resterait tout seul comme les vieux chiens qui errent, là-bas dans les ruelles, je ne peux supporter ça, plutôt te plaquer là. Je suis vieux, j’ai cent ans de projets à bâtir.

Que fera-t-on de moi quand je n’aurai plus le temps de voyager si seul vers ces pays joyeux où je ramènerai sous mes pas tout le vent ? Le vent que je remue qui me fait exister et que je fourgue aux nues comme une panacée.

Quand ma cupidité ne me pousse pas à tout vendre, alors que moi, entier, je me donne gratuitement, je donnerai ma chemise pour une heure de ton art, je donnerai mon enfant pour effacer ton ombre, à gouter assis là, sur un rocher croulant les joies d’un autre temps, je braderai la fille qui me donna son âme pour connaître la paix, un jour m’emmènera au marché des esclaves, où je fouetterai le vent, je montrerai à ceux qui voulaient marchander qui est le maître ici.

A part ça je ne fais rien. Rien de rien. Les jours passent. La poésie m’ennuie et je remplis ma vie à écrire des histoires dont on n’a rien à faire. Elles n’iront pas plus loin que le pas retenu dans la gorge qui remue son refrain et se chante comme une ronde qui se danse également sous le soleil couchant, guettant la voix de l’aube

“un beau jour, tu verras, un beau jour, j’irai loin”.

 

 

 

   

Photo : Voyageur immobile aperçu dans la nuit devant la vitrine du printemps.

 

Lyon Presqu'île : © Frb 2014.

jeudi, 16 janvier 2014

La vie en rouge

Sous les ifs noirs qui les abritent, 

Les hiboux se tiennent rangés, 

Ainsi que des dieux étrangers, 

Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

 

CHARLES BAUDELAIREextr. LXVII; "Les Hiboux"in "Les fleurs du mal", éditions poésie Gallimard, 2005.

 

red onkllllkkmllkkzzoolpml.jpgred nlmllzzoop.jpgred nlllkmllkzzoolpml.jpgred onlllkmllkkzzoolpml.jpgla vie en rouge,ville,lyon,rouge,rond,villeurbanne,feux rouges,signalétique,bicyclette,impromptu,errance,art contemporain sauvage,baudelaire,hiboux,ville à vélo,couleurs,nids perliens,dilettante,analogies,dérives,les fleurs du mal,rues,damon albarn
la vie en rouge,ville,lyon,rouge,rond,villeurbanne,feux rouges,signalétique,bicyclette,impromptu,errance,art contemporain sauvage,baudelaire,hiboux,ville à vélo,couleurs,nids perliens,dilettante,analogies,dérives,les fleurs du mal,rues,damon albarnla vie en rouge,ville,lyon,rouge,rond,villeurbanne,feux rouges,signalétique,bicyclette,impromptu,errance,art contemporain sauvage,baudelaire,hiboux,ville à vélo,couleurs,nids perliens,dilettante,analogies,dérives,les fleurs du mal,rues,damon albarn
red nlllkmllkkzzoolpml.jpg
red nlmllkzzoopl.jpgred nlmllkzzoop.jpg

 

 

 

 

 

Photos : L'oeil rond et rouge du hibou est partout, qui engendra synchro un assistant à notre image, ils mettent au pli une ville entière, preuve par un petit "monde" d'images ; bon, ce n'est pas la traversée de Paris avec un jambon mais tout aussi périlleuse, s'avère la traversée de Lyon à vélo (puisqu'on dit "à vélo" et non "en vélo"), par les rues de Loyasse à Cusset, avec mon hibou, (et l'autre avorton), embarqués sur le porte-bagage (hors champ), ce qui est un exploit, car sur mon antique engin pécho dans la succursale futuriste de l'Abbé Pierre d'un modèle un peu cross-vintage 1979 ap. JC, (pas la succursale !) le vélo, est dépouvu de porte-bagage, mais ce n'est pas bien grave puisque c'est là, précisément que ça devient de l'art, du Raid(e)-Art, moderne, à l'aise dans son époque, (quoique...) et, par cette tentative de dépassement des limites, je me suis amusée à placer mon hibou à l'oeil rouge (et son malicieux complice) dans différents endroits de la ville, pour voir si par hasard ...

enfin, bref, c'est de l'art contemporain sauvage dont moi même j'aurais peine à déchiffrer le concept, je vous laisse donc vous l'expliquer à ma place...

A noter que si vous souhaitez visiter des bouts de la ville plus en détail, il suffit d'appuyer bien fort sur chaque image, en attendant le nouvel an chinois, (bricolé selon l'horloge artisanale de certains jours), vous pouvez aussi remonter le temps à l'époque où nous vivions dans un univers enchanté d'une naïveté hélas corrompute, où les feux (donc les gens)  étaient multicolores, et la ville un terrain de jeux épatant.

De l'utile : pour qui n'a pas peur du rouge, (je vous la remets), et des rues chaotiques de nos cités géantes, je joins un petit nécessaire, convivial et bien fait, qui peut se consulter ICI avec les voeux et de multiples informations précieuses.

 

Lyon/ Villeurbanne vus par © Frb 2014. 

samedi, 30 novembre 2013

Au-delà

Vous êtes ici,

Et je suis

Rue Roussy.

IMG_0234_Fotor.jpg













Amants qui n’êtes qu’à vous-mêmes, aux rues, aux bois et à la poésie ; couple aux prises avec tout le risque, dans l’absence, dans le retour, mais aussi dans le temps brutal ; dans ce poème il n’est question que de vous. 


 

 

 

Photo : on croit devoir commencer par l'odorat, impossible à traduire, on se brûle à vouloir être de (dans ?) son temps en lieux, contrepoint, coloriages, déplacements, repérage, et correspondances... une simple carte postale à propos, craquant le poil sur la ferraille, inventerait-elle une étincelle pour embraser le rude hiver ? Sogr pensus...

 

 

 

Lyon, colline, © Frb 2013.

mardi, 26 mars 2013

Le voyage approximatif

Le train dévore toutes choses visibles, agite toutes choses mentales, attaque brutalement de sa masse la figure de ce monde, envoie au diable buissons, maisons, provinces ; couche les arbres, perceles arches, expédie les poteaux, rabat rudement après soi toutes les lignes qu'il traverse, canaux, sillons, chemins ; il change les ponts en tonnerres, les vaches en projectiles et la structure caillouteuse de sa voie en un tapis de trajectoires.

PAUL VALERY : extr. de "Le retour de Hollande ; Descartes et Rembrandt, édition Pagine d'Arte, coll. Ciel Vague, 2012.                                    

corail SCF3036.jpg

 

Comme avant un festin, en force esprit, durée, suffisant à soi-même, on se grise d’un retour dans un style d’aquarium lassé de son corail.

Une vitre à travers ausculte un métronome, à son rythme occupé, les pas pris dans les neiges si près d’être sauvés, des mots de feu retiennent.

Une histoire s’empanache suce des proies sucrées. On cherche l’alvéole, deux minutes en pare-chocs, une vie de marche à pieds. 

Comme après un festin le ciel mène à son train, des préludes à Chamelet.

Tangos, valses, chaconnes, des carrières de gore ouvrent une voie givrée.

Le train stoppe en vallée poinçonnant sa madone lui délivre son quai. L’ivraie échappe au grain. Tous les chemins étonnent.

Revoilà l’homme du train et sa prune étoilée de calices et de gommes.

Comme avant le festin sous une fine neige tenant à presque rien par un canal abstrait, on sort de l’aquarium.

Le malin nous dégomme en courbes buisantines. L’embrassage épineux crisse sur les graviers, on déploie des regrets.

Plumes ont divergé. La sève fond sous l'écorce.

Comme avant le festin, des poissons hérissées s'embarquettent à Saint Point. On sait qu’il va tomber une pluie sur Cours la Ville. Dième ouvre sa forêt. On s'emmerde à Mardore.

Dieu ! qu’un mauvais virage nous gèle dans son horloge qui ne tient à demeure.

Le chien dîne à vingt heures. Esprit, durée, saveur suffiront à soi-même.

Un objet flambant neuf dans son polystyrène attend l'anniversaire - banc vide à St Germain - le printemps va sans coeur et les préliminaires redeviennent blancs comme neige.

 

 

 

 

Photo : On se taille en Corail. (la preuve est sous l'image).

 

Lyon-Perrache © Frb 2013.

samedi, 02 février 2013

Page 88

La séparation apparaît tellement fatale qu'il est doux de gagner quelques heures et n'importe quelle histoire, si vous y songez bien, n'est jamais qu'une histoire de gens qui s'entretiennent, se querellent ou se saluent longuement pour prolonger leur réunion sur une terre où tout semble passager et où tout s'enfuit au fond du temps.

André DHÔTEL : extr. "Le pays où l'on n'arrive jamais", éditions Pierre Horay 2005 (Prix fémina 1955), (également disponible dans la prestigieuse collection de la bibliothèque verte)

le pays où l'on n'arrive jamais,andré dhôtel,lire,bibliothèque,variation sur thème,assemblages,pays,pérégrinations,fantaisie,étrangeté,le manoir,les pages,effeuiller,imagination,passages,séparation,réunion,réalité,rêverie



Ainsi la dame de la maison d'à côté est venue nous dire que son tuyau d'évacuation des eaux et forêts était à nouveau gelé. Nous avons répondu que cela attendrait demain ou plus tard, ça prendrait le temps que ça prendrait. Nous étions occupés: nous lisions.

Ainsi ses yeux se sont mis à loucher, sans doute à cause d'une grande colère qu'elle n'osait pas manifester. Il est vrai que nous n'aimions guère être dérangés quand nous lisions. Face à notre morne accueil, la dame s'effondra un instant dans notre canapé et s'endormit d'un sommeil très profond.

Ainsi, son sommeil avait réanimé le corps d'un homme qu'elle avait follement aimé. Nous n'en fûmes même pas informés. Nous l'entendîmes bredouiller lorsqu'elle ouvrit les yeux, étonnée de se trouver chez nous, qu'elle ne savait pas exactement combien de jours ou d'années elle avait somnolé. Nous l'avions d'autrepart un peu oubliée.

Ca nous faisait réfléchir, nous n'avions pas regardé l'heure précise au moment où ses yeux avaient louché. Elle prétendit avoir voyagé en carriole ensuite en bateau dans un drôle de pays qu'elle avait traversé durant plusieurs années. Ce temps selon elle, lui semblait une éternité qui sans doute s'attardait encore. D'ici nous aurions juré qu'il s'était écoulé entre un quart d'heure et une heure environ, pas davantage mais nos dires n'en pourraient rien prouver.

La femme se remit à parler en faisant de grands gestes avec ses mains et nous regardions à mesure ses mains devenir plus nombreuses, autant de mains, de doigts et d'agileté pour peler en quelques minutes toutes les pommes des pommiers qui avaient poussé dans notre maison. Je ne sais pourquoi nous dispersions encore des minutes très précieuses à seulement écouter ce récit insensé où nous aurions dû urgemment être occupés à autre chose, c'était là, notre intime conviction.

Ainsi nous n'aurions pu imaginer que cette histoire fût véridique. Nous avions l'âge où tout homme entend bien faire la différence entre sa propre réalité et la fiction des autres, nous étions des êtres responsables, tellement sûrs de nos impressions, que la femme dût se débattre des heures et des heures à nous faire la conversation avec autant de mains que de paroles, à propos d'une simple illusion, qui ne réunirait aucune preuve tangible de part et d'autre.

Ce serait pure folie à nos yeux, de croire à des contes étrangers, tandis que le soir tomberait on dirait - "il fait nuit" comme chaque jour, (déjà là, il y a semble t-il une sorte de hiatus) comme chacun sûr de lui le dirait à un autre ou le penserait, s'empêchant d'émettre à voix haute le mal que ça lui ferait s'il s'arrêtait pour douter que le temps aille toujours tel qu'il le perçoit. Sûr que rien ne le trompe, que la nuit est faite pour dormir, que chacun partout réalise cela comme une sorte d'évidence, il s'en remettrait au silence comme à toute forme de lâcheté voilée par un langage semblant quelquefois onéreux. 

Ainsi ce serait comme si la nuit fût à présent mêlée au jour engendrant l'intuition que le noir et le bleu célestes pouvaient devenir extrêmement proches mais aussi extrêmement éloignés dans la profondeur d'un autre univers dont personne ne nous avait jamais parlé.

Ainsi nous serions persuadés que ces vagues incohérences venaient de notre encens qui diffusait des fumées si étranges que peut-être les indiens qui nous l'avaient donné glissaient dans la fabrication quelques substances susceptibles de nous faire perdre la raison.

Ainsi quand nous voulûmes raccompagner notre voisine à sa maison, nous ne pûmes la retrouver, ni reconnaître notre maison, constatant que nous y étions seuls, nous invoquâmes le mauvais oeil, ça nous laissait en proie à de drôles de visions provoquant en chaîne des malheurs que nous redoutions de voir revenir.

Ainsi, au milieu des champs il flottait un parfum majestueux, et devant la loyauté de la nature tout semblait éveiller en nous cette prescience même si nous ne fûmes pas très curieux de savoir d'où partaient ces halos de brume mêlée à la poussière qui flottait jusqu'à la rivière. Nous étions tellement sûrs qu'il ne s'agissait pas d'un rêve et que nous abordions enfin, pour de vrai, une raison qui valait que tout homme se donnât un peu la peine de patienter, même si le verbe patienter, n'est plus aujourd'hui que d'un mode singulier.

Ainsi nous croisâmes des bateaux qui dérivaient sur la rivière et la dame qui s'était assoupie chez nous faisait des signes de si loin que nous ne savions pas, s'il s'agissait réellement de notre voisine ou de sa descendance mais grâce à ses nombreuses mains qui flottaient dans le vent, nous pûmes la reconnaitre,  En comptant à mesure, les mains qui étaient plus nombreuses que ses doigts, cela correspondait au nombre précis des pages de nos livres rangés par ordre chronologique sur les rayonnages du salon à présent dispersés. Nous avions végété souvent devant ces rayonnages sans savoir qu'entre les pages, des gens (dont nous lisions de temps de temps les aventures), y logeaient véritablement.

Ainsi, parce que nos rayonnages étaient convoités dans toute la région, notre maison avait attiré l'attention de tous ces héros invisibles, irradiant mine de rien notre esprit sans nous demander la permission.

Ainsi, au lieu de nous en émerveiller nous nous sentîmes floués comme si ces gens avaient désiré nous voler quelque chose ou sûrement parce qu'ils mettaient du désordre, là où nous préférions que tout fût parfaitement rangé, par exemple quand notre salon se recouvrit de plumes, ce fût encore à nous de nettoyer sous les brindilles les oiseaux tombés des arbres fruitiers ils béquettaient sur notre parquet, déplaçaient nos pupitres, dégradaient nos plafonds pour voltiger dans le champ d'à côté, tout devint sans dessus dessous et nous ne pûmes bientôt plus distinguer quoi du champ quoi de notre maison faisait la différence entre ce qui était à nous, à personne, à tout le monde.

Heureusement, prévoyants par nature, nous avions gardé l'acte de propriété de notre maison, en cas d'ennui ou de litige, mais plus nous tenions à serrer cette petite réalité avec notre chair vive, plus cette petite réalité semblait nous échapper.

Au bout d'un certain temps nous ne pûmes dire vraiment où était la maison, nous vîmes juste une vieillarde qui riait sur la rive serrant son amant retrouvé, dont elle caressait l'uniforme avec ses nombreuses mains. Ca semblait difficile à imaginer, une telle vérité entre mille ne vaut sans doute pas d'être notée.

Ce que nous observions, ne correspondait pas à l'idée que nous nous en faisions à l'origine, nos prévisions devenues inapplicables, limitaient du même coup, notre champ d'action, une réflexion devenue inutile en toutes circonstances, nous permettrait-t-elle de tenir dans les jours à venir ? Nous nous posions beaucoup de questions surtout d'ordre personnel, mine de rien pragmatiques. Pourrions-nous simplement survivre à ce désordre immobilier ou peut-être spirituel si personne n'accordait crédit à notre interprétation ? S'il ne restait personne pour reconnaître que cette interprétation était une des réalités probables prouvant foi, innocence, en notre langage, il ne resterait plus personne qui pourrait à présent s'adresser à nous sans douter de notre parole.

Ainsi nous avons dû lutter affreusement contre nous mêmes, un corps dilaté dans l'espace contenant d'autres corps nous lardait de questions. Des gens, informés par des voisins qui regardaient la scène de loin, déclarèrent qu'il n'y avait pas de feu sans fumée, et comme nous restions devant eux à nous taire, ils se mirent en colère, enfin le peu qu'ils attendaient de nos explications était si décevant, qu'ils se dirent qu'il y avait anguille sous roche ou peut-être un abus d'alcool mais quand ils virent autour tout ce désordre, ils nous sommèrent de faire des travaux de remise aux normes sous peine d'amende. Nous ne pouvions même plus vivre à notre façon, mais toujours dans le bon sens des autres et comme toujours nous nous demandions pourquoi il fallait que nous nous exécutassions de la sorte.

Ainsi, il était temps de reprendre le cours ordinaire et d'appeler immédiatement un entrepreneur de la compagnie des eaux et forêts afin de changer ces canalisations, et pourquoi pas lui demander de vérifier les digues que nous avions commencé à construire cet été sur la rivière, barrages en allumettes contre le vent d'été. Nous savions déjà ce que ça ferait: Un gars viendrait en salopette il nous dirait qu'en cas de gel, dès le prochain hiver il faudrait cimenter.

C'était là l'occasion d'oser demander un devis, mais il reste difficile de trouver un bon artisan disponible en hiver. Nous pourrions bien crier là, au milieu des champs, maudire notre aventure, nous avions manqué de précaution, mais cette fois nous reconnaissions notre insouciance et ça nous servirait de leçon. Il faudrait reprendre le taureau par les cornes afin que toute chose rentre dans l'ordre et ensuite nous pourrions à nouveau relier ces feuilles volantes à la collection Rouge et Or.

Ainsi nous partîmes à travers champs, à la recherche de notre mobilier qui flottait dans la brume, le canapé c'était un point de repère, pour arriver à localiser le petit meuble où nous avions posé le livre des pages jaunes avec le numéro de l'entrepreneur, juste en dessous du téléphone, il fallait ordonner au plus vite à cause de cette vieille dame qui ne nous quittait pas des yeux et recommençait à loucher, nous avions peur qu'elle se rendorme, ce qui était difficile à évaluer puisque la nuit au jour mêlée, empêchait la logique de structurer notre pensée.

Ainsi notre bonne volonté s'en fût peu à peu désarmée de s'éprouver sans prise avec aucune sorte de réalité. Pas même un fragment de ce rêve ou de son souvenir ne désembrouillerait cette pelote où le temps des autres qui s'accélérait semblait figer le notre. Surtout quand nous regardions la rivière avec ses bateaux qui paraissaient revenir d'un royaume dont nous avions parlé souvent après avoir lu des histoires de fantômes et de revenants.

Nous redoutions que les bateaux ne ramènent ici nos ancêtres qui rajeuniraient et revenus plus jeunes que nous, reprendraient notre habitation à un point du temps si confus, que nous pourrions nous demander si au fond ce n'était pas nous qui avions somnolé longtemps dans le canapé de notre voisine puis étions morts de mort naturelle (c'est une des hypothèses) ou dans des circonstances encore mystérieuses que les médecins jugeraient si suspectes, qu'ils feraient venir des experts contre des sommes exorbitantes pour un résultat pire qu'absurde.

Ainsi par un plus grand hasard, je ne sais si c'est un peu plus tôt ou au contraire beaucoup plus tard, nous vîmes revenir notre voisine, riant de toutes ses dents, avec ses joues plus rouges que des pommes, presque un visage d'enfant qui claironnait: - je vous ai bien eus ! et tôt revenue étreindre son amant retrouvé avec ses nombreux bras, tous deux s'endormiraient longtemps.

Epilogue: 

Ils sont enlacés pour l'instant dans notre canapé revenu à sa place, avec les autres meubles. Ils dorment, on ne sait trop comment, pendant que nous attendons la camionnette de l'entreprise des eaux et forêts qui ne devrait plus tarder à cette heure.

Notre canapé n'a rien voulu nous dire, et s'il sait quelque chose il ne souhaite faire aucune déclaration qui pourrait apporter un éclairage aux investigations qui vont suivre. J'ai oublié de préciser qu'entretemps notre canapé s'était mis à parler, c'est un point de détail, vous me direz "embarassant", détrompez vous, il n'est pas si étrange disons que c'est presque une chance (pour vous lecteurs, précisément) que notre canapé soit du genre peu bavard mais ça peut perturber l'homme qui n'est pas habitué à voir ses objets lui parler, bien qu'on s'habitue à tout et cela à terme devient aussi normal que nos tapis roulants ou nos chaises à trois pieds.

Je vous épargne le récit de la suite un peu embrouillée où notre ameublement faillit se perdre à travers champs, il fallût attendre au moins jusqu'à la page 88, pour voir apparaître les premiers bourgeons du printemps même s'il était écrit que nous étions en plein hiver cela ne nous empêchait pas d'entendre germer sous la terre des grains de blé dont on ferait les beaux livres avec de la farine du pays où l'on n'arrive jamais.

 

 

 

 

 Photos : Une vue très fragmentaire du pays où l'on n'arrive jamais.

 
 
 
Nabirosina © Frb 2013.

mercredi, 16 janvier 2013

Tronche de neige vue par HK/RL

Allez zyoup faisons trembler la tronche de neige !

HK/RL : extr. de "tout un tremblement", éditions des Fondus de Manège, 2013.

 

tronche de neige vue par hkrl,interlude,neige,un léger tremblement,vent,vagues,art contemporain sauvage,hiver,tapis rouge,hozan kebo,roger lahu,sports d'hiver,rire et sourire,bricolages,papotages,enfances

 

 

tronche de neige vue par hkrl,interlude,neige,un léger tremblement,vent,vagues,art contemporain sauvage,hiver,tapis rouge,hozan kebo,roger lahu,sports d'hiver,rire et sourire,bricolages,papotages,enfancestronche de neige vue par hkrl,interlude,neige,un léger tremblement,vent,vagues,art contemporain sauvage,hiver,tapis rouge,hozan kebo,roger lahu,sports d'hiver,rire et sourire,bricolages,papotages,enfances 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

  

 

 

  

Montage : Les correspondances derviches (for myope's people only).

 

© HK/RL 2013. Production le Marc® (Mouvement d'Art Rural Contemporain®)

mardi, 01 janvier 2013

Arrive que pyante !

Y z'y a eun'an, tot l'monde d'jot qu'2012 s'rot pas terrible mais qu'y irot mieux en 2013. A çt'heure nos entend dère qu'y s'rot putôt en 2014 et encore, qu'y pourrot s''arrandzi. Y m'fait penser à la Mère Martin qu'fayot avancer sa bourrique en li pendant eune carotte d'vant le nez. Mais la pourre bête arrivot dzamais à la rattraper... Dze crais qu'si nos arrivains à faire ç't'année tot c'que nos ans pas pu faire l'an passé, y s'rot dj'à bié.

Extr . des Libres propos du PERE MATHURIN, extr entretien in "La renaissance" hebdomadaire régional N° du 4 Janvier 2013, n°4062 (1,50 euros seulement, à la maison de la presse de votre bourg)

 fêtes.jpg

 

Nota primau :D'zai mis le tçépiau à pieume et les sabots d'zai fait un pt'chet discours en patois tçarolais "ordinaire" par la voix du père Mathurin, comme nos dit audzord d'audzord'heu,  p'amusé l'monde y p'faire le pendant au biogue du Drolan mieux connu sous la pieume de Solko, que fait des voeux du tonnerre en patois lyonnais et tot le monde z'ya le droit d'y lire, tant que c'est à l'oeil tot le monde peut y faire en y cliquant dans le bitonio (qu'éto un mot pas de souche patoise ni tçarolaise ni lyonnaise mais que s'adresse au monde qui sait causer dans les gougueilles ou qu'y z'y touitau ou les amis qui vont dans la tête de bique comme les gognants du tsarmillon s'en vont le mardi au marché de la queue rousse.

Le lien qu'étau par dessous faut appuyer dessus un chti coup avec vot' manivelle ou le traque-pattes et :"qui l'aura beau le montrera".


 http://solko.hautetfort.com/archive/2012/12/31/qui-l-aura...

 

Nota deuziau: si z'y en a un bon tas qu'mant fait savoir qu'z'y étaint pas bin contents, ou se faison du souci dipeu la fin l'andouze pis l'début de l'antraise où d'zai trainiaudé d'zai dit y'a pas mal d'années qu'ici y'étot que du tç'antier et de la trainiauderie, rin d'autre, y'étot pas autrement dze dis ç'que d'zvoux quand d'zen ai envie y sera pareil à l'antraise mais si un dzeu d'zarrive à êt' moins faignante d'ze ferai t'sonner la cloche, mais d'zm'ai dit qu'au pouyot y faire bié d'boulot d'pu que la bête arrivot dzamais à rattraper ct'engin d'malheur qu'a tchu, et que marchot moins bien que ma bourrique. Mais y m'fait todzos piaisi à y causer aux feunnes et aux gars, à tot l' monde qui irot farfouiller sur ctu biogue depuis un bon moment y'm fait piasi d'autant que si z'y farfouillon pas, n 'y aurait pu rin du tout.

Tant qu'on peut y faire à not' guise qu'on nous donne pas des coups de triques, srot djà bié, mais ct'antraise nos se laisseron pas martsi sur les pieds, srot pas plus mal ainsi.

à toutes et toutes j'y t'chouette 

Bonne Année de l'antraise (et surtout la chantée)

(et n'allez confondre les beaux voeux avec les beaux viaux, même si l'viau doux est toujours d'bout) (j'y r'note un aut'coup, ça veut rin dire c'est juste pour faire une fantaisie) 

Notatreziau : J'ajoute en français (ctu coussi) que si le patois tç'arolais du Père Mathurin est d'un patois "ordinaire" très correct le mien est approximativement bricolé, m'en excuse auprès des puristes, il faut bin faire des erreurs avant d'être parfait a dit le gars qui a construit le bacarouler du côté de Vendenesse, comme c'est pas si facile d'y faire tout rentrer d'un coup dans le serre-veau, je vous laisse ci-dessous le lien d'un site remarquable et bien fait, consacré entièrement au patois charolais (qui n'est ni d'oc ni d'oïl ni tout à fait arpitan :) allez z'y, si le patois charolais vous intéresse, vous entrerez dans un atelier de recherche linguistique très sérieux et aussi foisonnant, après quoi personne n'osera faire trop le malin à ricaner des gars qui causent encore en patois par nos ch'mins

 

 http://www.patois-charolais.fr/

 

Autres liens (et ouvrage testé et vivement recommandé par la maison) pour les passionnés du langage (et de la parole) et pour les autres aussi:

 

http://www.publibook.com/librairie/livre-universitaire.ph...

http://aune.lpl.univ-aix.fr/lpl/personnel/rossi/marioross...

 

Traduction du titre : "Arrive que Pyante" signifie "advienne que pourra", (sous entendu: peu importe ce qui en résultera). ex : "Faut pas s'laissi aller à l'arrive que pyante".

photo: Y'a des quoues d'vatses dans l'cié, i va pyoure d'ici deux dzos.  (Il y a des traînées nuageuses dans le ciel, il va pleuvoir dans les deux jours.). Saisie dans la rue principale du bourg boscomarien qui n'est pas exactement racholais mais nabirosinais faut quand même pas tout y confondre

Very special dedicace et autres précisions : Merci à celles et ceux qui ont participé durant l'andouze à ce blog, évident qu'ils seront bienvenus à l'antraise. Mes excuses assez plates aux amis, lecteurs et commentateurs auxquels je n'ai pu répondre dans un délai raisonnable à cause d'un beugue dans la boîte à maille qui dure depuis des mois, enfin une pensée pour mon ami Jacques qui pédale à cette heure quelque part entre les ch'mins du Sud et les brumes sournoises du Nabirosina. 

 

Bois Ste Marie © Frb 2013.

jeudi, 06 décembre 2012

Mordre au travers

J'appelle réel tout ce qui vient mordre.

VALERE NOVARINA

mordre au travers,a tribute to,valère novarina,manger,langue,bouches,langages,déplacement,théâtre,écriture,peinture,opéra,opérette,profusion,dévorations,bouffer,goûter,trous,ingestion,digestion,poésie,patois,béances,épuisement,inépuisables,chatoyances,humanités,chaos,vivre,parler,néologismes,borborygmes,langues de chat,de bois,mot,phrase,exultations,vases communicants,inanités,incommunicabilités,jouer,sang,chair,corps,langues,variation,offrandes,broder


Valère Novarina le dit et le répète: il faut manger le monde en le nommant entièrement.

Acheter et vendre, bouffer tout, manquer de tout, vomir partout.

Sans négliger ses collections réelles s'occuper sans retenue à recenser les phrases et l'improbable dévoration des mots. Pas de joie avec retenue. Novarina cède à toutes les tentations de lister, d'énumérer les choses et faire passer avec les plats leurs noms allant à l'infini, des oreilles à nos bouches relâcher la pression passionnelle du langage avec les vastes possibilités d'expressions, (dramatiques, musicales, phonétiques), les succulences et les dégoûts tramés ensemble, de la tragédie à la comédie en passant par la chanson réaliste, opéra/ opérette. Et peintures.

Des esquisses au fusain, à la mine de plomb, ces jets d'encre/ ces rejets, la profusion se lance, se suspend au dessus des conversations pour se balancer comme au cirque. L'écriture de Novarina est un corps acrobate fait de chair collective. Son acteur s'infligera l'impossible exercice de mémorisation pour nous faire partager le vertige d'un mot informulable. On suivra l'injonction d'une femme pantagonique menant l'homme d'outre-ça, loin de son réfectoire.

- Allons manger de l'homme hors de la langue des hommes !

Mordons en travers ça, pour ramener dans nos corps, la matière d'un langage exultant jusqu'au bord de ce vide qui nous fonde, nous permet de revivre. Et l'on s'en nourrira, mâchera, remâchera encore, comme toujours, ou comme d'autres avant nous se régalaient de la parole.

Novarina disséque la viande cachée dans le babil, se régale des caquettages courant sur la matière du monde, un dépli revèle au grand jour le mouvement d'une mécanique increvable. La langue s'en déconcerte, revient au naturel et c'est une évidence d'en goûter les ingrédients. On croyait que cette chose ne traînait pas dans nos placards, elle nous surprend subitement à en admettre la familiarité; ou bien gênés par cette collision, nous réfuterons encore qu'il est inconcevable d'aller toucher la chair du mot parce qu'il est impossible d'en saisir toutes les intentions, tant le festin panique, pourrait confondre sitôt un homme avec un autre et nous mettre en contact avec la cuisine cannibale ; nous forcer à faire face à cet ogre singulier qui mange à notre table, pinaille, ingère, recrache ouvre sa bouche énorme, sort sa voix faite de creux, d'intervalles, d'accumulations, ressassements, expansions, furies, places fortes, rancoeurs, réclames, vengeances, exaucements, liste de commissions ... un ensemble pareil au notre.

Cela devient une béance qu'il faut combler coûte que coûte et jusqu'au prochain vide, l'auteur s'y greffe pour offrir le néologisme qui tient le fil jusqu'à la bonne chanson. Tout peut se manger sur l'instant. Ca ne suffira pas ce langage qui lustre nos "civilités et "sent la mort", dit encore l'écrivain. On le tait, on le sait, qu'il sépare les corps, nous éloigne de cette exultation primitive, nécessaire, où l'informe doit pourtant retrouver sa part, admettre qu'il faut bien se nourrir tout d'abord d'un chaos:

L'homme doit manger [...] pour renaître au bout des épuisements. 

Tout est vrai chez Novarina. Les noms d'oiseaux, les cailloux, la pastonade, les farcements...  Tout reprend l'accent d'origine. Tout est brut autant vrai que l'auteur n'aime pas la soupe aux petits pois et déplorera que ses acteurs mangent du cassoulet à Toulouse. On a lu souvent, comme Dubuffet ou Chaissac qui avaient inventé l'art brut, (voir pdf : ICI), que Novarina avait lui-même inventé la langue brut(e), déjouant les pièges des manuels et autres grammaires pointilleuses qui privent la parole en rectifiant les plats. Le livre des cuisines de Novarina épuise tout, pourtant ne s'épuise pas; sa langue verse en dehors des niches, d'abondantes gamelles :

bobelet, changeoize, galgat, roquette, fourque et barny [...]  Mangez jusqu’à ce que la vérité nous en sorte !

A chaque passage de plat, on permet la parole, disputes et balivernes, et les chansons encore...

Autant "Vous qui habitez le temps" semblait accessible sans qu'on craigne de s'y faire avaler tout cru, autant "l'avant dernier des hommes" nous fit tomber de cette lune, désarmés ré-armés tout dépend, s'il nous plaît que cette folie nous soit naturelle, comme celle du langage de l'enfant qui grandit et retient à mesure le son des borborygmes, renonçant pour grandir à ses aventures langagières. Ou comme le vieux de la montagne, patoisant, soliloquait sur son brouet pour en délivrer la culture, tandis qu'une autre, s'essouflait pantelante:

Et la surlainde du surlendeminiandre de ce jurdain jour J tout blanc, ije, "vécue victice et succédante à mon jour, me dit-elle...

"l'avant dernier des hommes" étira les mots comme l'enfant étire le monde à sa façon. Cet avant-dernier ogre donnait une autre chance à l'idiot qui bavait un peu, puis rampant, s'en allait de moins en moins sûr causer sur quelque marge molle. Enfin las, dût réduire sa parole sa joie, d'y dévorer les sons et relisant Valère pouvait se projeter à nouveau dans toutes formes de prononciation et même la phonétique informe lui semblait ordonner le monde.

Novarina qui paraissait désarticuler notre langue (et la sienne du hongrois au patois savoyard, un exemple parmi d'autres) réarticula au contraire l'objet profond de notre quête et notre langue fût tirée des affaires par une ligne de fuite salvatrice. A présent la bouche mord en travers et sait que la poutre maîtresse est fragile nous laissant goûter le sucre et le sel au grand air. Il n'y a pas de sujet ingrat, ni de mal à causer dans le vide :

Savoir laisser chaque langue à sa solitude: ne pas se presser de trouver les portes et les portes-fenêtres communicatrices. Aucune langue ne communique.

Le verbe de Novarina se plaît à réactiver le souffle entre les hommes, l'organique bouche à oreille s'entreprend pareil aux jets d'encre aux éclats de couleurs sur le tableau affinant ses offrandes et tout l'imprévu de l'espace (compris ou incompris) retourne au déploiement. Le verbe se paie d'un rire nerveux à la surface de l'homme qui ne trouve pas sa place, sans cesse en guerre avec la langue et le surprend dansant sur elle y vautrant son orgueil, éructant pour ne pas s'asphyxier, et mourir à force de s'écouter parler. C'est là un paradoxe, qui hante l'alphabet.

Et les communicants de se regarder entre eux, interloqués, et de se demander quelle peut bien être cette inepte contrée qu'ils habitent et que les idiots désignent sous le nom de Kouteugestikulékivoumeu…

L'auteur rebat le jeu à nouveau.

Soulève un poids, notre poids de chair et de langue entichée de la volonté d'être crédible, en même temps que partout ça cause vide, emballe vite et nous pousse hors de nous. Le mot pour un autre s'emparera du passage qui n'avait pas d'autre langage que celui qu'on nous apprenait, en découvre un nouveau c'est le même qui doit tout désapprendre pour goûter ce que le corps avait longtemps désiré et l'on verra encore défiler des cohortes sur cette langue qui agit, ment et meurt ou bien tue.

C'est sciemment qu'on nous dresse un peu plus chaque jour à employer un mot pour un autre, les jeux de mots sont des jeux de sang et un peu partout dans le monde, on meurt par glissement de mots.

Cette mort n'est pas aussi abstraite qu'on veut bien se l'imaginer, il en tombe de partout ceux que la langue descend, réduit, ridiculise, contre le savoir bien. Le bien dire emballé. La bouche est  conquérante, la voilà qui domine et proclame autant qu'elle déglutit, récupère les bouts de mots, ces phrases comme des lambeaux, c'est un bruit de cascade qui se met à plier les corps, visibles ou invisibles, des sentences qui ne rencontrent jamais le souffle chaud de l'homme, tait le travail de cette salive que Novarina s'amuse à faire tournoyer dans ce trou, notre bouche, cette écume qu'on ne peut plus cacher. Le veilleur pose un oeil sur ces aires, ces palais:

Vous étiez des idiots qui portiez un sac de phrases pour les idiots"

réponse des enfants pariétaux :

- Tais toi un instant ! laisse un moment le monde sans nom, il faut permettre aux choses d'entendre qu'elles sont rien qu'en silence quand elles l'entendent comme elles l'entendent.

Et nous voici réenchantés du terrain vaste et brut, sans nous encombrer de ce qui est digne des formules courant sur ce ventre affamé où l'oreille croque le petit duvet du causeur plié au contentement de bien dire, bien écrire ce qui va nous séduire, sans entrer sous la peau caresser les entrailles de l'ogre impétueux dont le corps se meut en musique.

De pièce en pièce le leitmotiv est beau, la langue se détraque en culbutes charnelles, montre les fissures de l'étau, s'y glisse ; de pièce en pièce, chaque oeuvre en réinvente une autre pour nous initier au démantelage des langues réductrices. L'écrivain éprouvant ses espaces singuliers révèle une chose qui n'est pas seulement lui mais découle en tout sens du souvenir d'une magie collective, alchimie peut-être oubliée, l'expression singulière embrassant un commun accordé à "ce rêve d'une "langue pour 'un". 

Nous avons urgemment besoin de pratiquer à nouveau par l’ouverture, la variation, le jeu, et le changement de registres : l’offrande du langage, le don de la pensée, la prière de la respiration.

Soupons de nous. 

Nous ne sommes pas ce qu'il y a dans les plats.

 

Nota : In extremis, une tirade à cliquer est cachée sous l'image.

 

Lien : Ici une question presque rouge:

 

http://www.theatre-video.net/video/Valere-Novarina-Pourqu...

 

Photo : Un petit énoncé imagé des denrées visibles par nos rues. L'animal (du temps ?) ne mord plus, il va muet.

 

Rue de Lyon. © Frb 2012.

mercredi, 28 novembre 2012

Le loup dans mon oeil gauche

"Je suis riche de pauvreté"

CHOMO alias Roger Chomeaux propos recueillis par Laurent Danchin in "Chomo" éditions Claude Simoën, 1978.

automne.jpg

Parler du royaume de Chomo c'est pour l'heure, une figure de prétérition, une préface pour vous dire que nous ne l'évoquerons pas ce jour ou très peu, l'univers de Chomo servant à ouvrir une fenêtre sur une autre manifestation, mais je reviendrai aux oeuvres de Chomo, prochainement puisque nous en aurons le temps et qu'il me paraît plus pressé de parler d'un spectacle donné par la compagnie de l'Iris, (et son théâtre villeurbannais) aujourd'hui bien connu, dont nous soutenons sans réserve les créations et la démarche exigeante au fil du temps, pour que l'art vivant le reste et puisse encore se partager simplement. Le theâtre de l'Iris, on le sait, en plus des nombreux spectacles qu'il propose et crée depuis des années, reste une mine d'explorations surprenantes, d'échanges entre des disciplines scéniques très différentes, où la rencontre avec les acteurs, les créateurs, les auteurs, offre une approche généreuse autant qu'une interrogation constante de la vie au spectacle et réciproquement. L'Iris a résisté contre vents et marées et continue à chercher et triturer dans l'humain, des sources classiques à contemporaines jusqu'à celles oubliées ou encore incréees avec un soin scrupuleux de réflexion, de transmission, le tout très accueillant.

Pour ceux qui souhaiteraient se rendre à ce spectacle (je vous le recommande chaleureusement) il s'appelle: "Le loup dans mon oeil gauche" pour ceux qui ne connaissent pas, ils trouveront le théâtre de l'Iris au 331 rue Francis de pressenssé à Villeurbanne, l'endroit ne manque pas de charme puisque c'est en 1988 que la Compagnie s'est installée dans un des derniers petits cinémas de quartiers alors que le cinéma permanent par exemple le "Fantasio" (premier cinéma à s'équiper du parlant, non loin du coin des frères Lumière, ô capitale du cinéma !) a vu depuis des lustres sa mémoire effacée, contre l'avis des habitants pour grossir la cité dortoir, il n 'en reste quasi aucune trace, quant à la création, aujourd'hui dans la rue de nos ateliers, les derniers îlôts artistiques, lieux d'échanges officieux sont déjà sous les bulldozzers, les notres frappés de servitude, c'est dire (-dits graissons-), par les temps qui courent, combien le lieu où l'Iris a choisi de poursuivre ses créations demeure précieux et nécessaire, il colle parfaitement avec l'esprit de son theâtre où la création résiste en peaufinant son art et souvent le fait voyager. Le projet initial toujours en évolution, le théâtre de l'Iris reste aussi un "passage" (au sens imagé du passeur) pour rencontrer des oeuvres et des artistes rares.

C'est encore la compagnie de L'iris qui vient nous offrir aujourd'hui une traversée aussi profonde qu'époustouflante dans l'univers singulier de l'art brut. Trop rarement célébré, on ne sait pas exactement quelle place lui accorder, lui qui semble n'en vouloir aucune. Il y a dans l'art brut des attraits mystérieux, des sentiers qui s'évasent...

Chaque jour à notre insu, des gens, des anonymes et inconnus dits "ordinaires", après ou avant leur travail, créent, dessinent, découpent, peignent, bâtissent, inventent, sculptent ou écrivent. Rien que de banal, direz vous ? Rien de plus extraordinaire au contraire, lorsqu'il ne s’agit pas de leur métier et que ce qu’ils font là, ils le réinventent totalement, sans l’avoir jamais appris. Passion, visions, transcendance, mais aussi désespoir et quelque fois maladie. 

Ce spectacle vaut la peine d'un petit déplacement (même dans le froid) puisqu'il est encore facile aux lyonnais (et à ceux de passage) de s'y rendre, à métro par la ligne qui mène direct de presqu'île à Laurent Bonnevay, il suffira de descendre à la station Cusset, et filer au theâtre, pour le plaisir de se retrouver "embarqué...  

extraits:

 Le facteur Cheval ramasse des cailloux sur les chemins, perdant quelque fois le courrier, 

Aloïse institutrice contrariée dans sa vocation de cantatrice tombe éperdument amoureuse de Guillaume II, elle écrit et dessine depuis,

Jeannot a inventé une machine à tailler les vignes, mais se fait voler son invention et se réfugie dans un autre monde, 

Jeanne se voue au spiritisme et à la divination puis dessine, brode et écrit le restant de sa vie en devenant Jeanne d'Arc,

Un autre Jeannot de retour de la guerre d'Algérie s'enferme chez lui pour sculpter un texte halluciné dans le plancher de sa chambre,

Jean-Pierre, quant à lui, nous révèle les origines de l'espèce humaine et du langage dans un Evangile de mille pages qu'il fait tirer à son compte et distribue gratuitement. Il y dévoile la Grande Loi cachée dans la parole et nous démontre la prodigieuse évolution humaine : l'homme descend de la grenouille ! 

La pièce a été mise en scène par Caroline Boisson et Philippe Clément, conçue et écrite par Philippe Clément d'après les oeuvres de Jean-Pierre Brisset, Aloïse Corbaz, Samuel Daiber, Henry Darger, Jules Doudin, Henri Besse, Zdenek Kosek, Lobanov, Marmor, Petit Pierre, Simon Rodia, Jeanne Tripier, Walla, George Widener, Scottie Wilson, Adolf Wölfli etc…

Elle est servie par quatre acteurs (performers) éblouissants: Hervé Daguin, Martine Guillaud, Serge Pillot, Didier Vidal, chorégraphiée par Maryann Perrone, les costumes pas piqués des hannetons sont de Eric Chambon, le son et les lumières, tout est beau, mais, allez voir, le spectacle est jubilatoire et pas seulement, c'est un écho, une émotion, une exploration, (préludienne ?) ramenée du "pays" de l'art brut, celui-ci fût défini par Jean Dubuffet

ici, un extrait du manifeste de 1949, à propos de l'art brut:

Nous entendons par là, des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique dont le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe."

ou plus simple:

Les artistes d'art brut oeuvrent en dehors, sans références et souvent sans démarche intellectuelle.

Certes, il y a des grincements, il faut les éprouver de front. 

Ces créateurs sont par définition des exilés, le chômage, le vieillissement, la maladie, parfois le handicap peuvent en faire des exclus. Certains malgré tout ont inventé leur chemin où il se tiennent, on pourrait dire "au bord du monde". 

Si d'entre eux, quelques uns s'effondrent, condamnés à errer mentalement avec leurs créations, incapables de communiquer à quiconque leur langage mystérieux, d'autres sont parvenus à se reconstruire en s'exprimant dans cette marge grâce à l'art et à la création, pour le créateur d'art brut, l'idée de se glisser dans les programmes des musées ou autres n'est pas le but, les artistes d'art brut disposent d'une gratuité à laquelle nous sommes (principe de réalité oblige) assez peu disposés (quoiqu'on dise), les artistes d'art brut balaient par leur inspiration, les moues des sceptiques qui se demanderaient encore "l'art brut est-ce de l'art pas de l'art ?". Cela n'est pas le souci des artistes d'art brut. Leur vie même étant d'inventer un langage radicalement inédit et totalement dénué d'emprunts, leurs oeuvres ont à voir avec la pulsion, mais cette expression personnelle touche encore à l'universel, sans le secours de références (histoires de l'art, courants d'ismes etc...) jusqu'à ce que nous en éprouvions quelque fois le vertige, une sensation qui hésite entre la peur d'y contempler un puit sans fond et l'émerveillement enfantin devant quelque paradis retrouvé. Entre les deux autant de royaumes ou d'abîmes... L'art brut naît d'un élan vital qui tente encore d'échapper à la destruction à l'anéantissement et fait un retour sur ce que nous avons en nous de plus profond. 

Bien sûr, on pourrait signaler certaines démarches d'art contemporain comparables ou très proches de l'art brut, certains artistes ont clairement revendiqué l'influence de l'art brut sur leurs oeuvres, d'autres sont à la "limite" mais quelque chose distingue le créateur d'art brut de l'artiste contemporain (prompt à se situer dans un courant): c'est ce point de "désintéressement" dont l'artiste contemporain déplore quelquefois qu'il se soit délité, voir perdu, mais les artistes contemporains ont besoin tôt ou tard de reconnaissance et peut-être (ça ne se dit pas trop) de louanges, même s'ils affectent un esprit "désintéressé", ce désintéressement de l'artiste (plus ou moins proclamé) peut sincèrement exister mais il ne sera jamais le même que celui du créateur d'art brut, en cela, l'artiste contemporain est assez éloigné de l'artiste d'art brut, qui se passe de reconnaissance pour créer, il ne cherche aucune approbation culturelle ou sociale. Peut-être est-il vestale de cette part angélique qui manque à l'homme plus ou moins "adapté"...  (c'est une vue romantique, j'y mets quelques guillemets, il y en a de plus sombres), ce dont on ne doute pas c'est que l'art brut interroge au plus près l'acte de créer, et celui d'être au monde. Comment peut-on créer pour rien ? Et pour personne ? C'est une des multiples questions avec parfois celle des affres de l'univers mental et des frontières de la folie, de la raison - où ça commence ou ça finit ? L'art brut dérange sans vouloir déranger. Il y a bien une sorte de démarche ou plutôt de ressort, mine de rien, très puissant, chez l'artiste d'art brut, c'est le défi solitaire obstiné, qui prend forme quelquefois de quête obsessionnelle: puisqu'on se désintéresse à ce que sont ses oeuvres, eh bien ! soit ! le créateur d'art brut prendra sans notre permission la liberté de "tout dire" et de toutes les façons, sans qu'on accorde une responsabilité à ce qu'il dit, à ce qu'il est puisque précisément, on ne manquera pas de compétences pour le traiter de fou, ou moins encore, d'irresponsable.

(en guise d'introduction de Chomo à la pièce de Philippe Clément , le sujet reste à suivre...)

  
source et  pistes d'exploration pour l'art brut, ci dessous:
 
 
 
A propos de la pièce, "Le loup dans mon oeil gauche":

Il ne reste qu'un jour à peine pour découvrir cette pièce (surtout ne pas se fier à notre horloge ici en mode "jours de traîne"), un regret cependant, j'aurais aimé chroniquer cette manifestation beaucoup plus tôt, le spectacle est une pure merveille, mais je ne l'ai appris qu'à mon retour puisqu'avant je n'étais pas à Lyon et  je n'ai pas de nid faune, mais il n'est pas trop tard :
 
"Le loup dans mon oeil gauche" se joue jusqu'au 2 Décembre 2012 (c'est donc le dernier jour, ce dimanche; attention, pour la der des der, le spectacle commencera à 16H00 pétantes, il est prudent de réserver.
 
Pour des infos complètes, le petit nécessaire du Theâtre de l'Iris est à cliquer ICI 
 
Le programme du theâtre pour cette année, peut se télécharger (en pdf) encore ICI
 
 
Et Chomo dans tout ça ? Chomo, on va en reparler, en attendant, pour illustrer le thème toujours irisé, Chomo vous récite un poème:
 
 
 
 
 
Remerciements à Serge Pillot, la compagnie de L'Iris, abcd art brut.net, Laurent Danchin, Raw vision, et Paul pour leurs invitations, le partage d'une précieuse documentation, et toutes les précisions, liens, éclairages qui ont largement nourri ce billet.
 
Photo : Mon quincailler est un étalagiste d'art brut mais il ne le sait pas, lorsqu'on lui dit, il s'en fiche. A chaque saison, sa façon bien à lui, d'agencer ses vitrines semble s'éloigner des tiroirs ordinaires de la quincaille contemporaine, chez lui, pour trouver par exemple, un clou, il faut d'abord croiser quelques biches qui nous observent comme si nous n'avions rien à faire ici (quelle idée me direz vous, d'aller acheter un clou dans une quincaillerie ?) - ça c'est la biche qui le dit - ainsi, à chaque saison un nouveau peuple d'animaux occupe les lieux avec une vraie légitimité saisonnière (ça reste dans une logique bien plus intéressante que celle des vitrines de la fête des lumières mais je m'égare, pardon). L'année dernière, dans la vitrine, c'était des écureuils qui sciaient des fagots avec des scies sans lame auxquelles il manquait le manche, (un peu comme le couteau quantique de Lichtenberg, qui n'est pas brut du tout mais ça reste une idée de cadeau), mon quincailler a aussi une façon formidable de faire la promotion de ses outils z'et matériaux, tant pis pour le castor, mon quincailler est fier de ses scies, cette année, on ne boude plus les plaisirs, avec des si t'avais peur du loup dans ton oeil gauche, t'aurais deux biches dans ton oeil droit, et le quincailler qui te donnerait à la place du clou, des champignons en mousse plus vrais que toi pour ton dîner que tu mettrais dans ta brouette afin te promener en ville avec ton ourson sur ta tête ou pour les manger quand tu rentrerais le soir dans ta maison en pain d'épice, en attendant, que des promoteurs du village préludien te la construisent, mais au lieu de lire ces fadaises cours dont vite à l'Iris, voir le loup, si tu ne veux pas te faire effacer par l'anprinte...
 
 
Villeurbanne © Frb 2012 (avec l'aimable participation de Paul)

mercredi, 14 novembre 2012

Je suis un artiste

"Je ne suis pas un papillon je suis Frédéric, je ne suis pas une machine à répéter je ne suis pas un animal je suis un humain je ne suis pas analphabète je suis un arbre je ne suis pas une fille je suis un garçon je ne suis pas un objet [...] voici mon bureau où je mets aussi quelques cadres et des posters de chevaux [...] j'ai aussi un enregistreur j'ai un ordinateur avec sa caméra et des personnes qui peuvent voir dans l'ordinateur [...] et j'ai même dans ma chambre un grand piano et ça fait du bien de chanter avec le piano [...] voici mon grand jardin avec une serre où je fais tout des légumes variés [...] j'ai toujours des jambes longues je suis grand je suis fort j'essaie de trouver la vérité et d'être le plus beau du monde"

FREDERIC:  extraits choisis "Je suis Frédéric", une pièce sonore réalisée par Damien Magnette mixée par Christophe Rault,  produite par l'ACSR (atelier de création sonore radiophonique- Bruxelles).

 

je suis un artiste,je suis frédéric,frédéric,frédéric deschamps,damien magnette,christophe rault,acsr,enregistrer,arts sonores,humanités,altérités,création,voix humaine,musique,dessin,piano,univers mental,intérieurs,question,abîmes,maison,sons anedotiques,vivre,parler,je,singularités,silence radio,réalisation,art,acousmatique,radio,art brut,être,un artiste écouter,expérimenter; immersion,baroque,communiquer; bobines rebelles; identité,les sons,documentaire,différence,la parole,genre humain

 

 

"j’aime écouter ma voix".


Voilà Frédéric. Mentalement déficient qui aime les sons follement, qui décrit sa vie quotidienne à Damien Magnette. Il s’enregistre depuis des années, collectionne les sons, chuchote ou crie dans le micro. Il nous fait visiter son monde : sa maison, son atelier de jardinage, ses goûts, ses pensées. On déambule avec lui dans un univers baroque de bric et de broc. Frédéric est "mentalement déficient". Peu importe, son énergie emporte tout. Il dit « je » mille fois. Un "je" servi par une parfaite réalisation de guingois.

(source de partage sonore : SILENCE RADIO)


"Je suis Frédéric"

 

Pour tenter d'en présenter un peu l'essentiel. Cette pièce sonore est une des plus fulgurantes entendue depuis bien longtemps, elle a été relayée par nombre de médias qui l'ont unanimement encensée, elle a remporté de nombreux prix notamment en 2011 un second prix de création radiophonique au festival longueur d'ondes. Le Festival "bobines rebelles" a eu l'excellente idée de programmer cette composition, le week end du 24 et 25 Novembre 2012, (à venir sur notre calendrier récalcitrant, et sans doute advenu déjà) mais comme nous n'avons pas tous l'opportunité de partir un week end pour un festival en Seine St Denis, je vous propose d'entrer dans la maison de Frédéric, qui est bien sûr un monde. Damien Magnette a composé, décomposé, recomposé la réalité du quotidien de Frédéric pour nous inviter en terre angélique  le metteur en ondes a dû brouiller, comme nous l'aimerons toujours, la fiction et la réalité. Entre des faits anecdotiques, un singulier parcours, surgissent implicitement des abîmes et les questions universelles, les plus claires de la vie humaine, comme les phrases que nous n'osons plus prononcer quand nous parlons à la première personne, histoire de "dire" "communiquer" s'il est possible, d'exprimer qui nous sommes.

 

"Je suis".

 

Ici, l'immersion est brutale mais d'une immense délicatesse qui évoque et réveille ces attachements au tout venant - de très simple à baroque. Le courant passe par les les oreilles jusque dans l'épiderme, il est électrique, devient partageable et c'est terriblement, que Frédéric "nous" jardinera, mine de rien avec sa voix humaine, ses dessins son piano... Ca deviendra un sortilège.

Cette création est un fondamental à écouter absolument, 38mn 34 de visite guidée par Frédéric, un énoncé très simple en apparence...

Merci encore à l'excellent site : "Silence Radio" de nous permettre de diffuser partager et faire tourner peut-être... Peu de chance d'en sortir indemne.

 

 

"Je suis un dessin [...]

je suis Frédéric Deschamps

mais je ne suis pas méchant"





 


 

Nota :   Quelques lecteurs m'ont signalé que leur navigateur ne permettait pas l'écoute via le player de "Silence radio", si vous rencontrez ce problème vous pouvez écouter la pièce de Damien Magnette en cliquant sur le lien ci-dessous:

 

http://www.silenceradio.org/dbfiles/file_171_high_je_suis...

 

Photo : "Je suis une fenêtre"...


Sources documentaires et sonores : Silence radio- ACSR- France Culture /

 

 Le manoir © Frb2012.

mardi, 16 octobre 2012

Des jours et des jours à la vogue

Dernière grande fête foraine de l'année à Lyon, la vogue des marrons tire son nom des premiers marrons de l'année et du premier vin blanc qu'on y dégustait, à l'imparfait, rien n'est parfait, bien sûr. La vogue des marrons actuelle a démarré le 6 Octobre elle finira le 11 Novembre 2012.

vogue ballons.jpgQu'on l'apprécie ou non, parler de l'esprit bon enfant de la vogue paraît aujourd'hui déplacé (on ne sait où), même si l'enchantement des jolis manèges hante encore notre époque, c'est une image entre autres, de fête et de flonflons, rien qu'une image légendaire puisque pour la plupart d'entre nous, ces fêtes foraines familiales, bricolées sans manières, nous ne les avons pas connues. Nous savons simplement, malgré la joie délitée, et révolue, peut-être, que si la vogue des marrons, à Lyon, n'existait plus, elle manquerait. Mais je n'ose pas ici employer le mot "fête", la vogue est rituelle, c'est admis dans l'esprit des habitants de cette ville, elle marque un temps dans l'année, juste avant la saison des pluies, les foules du 8 décembre et les marchés de Noël, elle balade aujourd'hui plus d'ennui que de gaieté. On s'accorde à l'idée, on s'y traîne, on y flâne sans penser par exemple qu'au XIXe siècle Lyon totalisait plus de 207 jours de vogue, de Pâques à la Toussaint. Il n'en reste qu'une, c'est celle-ci, on la prend pour ce qu'elle est, entre la vogue et notre esprit il y a des nébuleuses... Nous fermons les yeux sur ce qui manque, ou bien encore heureux, nous nous rattachons aux mémoires idéales de ces mondes enfantins qui suçaient les guimauves une fois l'an,  nous nous contenterons des arômes d'un Chardonnay allégeant l'Homme (et son désir), tenterons d'en retenir le dernier tourbillon sans trouver le raccord entre ces vieilles gravures et les temps à venir qui nous invitent à décharger notre poids soucieux ou abêti, matière poreuse ou bons vivants, nous contemplerons en touristes ces rubans colorés où les  jeux vont sans nous. Nous ne savons pas comment cette grande usine à attractions valdinguera les corps, pourvu qu'elle ne valdingue pas les notres (pas le mien en tout cas), des furies techno-funk à la nostalgie du mashed potatoes via le rock à l'antique (Elvis, tuning, sodas, ice-cream), l'over-bass brutalise. Les engins crachent le feu, les flammes, au propre, au figuré, nul ne devrait s'en plaindre car l'intitulé ne ment jamais (desfois qu'on n'aurait pas su lire les enseignes kitsch and cheap)...

rock.jpg

Âmes vagues décomposées seules ou accompagnées, c'est à peu près pareil, voguant dans l'ennui patent de nos semaines contemporaines qu'il faut absolument secouer de loisirs à grands cris sur la place solidaire plombée par la dérive, l'esprit dans la paillette du pepsi pop, les  défilés se suivent et ne tarderont plus à  nous s'enchaîner, (8 décembre, morne plaine, ma flamme dans leur publicité) ; rameutent ici ou là  un bref éclat entre les bruits, tiraillant nos faiblesses: le caprice d'un enfant qui ne veut pas redescendre du manège, des parents sur des chaises et leurs gueules d'enterrement, des gars avec des franges qui tirent comme Charles Bronson sur des figurines en plastique pour gagner une peluche du bon temps de Pandi Panda,  ça reste divertissant de regarder tout ça afin de n'en tirer aucune réflexion particulière. Juste regarder. Et puis voilà.

vogue in the usa.jpgFlâner entre les hurlements d'humains harnachés par des courroies fixées sur des machines qui montent, tournicotent, gesticulent, brassant l'air, d'accord pour ces crampes d'estomac qu'on se fera à la place des passagers retournés à l'envers, d'accord pour l'empathie-express qui est notre, à ce moment là, superflue, tout-express, même la peur des antres gothiques et ces sorcières qui remuent des balais sur un toit brûlant, même la nuit quand je rentre chez moi, à chaque fois, je suis d'accord avec moi, pour avoir peur de ça. D'accord pour écouter les mécanismes stridulatoires des simulateurs inspirés des plans les plus sombres de L'exorciste qui propulsent mais quoi ? - D'accord pour être propulsée - juste une fois, mais sans rien essayer, parce que la joie d'une vogue c'est aussi de s'y noyer. La vogue n'est qu'une fois dans l'année, alors on peut bien vivre avec son temps une fois, en marchant, pourvu que le boulevard et ses rues parallèles, continuent à sentir la vanille, le nougat, les bonnes gaufres, les crêpes au Nutella... Peut-être vous livrerai-je un jour une traversée by night dans la vogue en sommeil mais je ne promets pas étant donné que c'est déjà un peu ça: une stimulation acharnée qui n'arrive pas à réveiller grand monde, ni grand chose, la nuit au fond de soi, en plein jour, l'émerveillement absent, ou caché sous un air de s'en foutre. Ca validera peut-être cette adhésion sympa à tout ce qui peut plonger l'esprit dans sa paresse, encanailler l'espace avec ses grappes festives d'humanité blasée, toquée de gigantisme, où les bulles énormes font pétiller le corps d'une ville enrobée dans le sucre et la glace à venir. Nous goûtons en deçà, le plaisir monotone de nous disperser puis voguer, ne serait-ce que pour se vouer tout entier à la recherche éperdue du premier cornet de marrons chauds. Chauds, chauds, chauds, les marrons ! où sont-ils ?...

vogue ours.jpgAu hasard, la plus réaliste de cette expédition en quête de marrons, (chauds, chauds chauds), rend le pas tiède ou triste, mollement nous grillons nos cartouches à l'américaine sur de vraies carabines, tellement bien imitées  (des Kalashnikov, on dirait) sans la moindre biquette à caresser, ni un cheval de bois dont on fait les violons, pas de quoi pousser la chansonnette. Nous croiserons plus tard, le nez de Pinocchio qui s'allonge, s'allongera, grâce aux reflets multicolores d'une flaque d'eau.  Cela vaut les discours sur les fameux marrons, promis en cette vogue, seule vérité discordante, ô spleen de nos nuits sans marrons, moins folâtres que les nuits sans Oscar Wilde, (à ce point d'inanité, je vais me faire un peu de réclame) ;  le marchand de marrons (nous apprendrons le jour d'après, que c'est en fait, une marchande) serait-il du genre lève-tard ou couche-tôt ? Nous le cherchons nous le trouvons. Le stand est minuscule, il est  doux, il sent bon, c'est tout ce qu'on vous dira de cette première tentative sans pouvoir plucher le maroncho,  c'est un peu de ma faute, je ne sais pas jouer des coudes en société, ainsi je n'ai même pas eu le culot de bousculer quelques badauds, pour photographier le fameux stand aux marrons, parce qu'il y avait devant, les personnalités de la colline : Monsieur Marcel Rivière (et sa femme, la grande, dont je ne me rappelle plus le prénom) qui charmillonnaient discrètement avec un Alceste entièrement caché sous une toge recouverte d'écorces avec des feuilles rousses et ocres made in Tabareau collées sur son chapeau évasé par le haut en multiples branches ornées de nids de hulottes revenues de Couzon, je n'osais déranger, et ne fixais pas mon objectif afin d'obtenir un cadrage (presque) parfait sur les mains des personnalités qui tenaient leurs cornets de marrons comme on tient des cierges lors des grandes processions hivernales (par exemple, celle en l'honneur de la Sainte Vierge, nous en reparlerons peut-être...). Il faut dire qu'affecté par les privations, on glissera dans la romance de toutes petites choses pourtant vraies, à ce sujet fragile, j'ouvre une parenthèse puisque je ne peux décemment exposer ici Monsieur Alceste piquant à pleine branchées les marrons de Monsieur Rivière, (à lire prochainement "Les marrons de Monsieur Rivière" un inédit  issu des carnets de la mère Caquelon, poètesse Lyonnaise oubliée, grande copine de la Mère Pompon qui mit au point la recette des quenelles de marrons, plat mythique servant à décupler le courage des canuts lors de la révolte en 1831, - là, j'exagère, mais c'est un des nombreux effets secondaires produit par le manque de cornet aux marrons, quand on en goûte un seul, ensuite, ça dure, une vie parfois - quant au livre, je l'ai déniché récemment dans un vide-grenier de la Tabareau, on ne dira jamais assez - surtout en plein coeur de la vogue - qu'il s'en passe de chouettes sur la Tabareau où la rutilante boule lyonnaise n'a que faire des tournis des manèges; les parties de boule lyonnaise se déroulant dans un monde parallèle, en silence, les manches retroussées, les hommes ne pourraient en être déconcentrés ou seulement par une boule dégommant l'autre boule, pour aller se placer à deux millimètres du cochonnet, on entendra alors un gars qui l'ouvrira plus fort que ses copains, mais pas trop, pour dire "ouhla !  joli !", c'est ici, que le vogueur épuisé viendra se reposer sur un banc pas loin de "la Coquette", qui comme son nom l'indique est une coquette auberge, quand on passe devant ça sent bon  le thym et l'échalote, surtout l'été, mais  je ne peux rien en dire je n'ai  pas encore testé), là je referme la parenthèse, (vogue off). Laissant grésiller en paix les marrons, pour goûter les bonbecs, j'ai compté qu'avec trois picaillons, on peut obtenir 80 grammes d'un diamètre de huit centimètres de réglisse + une bille de gum au milieu, après une telle dépense je n'oserais pas entamer mon dernier billet de mille pour dilapider des restes (?) de jeunesse dans la bétaillère jurassique où la foule, clairsemée sur les feuilles abattues, attend de faire son baptême, happée par le plus fameux des glyptodons de Lyon, relouqué par qui vous savez.

vogue tutti.jpg

Enfin, ce qui est bien agréable à la vogue c'est qu'on s'y trouve tous en vadrouille, un peu comme des stars démodées allant incognito, offrant aux sunlights jaunes et verts  nos mines cadavériques, nos lèvres jaunes et nos dents vertes (juste un sourire pour la photo), stars d'un jour flambant à la roulette le mou avant l'hiver, vivotant au sommet, sans se soucier de savoir s'il existe un autre lieu au monde, la colline valant à elle seule, un hémisphère. Une seule fois dans l'année quand la vogue est de retour les Croix-Roussiens vivant en autarcie au  village, se sentent pénétrés du lourd de ces camions beaux comme des barres de la Duchère branchées sur des prises électriques qui  serpentent de la place par les rues et sur les tapis (introuvables) de la place (des tapis), ils croisent aussi les monstres qu'on ne verra (pour de vrai) qu'à la fin du monde, venus culbuter nos grattons, crapahuter sur nos coussins (ces quiétudes ganachées fourrées d'un filet vert, couchés dans leurs boîtes de velours, à se damner). Quelle pagaille, en nos us et coutumes!  quand, soudain, dans les premières heures, du 5 au 6 Octobre, on regarde les gars de la vogue (de magnifiques garçons) déballer le matos afin de monter les engins, on croirait voir construire une ville, elle se fait en un jour ou peut-être une nuit, sous nos yeux se déroulent des kilomètres de câbles et des kilomètres de rallonges sur le bitume courant dans les rigoles, après on s'y balade comme si tout cela avait poussé uniquement par magie, on est dans la vogue-champignon et les jours qui suivront ça scintillera de partout. Je suppose que la vogue des marrons aurait plu à Andy Warhol, ces objets en série multipliés partout, auraient pu lui souffler de sacrés tableaux, l'Amérique qui se pose là, avec ses boîtes en kit, des bistanclaques qui se perdent au milieu d'une foule, cette année, pas trop dense à cause des restrictions. Ce n'était pas complètement étranger à l'oiseau vogueur, lequel, d'une année à l'autre s'était fait grignoter par un sanglier vogueur, voyez qu'il y a quelque changement, (le lecteur assidû, qui s'y connaît forcément en sanglier connaît aussi son paradoxe, toutefois je laisserai ouverte l'interprétation symbolique pour laisser voguer l'homme et son désir dans l'approximation). Bref, chacun sait que le mot sanglier vient du latin "singularis", (au sens isolé, solitaire "singulier") et que le sanglier est aussi ubiquiste, à vrai dire, je ne sais pas ce que signifie sociologiquement cette raréfaction de l'oiseau vogueur au profit plus imposant du sanglier ubiquiste mais je trouve, ma bonne dame, que c'est pas rassurant et peut-être aussi triste que nous autres les festifs désolants qui picorons nos beignets entre les barrières métalliques du boulevard et les autos méchantes, à se demander encore qui a décidé d'encastrer la vogue sur la place des tapis  où l'on entre enjambant des panneaux et des fils alors qu'une partie du boulevard semble plongée dans le gris, sans doute à cause des travaux, d'autre chose, peu importe, on pourrait être ailleurs, déjà à la périphérie, et ce n'est sans doute pas un hasard de trouver de plus en plus de pigeons moches, mal polis (ubiquistes) gouverner sur la tête de notre vénérable inventeur.

et vogue sur la tête au père jacquard  kb.jpegLe lendemain ce fût la même vogue ainsi les jours d'après telle l'année précédente, malgré une fine pluie, (ce retard coutumier de l'automne), après que le thermomètre eût marqué  26° à l'ombre, sous un ciel mitigé, comme on dit chez nous desfois "ça mouillassait", le gros rire (voguenard ?) du sanglion raillant l'inventeur des métiers m'attira sous un stand abrité, c'était une sorte de vestiaire à peluches (peluchons) encore des pantelantes arachnoïdes à cornes et multipattes difformes (soyeuses ? Je n'ai pas approché), je remarquais juste, que l'une des bestioles tristement pendue par les pieds portait entre les oreilles, un bonnet de lutin indécollable qui ressemblait à un cône de Lübeck, pourquoi, des cônes de Lübeck sur la tête de nos bêtes à la vogue ? Vous me direz! alors que des cornets de marrons seraient plus rigolos ? (Vous remarquerez que l'odeur des marrons grillés peut très vite taper sur le système surtout quand on les cherche), enfin voilà pour l'énoncé d'une vogue aux présumés marrons, nous repasserons, (enfonçons un clou dans ce marron), je subodore que si je n'ai point l'occasion de goûter au seul produit annoncé chaque année dans cette vogue, par cet  engouements précaire qui jalonne les recherches de certains jours, (comme leur façon là bas de fabriquer la barbapapa), ça tournera à l'obsession.

vogua.jpgEnfin, sortant de là, un peu sonnée, seule ou accompagnée, de toutes les façons harassée, je ne rejoindrai pas les copains comme prévu au RV du café du bout du monde où c'était encore convivial de pouvoir causer un brin tranquillement après avoir patassé (comme dit le lyonnais les pieds dans sa bassine de sel) puisqu'ils sont revenus déçus, les copains, de voir le bout du monde remplacé par un bar à bière,  un autre ! dont nous ne pensons à peine moins que rien, le houblon on s'en fiche, au départ on voulait un voyage en ballon de blanc (même de rouge, ô fillette !) avec des cornets de marrons (si je radote, mon lecteur, râle et  indigne toi mais là, minute papillon ! je promets de boucler la boucle et après on n'en reparlera plus jamais), un cornet de rien du tout, pour dire que ce n'était pas demander la lune. Oui, certes, mais il est comme ça le monde, dès qu'on veut quelque chose de simple, même si on on le demande gentiment, ce n'est jamais possible, ou alors ça devient compliqué parce que c'est rare etc... Et s'il faut demain voir en vrai griller des marrons, je serai prête à faire sonner le réveil (sacrilège) vers les 14H00 du matin. C'est vrai qu'à ces heures à la vogue y'a moins de monde. Un tout petit monde, discret , lent, pas  bégueule, du coup ça fait vogue oubliée et certains jours ça paraît bizarrement plus gai bien que beaucoup de stands soient vides, on admire le courage des forains, mine de rien, rude métier !

vogue.jpgEn guise de conclusion (j'ai dit en guise), c'est une bénédiction, pour nous autres gastronomes du plateau, que le citymarché (unanimement fréquenté en colline) ferme ses portes à 21H30,  c'est à dire après la vogue (mais un conseil, allez-y à 21H00 parce qu'après 21H15 les vigiles, qui n'aiment pas voir les gens lambiner se mettent à fouiner dans votre filoche, avec le vocabulaire de Rambo, (surtout un), c'est très laid, mais ce n'est pas à cause de la vogue (très influencée par Rambo également, pas pour les mêmes raisons), donc, le  citymarché, reste un endroit très pratix pour trouver de la vraie crème de marrons Clément Faugier, c'est pas en cornet (heureusement pour les manchons d'hermine de la bourgeoise), mais après ces promesses de vogue aux marrons rarissimes, ça pourra apaiser un peu notre besoin de consolation.

La conclusion, la vraie : à défaut de grives (aux marrons, vogue ! mon pijon) on mangera un merle à la crème de châtaignes. La suite de la vogue une prochaine fois peut-être (avec ou sans marrons, seul ou accompagné, si les petits ânes ne nous mangent pas). la dernière image à cliquer ICI vous donnera l'aperçu vite fait, du sort des animaux de la vogue, sous les yeux de l'enfant tirant pile dans la cible qui s'en retournera, en serrant dans ses bras un authentique Stormtrooper bien utile pour battre les Flogs, les Froschs et neutraliser l'homme vieillot qui cherche avec son groin (ubiquiste) des marrons sous les platanes du boulevards (vogue, vogue !), l'homme vieillot qui ne sait même plus le nom des arbres, ni le nom des fruits qui poussent sur les platanes, qui croit que les marrons tombent tout chauds des platanes et qui pleure et dit à tout le monde que tout fout le camp, et personne ne l'entend, pas une âme ne se lèverait pour lui tendre un cornet, un tout petit cornet de marrons chauds, un cornet de frites à la rigueur, et encore ! ah non, vraiment l'être humain n'est plus ce qu'il était, la fête est triste le monde est moche, on est tous triste on est tous moche. Alors qu'avec un cornet (même tout petit) de marrons chauds, même des châtaignes grillées... suffiraient, suffiront, comme l'écrit la demoiselle Pinturault (que je salue vigoureusement) dans son dernier recueil de poème intitulé "L'hiver des poètes", préfacé par Madeleine Lacroix, (je cite): "Desfois la beauté tient à pas grand chose". Vous pouvez ricaner mais si ça se trouve, elle a raison.

giga night.jpg

 

Lien : oldies but goldies, la vogue 2010, si ça vous dit.

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2010/10/10/le...

 Photos : Boulevard de la Croix-Rousse et un petit peu place des Tapis: quelques vues hasardeuses de la vogue (des marrons) parcourue à pieds, à vélo, saisies de jour et de nuit, + une pensée émue pour l'Auguste Jacquard et son infinie patience. En vrai il ne s'appelle pas Auguste, ni Albert mais je crois l'avoir déjà beaucoup répété, (la vie des blogs tourne comme un manège), pardon au lecteur adoré, puisque tout doit finir par des chansons c'est inécoutable hélas je ne peux y résister, et peut-être que ça fera plaisir à msieur Fernand. (hypothèse hasardeuse j'en conviens)...

 

Lyon Colline © Frb 2012

samedi, 01 septembre 2012

La buissonnière (II)

Normal ? Pas normal ?



biches.JPG

 

Normal : Le pitch en décalé (c'est toujours la même chose)

http://youtu.be/G4gav9zRifY

Le début des temps modernes

http://www.dailymotion.com/video/x7umk8_l-ecole-buissonie...

 

Pas normal : pour les adeptes de la buissonnière.

Le manuel indispensable

http://www.lahulotte.fr/

Le film culte : http://youtu.be/ZrLTfzJNcrQ

Le parcours d'un auteur buissonnier par excellence : http://jacquesprevert.wordpress.com/2008/12/08/lecole-buissonniere-selon-jacques-prevert/

 

Photo : sur la route nabirosinaise, un nouvel élan pour l'école buissonnière, avec ou sans Hulotte. On soutient activement.

 

© St Cyr. Frb 2012

mercredi, 01 août 2012

Volets vers...

CHAMELET : département : Rhône, code postal : 69620, population : 690 Habitants,  Altitude : 337 mètres,  superficie : 14.77 km2 ou 14, 50 (tout dépend les sources)...


chamelet gare.jpg

Chamelet-Village, ce nom résonne comme un bon cru. Les habitants y sont nommés  les Chamelois et Chameloises. C'est un lieu fortifié aux charmes qu'aucun adjectif ne saurait décrire, ce qui tombe bien parce que je n'ai rien vu et comme toujours je dirai tout, pour quelque fantaisie qui hante l'esprit du pérégrin dans ses égarements, à ce passage rapide de la correspondance en ces villes ou bourgades dont on ne parle jamais dans les livres, quand deux minutes suffisent  à rallonger le temps, pour glisser des images et un tas d'impressions plus ou moins pédagogiques. On peut lire à son rythme... je remercie vivement Michèle Pambrun d'avoir inspiré cette exploration, (certes, approximative), en m'invitant via une récente correspondance ici même, à retrouver l'oeuvre de Pierre Bayard dont un livre particulier s'accorde semble-t-il au thème de cette page ; à cette question qui obnubile également certains jours, une tentation de déplacements légèrement improbables : "Comment parler des lieux où l'on n'a pas été ?".

chamelet.jpg

Ainsi, sans bouger du train bleu aux banquettes confortables, j'ai pu visiter à travers l'espace-temps, par les reflets d'une fenêtre passée dans une autre fenêtre, l'ancienne place forte des sires de Beaujeu, jadis un centre de tissage et de blanchisseries de toiles. J'ai remarqué les halles en bois du XVIème siècle et un donjon carré également du XVIem, tout cela admirable. Ensuite, je me suis dirigée jusqu'à l'ancien relais de poste puis, croisant là, le Marquis de Chalosset, il m'invita à boire un cruchon de beaujolais au Château (de Chalosset évidemment). Son cousin Gervais de Vaurion jouait là au tric-trac, comme cela est courant à Chamelet en été, (j'en profite pour vous montrer le tableau de Le Nain où le Comte Gervais de Vaurion figure avec son chapeau à plumes qu'il ne quitte jamais, bref, Monsieur le Comte me montra les vestiges du château de Vaurion, ce fût un moment agréable. Ensuite nous allâmes à l'église contempler des vitraux d'une finesse remarquable datant du XVème siècle, et dans le foin nous nous roulâmes, bénis par les ombrages d'une petite chapelle arborée. Profitant ardemment de quelques secondes encore vastes, après avoir vu la maison natale de l'illustre ingénieur hydrolicien, le Baron Gaspard de Prony, dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel,  et dans une rue du 17 em arrondissement de Paris, je batifolais un instant avec un ou deux chamelois, chameloises entre la vigne, les pâturages et la forêt. Mais il ne fallait pas traîner, comme on dit "le train n'attend pas le nombre des années" bien que le temps échappât et que j'y fus installée, (dans le train et ce temps étrangement envolés), douillettement calée et galopant par des forces cosmiques assez inexplicables, impatiente de visiter les pierres dorées des édifices, de battre la campagne jusqu'aux coins les plus reculés de Chamelet, tout en savourant la mollesse de somnoler au frais, vautrée comme tout  passager qui se respecte les pieds posés sur la banquette d'en face. Ceux qui ont fréquenté ce genre d'expérience, sauront que deux minutes suffisent à s'abstraire totalement, pour toucher l'insoucieuse déréalité insufflée par le bruit d'une locomotive à l'arrêt. On se retrouve alors comme rien, étranger à soi-même, hors temps si loin du monde et des êtres continuent à courir dans les villes vers toutes sortes d'objectifs dont la quadrature obstinée nous paraît soudain incompréhensible. Ce n'est qu'une impression, produit trompeur de l'oisiveté qui peut parfois revêtir, (gare ! gare ! c'est un piège !) les mêmes certitudes que la vérité la plus sûre. Moralité: Méfions nous de nos impressions...

chamelet gare poème visuel.jpg

La locomotive toussotant un peu au démarrage, j'y gagnais trente secondes de vitesse hyper lente (qui n'est plus de la vitesse mais une lenteur peut-être plus rapide que la lenteur ordinaire, tout cela difficile à mesurer précisément) puis après avoir exploré de fond en comble, Chamelet, ses alentours, (sans jamais bouger de mon fauteuil, là, j'insiste) je me suis aperçue (avec stupéfaction) que ce qu'on ne mentionne jamais quand on évoque le village de Chamelet c'est le lieu fou de la maisonnette laquelle, très curieusement a pris le nom de gare. A cet endroit qui devient aussi un instant magique, on peut, durant deux minutes s'égarer et le reste s'évase. Ainsi, en contemplant ces discrets joyaux villageois par les fenêtres de la maison du chef de gare, là où s'arrête la modernité, je dus encore me réjouir d'un léger réenchantement des lieux, dans la briéveté du temps qui passe et ne passe pas, devant ces beaux lettrages rouges qu'on croyait disparus, et je vanterai en passant, les bienfaits visuels et spirituels des volets verts, ainsi que la bonté intrinséque des rideaux dits "bonne femme", que l'on glane à des prix imbattables à Lyon, chaque mardi au marché de la colline (qui travaille), on n'exaltera jamais assez l'esthétique de la bonne franquette qui adoucit les moeurs autant que les vins de l'Azergue mettent le palais en sympathie avec la terre... Malgré l'annonce des deux minutes, d'arrêt, (en fait, d'annonce il n'y a pas, c'est au voyageur de faire le calcul et comme le temps moderne est arrêté ce n'est pas mince affaire, à cette heure du départ), il faut être matheux pour demeurer d'équerre sur les rails enfumescents "que nos rêves enfumaient", c'est de L'Emile...  Paisible, je suis restée, à Chamelet, deux minutes égales à longtemps, admettons que ce soit une imitation fort bien faite de l'éternité que je pris pour la vraie, collée à toutes les fenêtres, (ubiquité oblige), sans m'y pencher bien qu'étant fort tentée comme au temps de la lison où l'on pouvait ouvrir à volonté autant que refermer ou tomber de l'autre côté, pour un instant d'inattention,  et mourir dans une cotonnade anthracite, (à lire absolument "les périls colossaux" du philosophe cascadeur, Italien E.P. Sporgersi). Ne pouvant pas entrer le corps dans Chamelet entier (certains détracteurs de Sporgersi ayant cher payé de provoquer l'auteur sur ses mouvants territoires), près de ce quai à trente secondes de ce coup de sifflet d'un chef de gare du genre homme invisible, je voyageais encore dans l'air conditionné d'un wagon de deuxième aussi frais que le petit train des gentianes et après réflexion, je décidais de vous glisser quelques images de l'atmosphère inimitable de Chamelet-gare: une fenêtre par minute...  déjà le train nous presse, mais rien ne sert de courir, en soufflant sur une plume par le vent mythomane, l'oiseau vogueur pourra conduire, éconduire le lecteur de Chamelet à Kharbine en tirant légèrement sur les rails avec ses ailes comme sur un élastique jusqu'à l'oubli certain de nos destinations.

 

 

 

 

 

Nota : Pour voir toujours plus grand, il est recommandé de cliquer sur les images. Pour le titre assez lacunaire vous pouvez complèter ...

Photos : Dans l'ombre d'un train, des fenêtres, les derniers volets vers... peut être. Quelques vues. Tout est là ou plus sûrement ailleurs...

 

Chamelet © Frb 2012

jeudi, 12 juillet 2012

Invisibles

An têt an pié mango-vê
Mêt Kolibri lévé bon-nê
Opipiri ija douboutt' :
Sin tchê d'matin
Soleye ka lévé bon-nê ozantiy.
Fuiii !!!... Pssiii!!! - Mêt Kolibri ka siflé

Extr. du "Mêt Colibri" - Conte Créole"-

invisibles,contes,légendes,littérature populaire,petit lièvre,les frères grimm,charles perrault,fantasy,enfances,régression,rêverie,réminiscences,figures,monstres,lutins,goules,troll,roi,princesse,dragon,gnomes,pérégrinations,lire,symbolisme,initiations,sons,illustrations,maupassant,georges sand,prévert,contes traditionnels,inuits,afrique,japon chine,amérindiens,sioux,claude conti,tove jansson,andersen,ésotérisme,gazouillis,oiseaux,animaux,jouer,vitrine,mémoire,films d'animation,conteurs,récits,broder

 

Invisibles

Le roi-grenouille, la fille aux mains coupées, le renard parrain, Till l'Espiègle, la nonne qui a vu le monde, l'os qui chante, la reine des oiseaux, le petit poucet, le chat perché, les trois châteaux du diable, la femme-squelette, le carreau de beurre, la bouillie dans le trou de glace,  l'homme sans tête, le grand gros navet, la chemise qui porte bonheur, la tortue avisée, la poupée qui mord, la danse dans les épines, le roi des poissons, la bible du démon,  la licorne rose invisible, l'arbalète magique, le petit boeuf rouge, le chien du tsar, le bonhomme de pain d'épices, les trois oranges d'amour, les souliers usés à la danse, le crocodile qui ne mange pas les poules, l'enfant crapaud, l'indien qui gardait sa femme en cage, le chat qui s'en va tout seul, les 12 valets paresseux, les bottes de 7 lieues, les soupirants de la renarde, la chasse aux glousses, le Nakakoué, la soupe aux escargots, le harfang des neiges, la belette entrée dans un grenier, la princesse aux petits pois, l'ourson de verre, le coucou franc, le cochon à tête blanche, les trois petits kangourous, le vilain petit ver, Moumine Le Troll, l'homme au sable,  le nain jaune, le monastère des larmes, la malle volante, le rêve vendu, l'homme gris, la belle aux cheveux d'or, le jabberwocky, celui qui voulait vivre aux crochets des autres, le petit homme marron, le chêne parlant, le dromadaire mécontent, les fileuses d'or, les trois sourds, le petit âne, l'oiseau malin, la biche borgne, le chien Zoubar, les oies qui demandent du répit...

Invisibles

 Le samouraï oublié, l'homme touffu, le prince aux 3 destins, le Marquis de Carabas, le phénix sculpté, le tyran écarlate, le maître voleur,  le roi des échos, la fée clochette, Tim Tim bois sec, Poucette, la petite fée Carotte, le caméléon amoureux, le manticore, le dragon vengeur, le baiser maléfique, la dame à la licorne, l'âne si doux marchant le long des houx, monsieur-Chenille, la femme-cygne, le génie de la forêt, la mystérieuse chambrière, le nocher des enfers, la case des jours de pluie, le prince Torticoli, le Kraken,  la fée aux gros yeux, les trois ours, le sabre enchanté de va-de-bon-coeur, le gnome qui regarde passer le train, La belle Florine, la petite poule rousse, le roi des singes, Blaise le poussin masqué, l'arbre sans fin, les oeufs de la cane Calandéric, le mendiant insupportable, La fleur des vies des Saints, le Baba Yaga, la Dakini, Persinette,  Sylvain et Sylvette, Jeanot le cuisinier du roi, Dame cagouille, les lavandières de la nuit, la grotte aux lutins, le génie à tête de bouc, le prince tout bleui, Berthe la fille du roi de Hongrie, le sou du rossignol, le petit garçon qui plantait des clous, la vieille femme dont le fils adoptif était un ours, la soupe à la princesse, Dame Trude, peau de vachette, le vieux baron des ravots, la petite sirène, le chercheur de vérité, la lune prise pour un fromage, l'ankou, Ricdin Ricdon, le prince Titi, la bête à 7 têtes, la fontaine de Jouvence, le fantôme de l'avare, le moineau à la langue coupée, la princesse clair de lune, le roi Bec de grive, les moires, les nornes et les dises, les vérités inutiles, les souhaits ridicules, l'arbre qui voulait rester nu, la fée aux miettes, le pays des 36 000 volontés...

 Soeur Anne ma soeur Anne, ne vois tu rien... venir ???

A suivre, peut-être...

 

Photo : Le petit lièvre un peu visible, ou peut-être une apparition ? Photographié (sans trucages), montée de la Grande Côte à Lyon, un jour comme il y en a tant où l'on ne voyait rien venir hormis le petit lièvre dont on sût bien plus tard qu'il arrivait du pont du gard. (Avertissement : ceci est un conte pour les grandes personnes).

 

Liens :

intelligent : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfp_0556-7807_1977_num_40_1_2110_t1_0052_0000_2

instructif : http://expositions.bnf.fr/contes/arret/ingre/indespa.htm

Approximatif : http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/07/09/cendrillon-10-ans-apres.html

 

© Frb 2012.

lundi, 18 juin 2012

La fin du monde

Il ne faut pas rajouter une piqûre de guêpe sur un visage en pleurs.

ADAGE JAPONAIS

vige mur.jpg

Je suis retournée à la réception j'ai parlé à des gens qui trainaient sous les arbres. Ils échangeaient des phrases. Moi je cherchais quelqu'un. Ca creusait un espace. A présent je ne sais plus si nous avons vraiment fait partie de ce récit. Nous étions dans l'image. Un mot l'a abolie.

Tu sais où nous allons, il y a sur le sol une croix, qui résume la situation. On ne s'y retrouve pas. C'est pourtant là, une place. C'est écrit noir sur blanc. "Vous êtes ici". Le lieu révoqué ne doit plus signifier grand chose, ici c'est juste un mot où nous cherchons notre aventure en ayant l'air d'attendre quelqu'un qui ne peut plus rebrousser chemin.

Peut-être a-t-il été forcé de fuir ? - Comme nous ferons un jour - casser pour essayer de s'exalter plus loin. Peut-être n'a t-il pas souhaité s'encombrer de souvenirs ? Il a pris le train au départ des grandes lignes - comme nous ferons un jour -  Paris-Nord, nid d'amour à Bonnières, un passage au Bois d'Oingt, terminus à Belledonne, autant de coins perdus pour retrouver les hommes.

A présent, il marche suivant un plan griffonné par un autre. Il s'est fait avaler en courant sous les pins. Il s'est fait happer par une louve, il l'a dit à quelqu'un qui l'aura répété. A quoi ça servirait de savoir ce qui est vrai ? A constater la faille. A vouloir sans répit, ramasser le bon grain ? Ici, c'est un monde clos où nos histoires sont recrachées plus vite que l'homme porte son grain. Ici tout peut-être englouti en l'espace d'une seconde par des bouches insatiables dont le rire bruyamment dissimule notre vide. Ici, c'est un quai de départs incessants, d'arrivées ininterrompues, un désert agréable, un festin où les grands dînent à l'heure où l'on dort. Et pendant qu'ils dinaient un ami de longtemps est sorti, prend sa veste, ferme la porte discrètement, s'en va. Il est parti. Et toi tu n'as rien vu. Occupé que tu es à écrire, à capter les motifs, à broder des rubans à propos de l'amour des hommes ou de la femme, de la bonté perdue, du  plaisir retrouvé, du temps qui passe, à louer les vertus, montrer la vanité de l'homme ou de la femme, de tout ce que tu sais. Mais que sais-tu exactement ? A présent tu fais comme. Tu fais sans. Tu écris ton histoire comme si rien ne te manquait.

 

 

 

 

Photo :  Un collage somptueux totalement éphémère, une des plus belles réalisation de street art parmi toutes celles croisées ces dernières années dans cette ville, je ne sais pas le nom de ou des auteurs de cette oeuvre mais je remercie les artistes de nous offrir cette réalisation dans une perspective magnifique  entre construction, destruction, du côté de l'arrêt public des platanes en remontant sur la colline (qui travaille). On notera la  gratuité  absolue de l'installation et le détournement du monde dépressionniste de ces maisons béantes en un mur devenu toile géante presque écran. Le rendu in situ est encore plus troublant d'autant qu'il se trouve  sur mur d'un bâtiment qui va tomber. La première fois, cette image vue de nuit était comme une apparition, celle ci a été photographiée de jour entre des grues ou engins genre effaçeur de mémoire modèle 309.  Vous pouvez regarder cette réalisation en un + grand format en cliquant sur l'image.

 

Lyon © Frb 2012

samedi, 16 juin 2012

Dans l'intervalle...

Où il sera vaguement question de l'interprétation des nuages...

un nuage bb.jpgtour.jpgboul.jpgun nuage.jpg

 

 

 

 

 

Photo 1 : Où l'on peut avoir une petite idée de la largeur des rues qui forment les pentes de la Croix-Rousse, et un peu une idée des couleurs des façades. Je sais, c'est vague...

Photo 2 : Où l'on retrouve la demeure du Maître de Lyon qui tire les ficelles de la ville au secret dans sa tour octogonale, un endroit fascinant, éclairé la nuit, on se demande parfois quels secrets s'y cachent.. Situé du côté de Bellecour en Presqu'île. Place Antonin Poncet exactement.

Photo 3 : Où l'on apprendra que la véritable boule lyonnaise se joue un petit peu dans les airs et parfois sur la terre entre le clos Jouve et la Tabareau entre autres...

Photo 4 : Où l'on aura, un aperçu  fragmentaire de l'immeuble aux 365 fenêtres, qui donne sur le jardin des Chartreux, vous ne pouvez pas le voir mais les gens qui vivent là  de leur fenêtre, eux, le savent...  En fait elle compte 378 fenêtres, c'est la fameuse Maison Brunet, un immeuble que j'aime particulièrement d'une part j'y ai travaillé quelques années au dernier étage dans une ambiance festive mémorable avec vue imprenable sur les scintillements d'une partie de la ville dont l'autre colline de Lyon et surtout parce que des considérations cosmologiques attachées à cet immeuble  méritent un peu qu'on s'y attarde, en effet la maison comporte autant d'appartements que de semaines (52) et autant d'entrées (4) que de saisons. Monsieur Marcel Rivière le savait avant moi, même si ce n'est plus lui qui officie, (tout fout le camp) cela dit, cher à notre mémoire autant que son suppléant, vous pourrez en apprendre davantage en cliquant sur l'image. L'immeuble est situé place Rouville  juste en dessus de l'ancienne "Boule des rigolards", ça ne vous dit rien, c'est normal elle a changé de nom et les gargoulettes rafraîchissantes n'y sont plus les mêmes qu'à l'époque de la naissance (des Rigolards) que je n'ai pas connus, mais je vous raconterai ça un jour, quitte à broder un brin, s'il le faut (encore des promesses)...

Photo 5 : Figure libre, la photo qui n'existe pas, celle qui reste à faire, c'est la première fois qu'on vous la montre, plus dépouillée on n'oserait pas, histoire d'offrir un peu d'avenir à nos moutons, il ne sera bien sûr  question que de l'interprétation des nuages. Si par hasard vous savez lire (dans les nuages, of course)...

 

Lyon © Frb 2012