vendredi, 26 avril 2013
Icare 2013 (III)
Mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité à créer de la beauté à partir de mon désespoir [...]
STIG DAGERMAN in "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier", éditions Actes Sud 1981.
Icare n'arrivant plus à s'envoler aussi haut qu'il l'avait autrefois rêvé décida qu'Avril dans sa nature clémente, lui permettrait tout aussi bien d'essayer de marcher sur l'eau. Icare ne savait pas encore que le ciel du mois de Mai s'annonçait pluvieux et brutal, Icare n'écoutait pas la radio, il ne se fiait qu'à notre calendrier singulier destiné à ceux qui ont un léger retard sur la vie, mais il avait notre courage, notre approbation et les cris d'enthousiasme du peuple des oiseaux de la forêt - pic verts, rousseroles et bécassons menant par dessus les choeurs (mes anges !) une section rythmique endiablée en tapant becs et pattes accordés sur tous les bouts de branches qu'ils pouvaient trouver, le départ fût très gai. Icare ne manquait ni d'ingéniosité ni de provisions, nous étions sûrs, cette fois-ci, qu'il ne pouvait pas rater son défi, étant si près du but ...
Si vous avez loupé le début il suffit de cliquer dans l'image et tout ce qui précéde se souviendra de nous.
Photo : Un nouvel élan, Icare et l'océan : une autre histoire, au gré du vent, si le vent nous porte plus loin ou plus haut. CQFD...
Ailleurs © Frb 2013.
vendredi, 22 mars 2013
Les limites nous regardent (derniers jours sur le fil)
Un paysage, un habitant qui en explorent les bornes enclin à laisser le photographe se pencher par dessus son épaule...
Les limites nous regardent

Ceci n'est pas une simple phrase, c'est une tentation.
C'est aussi le thème d'un très beau projet de Ernesto Timor, photographe excellent, dont j'ai découvert récemment les multiples travaux et autres ramifications.
Ernesto Timor expose en ce moment à l'Antre Autre, (chez Maguelone), jusqu'au 30 Mars 2013.
http://www.ernestotimor.com/irregular/expositions/les-lim...

Pour une fois j'étais à jour mais loin de l'heure, malgré une folle course entre villes, il est trop tard pour déjouer d'autres limites technologiques § co, (mes excuses à Ernesto), trop tard pour annoncer une soirée ERNESTO § FRIENDS, qui a eu lieu ce soir, terminée depuis quelques heures, il y avait au programme des projections, échos/ rebonds littéraires et sonores (les limites nous écoutent) + d'autres surprises... Je n'en dis pas davantage puisque que je n'ai pu m'y rendre c'est un regret, mais ça donne une idée du projet et de ses fines correspondances. J'apprends pour consolation, que "Radio Quenelle" "the" web radio lyonnaise a enregistré l'émission "je suis venue vous dire", ce 21 Mars à l'Antre Autre au coeur même des limites de Ernesto Timor.

L'artiste y parle lui-même de son projet, de ses photos, le podcast est écoutable sur le site de Radio Quenelle, je vous glisserai le lien très bientôt afin de ramener un petit aperçu sonore sur cette page.
Pour l'instant je sais déjà qu'il vaut le coup, d'aller faire un tour du côté de l'Antre Autre, l'endroit est coloré, convivial, et les photographies d'Ernesto Timor y sont encore visibles quelques jours.
N'ayant pu rencontrer l'artiste in situ, je publie l'évènement sur le fil d'un échange généreux déjà riche en couleurs, Ernesto Timor a eu la gentillesse, d'offrir des limites inédites à certains jours, je l'en remercie elles sont au chaud pour l'heure, il serait bon d'y revenir... Je ne doute pas que nous pourrons aborder encore le thème des limites vues par Ernesto Timor, peut-être, prochainement. J'ouvre la perspective selon les évènements ou sur un mode impro, on en reparlera tôt ou tard.

Pour l'instant, nous suivrons l'actualité d'Ernesto Timor de très près, puisque le projet Les limites nous regardent se présente sur un mode évolutif, il s'étoffe, il s'expose entièrement ou par bribes et en divers lieux, il trouve aussi ses échos en musiques, poésies, se remixe en explorations sonores et de fait, suscite des rencontres avec d'autres créateurs. C'est en ce moment sur la dernière ligne de Mars, un monde aux vastes imaginaires, et dyptiques assez rares. Courons ! Il n'est jamais trop tard...
Nota :
L'Antre Autre, est situé au 11 de la rue Terme dans le 1er arrondissement de Lyon.
Si vous désirez découvrir Ernesto Timor en multi-pistes, je dépose quelques liens, tout de quoi savourer et le reste à venir...
http://www.ernestotimor.com/malaxe/
http://www.ernestotimor.com/irregular/
Photos: © Ernesto Timor (extraits du dossier "Les limites nous regardent").
mardi, 26 février 2013
Bricodrame
La fin des commencements
Avec l’air que l’on chante lointain,
de plus en plus lointaine enfance
avait écrit TZARA dans "L'homme approximatif".
Une fine trace suspendue à ce fil, et au cours ordinaire simple et bête, filmé brut, d'une fenêtre de la façade adverse, au coeur d'un quartier presque entièrement frappé de servitude (involontaire, évidemment).
mercredi, 14 novembre 2012
Je suis un artiste
"Je ne suis pas un papillon je suis Frédéric, je ne suis pas une machine à répéter je ne suis pas un animal je suis un humain je ne suis pas analphabète je suis un arbre je ne suis pas une fille je suis un garçon je ne suis pas un objet [...] voici mon bureau où je mets aussi quelques cadres et des posters de chevaux [...] j'ai aussi un enregistreur j'ai un ordinateur avec sa caméra et des personnes qui peuvent voir dans l'ordinateur [...] et j'ai même dans ma chambre un grand piano et ça fait du bien de chanter avec le piano [...] voici mon grand jardin avec une serre où je fais tout des légumes variés [...] j'ai toujours des jambes longues je suis grand je suis fort j'essaie de trouver la vérité et d'être le plus beau du monde"
FREDERIC: extraits choisis "Je suis Frédéric", une pièce sonore réalisée par Damien Magnette mixée par Christophe Rault, produite par l'ACSR (atelier de création sonore radiophonique- Bruxelles).
"j’aime écouter ma voix".
Voilà Frédéric. Mentalement déficient qui aime les sons follement, qui décrit sa vie quotidienne à Damien Magnette. Il s’enregistre depuis des années, collectionne les sons, chuchote ou crie dans le micro. Il nous fait visiter son monde : sa maison, son atelier de jardinage, ses goûts, ses pensées. On déambule avec lui dans un univers baroque de bric et de broc. Frédéric est "mentalement déficient". Peu importe, son énergie emporte tout. Il dit « je » mille fois. Un "je" servi par une parfaite réalisation de guingois.
(source de partage sonore : SILENCE RADIO)
"Je suis Frédéric"
Pour tenter d'en présenter un peu l'essentiel. Cette pièce sonore est une des plus fulgurantes entendue depuis bien longtemps, elle a été relayée par nombre de médias qui l'ont unanimement encensée, elle a remporté de nombreux prix notamment en 2011 un second prix de création radiophonique au festival longueur d'ondes. Le Festival "bobines rebelles" a eu l'excellente idée de programmer cette composition, le week end du 24 et 25 Novembre 2012, (à venir sur notre calendrier récalcitrant, et sans doute advenu déjà) mais comme nous n'avons pas tous l'opportunité de partir un week end pour un festival en Seine St Denis, je vous propose d'entrer dans la maison de Frédéric, qui est bien sûr un monde. Damien Magnette a composé, décomposé, recomposé la réalité du quotidien de Frédéric pour nous inviter en terre angélique le metteur en ondes a dû brouiller, comme nous l'aimerons toujours, la fiction et la réalité. Entre des faits anecdotiques, un singulier parcours, surgissent implicitement des abîmes et les questions universelles, les plus claires de la vie humaine, comme les phrases que nous n'osons plus prononcer quand nous parlons à la première personne, histoire de "dire" "communiquer" s'il est possible, d'exprimer qui nous sommes.
"Je suis".
Ici, l'immersion est brutale mais d'une immense délicatesse qui évoque et réveille ces attachements au tout venant - de très simple à baroque. Le courant passe par les les oreilles jusque dans l'épiderme, il est électrique, devient partageable et c'est terriblement, que Frédéric "nous" jardinera, mine de rien avec sa voix humaine, ses dessins son piano... Ca deviendra un sortilège.
Cette création est un fondamental à écouter absolument, 38mn 34 de visite guidée par Frédéric, un énoncé très simple en apparence...
Merci encore à l'excellent site : "Silence Radio" de nous permettre de diffuser partager et faire tourner peut-être... Peu de chance d'en sortir indemne.
"Je suis un dessin [...]
je suis Frédéric Deschamps
mais je ne suis pas méchant"
Nota : Quelques lecteurs m'ont signalé que leur navigateur ne permettait pas l'écoute via le player de "Silence radio", si vous rencontrez ce problème vous pouvez écouter la pièce de Damien Magnette en cliquant sur le lien ci-dessous:
http://www.silenceradio.org/dbfiles/file_171_high_je_suis...
Photo : "Je suis une fenêtre"...
Sources documentaires et sonores : Silence radio- ACSR- France Culture /
Le manoir © Frb2012.
mardi, 06 novembre 2012
Panier (by HK/RL)
"Je les vois se dorer ventre à l'air vos chanterelles d'abord dans une petite mousse grosnienne émeraude bordée de feuilles de chênes ocres puis bercées dans votre panier d'osier"
écrivez vous dans votre commentaire
d'où la photo ci-jointe pour vous prouver que votre "vision" est très exacte (retour d'une longue balade-cueillette en forêt des Trois Monts)"
HK/RL: extrait d'une correspondance automnale et gourmande, (ce n'est pas la première). Vous pouvez retrouver LR chez nos amis de Lieux dits (en ouvrant la fenêtre) ou vous pouvez rester ici en offrant votre corps et votre âme à ce divin panier pour en jouir sans entraves.
Musique: A very special dédicace to HK/LR, de correspondance en correspondances: John Cage était aussi un fin mycologue allumé par l'art des cueillettes il s'est tôt aperçu que "Music" et "Mushroom" se touchent dans plus d'un dictionnaire. Ci-dessus, un extrait de "Mushroom Haïku, excerpt from Silence".
Photos: Un panier de chanterelles et des parfums boisés, pour un monde attachant où l'or croît au grand air, se cueille à pleines brassées puis s'attache à nos lèvres. De quoi passer l'hiver très loin du CAC 40 dans la délectation insolente des plaisirs simples et gais, à humer sans vergogne un petit vin de région. Le cueilleur de champis (qui est aussi un marcheur, chercheur patient et silencieux), pourrait bien se laisser tenter au retour par un de ces Chinon de 10 ans d'âge, un salaire sans la peur, dans le crépitement des fricassées, nous lèverons nos verres à la terre, tant qu'elle tourne, (comme un plat de chanterelles), et trinquerons au tableau merveilleux qu'on pourrait appeler "le repos du cueilleur". Et ce n'est qu'un début...
from the Grosne's-Land © HK/RL 2012.
samedi, 06 octobre 2012
Sillonner
Maintenant, est venu le temps de voir les choses plus généralement, de faire les choses sans théorie, de ne pas avoir de systèmes, d'idéologie, de références, avoir le droit d'inventer ou d'emprunter, d'avoir le droit d'imiter ou d'innover, en refusant même l'analyse comme résurgence de la contrainte, c'est peut-être cela que j'appelle post-moderne.
LUC FERRARI : extr. "Presque rien"/ "Le dit des presque riens"
En hommage à feu Luc Ferrari, immense et regretté compositeur de musique contemporaine, électroacoustique, musicien sans salon, je vous invite à écouter, et "visionner" deux propositions différentes, choisies parmi d'autres compositions, dont la première est issue d''une pièce musicale qui est aussi un merveilleux voyage sonore intitulé (la formule tient à coeur): "Presque rien".
Au départ, le concept des Presque Rien n’a rien à voir avec la musique. Il faut se transporter dans l’époque ; dans les années 60 on disait, le bruit d’un côté, la musique de l’autre.
Luc Ferrari ne s’est pas laissé prendre à ces poncifs, il s’agissait avant tout de faire quelque chose issu d’un grand désir sans se soucier si cette chose entrait dans une catégorie ou non. Le concept au départ ne peut se comprendre physiquement, mais plutôt comme une impression générale que l’on donne à un corps. Ce concept comprend : un seul lieu un seul temps, une certaine acoustique, ce qu’il développera d’un Presque Rien à l’autre.
L’une des principales caractéristiques des Presque Rien est cette narration qui ne cherche pas spécialement à conter une histoire au public mais plutôt à rendre perceptible le temps, avec une volonté précise de montrer que quelque chose se passe à un endroit. Contrairement aux paysages sonores où le lieu est perceptible, les éléments qu’il utilise et qu’il désigne comme le son du quotidien, incitent, par le concept d’une histoire minimale dépourvue d'évènements à un voyage dans le temps. C’est le hasard des sons du quotidien consistant en une substance allant avec des gestes quotidiens, qui vont construire le temps. L’intention de raconter est présente mais il est important qu'elle reste floue.
Puisque Luc Ferrari a inventé lui même un concept à sa création, il n’a aucune raison de lui rester fidèle. S’il y a fidélité, c’est celle de sa recherche, mais il peut faire mentir le discours par exemple, très longtemps, l’époque s'y prêtait également, Luc Ferrari croyait que la beauté était un concept dépassé juste une guimauve. Ensuite et sans trahir le mouvement de ses recherche il fût empiriquement persuadé du contraire.
Nous devons nous occuper de la beauté, indispensable à notre réflexion. Ou bien n’avons-nous plus le temps de nous occuper de la beauté parce que la laideur nous horripile ?
Ayant vécu ainsi quelques années dans une banlieue où tout est laid, déplacé, sans aucune harmonie, son sens pour l’harmonie et la beauté lui parûrent alors comme une nécessité et nullement secondaires, loin de ces guimauves, ce n'était pas une réfutation, mais le présent imposait un autre mouvement, c'est ainsi que les "Presque rien" s'appliquèrent à la recherche de la beauté du son, de l’harmonie, à la recherche de l’harmonie des relations et des temps. Disparition de la narration. Disparition de l’enregistrement comme souvenir, d’un lieu ou d’une situation. Reste une sorte de rapport, une présentation d'éléments singuliers un peu comme une raréfaction ; on pourrait alors mieux comprendre qu'ils trouvent aussi leur place dans le temps. Dans Presque Rien N° 5 il s’agit de l’histoire du jeu des objets musicaux.
Luc Ferrari voulait rester jeune. Il aimait écouter les jeunes gens. J'ai eu la chance de le croiser quelques années avant sa mort, nous avions peine à croire qu'il était né en 1929, il avait insisté pour qu'on sillonne un peu la ville avant l'heure de son train, et s'il était en retard, cela n'avait aucune importance, il prendrait le train suivant, pour lui, improviser restait assez marrant, il avait traîné devant les façades pleines de graffs par les pentes, il y voyait courir les sons il s'impliquait déjà dans des associations artistiques avec de jeunes artistes issus des nouvelles mouvances électroniques (on dit de l'"electro") il s'intéressait d'assez près à ces nouveaux explorateurs et il en a incontestablement influencé plus d'un.
Luc Ferrari ayant fait ses classes chez Olivier Messiaen, l'impressionnant parcourt du compositeur, suscitait en nous une certaine timidité: élève de Alfred Cortot et de Arthur Honegger, pionnier du GRM créateur de la Muse en circuit, ces titres honorables somme toute ne pesaient que sur nos principes, Luc Ferrari restait un jeune homme accessible aimant les terrasses des cafés, foin des timidités, nous avons bu des coups jusqu'à la nuit tombée, nous avons parlé des musiques de toutes sortes, de l'amour, de l'humain, de la beauté des villes et des rythmes perdus toujours à retrouver partant de notre histoire qui passerait peut-être par des livres, des films, Xanadu, ou ailleurs ; cette voix avait dû discrètement modifier notre façon d'écouter. Luc Ferrari répondait sans manière à nos questions sur un mode informel avec une précision qui ne reniait ni la tautologie ni l'oxymore, il était érudit mais sans ostentation, il avait beaucoup réfléchi à ces formes de langages artistiques et humains, des leçons de piano, à la simple conversation, aux étapes silencieuses, sensuelles, nécessaires de l'écoute Luc Ferrari explorait les sons inouis de la vie en gourmand, il archivait sans répit ni aucune nostalgie de son passé pourtant exceptionnel, nous en avions conclu qu'il était sans doute plus moderne que nous. Mais il se peut que ces catégories (moderne, ou pas moderne) n'en disent pas plus que ce que j'ai lu un jour, au sujet du compositeur, où le journaliste affirmait que Luc Ferrari (je cite) "explorait tout et surtout n'importe quoi", mais sans avoir beaucoup écouté ses oeuvres, semble-t-il, au fil du temps, et du cheminement d'une vie entièrement vouée à la création, la curiosité mine de rien en exige et il sera toujours plus aisé d'élever des cloisons sur des plis que de les abolir. Déplier déployer, est en soi une création à part entière. En résumé, il est encore trop rare de percevoir que n'importe quoi n'est justement pas rien, A moins de se prendre pour ce que l'on n'est pas. ou de mépriser son public ; Ce qui fût loin d'être le cas de Luc Ferrari expérimentateur, joueur, compositeur et surtout précurseur généreux autant de notre époque, que d'une autre, plus sûrement à venir. Ce jeune homme s’est éteint à Arezzo le 22 août 2005. Il était âgé de 76 ans.
Remerciements : à l'Ina, au Grm et au site Arts Sonores. Ce billet est dédié à Luc Ferrari (bien sûr, ça, vous l'avez compris) mais aussi à la muse en circuit et au bel esprit de mes camarades et aînés qui n'ont pas toujours été en accord avec nos créations mais faisaient tout, et parfois l'impossible, pour que nous puissions les réaliser, les diffuser, les partager autant qu'il sera encore encore possible de mener librement ces recherches ...
Filiation sonore :
Film :
http://www.jacquelinecaux.com/jacqueline/fr/documentaire-presque-rien.php
Lien visuel: street art à Lyon (avec votre participation) :
http://streetartlyon.tumblr.com/page/2
Nota : d'autres emprunts visuels et sonores se retrouvent en cliquant sur l'image.
Photo : En revenant du pont de L'Université près de la rue de Marseille, vue sur un mur (de supermarché) une judicieuse petite oeuvre de street-art, les oiseaux en couper-coller musicalisé (il y en a en réalité, via une vue fragmentée, plusieurs collages du genre dans cette ville), un oiseau sur un mur courtisant l'authentique vieux vinyl cassé collé, réinventé, revenu transfiguré des collections classiques chéries par nos parents: Deutsch Gramophone, la petite oeuvre a l'air d'être prise à l'horizontale, mais comme l'assemblage a été disposé contre le mur à plus de deux mètres de hauteur, je remercie ce passant, passeur anonyme, sexagénaire très souple, grand de taille prénommé Michel (semblable à Dieu, rendons-grâce à Michel :) qui devinant les difficultés que j'avais à approcher l'oeuvre d'en bas, m'a proposé ses mains pour me faire la courte échelle, le temps d'une photo, ce qui n'est pas ordinaire. Merci aussi aux street artists qui, sur ce coup là, n'ont laissé aucune signature, si quelqu'un croisant cette page peut toutefois nous renseigner, je serais heureuse d'accueillir quelques infos à propos du ou des auteurs du collage reproduit ci dessus, c'est pas mal de rendre à César même si les créateurs de street art (à visiter quelques variations sur thème ICI) prônent plus souvent la gratuité et le jeu, avec ou sans the blaze.
A venir sur CJ, la nuit, le jour, ça continue, sons et images in city, iront se frotter prochainement à la vogue...
Lyon 7em © Frb 2012
lundi, 30 juillet 2012
La fenêtre à Doucy-les-Meurs
Vivre le monde en tant qu'un immense musée d'étrangetés.
Allez savoir pourquoi la fenêtre à Doucy les Meurs fait un bruit de casseroles quand on s'assoit au bord... Est-ce de l'art ?
Débats et controverses en lo-fi :
Nota : Pour voir distinctement les instruments de l'orchestre vous pouvez cliquer sur l'image.
Photo : La musique adoucit la fenêtre à Doucy les meurs et vice versa, et vi.se vɛʁ.sa ou vis vɛʁ.saˈvaɪsɪ,ˈvɜːsəˈvaɪsə ˈvɜːsə ...
Doucy-les-Meurs © Frb 2012
vendredi, 20 juillet 2012
Aux blues des volets clos
Images de ceux qui sont partis dédiées à ceux qui restent...
Premier volet à l'ancienne, store à lattes, jalousies, sur fond de façade cacao. Les Robbe Grillet sont partis en vacances à Marienbad (comme l'an passé, elle ne se souvient plus, il faut qu'il l'y emmène), je tente un raccord littéraire avec des bouts de ficelle, nous qui restons sans vacances, cloîtrés devant les jalousies, (d'habitude c'est derrière), nous ne savons pas avec ce genre de matériel, si quelqu'un ne surveille pas la rue, peut voir sans être vu. Puis arrive un moment où tout semble pareil, à guetter les premières feuilles de September, à retrouver l'amant ? Qui fût dedans, s'en va dehors. Que fait-il ? Lui dont l'aspect broussailleux noircit le cacao et frappe à ce volet. Une bouche suppliante mange le mur. L'ombre porte le feu et le sombre amoureux se cogne aux volets clos de la femme sans coeur...
Volets jumeaux, vilains volets, un modèle pour les temps à venir, pas question de rigueur, et pas d'austérité ah mais ! ah mais ! (mots bannis), on aimera ces volets tristes avant de les retrouver furieusement à la mode. On s'exerce à perdre peu à peu, le goût de rire, de vivre, l'envie d'avoir envie, à trop les regarder ces volets ; c'est un genre doué d'une cruelle façon d'insister sur l'absence, même ouverts, une présence, même la plus enjouée, n'y pourra rien changer. Juillet en plein hiver, c'est la couleur des rues en retrait de la ville, loin de Lyon et ses jeux de lumière florentine. Ici, ça deviendra un nom hybride dans les coloris vus, revus, de jaunasse, saumon sale, ces teints qui hantent encore la mémoire des locaux administratifs, on n'a pas oublié certaines salles de classe. La rentrée est de rigueur, on y pense, en passant par ces rues croisées près du cours Emile Z. où nait Charpennes, ça ne rime plus mais ça pleure au delà du soleil qui dore un peu les murs des habitations collectives, masquant les fêlures du vieux monde, il tient on ne sait comment entre les trouées des chantiers. Un sans faute, pour la touche de neurasthénie estivale, le psychiatre a aimé, et moi, (on s'en fout) j'émets (quand même) quelques réserves avec un petit fond sonore (comme on dirait "un petit fond de Bartissol") pour remonter le moral des troupes ? De ceux qui restent, à ceux qui restent ? S'ils n'ont pas peur de passer au volet plus sérieux.
Sérieux, fraîchement refait. "C'est Volet blanc § blanc volet", dit l'adage du poète ivre de Tao. C'est aussi la devise du peintre (en bâtiment) féru de Yop à la vanille. Monsieur Maurice Leblanc réside ici, lui qui fût sans volets semble-t-il, il est passé avec son héros, puis il est reparti, emportant l'argenterie, en volés ! ah gredins ! nous laissant devant un carré blanc sur fond blanc d'une netteté si nette, qu'on se passera de commentaires, sauf que non, parce que Monsieur Kazimir Malevitch va encore gueuler qu'on lui a volé son volet, volet tagué ô vol du blankvoléchpoutnick pièce maîtresse de l'exposition bien sûr, je saute sur l'occasion pour glisser un petit lien commercial, pour le plaisir d'offrir à mes lecteurs chéris une page de publicité locative, pas bien maline, je sais, je sais, (pour une fois, je reconnais :)
Après qu'on nous zute rebattu, (rabattu ?) les oreilles avec la fumante maison bleue, devenue respectable musée du koala ex. chevelu, on s'est aperçu que non seulement la maison bleue n'était pas bleue mais aussi c'est plus grave, qu'elle n'avait pas de volets, une hérésie, un pur scandale pour la culture hippie, du moins un paradoxe ; on ne saura jamais comment ils s'envolaient sans volets, les nipis quand ils tiraient sur la Marie-Johanna, alors qu'on sait qu'ils cherchaient la planante... Plus philosophiquement, je tiens à rajouter (merci aux gars du bar tabac "chez Marinette"), je pique au zinc, qu'une maison sans volets "c'est comme un vélo sans guidon" (qui a dit ça ?) ou "comme un baiser sans moustaches", (ça, c'est de Clarck, il l'a prouvé). Pour les analogies, je vous laisse compléter... Après la détente c'est Hector, maître du chant d'été qui vous présente la maison rose aux volets bleus un peu grisés presque fermés, (la sienne avait des volets verts très beaux et bien ouverts), les volets bleus ont été vus, photographiés aux alentours de Wilson Place, entre deux rues en pleine déconstruction. Les Berlioz sont à l' Alpe d'Huez, que voulez-vous savoir d'autre ? Que c'est beau le bleu grisé sur une façade qui bronze quand les volets sont ouverts ce qui s'avère, si on y pense à tête reposée, un grand mystère presque aussi difficile à résoudre que le Rubycube de Kandinsky...
La vie ferraille vers la rue de l'Hector, (encore lui), volets fermés en rez-de-chaussée, avec les fils de la machine à coudre branchés sur la chevillette de l'entrée, autant vous dire que l'endroit est déjà frappé de servitude, (on dit d'alignement ça dit ce que ça veut dire), il en sera fini dans un futur très proche, des volets crades sur fond pisseux d'art brut, (on appelle ça peinture au torchon dans les milieux d'art brut, et ceci est devenu "over-tendance" chez les bobos huchuyéyés qui confirmeront qu'on intitule cette pratique, la "peinture essuyée" mais enfin bon, comme disait Melle Pugeolle en rendant les copies de d'instruction civique aux enfants poétiques que nous fûmes, je cite : "y'a torchon et torchon", dans notre cas de figure, ce sera la version que vous voudrez, en forme de closerie des Dugris partis chercher du bleu à l'Ouessant, volet à déprimer les cieux et façade de pur style dépressionnisme en milieu urbain. Voilà qui n'arrange pas le moral. Ils sont bien partis les Dugris de bon matin, avec la caravane, emportant serpillières, géraniums, les babioles, les pots de bidules, tuperwar qui habillent d'ordinaire les rebords des fenêtres. Eté, tout s'en irait, bassines, serviettes, mini-cactus, torchons des mains, choses mises à sécher, etc... il n'y a plus rien. Nothing. Nada...
Rose c'est la vie, les volets roses tagués, ça c'est du rez de chaussée ! vu du côté du très beau quartier des Chartreux, avec hors-champ, mais quel panneau ! un parking à vélos, ouvert l'été, la critique a aimé le regard gamin de la bête qui dit "ok", (on suppose qu'elle le dit) un air de la vacance sur du clos pas fermé, la bête est sympathique, signée d'un blaze dont je ne sais rien... la prochaine fois en exclusivité estivale, j'ouvrirai les prévisibles volets de ceux qui restent.
Lien : Si vous avez loupé le début, tant que juillet sera chez nous, le mois du volet vous pourrez cliquer ci-dessous :
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2011/09/07/pr...
Playlist des gens partis : 1/ Chenard Walcker : "Blues" 2/ Mississipi Fred McDowell : "You got to move" 3/ The Kinks : "Holiday" 4/ Charles Patton : "Green river blues" 5 / John Cage : "the seasons "(Summer) 6/ Scott Walker: "The windows of the world".
Nota : pour les passionnés de volets, un coup de souris (ou de traque-pattes) sur les images et vous aurez le privilège de retrouver nos volets grandeur nature sans même vous lever de votre chaise-longue.
Photos : Enfin, pour en finir, juste avant de sortir de l'étuve intenable d'un Lyon merveilleusement désert, c'est pas mal, entre deux trains, de s'amuser ici et là, à glaner du banal estival à la périphérie, comme je pensais bêtement qu'en sortant de Lyon il ferait plus frais, c'est idiot... (là aussi je reconnais), j'ai testé pour vous les volets de banlieue (disons de la banlieue mitoyenne,) à Villeurbanne exactement ; images volées et repérage en volés lov' entre les stations de métro, Charpennes et République, sauf pour la dernière image saisie en remontant les pentes vers les rues de Flesselles, Ornano, qui mènent aux fraîcheurs des terrasses arborées du Mont Croix-Rousse. Un billet sous le signe de la clôture, c'est déjà un présage, ou disons un sujet... Ouvrir/ fermer/ Que peut-on peut faire d'autre ? Avec si peu, et de la volonté, on parviendrait à ouvrir fermer : sa vie, ses portes, ses yeux, sa bouche, les flux, les fûts, les dossiers, les boîtes, les coeurs, les livres, les robinets, les fenêtres... et surtout ses volets !) j'ajoute au babillage, une petite dédicace pour celui qui ne s'est jamais battu contre un ou deux bons battants de volet à l'ancienne, (puisse-t-il connaître un jour cette joie formatrice), quand triste hélas ! il se retrouve (et moi aussi) à tourner, de nos jours, la manivelle ou plus exactement à pousser un bouton de science fiction de la collection PVC enclenchant l'ouverture ou la fermeture automatique de ses volets roulants, plus un effort à faire pour gagner ou perdre son bout de ciel, alors que rien au monde n'est plus émouvant, vu d'en face, qu'un homme ou une femme ouvrant et fermant ses volets (qui grincent de préférence) de l'aube à la nuit et réciproquement. Mais voilà, bonnes gens, on l'a dit, on ne le dira jamais assez : on n'arrête pas le regret.
A suivre, peut-être....
Villeurbanne/Lyon © Frb 2012
jeudi, 12 juillet 2012
Invisibles
An têt an pié mango-vê
Mêt Kolibri lévé bon-nê
Opipiri ija douboutt' :
Sin tchê d'matin
Soleye ka lévé bon-nê ozantiy.
Fuiii !!!... Pssiii!!! - Mêt Kolibri ka siflé
Extr. du "Mêt Colibri" - Conte Créole"-
Invisibles
Le roi-grenouille, la fille aux mains coupées, le renard parrain, Till l'Espiègle, la nonne qui a vu le monde, l'os qui chante, la reine des oiseaux, le petit poucet, le chat perché, les trois châteaux du diable, la femme-squelette, le carreau de beurre, la bouillie dans le trou de glace, l'homme sans tête, le grand gros navet, la chemise qui porte bonheur, la tortue avisée, la poupée qui mord, la danse dans les épines, le roi des poissons, la bible du démon, la licorne rose invisible, l'arbalète magique, le petit boeuf rouge, le chien du tsar, le bonhomme de pain d'épices, les trois oranges d'amour, les souliers usés à la danse, le crocodile qui ne mange pas les poules, l'enfant crapaud, l'indien qui gardait sa femme en cage, le chat qui s'en va tout seul, les 12 valets paresseux, les bottes de 7 lieues, les soupirants de la renarde, la chasse aux glousses, le Nakakoué, la soupe aux escargots, le harfang des neiges, la belette entrée dans un grenier, la princesse aux petits pois, l'ourson de verre, le coucou franc, le cochon à tête blanche, les trois petits kangourous, le vilain petit ver, Moumine Le Troll, l'homme au sable, le nain jaune, le monastère des larmes, la malle volante, le rêve vendu, l'homme gris, la belle aux cheveux d'or, le jabberwocky, celui qui voulait vivre aux crochets des autres, le petit homme marron, le chêne parlant, le dromadaire mécontent, les fileuses d'or, les trois sourds, le petit âne, l'oiseau malin, la biche borgne, le chien Zoubar, les oies qui demandent du répit...
Invisibles
Le samouraï oublié, l'homme touffu, le prince aux 3 destins, le Marquis de Carabas, le phénix sculpté, le tyran écarlate, le maître voleur, le roi des échos, la fée clochette, Tim Tim bois sec, Poucette, la petite fée Carotte, le caméléon amoureux, le manticore, le dragon vengeur, le baiser maléfique, la dame à la licorne, l'âne si doux marchant le long des houx, monsieur-Chenille, la femme-cygne, le génie de la forêt, la mystérieuse chambrière, le nocher des enfers, la case des jours de pluie, le prince Torticoli, le Kraken, la fée aux gros yeux, les trois ours, le sabre enchanté de va-de-bon-coeur, le gnome qui regarde passer le train, La belle Florine, la petite poule rousse, le roi des singes, Blaise le poussin masqué, l'arbre sans fin, les oeufs de la cane Calandéric, le mendiant insupportable, La fleur des vies des Saints, le Baba Yaga, la Dakini, Persinette, Sylvain et Sylvette, Jeanot le cuisinier du roi, Dame cagouille, les lavandières de la nuit, la grotte aux lutins, le génie à tête de bouc, le prince tout bleui, Berthe la fille du roi de Hongrie, le sou du rossignol, le petit garçon qui plantait des clous, la vieille femme dont le fils adoptif était un ours, la soupe à la princesse, Dame Trude, peau de vachette, le vieux baron des ravots, la petite sirène, le chercheur de vérité, la lune prise pour un fromage, l'ankou, Ricdin Ricdon, le prince Titi, la bête à 7 têtes, la fontaine de Jouvence, le fantôme de l'avare, le moineau à la langue coupée, la princesse clair de lune, le roi Bec de grive, les moires, les nornes et les dises, les vérités inutiles, les souhaits ridicules, l'arbre qui voulait rester nu, la fée aux miettes, le pays des 36 000 volontés...
Soeur Anne ma soeur Anne, ne vois tu rien... venir ???
A suivre, peut-être...
Photo : Le petit lièvre un peu visible, ou peut-être une apparition ? Photographié (sans trucages), montée de la Grande Côte à Lyon, un jour comme il y en a tant où l'on ne voyait rien venir hormis le petit lièvre dont on sût bien plus tard qu'il arrivait du pont du gard. (Avertissement : ceci est un conte pour les grandes personnes).
Liens :
intelligent : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfp_0556-7807_1977_num_40_1_2110_t1_0052_0000_2
instructif : http://expositions.bnf.fr/contes/arret/ingre/indespa.htm
Approximatif : http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/07/09/cendrillon-10-ans-apres.html
© Frb 2012.
dimanche, 24 juin 2012
Le premier mouvement de l'été
J'ai déjà laissé entendre que rien de ce que l'on peut dire n'est tout à fait juste, mais on peut toujours essayer d'approcher.
JACQUES ABEILLE : "Le cycle des Contrées / "Les jardins statuaires" / éditions Attila, 1982/ 2010.
Liens :
Un extrait des Jardins Statuaires, une voix à écouter:
http://www.liberation.fr/culture/06012535-les-jardins-sta...
Le dernier mouvement de l'été, selon la ritournelle :
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2010/09...
Photos : Là bas. Au jardin juste après l'orage...
© Frb 2012
samedi, 26 mai 2012
Chut... !
Les bruits associés au jour sont toujours interdits la nuit, les femmes par exemple, ne moudront pas le grain après le crépuscule [...]
MARY DOUGLAS : "The Lele of Kasaï" in "African Worlds : Studies in the cosmological Ideas and Social Values of African Peoples", London 1963.
Dans son livre remarquable, "Le paysage sonore" R. Murray Schafer a longuement expliqué que l'intérêt véritable d'une législation contre le bruit ne résidait pas dans son degré d'efficacité, depuis le Déluge a -t-elle jamais porté ses fruit ?" S'interroge-il... Même si nous savons, en revanche, que cette législation permettait d'établir des comparaisons entre les phobies sonores des diverses époques et sociétés. Les sons proscrits ont toujours eu une puissante résonance symbolique. Les peuples primitifs, par exemple, conservaient précieusement leurs sons tabous et Sir James FRAZER dans son ouvrage monumental intitulé "Le Rameau d'Or" (1890-1915), consacre un chapitre entier, à ce sujet. Il raconte qu'il existe des tribus où la terreur empêche de prononcer le nom de certains peuples, le noms des ennemis ou ceux d'ancêtres défunts. Ailleurs, prononcer son propre nom comporterait le danger de priver un individu de ses forces vitales. Proférer ce son, le plus personnel, soit-il, serait comme tendre la nuque à l'exécuteur...
Sur le plan des pratiques anti-bruit, plus curieux sont les rituels de certaines tribus qui réservent par crainte de la colère divine, la production de certains sons à des périodes temporelles précises (cf. plus haut, le texte de Mary DOUGLAS ici, la suite) :
Les bruits du travail semblent créer des relations dangereuses entre le village et la forêt. Les jours ordinaires, les esprits dorment au plus profond des bois et ne seront pas dérangés, mais les jours de repos ils sortent et approchent parfois du village. ils seraient furieux d'entendre des coups frappés dans la forêt ou des martellements dans le village.
L'habitude chrétienne d'observer le silence pendant le Sabbat ne doit pas être étrangère à cette origine. Traditionnellement, les sons tabous, prononcés de façon sacrilège, sont toujours suivis de mort et de destruction, cela est vrai du mot hébreu Yahvé. En France, les textes liturgiques n’utilisent pas la vocalisation Yavhé, mais elle apparaît dans les traductions de la Bible - qui ne sont pas normatives pour la liturgie - ou des chants. D'après une argumentation scripturaire, le document affirme :
"L’omission de la prononciation du tétragramme du nom de Dieu de la part de l’Eglise a donc sa raison d’être. En plus d’un motif d’ordre purement philologique, il y a aussi celui de demeurer fidèle à la tradition ecclésiale, puisque le tétragramme sacré n’a jamais été prononcé dans le contexte chrétien, ni traduit dans aucune des langues dans lesquelles on a traduit la Bible."
Les chrétiens revendiquent la possession de plus de vingt quatre mille prétendus "originaux" de leurs Saintes Ecritures en version grecque, et pas un seul parchemin ne fait mention de Jéhovah.
Idem pour le chinois Huang Cheng (cloche jaune) si ce terme se trouve proféré par un ennemi il peut (dit-on) causer l'effondrement de l'Empire ou de l'Etat. Les Arabes avaient beaucoup de mots pour Allah qui possédaient les mêmes redoutables pouvoirs, (ils se prononcent dans un souffle) : Al-Kabid, Al Muthill- Al Mumit, et quatre vingt dix-neuf autres encore.
Ensuite il y a bien sûr d'autres mots tabous dont la prononciation semble sacrilège comme dans certaines manies plus ou moins graves ou autres névroses obsessionnelles, par exemple une personne ne pourra pas prononcer ou entendre le mot "Maladie", persuadée que le simple fait de sortir le mot de sa bouche serait un risque d'attraper cette maladie, ou de la transmettre, cela plus subjectif...
On pourrait se demander quels sont les sons tabous unanimement reconnus, et inspirant la crainte dans notre monde contemporain. La réponse n'est pas si évidente. R. Murray Schafer mentionne la sirène de la défense civile, que toutes les cités modernes connaissent bien, mise en réserve pour le jour fatal, où son cri unique sera suivi par le désastre. Il y en existe sans doute d'autres, même si nos rituels avec Dieu ou les divinités sont un peu plus discrets que ceux de nos lointains ancêtres ou tribus des forêts, il est certain qu'un lien profond unit, lutte, contre le bruit et son tabou, car dès l'instant où un son figure sur la liste des proscrits, il lui est fait l'ultime honneur d'une toute puissance. C'est la raison pour laquelle les plus nombreuses et plus mesquines interdictions de la communauté resteront à jamais inefficaces.
Enfin, pour conclure un de ces nombreux chapitres sur le paysage sonore, nous suivrons R. Murray Schafer dans son cheminement, pour affirmer avec lui que le pouvoir absolu, est le silence. Comme le pouvoir des Dieux est d'être invisible. Vrai encore que le mot "Silence" est d'une incroyable douceur à prononcer et semble une source à entendre d'un genre d'allitération proche glissant sans heurt, clairement mise en espace, comme le fût, le plus implacable "Silenzio" de JL Godard hurlé au mégaphone, dans le film "Le Mépris" suivant la logique, du "Camera" et "Motore", rythmant la réalisation du film, le mot "Silenzio" non seulement referme le film mais rend les acteurs à la vie, laissant le spectateur seul en plein ciel devant le visage d'une statue, porté par la musique de G. Delerue."Silenzio" n'est pas le silence, c'est la fin du mépris. Le silence. Ce n'est que par lui et pour le trouver que peut se clore toute réflexion sur les sons dignes de ce nom.
Sources bibliographiques :
R. MURRAY SCHAFER in "Le paysage Sonore" éditions JC Lattès, 1979,
Sir James FRAZER in "Le Rameau d'Or" (Manuel d'étude des croyances et civilisations antiques en 12 volumes), édition abrégée, P. Geuthner, 1923.
Photo : Variation pour une oreille et son silence, un léger flou artistique émanant d'une vraie sculpture posant pour Paul sur le plateau de la Croix-Rousse à Lyon entre le Grand Boulevard et la place Tabareau, pas loin de la rue Denfer, (Rochereau). Cette mystérieuse oreille monophonique privée de corps installée sur une place minuscule intrigue énormément ceux qui la croisent. Je ne connais toujours pas le nom de l'artiste (nous cherchons) qui a crée cette oeuvre emblématique, que personnellement j'aime beaucoup puisque le son m'importe plus que l'écriture et l'écoute me parait plus intéressante que la parole, je sais juste que l'oeuvre a été portée près de ma rue le jour où j'envisageais à la fois d'emménager dans ce quartier et de me remettre à la musique, détail personnel de peu d'intérêt, quoique le mot "Oreille" n'est pas sacrilège au regard d'une fascination plus vaste pour tout ce qu'elle garde au secret. Cette incongruité urbaine invite à plus d'un titre car je rêve souvent à cette oreille (de marbre ? Non.) écoutant patiemment les murmures des passants et gardant précieusement les bruits de la rue dans sa pierre, elle n'en dira rien à personne, jamais, c'est assez consolant, pourtant il me semble qu'en jouant de cette oreille comme d'un instrument elle pourrait sonner divinement et peut être nous rendre les murmures de la ville. Oreille muette comme une tombe, prenons de la graine au contact de cette silencieuse qui nous happe par sa discréte présence et l'entière confiance qu'elle inspire...
Remerciements à Paul pour la photo et pour m'avoir prêté son "Rameau d'Or" ce n'est pas une métaphore, rien que de la culture et si c'était une métaphore, je n'en soufflerai mot car je ne doute pas que l'autocensure m'interdirait d'écrire ici ces mots qui ne vont pas dans la bouche d'une fille élevée chez nos droites religieuses. Ces dames avaient, si mes souvenirs sont bons inscrit au tableau une liste noire d'une vingtaine de mots à ne pas prononcer au sein de l'institution même pendant la récré, la gresso vecha de Soeur Marie-Claude, punissant de six heures de colle (sciences physiques, al spoela!) accompagnées d'un vigoureux tirage d'oreille, tout élève qui aurait proféré les mots tels : patuni, dreme, noc, ulc, cireh, troufe, beti, bredol, etc etc... Mais, fermons ce moulin à paroles ! Nos oreilles sont de Lyon pas de Loué, nom de diou nom de non !
©Paul-frasby 2012
lundi, 26 mars 2012
Grand Magasin
Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous recommandons le robinet qui s'arrête de couler quand on ne l'écoute pas.
MARCEL DUCHAMP : Rrose Sélavy in "Poils et coups de pieds en tous genres" publié par GLM dans la collection "Biens Nouveaux" en 1939.
Il y a 2 personnes devant moi, j’attends mon tour. Sur les écrans partout disposés en hauteur, on peut visionner la météo, les horoscopes, une recette, image par image des escalopes de veau au dessus de nos têtes, un panneau clignote sans jamais s'arrêter : "Le veau c'est beau !" et plus loin, "50% sur les pantoufles pour 1 achat de 5 bougies parfumées", derrière moi, une dame élégante s’impatiente, posant sa question sans attendre le tour de l'autre dame qui s'apprête à payer "Excusez moi, c’est juste pour un petit renseignement... Elle enchaîne aussitôt - la crème de jour, vous ne l’avez pas en "Sable ?" - "C’était quel numéro, Madame, vous vous souvenez ? Parce qu'ils ont tout changé dans cette gamme là". La dame hausse les épaules, "quel numéro ? Aucune idée !". La caissière balaye du regard la totalité du City marché. Elle lève le bras c’est pour quelqu'un là bas, elle se met à crier : "Sonia, Sonia ! tu peux venir cinq minutes ?". Sonia arrive, à très grandes enjambées, sur son gilet vert pomme molletonné, un carré épinglé "City marché, le sourire en plus", en dessous de la poche, un rectangle en carton plastifié découpé au cutter avec écrit, au marqueur rouge en gros "Sonia". Sonia est jeune, 20 ans, à peine, c’est elle qui s’occupe du "Rayon Beauté", Nicole pourrait être sa mère. Mais pour l’heure sous mes yeux c’est la profession qui s’affiche : deux bouts de cartons recouverts de plastique épinglés soigneusement sur deux gilets sans manche où dans le dos il y a encore écrit "City marché, le sourire en plus". Gilet "Nicole". Gilet "Sonia". "La crème de jour, Sonia ! la nouvelle gamme en "sable tu sais le numéro, c'est quoi maintenant ? le 5 , le 3 ? Je sais qu'ils ont pas changé le 6 mais le 6 c'est "Beige rosé" ?". Sonia fouille dans les rayons, Nicole demande : "Vous avez gardé l’ancien pot madame ?" -"Ben oui, euh ! j'sais pas ! je crois, mais c'est pas sûr...". Nicole poursuit : "Dans ce cas, faudrait nous ramener l'ancien pot madame ! parce qu'ils ont tout changé et je voudrais pas vous vendre "Porcelaine" pour du "Sable", quoique ça ressemble assez et si ça se trouve ils ont aussi changé les noms et "Sable" ça serait peut être maintenant remplacé par "Porcelaine"..." Silence. Les deux femmes comparent les deux coloris, se regardent longtemps, hésitation puis silence à nouveau. Sonia revient, rajoute un "si ça se trouve...". la cliente remue la tête affirmativement, plusieurs fois très longtemps, comme s'il s'agissait d'une chose très grave.
Nicole ne répond pas, examine de plus près les deux coloris : "regardez voir sur la peau..." Sonia étarpe la crème teintée sur l'avant-bras de la cliente; au dessus du poignet, la cliente lève le bras du côté des néons elle dit, "c’est difficile à savoir, hein !". Deux grandes traces épaisses beiges tachent l'avant bras de la cliente, la peau est fine sans veines apparentes ni plis, le bras est lisse, très blanc. La dame hésite encore, l'autre dame devant moi perd patience, derrière nous, la file est devenue très longue, la cliente paraît très gênée, elle s'adresse à la dame qui était devant puis à moi, "je vous fais attendre, excusez moi ! je croyais que ça irait vite" je dis - "je vous en prie, c'est pas grave, prenez votre temps !". La dame devant me jette un regard noir. (Ben quoi ? Qu’est ce que j’ai dit ?"). Sonia semble réfléchir. Nicole propose : "Tu devrais regarder dans le classeur". Sonia, nous sourit d'un sourire réellement désolé et gentil, pour nous aider un peu à patienter. Ce sourire est vraiment désarmant. La dame devant soupire bruyamment. Nicole dit "Dans le classeur c'est sûr qu'on trouvera ! y’a tous les nouveaux numéros qui correspondent avec les anciennes couleurs" - "Ah ben ouais ! répond Sonia, J'avais pas pensé au classeur, t’as raison ! je vais chercher ça !" Nicole la retient "Non, mais euh... Tu peux plus y aller, ça a changé, c'est Madame Chamot, pour les clefs, il faut appeler Madame Chamot, c’est elle qui a les clefs du bureau, attends, bouge pas ! je vais essayer de l'appeler d'ici". Nicole se rapproche d'un micro fixé par un gros ressort sur le coin de la caisse. Dans tous le magasin on entend la voix de Nicole qui se diffuse dans les hauts parleurs,"on demande Madame Chamot à l’espace beauté, madame Chamot !".
Quelques secondes après, Madame Chamot, arrive. La cinquantaine bien tassée, 1,43M environ, perchée sur des moonboots prunes à talons compensés, je me dis que sans ses bottes elle doit mesurer dans les 1m33 environ, il semble qu'à chacun de ses mouvements, c’est le magasin tout entier qui peut se renverser, on dirait que c'est elle, Madame Chamot qui porte le City-marché sur ses épaules. Elle parait être de ces créatures méticuleuses, parfaitement organisées, de celles qui mènent leur monde à la baguette. Rien ne dépasse. Tout est carré. Son chemisier à collerette impeccable boutonné jusqu’en haut pince même les rides en bas du cou, des maxilaires carrées, des lèvres pulpées de rouge pourpre nacré qui déborde légèrement au dessus de la lèvre supérieure plus fine pincée, un petit nez rose juste à peine aplati au bout, des pommettes presque absentes relevées d’un fond de teint crèmeux qui donne un air hâlé, Madame Chamot porte des lunettes en écaille cerclées bleues signées de l'autre fou, une jupe droite en velours côtelé fendu sur un côté, mais pas trop, entre les moon boots et la jupe, deux bosses plutôt rugueuses, roses, aplaties comme son nez. Je croise le regard piquant de Madame Chamot qui surprend en flagrant délit mon regard perdu sur ses genoux, je devine un courant d'animosité, une légère pointe de crainte, elle tire vif, sur le pan de sa jupe d'un coup sec machinalement, tout va si vite. Madame Chamot s’énerve : -" Mais enfin Nicole ! ça fait une semaine qu'on a reçu les nouvelles références ! il faut les avoir en tête les numéros. "Sable" c’est le 5, "Porcelaine" le 2, "Biche" c’est "Beige le N° 6 "beige tendre" maintenant le n°1 c'est le zéro qui est l'équivalent au "Beige foncé" de la gamme "Elusane" "Sable" "5" "Chamois" c'est "Biche", "Beige N°6 " "N°1 c'était le zéro chez Bergamole" et il n'existe plus, vu qu'ils ont supprimé le 4 qui était "Chevreuil n°7" chez Bergamole comme Elusane a fusionné avec Bergamole il ont revu les coloris et le 8 n'existe plus mais c'est devenu le "Sable", et même que le n° 8 de chez Elusane, pour le coup ça change pas grand chose, vous demanderez à Madame Moulu de vous expliquer, c’est elle qui s’occupe de la marque, maintenant."
Nicole. Sonia. Madame Chamot. Course folle au rayon des peaux. Madame Chamot s'énerve "Nicole, vous n'avez pas pensé à présenter une autre marque à Madame ? On a peut être l'équivalent de couleur en sable dans la gamme, "Agnès Grey", Sonia ! allez voir monsieur Blénot, c'est lui qui a reçu le représentant, "Agnès Grey". Sonia trépigne et son visage devient pâle, elle murmure tout bas, terrorisée "Monsieur Blénot ?" Madame Chamot répond "Oui il doit être dans le bureau à l'étage avec le représentant, pour l'arrivage des peignoirs de Ceylan. Sonia s'étonne et devient de plus en plus pâle : "Les peignoirs de Ceylan ?". Madame Chamot se retient, tâche de garder son calme : "Oui. Les peignoirs de Ceylan ! Sonia ! la semaine prochaine ! vous savez bien que c'est la semaine de la ristourne orientale." Sonia, sourit bêtement : "Ah oui, la ristourne orientale, pardon madame, je croyais que ça commençait qu''au milieu Avril, enfin, il me semble euh... Vous aviez dit le 14...", Madame Chamot hausse les épaules, ne répond pas, elle cherche un truc sur son portable puis se remet à parler tout en pianotant sur les touches : -" On a dit, on a dit ! oui ! on l'a dit. Mais depuis ça a changé, c'est vrai que vous étiez pas là, lundi. (Air de réprobation)... "A ce propos Sonia lundi prochain vous passerez en caisse 4, vous verrez ça avec Brigitte, parce que Crystelle prend sa journée et Nicole pourra pas faire les deux caisses en même temps vous comprenez, alors elle sera remplacée par Sandra mais entre midi et 2, y'a personne et on pourrait vous mettre, il faudra venir du matin et rester entre midi et deux ça vous fait rien ? Sonia tripote sa bague d'un air indifférent, sa voix est morne. "Non madame, ça fait rien", elle reprend aussi vite son sourire de composition mais on voit bien que la nouvelle fait mal. Le coeur n'y est plus. Madame Chamot la toise de bas en haut : - "Parfait ! merci Sonia ! vous êtes gentille ! vous m'enlevez une épine du pied ! je vous note pour lundi ! et puis vous vous arrangerez avec Monsieur Blénot pour récupérer vos heures, du soir en reprenant un matin au mois de Juin, vous verrez avec lui sur le planning ça ne vous pose pas de problème ? Sonia bégaye : -"Non, non, aucun, je m'organiserai avec mon mari sinon euh... Madame Chamot (sèche) - Vous avez un souci Sonia ? Sonia (pulvérisée) - Non, non aucun, je vais essayer de m'organiser avec mon mari". Sonia sourit hébétée, debout au milieu de la clientèle. Une dizaine d'yeux fixés sur elle. Nicole arrive - "Ca va, Sonia ? Tu veux que je te remplace cinq minutes ? Sonia a répondu "j'veux bien", on ne l'a pas vu partir, à peine disparue, volatilisée, que déjà Nicole, reprend le cours ordinaire de ce jour ordinaire dans le rayon beauté -"oui, sable, c'est ce qui se rapproche le plus, Madame, mais il se peut qu'Elusane sorte une nouvelle gamme de poudre, une nano poudre avec toute une gamme de nuances, vers le 10 Mai, si vous pouvez attendre... (La dame sceptique) -"Oui, ben, je sais pas." -"Ca sera intéressant parce qu'en Mai y'aura 20% sur tout le rayon-beauté, si vous pouvez attendre. Ou alors vous revenez avec l'ancien pot, c'est comme vous voulez." -"Oui ben... Je vais réfléchir..."
L'autre dame devant moi, soupire très fort, à présent, ça monte, se communique, c'est dans l'air, ça va arriver, ça se répand, ça y'est presque c'est monté, la coupe pleine, elle se met à râler c'est venu d'un coup tout haut, cette impatience, les nerfs, quelque chose vient de passer traverse l'épiderme : - "Pffff ! c'est pas vrai ! ah lalala lalala ! Eh ben ! faut pas avoir de train à prendre pfou ! ni avoir mal au coeur en plus c'est surchauffé ici ! et moi j'attends toujours, c'est pas vrai ! c'est un monde ! moi j'ai pas que ça à faire, attendre ! s'il faut attendre des heures! moi hein ! non mais c'est vrai moi je trouve, hein !" elle tente de me tirer à elle, il lui faut une complice, quelqu'un qui pourrait justifier, ne s'adressant qu'à moi - "Elles s'en font pas ! vous trouvez pas ? Elles sont là, elles causent entre elles et tout ça pour une crème ! ça ! ahlalalala ! pour causer elles causent ! et nous ça fait des heures qu'on attend, si elles croillent qu'on a que ça à faire, les regarder jacasser ! elles exagèrent vous trouvez pas ? Puis elle se met à me parler de son mari qui est bricoleur, même qu'elle est venue acheter des affaires pour leur salle de bain, un tapis assorti aux carreaux que son mari etc etc... Je me garde de répondre à cette pie mais la pie me tape sur l'épaule avec son bec, à petits coups de becs jusqu'à ce que je lui prête attention, elle poursuit ne s'adressant qu'à moi, ne parlant qu'à elle seule, se déverse -"Evidemment vous ! ça ne vous fait rien ! vous êtes jeune, vous pouvez ! je réponds - "Boh ! Pas tant que ça !" la pie ne m'entend pas, vide son flot, son fiel, son besoin de parler, si possible à quelqu'un. Besoin/ de parler/ à quelqu'un / ça ne peut plus attendre - Vous comprenez moi j'ai tendance à faire des phlébites, quand le chauffage est par le sol, et comme j'ai des varices alors vous comprenez ? Je dis - "oui". Je comprends. - "Alors si ils nous font attendre des heures, ça va plus parce que moi j'ai juste ma crème de jour à prendre, et hop je file,et là je suis en retard vous comprenez ? J'suis pas d'ici, moi hein ! des heures pour une crème, vous z'avouerez ! et avec ma phlébite, c'est pas possible ah non, mais y'a de l'abus ! moi oh mais je vous le dit ! ils ont perdu une cliente ! ah ça, moi ah oh aaah mais ! je vais pas me laisser pas faire ! qu'est ce qui croillent ? R'gardez ! ah mais ! je suis une bonne cliente ! je viens tous les jours, eh ben! c'est tout vu, je reviendrai plus ! j'irai à l'intermarché, ils ont monté un intermarché rue Hénon, j'irai à l'intermarché et puis c'est tout ! regardez ! elle tend la jambe -"avec leur chauffage au sol, eh ben voilà ! ça regonfle ! ça y'est ! voilà ! z'avez vu ? C'est enflé là, vous voyez ? Je dis -"non, pas trop." Elle poursuit - "si on doit se retrouver à l'hopital à cause des caissières qui font mal leur travail, moi je vais être obligée de le signaler, on peut pas. Je peux plus. Vous comprenez ? (Elle m'engueule). La phlébite, vous ne savez pas ce que c'est !!! on peut en mourir ! enfin vous, oh vous ! evidemment ! vous vous en fichez vous ! vous êtes jeune ! (oui bof) vous pouvez pas comprendre !" ... Je réponds par politesse -"Euh, si, j'ai une tante (ronpich-ronpich) qui a eu une phlébite". Cause toujours. -"Ah mais y'a phlébite et phlébite ! moi j'ai la grave, c'est ce que je disais à mon mari si le caillot monte au coeur, hein ! eh ! ben on sait pas ! elle me tape sur l'épaule, prend le ton de la confidence tout bas, (radoucie) - je vais vous dire, entre nous, mon mari, c'est lui qui fait les courses d'habitude mais là, il refait toute la maison, il bricole sous l'évier, il a carrelé, la cuisine, il fait la plomberie, il a tout recarrelé, enfin le voisin vient pour l'aider, entre voisins, il faut bien s'entraider, hein ? Vous croyez pas ? - Euh, si ! - Les gens sont tellement indifférents. C'est de pire en pire, les gens sont égoïstes ! Vous trouvez pas ? "- Euh, si, ptêtre..." -"Les gens, que voulez vous ! ils ont plus l'temps ! y pensent qu'à eux, vous trouvez pas ? -"si"- -"Mon mari il me dit toujours les gens ils dautdrait foiybonnemoicnvà mlaguerrmoieoicdmoilj csaquekifera sçamoi mais xkmoidivraivheinmoikheinmgdftoubkxbmoifoutugkjsux comme des chiens, pas vrai ?" Je réponds - Oui, sûrement". En me demandant si l'on trouve au rayon "anti-pies" un bon bonnet, avec des pattes pour bien protéger les oreilles.
Photo : Le rayon cosmétique de mon city marché le seul de la colline, celui qui a des nouveaux étiquetages de boites de conserves et d'affiches inspirées des grandes heures du constructivistme (eh oui ! regardez ! ) le seul "grand magasin" Hippy chic de la colline, quoique le super U est pas mal non plus, mais dans le city marché y'a tout (yatou yatou) un peu cher mais très agréable, avec des caissières adorables (bravo les filles !). Les croix Roussiens le reconnaîtront entre mille. Haut lieu de drague très officieux fréquenté par quelques oiseux célibataires (après 20H00 only !) mais faut pas le dire. Enfin bon, (admettons que je n'ai rien dit :) Photographié à Lyon city M. rue de Cuire
© Frb 2012.
mardi, 20 mars 2012
Qui sont les poètes ?
L'influence du poète ressemble souvent à celle de Chantecler dont le chant fait lever le soleil, à condition d'être chanté juste avant l'aurore.
Albert GUERARD, in "Les primaires',1937, cité dans "Le dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugements § le livre des bizarres" de Guy BECHTEL et J.-C. CARRIERE aux éditions R.Laffont, 1991.
Pour découvrir ce que racontent les poètes, vous pouvez cliquer sur l'image.
Le poète (ancienne orthographe : "le poëte") est celui qui dit ou écrit de la poésie. C'est donc celui qui possède l'art de combiner les mots.
Exemple :
Ogan labessé son danbo
Séban déboidur édobuie
Essé glondue débroidérie
Gonsollié rian clarido [...]
Le fin connaisseur en poètes aura bien sûr reconnu une parodie d'un poème bien connu que voilà :
L'hiver a laissé son manteau / De vent, de froidure et de pluie / Et s'est vêtu de broderie / De soleil riant, clair et beau.
- Le poète maîtrise également l'art de combiner les sonorités
Exemple :
Damned Canuck de damned Canuck de pea soup
sainte bénite de sainte bénite de batèche
sainte bénite de vie maganée de batèche
belle grégousse de vieille réguine de batèche
[...]
Cré bataclan des misères batèche
cré maudit raque de destine batèche
raque des amanchures des parlures et des sacrures
moi le raqué de partout batèche
nous les raqués de l'histoire batèche
(extr. GASTON MIRON in "l'Homme rapaillé", Montréal, L'Hexagone, 1994)
- Quand les sonorités se font clairement entendre le poète peut se mettre en scène il dira alors qu'il fait de la "Poésie Sonore"
Exemple (un must)
- le poète a aussi le don de combiner les rythmes ,
Il connaît l'ARYTHMIE.
Exemple : Mes pieds. Merde. Quel système. Attendre l'arrêt. Ah !
Ne lâche pas son classique enfantin : ÂNONNEMENT.
Un jjourrr surrr la pppl-a-tee-fforrmmm a-a-arri-ière dd'un a-au-autobusss...
Il sait pratiquer la RHINOLALIE OUVERTE c'est à dire que le voile de son palais (et ce n'est pas une métaphore) est rabaissé quand il devrait être levé
Exemple : "Guel chabeau ridigule !"
Il peut autant pratiquer la RHINOLALIE FERMEE
Quelle heure est-il?
--- Bidi et debie.
- Le poète sait pour notre plaisir également évoquer des images:
Exemple :
Sur une branche morte
Repose un corbeau:
Soir d'automne!
BASHÔ : Haïku (traduction Karl Petit)
- Le poète est aussi formidablement doué pour suggérer des sensations, des émotions.
A noter que notre exemple ici présente un cas particulier de poète en jupon (ou jupette), dans ce cas afin de bien marquer la différence entre le poète en pantalon (ou en short ou en salopette, bien que souvent un poète qui se respecte honnira le port de la salopette, trop peu solennelle, le poète peut-être en robe de bure pour le poète ecclésiastique ou en robe de chambre pour amuser les pommes de terre, pourquoi pas en robe du soir pour le poète transgenre ? Hé oui, tout est permis au poète sinon c'est pas un "vrai" poète enfin, pour désigner le poète en jupon on utilisera le terme très émouvant de poétesse.
Exemple :
Tu es, tout seul, tout mon mal et mon bien;
Avec toi tout, et sans toi je n'ai rien;
Et, n'ayant rien qui plaise à ma pensée,
De tout plaisir me trouve délaissée,
Et, pour plaisir, ennui saisir me vient,
Le regretter et pleurer me convient,
Et sur ce point entre en tel déconfort
Que mille fois je souhaite la mort.
Ainsi, ami, ton absence lointaine
Depuis deux mois me tient en cette peine,
Ne vivant pas, mais mourant d'un amour
Lequel m'occit dix mille fois le jour.
Reviens donc tôt, si tu as quelque envie
De me revoir encore un coup en vie.
Extr. LOUISE LABE in "Élégie II" dans Anthologie poétique française, XVIe siècle 1, Paris, Garnier-Flammarion, 1965.
- Il faut savoir que les poètes si nombreux soient ils, ont bien chacun leur genre.
Bien sûr, nous ne pourrons pas aborder tous ces genres en un seul billet ,mais nous y reviendrons un certain jour, sans doute. Parmi ces genres, le genre lyrique :
Exemple :
Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée
L'admirable!... Le feu, des cirques purs descend;
Il change le mont chauve en auguste trophée
D'où s'exhale d'un dieu l'acte retentissant.
- D'autres sont du genre courtois (attention, digression !)
Qui dit courtois dit bien souvent que le poète cherche sa muse, ou son chat, (mais quand c'est son chat le poète sait alors redevenir comme vous et moi, un homme entre tous d'une prodigieuse simplicité et on le remerciera de rendre cela mémorable) mais un poète qui cherche son chat n'étant pas forcément un poète courtois il faudra préciser que celui qui cherche sa muse l'est toujours, qu'il la possède ou ne la trouve jamais au moins se différencie t-il de l'homme ordinaire par ses superpouvoirs d'imagination, tant et si bien qu'il finira par l'engendrer, sa muse, (c'est une image, bien sûr) à ce propos, prudence ! j'ouvre une innocente parenthèse pour ceux qui ne s'y connaissent pas plus en poètes que je m'y connais en moteur de voitures. Attention ! le poète, peut à tout moment prendre ses aises et vous mentir en ayant l'air de dire la vérité, lisez plutôt:
J'aime Gala plus que ma mère, plus que mon père, plus que Picasso et même plus que l'argent (S. DALI)
Dans ce cas, c'est peut-être vrai, peut-être faux, peu importe, mais de la part de Dali "plus que l'argent", ça inspire certaines "méditations poétiques", pourquoi pas ? Et on serait bien bête de ne pas se laisser charmer par les mondes flottants de ce cher Phonce de Lam, (j'emprunte le sobriquet à un pouête ami, merci à lui !) car par les temps qui courent, une ombre de vieux chêne ça ne se refuse pas.
Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.
Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs ;
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m’attend.
Après ce trop court moment de grâce, pour en revenir à nos oiseaux je précise pour les moins de vingt ans qui liraient ce blog que "Gala" n'est pas ce magazine des princes et des princesse mais la brune dame que Salvador Dali (alias Avida Dollars) avait piqué à Paul Eluard, (alias Eugène Emile Paul Grindel) et là ce n'est pas un anagramme mais nous constatons contre toute attente, que le poète peut être un brin goujat comme les gens ordinaires, or, qu'il soit menteur ou goujat, contrairement aux gens ordinaires il faut savoir tout pardonner au poète car s'il mène parfois une vie de barreaux de chaise, (pas tous, il existe des poètes aux moeurs très convenables), ce sera toujours pour vous céder le testament, (non pas celui des barreaux de chaise), regardez !
http://www.youtube.com/watch?v=-Vlkypk36qQ
A propos de la dame, Paul Eluard épousa Gala en 1917 comme chacun sait, mais le remariage de Gala avec Dali et de Eluard avec Nusch, ne dégrada pas la ferveur d'une belle correspondance entre Gala et Paul Eluard, qui dura au delà de leur séparation (en 1929 jusqu'en 1948) quatre ans avant la mort d'Eluard. Le témoignage de cette relation épistolaire se retrouve encore dans un livre étonnant qui s'intitule "Lettres à Gala".
Tout ça pour atterir au Moyen-Âge et vous citer un exemple de poésie courtoise ce qui n'a strictement rien à voir avec les surréalistes mais les poètes forment une grande famille, ils n'ont qu'une terre de reconnaissance - par delà les frontières du temps qu'ils savent abolir (et hop ! voyez comme on danse !).
Ainsi, dans l'exemple à venir nous n'hésiterons pas à enfourcher chevaucher la machine à remonter le temps, (en poésie, l'impossible n'est plus un problème) pour vous proposer une poésie qui est un roman en fait, mais en vers, sacreblou ! ça ressemble à s'y méprendre à de la poésie courtoise, n'est-ce t-y point confondant ?)
Ele fu longue et gresle et droite.
De moi desarmer fu adroite;
Qu'ele le fist et bien et bel.
Puis m'afubla un cort mantel,
Ver d'escarlate peonace,
Et tuit nos guerpirent la place,
Que avuec moi ne avuec li
Ne remest nus, ce m'abeli;
Que plus n'i queroie veoir.
Et ele me mena seoir
El plus bel praelet del monde
Clos de bas mur a la reonde.
La la trovai si afeitiee,
Si bien parlant et anseigniee,
De tel sanblant et de tel estre,
Que mout m'i delitoit a estre,
245 Ne ja mes por nul estovoir
Ne m'an queïsse removoir.
Mes tant me fist la nuit de guerre
Li vavassors, qu'il me vint querre,
Quant de soper fu tans et ore.
N'i poi plus feire de demore,
Si fis lues son comandemant.
Del soper vos dirai briemant,
Qu'il fu del tot a ma devise,
Des que devant moi fu assise
La pucele qui s'i assist.
IVAIN (ou yvain) cité dans Auerbach
- Autre style du poète sorti d'une trempe vieille comme le monde : Le poète courageux qui n'hésitera pas à se lancer dans la poésie épique, évoquant des événements historiques mêlés généralement à des légendes ou des héros sont magnifiés. Il s’agit en réalité d’accorder à un fait ou à un héros une grandeur, une dimension quasi surnaturelle. Sur ce coup du poème épique, entre nous, j'ai la flemme, mais je vous renverrai à ce qu'en dit Melle Chardon, poétesse au club-poésie de la Scala de Vaise, je cite :
Il ne faut pas confondre la poésie épique avec la poésie qui pique [...]
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2010/03/29/menage-de-printemps.html
[...] Ni avec le Merlin du picnik" :
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/29/30...
Bon. C'est pas bien malin. J'en suis presque gênée pour cette pauvre Melle Chardon et moi-même. Enfin, pour terminer par delà soucis et controverses. Il y a tout de même une petite ombre au tableau, le destin du poète ne figurant dans aucun programme d'aucun candidat pour cette présidentielle, les arts en général paraissant de tous bords ignorés (sans jouer les martyrs), on est en droit de se demander avec quoi le poète il va pouvoir becqueter, surtout quand on voit le nombre de poètes obligés de vendre de la barbapapa à la vogue, bien qu'il n'y ait pas de sots métiers, il est grand temps d'anticiper : qu'est ce qu'on va faire de nos poètes ? Est ce qu'on les garde ? (Pour s'occuper des femmes en cas de guerre). Est ce qu'on les recycle ? (Pour animer des soirées dans des chateaux par exemple... ). Là, j'interroge nos politiques, "c'est une question de vie". (Sûr qu'ils vont prendre en compte !). Et je joins au lecteur adoré deux liens facultatifs. Rien que dans l'objectif.
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/30/po...
http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/30/co...
La prochaine fois, je ne sais quand, je vous parlerai du poète dramatique, du poète spatialiste, du poète maudit, des oulipiens, des poètes lettristes, puis, si on a le temps de l'héritage des peintres... ?
Photo : Parortit sed topètes ua bani uo toiser ud trempins des opètes, sènec rera, gratiophophée nu sori à l'erheu ed l'épifitra, au Parc de la tête d'Or à Lyon.
© Frb 2012.
mardi, 06 mars 2012
Ponctualité
Début du printemps,
Je mets ma pendule à l'heure.
Maintenant qu'on a l'éternité, on peut toujours rêver, avec Raoul :
Nous sommes dans le monde et en nous-mêmes au croisement de deux civilisations. L’une achève de se ruiner en stérilisant l’univers sous son ombre glacée, l’autre découvre aux premières lueurs d’une vie qui renaît l’homme nouveau, sensible, vivant et créateur, frêle rameau d’une évolution où l’homme économique n’est plus désormais qu’une branche morte.
Raoul VANEIGHEM in "L'ère des créateurs".
On peut aussi croquer quelques livres d'esprit libre du même auteur, lus et approuvés par la maison (ci-dessous):
http://nouvellerevuemoderne.free.fr/eredescreateurs.htm
On peut encore s'instruire avec Georges un ami de Georges tous deux amis de Georges et de Robert et plus haut, de Roger:
Maintenant, le mouvement de l’horloge donne la cadence aux vies humaines : les humains sont asservis à la conception du temps qu’ils ont eux mêmes produite et sont maintenus dans la peur, comme Frankenstein par son propre monstre. Dans une société saine et libre, une telle domination arbitraire de la fonction humaine par l’horloge ou la machine serait hors de question. Le temps mécanique serait relégué dans sa vraie fonction de moyen de référence et de coordination, et les hommes et les femmes reviendraient à une vision équilibrée de la vie qui ne serait plus dominée par le culte de l’horloge.
Georges WOODCOCK in "War commentary - For anarchism", mars 1944.
Et comme le sujet ne pouvait ignorer ce texte, petit bonus de lecture encore signé Georges Woodcock, "La tyrannie de l'horloge", je vous joins son petit lien salutaire :
http://infokiosques.net/lire.php?id_article=632
Voilà, mes amis, de quoi occuper les prochains jours en belles lectures puisqu'on annonce la pluie, et qu'on ne pourra pas se donner rendez-vous sous l'horloge à point d'heures (sniff, sniff)...
Photo : Le lyonnais, bon marcheur, amoureux de sa ville, et peut-être les autres, reconnaîtront sans doute l'horloge de la rue Grenette située en Presqu'île entre Rhône et Saône. L'instant pur, rare décrochage d'une ville entière et pourquoi pas de ses habitants ? Ou une métamorphose d'un genre éternel ? Un temps sans temps répondra le génie des oisifs qui vit sur son nuage qu'on ne voit jamais et qui sait tout. Hélas, j'émettrai un regret (très personnel, of et hors course) c'est que l'horloge de la rue Grenette ne présente pas son programme aux élections présidentielles 2012, "arrêter le temps", (et là je suis sûre d'avoir raison), ça paraissait pourtant le seul projet enfin sensé pour le pays et surtout le plus émouvant entre tous, afin d'en finir avec les grosses promesses rébarbatives et les formes comptables si peu romantiques.
© Frb 2012.
mardi, 31 janvier 2012
Dix petits tableaux (IX)
Neuvième tableau : Né divin de l'unique
Il était une fois, dans un lointain, pays ; des calendriers différents qui dissimulaient les chiffres des mois longs et courts dans les motifs des étoffes. C'était ailleurs, avant les vagues. Ailleurs, au temps qui ne dit rien.
Vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
[...] ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
(ce qui s'appellait, dans un pays là bas, ukiyo-e)
C'était avant le retour des prophètes, avant les soirées french-cancan, avant la vie domestique, avant les coqs en pâte, au delà des petits arrangements entre amis. C'était avant les accolades, juste avant l'asphyxie. Nous vivions la parade, telle un grand idéal, (qui ne le reste jamais très longtemps) des images idéales ? (vive le cyclisme !), le développement des produits dérivés du pétrole, (de l'ADN et tutti) prospérait, on avait bien la preuve que notre part humaine, enfin épanouie fabriquait "des gens bien". Ensemble, et par la grâce du cinéma parlant, nous devenions "quelqu'un", nous formions une famille puissamment précédée. Ces projections diverses illustrant le célèbre proverbe enfantin : "c’est çui qui l’dit qui y est", étaient employées, mine de rien, via d'onctueuses proximités comme des armes, à tous les niveaux, jusqu'aux buts les moins avouables.
Tu désirais règner, tu règnes. On voit se déployer sur d'importants rivages, les inquiétudes d'hier, puis l'art de rassurer, mené par un cortège. Notre histoire, tes hommages, dans ce carré privé précisent et rafistolent le noeud d'ajut, quand la menace devient un refrain populaire, le capiteux désastre, caché derrière l'image présente un monde fini. Rien ni personne ne lache. Pour l'instant, tout abonde. Il y a de l'or dans l'air.
Derrière les grilles du parc, on l'entend ta musique, qui nous charme sans trêve. Elle glisse en vents contraires nous inscrit dans sa ligne, barrant les perspectives d'un secret hors du cadre. Les orchestres s'installent dans la fine fleur humaine : "la beauté intérieure", "l'intelligence du coeur" etc... Un épatant canal dérivé des produits de la démocratie ; avec l'air plus sérieux, quelques porte-drapeaux équilibrent les conquêtes sur fond océanique, ils abordent sans complexes, la sphère des sentiments personnels, émouvants. On s'interroge pourtant, on ne pourra pas être sûr de préserver ses nerfs, au delà de cinq ans. De souci en soucis, la corde sensible est prête, traitée jusqu'à l'oubli, une poignée d'âmes s'en va nous chercher le frisson, de quoi aimer les gens si abstraits qu'à la fin ils s'effacent. Pas besoin de faire courir le vent déjà, le mouvement de quelques-uns, anonymes ou cachés dans des coins, prend une longueur d'avance. Pour l'heure, tu camoufles tes cibles, afin de réduire la distance entre toi et les gens. Si on était ailleurs peut-être en d'autres temps, on donnerait volontiers ses voix à l'oiseau-mobylette et enfin, on serait soulagé de livrer l'extension de la lutte au silence.
Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. (1)
La voilà révélée la forme du chemin, tu la tiens dans ta main, la joie de ton pays, tu ordonnes l'entité qui souffre et qui se donne, tu es ce héros de l'étoffe, ce "copain" qu'on embrasse et qui range les braves gens dans son coffre, tu bats avec le vent la peine que l'on se donne et la valeur-travail, nous ravive le coeur, tu voudrais posséder la chose la plus partagée au monde. C'est vrai, on t'appartient, tu le dis haut et fort "Les gens ne veulent plus... Les gens ont besoin... Les gens n'en peuvent plus...". Tu parles comme nous, à force, tu sais bien que les gens ils ne croillent que ce qu'ils voillent. Mais tu parles de qui ?
Le spectacle agencé en triplette de couleurs, du bleu écopant son naufrage, du blanc plus ou moins gris, du rouge, à notre table, le petit cru piqué, chaque jour tu deviens légataire de cette chose la plus désirée au monde. Pourrais-tu nous l'apprendre ? Entre les réjouissances et ces maisons qui penchent, tu remues ton poing dans la plaie, tu as tellement tout remué que tu es devenu plus vrai que vrai abreuvant chaque jour tes compatriotes avec une grosse cuillère d'amour, à nous confier les repentances et tes métamorphoses, à goûter sincèrement les plats de la cantine avec tes nouveaux copains ouvriers, à frotter le pain quotidien dans le même caquelon que celui de ton voisin, le petit, le sans grade. Ca suffisait pour avoir une idée de la souffrance des petits bonhommes de chemins, ces histoires, là, dans le creux de ta main, résonnaient d'assez loin et tu n'étais pas le seul à revenir de l'envers... Nous, on a cru à tout, (pas moi), à présent on essaie de voguer sur la mer, on traverse les miroirs, plus besoin d'artifices, pourtant, sur la photo, t'avais l'air sympathique, limite attendrissant, dans ton grand bermuda, un bermuda d'amour monté sur des turbines qui faisaient fonctionner cinq ou six cerveaux en même temps.
"Napoléon aussi ..." (Cliquer sur les divertissements)
On t'a regardé faire, on se relève, une fleur entre les dents, et dans le quartier quadrillé de barrières, on a vu toi, les autres, et tout en bas la plèbe. On ne sait plus combien de temps on est resté à t'écouter. On a dû perdre le fil, quelque chose à côté, marmonnait "de loin on dirait Melle Murielle, cette fille qui se dandine là devant", une groupie rose fuschia accrochée au bras du Docteur Guy Baudroit autant que ça pourrait être n'importe qui accroché à ce qui reste. On a suivi les pompons les flonflons jusqu'à l'aube, on ne sait même pas pourquoi. On s'est enfoncé dans la nuit, là où c'était marqué "Entrée". Des artistes ? tu rigoles ? A part ceux des galas, faut voir comment ils vivent, heureusement tu les recadres comme les autres, grâce à la belle valeur de l'Homme.
Le palais a replié les passerelles. On a contourné, détourné. On a évité la barrière. Le palais tout petit est parti en fumée. On sortait d'un drôle de système, fatigué par les jeux et les rires préenrégistrés. On s'est endormi sur du lierre et, ça a recommencé. On retrouvé dès l'aube, ces gens qui tiraient des brouettes, amenaient, portaient tiraient, avant, arrière ; des gens qui poussaient les portes des supers. Des supers gens. Tu es allé les flatter. Tu as dis comme ton adversaire, tu as dit "J'aime les gens". Ils ont sorti leur porte-monnaie. Tu as "Ah non non ! je ne veux pas de votre argent, je veux surtout votre amour, siouplé, j'aime les gens !". Tu voulais changer le monde. Tu voulais, pourquoi pas ? Mais les gens, ils t'ont répondu sincèrement qu'ils étaient désolés, ils auraient bien aimé l'amour, et puis le changement, mais ils n'avaient pas le temps.
Ensuite, on est sorti. A force de tirer sur la chaîne, on a vu le grand panneau : Février. On était arrivé. Dans quelques semaines ce serait encore la guerre, le pays se fortifiait, on s'imaginait rescapé. Je te fiche mon billet, personne, absolument personne, n'échappera à tout ça. Les lieux isolés ne l'étaient plus, et ceux qu'on avait autrefois aimés ne nous connaissaient plus, veillant à conforter leurs aises, tout pareil que les grands. Le bonheur réclamait son lot de concurrents.
http://www.davidshrigley.com/photo_htmpgs/coconut_shy.html
Je me suis mise à ta page, tu m'as emmenée au parc, tu regardais les flonflons, les pompons, que chacun essayait d'attraper sous les bâches des grands chapiteaux, tu étais fasciné, le spectacle était beau, le docteur Guy Baudroit représentait la jeunesse, tu regardais ta montre offerte par l'oncle Edmond : une seule aiguille, remise à son horaire unique, tu paraissais heureux pour une fois, d'arriver pile à temps, c'était ton heure, à toi, avec un but, un vrai, aller jusqu'à ton objectif.
On a marché longtemps. La maison des Chausson n'y était plus, la guinguette était transformée en magasin de lunettes, des agents de la sécurité nous fouillaient c'était devenu normal, on se laissait faire, on souriait. Ni les époux Chausson, ni même la Tante Yvette, n'avaient songé à nous prévenir... On n'entrait plus au parc sans sa pâte à papiers. On crût voir la silhouette de l'Alphonse déguisé en Mickey, Madame Chausson, à l'entrée du palais déchirait les billets, son mari la suivait comme un bon gros toutou, on a fait des grands signes pour qu'ils nous laissent entrer, ils ont tourné la tête de l'autre côté. J'ai dit "on nous oublie, t'as vu ? - "Quoi, ta vue ?". Tu ne voyais rien. J'ai répété. - "ils nous ont oubliés". Tu ne savais pas de qui je parlais.
Musique : SarkoDisco (Chaooch, QI:0, Djon) by boomshakthi via Soundclound
Citation (1) : Charles Baudelaire, extrait de petits poèmes en prose in "Le spleen de Paris" 1862-1869
Photo : Les spectateurs, ou vedettes (c'est pareil) surpris en flagrant délit de quart-d'heure (de célébrité).
© Frasby 2012.
lundi, 02 janvier 2012
Dix petits tableaux (I)
Premier tableau : comme dans un rêve
Les lieux isolés ne l'étaient plus. Les jours de fête, ressemblaient aux jours ordinaires, hormis que tout devenait presque immobile. On marchait à pas lents dans ces allées, longues, peut être vides, tant les promeneurs s'y mouvaient presque absents, ou entrés en eux-mêmes absorbés, désormais voués à rencontrer uniquement ceux qui leur ressemblaient au mieux peut-on dire au plus près ? Plusieurs mondes, un semblant d'unité. C'était l'année nouvelle avec un tas de bonnes volontés, les meilleurs se retrouvaient sur un banc, à discuter entre eux. Le bilan. Aucun risque de déception, tout était balisé, roulerait au moins jusqu'au mois de Mai après un déluge annoncé, un sauveur espéré boucherait les trous du bas de laine puis la peau de chagrin grandirait. L'espoir est un fléau discret, peut-être que chaque humain un jour en conçoit une sorte de rage, réalisant que l'autre, par exemple cet étranger, qui marchait loin, là bas, devant, derrière, virtuose ou prophète, celui qu'il avait tant aimé ne pourrait jamais lui ressembler. Chacun attendait beaucoup, tout, sûrement, de ces êtres à verser aux reflets de son existence. Tout. Ca veut dire une "épaule rassurante", un "coeur où se loger", une âme ainsi consentante comme la neige est blanche et qui ne fond jamais... Ce que chacun imaginait semblait alourdi par l'horloge qui tournait à présent en accéléré, peut être encore une illusion ? L'attente aujourd'hui n'endure plus rien de ces patiences qui naguère permettaient d'essayer, d'échouer puis de recommencer comme si l'oubli offrait aussi la chance de pouvoir revivre autant de fois qu'on le voulait... Sans jamais rien attendre ? Qu'en sais-je ? Moi qui n'ai pas connu naguère et cette lenteur où le désir n'est pas tout à fait de l'attente. Chacun pourrait admettre que cela lui revint vaporeux comme un rêve. La nuit, finit en queue de poisson, et le matin farde la peau, de quoi camoufler les questions, jusqu'à la prochaine nuit à l'endroit des révolutions :
"pourquoi ai je rêvé à untel dans une drôle de situation ? Untel broyait du sucre dans une usine de macarons et Melle Murielle chantait de bonnes chansons dans une veste en plumes d'engoulevent, l'autre poussait une brouette avec ses mains crochues comme les pattes du dragon et les pattes tiraient la brouette faisaient avancer les camions sur la route de Nevers, avançait, reculait, avant arrière à la force des griffes... etc..."
Une nuit ça a duré et il y avait encore ces oiseaux qui passaient dans le sommeil émettant au réveil ce cri codé aux puissantes réverbérations, ça passait entre le tronc d'un saule et les oreilles d'une vieille venue apporter aux pigeons les miettes du réveillon, (comme par hasard, des macarons). Le Docteur Guy Baudroit expert psychiatre (conseillé par le Docteur Mollon, médecin des soyeux du Caillou) toussota mollement farfouilla dans sa boîte pour choisir une pastille à la menthe, il lui fallait bien ronde. Ce praticien soignait les yeux fermés disait-on - "Poursuivez, poursuivez, le rêve est toujours très intéressant, surtout pour éclairer la réalité." Je repris. "Les lieux isolés ne l'étaient plus, les jours de fête ressemblaient à des jours ordinaires hormis que tout devenait presque immobile et puis euh eh ben .. Je vous demande pardon, où en étais je ?" Le fil perdu, j'étais sûre à présent que cela n'était pas un rêve, ce que je croyais énoncer comme un rêve c'était sûr, je l'avais vécu. - "Continuez !" - "ce n'est pas un rêve", osais-je dire fermement au Docteur Guy Baudroit qui nettoyait sa montre - "Plait-il ?" - " J'ai menti. Ce rêve n'existe pas, je suis sûre que je l'ai vécu ! c'est la stricte réalité aussi vrai que je vous vois". Le Docteur Guy Baudroit secoua sa montre. Onze heures onze. On sonna. Il se leva, et sortit comme un chat, par une porte recouverte d'affichettes, des campagnes contre le tabac, la dépression, l'alcool, tant de menaces autour de soi : "Osez en parler à vos proches"... Je restais quelques secondes assise sur ma chaise devant le grand rocking chair vide qui se balançait en grinçant juste à côté il y avait un divan en velours pourpre et or, cela semblait revenu à la mode, au dessus du divan, on voyait la photo d'un oiseau-mobylette assoupi sur un nid de feuilles mortes. J'attendis des minutes, des demi-heures, des heures. Une odeur de sucre fondu en caramel et de tartines d'ail enrobées de gros sel remontait des cuisines du restaurant, "La Cancaillotte", c'était pile douze heures douze puis ce fut treize heures treize, des heures pour déjeûner en ville. Le temps ne passait pas malgré l'accélération des horloges. Il devait être huit heures huit environ quand le Docteur Guy Baudroit revint avec la première brouette pleine. Melle Murielle l'aidait a décharger les biches et les chevreuils en chantant. Ils tâtaient tous deux les peaux savamment à l'aide de leurs griffes puissantes, le travail avançait, reculait, vingt-cinq brouettes, passèrent comme ça, c'était rapide, impressionnant. Le docteur Guy Baudroit parût très étonné de me trouver sur la chaise, il me salua poliment - Bonjour, puis-je savoir ce que vous faites là ? Chacun est chez soi, à cette heure, normalement...", je lui répondis que je ne savais pas, sans doute que je m'étais trompée de jour - "Vous voulez une brouette ?" - "Une brouette ? Pourquoi faire ?" Il insista - "Sincèrement, j'en ai trop, si ça vous fait plaisir ça me débarrasse, quand on peut faire plaisir, n'est ce pas ? Le Docteur Guy Baudroit souriait, c'était de bon coeur, je répondis - "oui, oui, bien sûr ! merci beaucoup ! c'est très gentil à vous, vraiment..." Je repris mon manteau, mon bonnet, et mes gants, je saluais et je rentrais chez moi une brouette sur les bras. - "Hum... hum... ! Tout ça finit en queue de poisson", murmura La tatan Yvette, le nez dans son verre de porto. - "Cette histoire n'a ni queue ni tête ! et les autres brouettes, elles vont devenir quoi ?" - "Les autres ? Quels autres ? Qui a parlé de brouettes ?".
A SUIVRE...
Musique : "Ne lâche pas le fil" by Ghaalvondrak
Photo : "Tout pour l'intérieur" ou "Tout pour les fleurs", j'ai oublié, c'était devant la vitrine du côté de Brest ou de Lyon, de Brest concentré dans une rue de Lyon, c'est tout à fait possible. La fée qui n'est pas ma marraine (ni ma cousine), dansait autour d'une bouteille sur un fil, enfin c'était en Janvier 2012, pas le premier jour ni le deuxième, peut être un jour entre les deux ? Hélas ! je ne peux pour l'heure, vous le confirmer, il va falloir creuser encore plus loin jusqu'à trouver.
© frasby 2012






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