dimanche, 12 janvier 2014

Ombres et gares

Moi non plus, je ne me suis jamais senti au diapason de rien.

PATRICK MODIANO in "Accident Nocturne", éd. Gallimard, 2005.

intrain.jpg

Je sortais d'une foule sous le grand panneau des départs, je cherchais une correspondance, j'y habitais encore des heures autant de fois que je quittais la ville, à cause des têtes, ces milliers de têtes qui cuisaient sous les lumières des galeries commerciales, par les passages souterrains, elles attendaient chaque jour la grosse rame pour lire le petit quotidien, des faits divers qui mastiquaient nos ombres à température idéale, ces corps glissaient en rangs s'éparpillaient alors, courant éperdus vers tant d'autres... 

Dans une gare je trouvais le courage nécessaire à cet instant où l'on hésite entre un point et un autre sans parvenir à décider d'une seule destination. J'étais entravée, je ne pouvais en confier le détail à quiconque ; je tirais comme tout le monde une valise à roulettes qui renfermait des univers par une fenêtre générique, un sac à dos rempli de pages électroniques du partage global de nos jours, entravé lui aussi, ce n'était pas une tour fortifiée où l'on pourrait rouler les mécaniques du foutra d'un génie s'y croyant au dessus des miasmes, mais une façon encore basique, d'aller chercher dehors, l'intégrité perdue. 

De plus en plus noyé en ce lieu et hors-lieu où ces allées-venues génèrent une image fixe par l'objectif invité à serrer en multiples séquences l'échappée provisoire, on se dore, anonyme, au plaisir de ne représenter rien qui ait une quelconque valeur pour quelqu'un, on aspire à demeurer ce passant, sans caractère particulier, ni désir à se distinguer d'un autre, dissemblable qu'on appelle "le semblable" et cela se dilue pour se perdre sur un quai A ou Z.

Au delà aucune case, pas d'idée ni point fixe, aucun contrôle, ni contraintes subjectives n'arrimeraient l'étranger en soi, qui porte les mêmes habits que toi, tire ainsi ma valise, se heurte aux poinçons et aux rails paraissant courir au même rythme, pour on ne sait quel besoin de s'effacer, sortir du bruit, se relier à des jours plus petits, plus réels, loin de toutes les saisies, de l'arbitraire, de la fureur du verbe et de cette profusion d'images, avec l'air de ne participer à aucune des petites et grandes choses qui confirment la qualité ou le défaut d'un être humain, face à un autre.

Nos rires pareils, nos amitiés fidèles ou sans suite et nos amours idem, allant en variations raffinées ou grossières, s'élaguant peut-être, se cherchent un ermitage, entre deux, comme partout chacun rêve, de captures singulières où se mêlent des impressions spacieuses par fins éclats, feux et flammes, dominés au final du sentiment prégnant de solitudes toutes incommensurables, confondues au semblant de la vie collective.

L'entité s'y mutile, prenant l'air des épanchements plus sociables, joue son rôle à merveille. Entrée à la mesure du monde, et de son gigantisme, cousue de mots abstraits, de l'inconstance de nous, de ces poignées de mains machinales, qui ne cessent jamais, où persistent ces panaches quand du bruit déployé, on désirerait s'enfuir, l'esprit toujours fidèle à ce qu'on voulait être, mieux que cette ombre grise à se singer soi-même, longeant les murs des bars graffés jouxtant deux entrées principales qui cachent les plus petites et mènent exactement au même point de vues du nom des villes défilant à leur rythme sous le grand panneau des départs. C'est un autre train de vie, sans promesse, on s'y lie abordant une contrée qui rétrécit les bases connues, et porte en équilibre l'acrobatique projet d'un instant où toutes choses en cours suspendues, portent un soulagement, par ce rétrécissement même.

On tente de s'alléger de la manière la plus simple possible, gêné, sans doute de ne plus savoir quoi offrir aux flux, sinon ses rythmes cisaillés de dialogues un peu sourds, des convictions sans intérêt, et ces intimités déportées à l'extime, qui peu à peu privent notre pensée d'un refuge - de ce qui s'élabore, toujours seul et lentement - de ce qui permet à l'intempestif de redevenir surprenant - cette perspective toujours ouverte, nous recueillerait peut-être - par une foi enfantine - sur l'instant d'une profonde joie. S'il fallait encore la décrire, cette joie se coincerait dans les flux, vite happée, au jeu tournant à plein régime, elle se transformerait en peine qui confond nos attraits dont l'avantage visible cache la page d'une partition où les sons discordants patiemment ionisés, se propagent sous une quantité de dommages qu'on ne remarque plus.

On se tient moyen à son jeu, la plupart du temps limité, on joue quoiqu'il advienne, et tout progressivement, demeure bientôt sérieux, encore insuffisant, ou bien ça partait d'un miracle du projet incertain qui s'achève en spectacle, voit ce clou de l'histoire: plus on le montre brillant moins on trouve de vigueur à bouger les lignes pour s'y déplacer, et tout ce qu'on a pensé, rêvé ou tenté, se fragmente peu à peu, c'est une intuition toujours vague de laisser aller l'être à sa figuration, la voir le plier violemment à toutes les influences, jusqu'au point où se produit le heurt: on confronte le présent contre un vestige d'hier qu'on croyait prometteur, où l'on devinait par avance, quel paradigme peut déjà s'éprouver à toutes formes de consciences du particulier s'ébauchant au coeur de la matière, avec son lot d'actions, d'obligations, toutes rendues aux questions (dont celle-ci entre mille que je pique, pour la minute de bain moussant) à Alexis de Toqueville :

Comment recréer les liens entre les êtres humains que la démocratie, par l'égalité des conditions, tend à détruire, sans contredire l'égalité ?

On craindrait pire désastre à vouloir observer des ballants qui semblent louer leur vie et les affinités, si nombreuses si cerclées, que cet ensemble finit par tout désassembler, à rendre l'être plus brutal, contre sa volonté, on se sait intriqué aux choses indésirables, pris par l'effort constant puis ensuite inconstant d'en sortir parce qu'il ne reste que l'inconstance forcée d'en sortir ou l'effort constant de se joindre à ces sons du dehors, en goûter la grâce follement, n'être plus attaché à ce qui dépossède d'une distance nécessaire, devenir par instant coquille vides'échapper du produit dérivé de soi-même, du bon goût, du mauvais, de ses estampilles culturelles, enfin se présenter sans style vocal précis, sans ce présent guettant d'être saisi par d'autres. Ce serait ça, partir.

On serait ces muets, flâneurs quittant là bas, les habits trop cintrés, affranchis des besognes, en ces jours ordinaires qui ne peuvent pas aimer ces drôles de points-relais encochés de titres à scandale, leur mouron supérieur qui défile en images nos histoires, et leurs exécutions, analyse nos comportements, par les formes d'affichages dévouées au jargon tout-puissant des voyeurs. L'imposante régression, venue jour après jour, nous jette un oeil ailleurs, et le corps approchant un parcours d'aiguillages on s'éprend du panneau des départs, jusqu'à l'heure plus concrète de s'y réserver un minuscule espace de voie repérable entre A et Z.

On échangerait volontiers une vie de paperasses, contre cette drôle de manière qui ne voudrait s'inscrire à aucune autre place, où partout de passage, on n'aurait plus idée d'être relié à quoique ce soit, ni se voir enrôlé d'attacher son esprit aux matières consommables d'essence spirituelle, on tiendrait un instant, l'intensité d'une trêve vouée à l'éphémère, qui préserve ou éloigne du risque éventuel d'accorder un trop grand intérêt aux ramifications des préciosités de soi-même. 

Ces voies et ces badauds indifférents qui paraissent être nés près des trains, nous surprennent l'air badin comme on suit le pas indécis des derniers voyageurs qui ont longtemps cherché leurs correspondances, on s'absente, avachi avec eux, sur un banc, le regard tourné vers le grand panneau ou scrutant des visages, chacun semblant chez lui, entièrement perdu dans cette vague, le corps près des affiches publicitaires ou serré entre lui et toi, ici, avec la foule là bas, qui se meut chez toi comme chez nous, quand on se prend de flemme, on se met à flotter, telles des ombres aquatiques pourvues des nageoires de l'ancêtre, et de têtes d'épingles amusantes portant des bonnets du Pérou sur des cheveux aplatis qui se collent contre des vitres sales. On fait signe la bas, de la main, à quelqu'un qui regarde, comme un point rétrécir. Pas d'adieu, pas de drame, on s'en va, c'est fini, ça commence. Le panneau des départs débaroule ses horaires en devenant plus petit rapproche des grands voyages imminents ou rêvés ; têtes en l'air, un bâillement, ouvrant mille paysages d'une étrange intériorité.

 

 

 

 

 

 

Photo : Intérieurs (de velours), des femmes rouges, des hommes bleus préfigurant l'instant d'après. A suivre, un autre jour, peut-être... :)

 

2mn d'arrêt entre deux : © Frb 2014

samedi, 14 décembre 2013

L'abolition des privilèges

 l'abolition des privilèges,arbre,voix,paysage,landscape,impromptu,poésie,jun miyake,nabirosina,season,tourner autour,hiver,bleu,gris arbre,terres

 

 

 

 

  

Ailleurs © Frb 2013

samedi, 26 octobre 2013

Châtiment du poète

- Je vois les Pan C

- Je vois les crânes KC

- Je vois les mains DCD

- Je vois les M

- Je vois les pensées BC et les femmes ME

et les poumons qui ont AC de l'RLO

poumons noyés des ponts NMI


ROBERT DESNOS, extr. "P'Oasis" in "Corps et biens", éditions Gallimard 1953.

 

barque b.jpg

 

Il a sorti de lui ce qui chez d’autres ment. Entre nous, eux et lui, c’est une divination.  

Il nous inventera tels que nous deviendrons : renversés dans les lustres, perméables aux plafonds.

Il prédit que demain reviendront les fauvettes à tête de poisson-lune. Contre malédiction, il va les bras en croix et jouant à l’enfant, il nous tendra ses doigts, soudés comme des boulons.

Il prétend qu’il est devenu l’artifice des usines Bricovis, un autre jour encore, quand nous le reverrons, il vendra des avions.

C’est ainsi qu’il nous range par ordre de grandeur devant une porte grise.

Plusieurs petites rondelles de sourires éprouvants à dévouer des vies au collage d’adhésifs sur des vitres d’autos ou à l’aplatissement d'une surface de contact,

il a les clefs de tout.

Il connaît le secret du premier chiffre rond qui correspond au dixième de la valeur d'un carré de grande taille, ça résume simplement la forme de nos villes.

Il bouge ses mains, il dit que ses mains sont des palmes, elles suivent les courants d’air, font quelquefois outils, ce n’est pas désagréable de pouvoir les ranger chaque soir dans un lit, sous un drap en coton repassé par les dames.

Il a ramené pour nous des méthodes de travail : "un état potentiel susceptible d’actualisation”. Il mourra à Cantorbery, inventant la chronique de notre dernier drame nous parlerons en lui. Il sera Dieu des cibles ou un oblat d’abbaye défroqué pour prier le peuple des nuages, se désignant lui-même sous le nom de :

ñuu savi, ñuu djau, ñuu davi, naa savi

Il a ramené des lieux, le pame, le chichimèque. Tous les sons du langage ont glissé dans sa gorge. Il a dit que son verbe engendrait des langues mièvres, en voie de disparition. 

Une poignée de secondes suffirait à traduire, les étoiles, la salive, arborer l’Elmolo, autant qu’un vieux cimetière dont les concessions à renouveler tous les quatre-vingt-dix-neuf ans, peu à peu s’éternisent.

En une poignée de secondes, il a fait se lever des corps, des yeux, des têtes, en direction de lui, et dans sa chambre tiède, il refait le même rêve, chaque nuit est la même où il compte ses fidèles comme on compte les moutons. Il se demande pourquoi

aucun d’eux ne répond.

 

  

 

 

Photo : Le poète lumineux= (hors champ :) et sa jonque, naviguant sur un fleuve merveilleux, aussi rond, aussi bleu qu'une orange...

 

 

Lyon sur les berges du fleuve Saône, © Frb 2013. 

vendredi, 26 avril 2013

Icare 2013 (III)

Mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité à créer de la beauté à partir de mon désespoir [...]

STIG DAGERMAN in "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier", éditions Actes Sud 1981.

icare 2013 (3),le rêe d'icare,le vaste espace,rêve,projet,désspoir,notre besoin de consolation,impossible,rassasier,humanité,stig dagerman,docteur flake,hallucination,ciel forêt,bois lacté,courage,détermination,abandon,horizon,écorce,là bas


Icare n'arrivant plus à s'envoler aussi haut qu'il l'avait autrefois rêvé décida qu'Avril dans sa nature clémente, lui permettrait tout aussi bien d'essayer de marcher sur l'eau. Icare ne savait pas encore que le ciel du mois de Mai s'annonçait pluvieux et brutal, Icare n'écoutait pas la radio, il ne se fiait qu'à notre calendrier singulier destiné à ceux qui ont un léger retard sur la vie, mais il avait notre courage, notre approbation et les cris d'enthousiasme du peuple des oiseaux de la forêt - pic verts, rousseroles et bécassons menant par dessus les choeurs (mes anges !) une section rythmique endiablée en tapant becs et pattes accordés sur tous les bouts de branches qu'ils pouvaient trouver, le départ fût très gai. Icare ne manquait ni d'ingéniosité ni de provisions, nous étions sûrs, cette fois-ci, qu'il ne pouvait pas rater son défi, étant si près du but ...

 

 

 

 

 

 

Si vous avez loupé le début il suffit de cliquer dans l'image et tout ce qui précéde se souviendra de nous. 

 

Photo : Un nouvel élan, Icare et l'océan : une autre histoire, au gré du vent, si le vent nous porte plus loin ou plus haut. CQFD... 

 

Ailleurs © Frb 2013.

 

vendredi, 22 mars 2013

Les limites nous regardent (derniers jours sur le fil)

Un paysage, un habitant qui en explorent les bornes enclin à laisser le photographe se pencher par dessus son épaule...

Les limites nous regardent

les limites nous regardent,ernesto timor,photographie,arts pluridisciplinaires,soirée,limites,art sonore,artiste,évenement,lyon,dyptiques,à suivre

Ceci n'est pas une simple phrase, c'est une tentation.

C'est aussi le thème d'un très beau projet de Ernesto Timor, photographe excellent, dont j'ai découvert récemment les multiples travaux et autres ramifications.

Ernesto Timor expose en ce moment à l'Antre Autre, (chez Maguelone), jusqu'au 30 Mars 2013. 

 http://www.ernestotimor.com/irregular/expositions/les-lim...

les limites nous regardent,ernesto timor,photographie,arts pluridisciplinaires,soirée,limites,art sonore,artiste,évenement,lyon,dyptiques

Pour une fois j'étais à jour mais loin de l'heure, malgré une folle course entre villes, il est trop tard pour déjouer d'autres limites technologiques § co, (mes excuses à Ernesto), trop tard pour annoncer une soirée ERNESTO § FRIENDS, qui a eu lieu ce soir, terminée depuis quelques heures, il y avait au programme des projections, échos/ rebonds littéraires et sonores (les limites nous écoutent) + d'autres surprises... Je n'en dis pas davantage puisque que je n'ai pu m'y rendre c'est un regret, mais ça donne une idée du projet et de ses fines correspondances. J'apprends pour consolation, que "Radio Quenelle" "the" web radio lyonnaise a enregistré l'émission "je suis venue vous dire", ce 21 Mars à l'Antre Autre au coeur même des limites de Ernesto Timor. 

les limites nous regardent,ernesto timor,photographie,arts pluridisciplinaires,soirée,limites,art sonore,artiste,évenement,lyon,dyptiques

L'artiste y parle lui-même  de son projet, de ses photos, le podcast est écoutable sur le site de Radio Quenelle, je vous glisserai le lien très bientôt afin de ramener un petit aperçu sonore sur cette page.

Pour l'instant je sais déjà qu'il vaut le coup, d'aller faire un tour du côté de l'Antre Autre, l'endroit est coloré, convivial, et les photographies d'Ernesto Timor y sont encore visibles quelques jours.

N'ayant pu rencontrer l'artiste in situ, je publie l'évènement sur le fil d'un échange généreux déjà riche en couleurs, Ernesto Timor a eu la gentillesse, d'offrir des limites inédites à certains jours, je l'en remercie elles sont au chaud pour l'heure, il serait bon d'y revenir... Je ne doute pas que nous pourrons aborder encore le thème des limites vues par Ernesto Timor, peut-être, prochainement. J'ouvre la perspective selon les évènements ou sur un mode impro, on en reparlera tôt ou tard.

les limites nous regardent,ernesto timor,photographie,arts pluridisciplinaires,soirée,limites,art sonore,artiste,évenement,lyon,dyptiques

Pour l'instant, nous suivrons l'actualité d'Ernesto Timor de très près, puisque le projet Les limites nous regardent se présente sur un mode évolutif, il s'étoffe, il s'expose entièrement ou par bribes et en divers lieux, il  trouve aussi ses échos en musiques, poésies, se remixe en explorations sonores  et de fait, suscite des rencontres avec d'autres créateurs. C'est en ce moment sur la dernière ligne de Mars, un monde aux vastes imaginaires, et dyptiques assez rares. Courons ! Il n'est jamais trop tard...  

Nota :

L'Antre Autre, est situé au 11 de la rue Terme dans le 1er arrondissement de Lyon.  

 http://www.lantreautre.fr/

 

Si vous désirez découvrir Ernesto Timor en multi-pistes, je dépose quelques liens, tout de quoi savourer et le reste à venir...

 

http://www.ernestotimor.com/malaxe/

http://www.ernestotimor.com/irregular/

http://www.timor-rocks.com/

 

  

Photos: © Ernesto Timor (extraits du dossier "Les limites nous regardent").

mardi, 26 février 2013

Bricodrame

La fin des commencements

 

  

 

 Avec l’air que l’on chante lointain, 

de plus en plus lointaine enfance 


avait écrit TZARA dans "L'homme approximatif".

Une fine trace suspendue à ce fil, et au cours ordinaire simple et bête, filmé brut, d'une fenêtre de la façade adverse, au coeur d'un quartier presque entièrement frappé de servitude (involontaire, évidemment).

  

Villeurbanne © Frb 2013

mercredi, 14 novembre 2012

Je suis un artiste

"Je ne suis pas un papillon je suis Frédéric, je ne suis pas une machine à répéter je ne suis pas un animal je suis un humain je ne suis pas analphabète je suis un arbre je ne suis pas une fille je suis un garçon je ne suis pas un objet [...] voici mon bureau où je mets aussi quelques cadres et des posters de chevaux [...] j'ai aussi un enregistreur j'ai un ordinateur avec sa caméra et des personnes qui peuvent voir dans l'ordinateur [...] et j'ai même dans ma chambre un grand piano et ça fait du bien de chanter avec le piano [...] voici mon grand jardin avec une serre où je fais tout des légumes variés [...] j'ai toujours des jambes longues je suis grand je suis fort j'essaie de trouver la vérité et d'être le plus beau du monde"

FREDERIC:  extraits choisis "Je suis Frédéric", une pièce sonore réalisée par Damien Magnette mixée par Christophe Rault,  produite par l'ACSR (atelier de création sonore radiophonique- Bruxelles).

 

je suis un artiste,je suis frédéric,frédéric,frédéric deschamps,damien magnette,christophe rault,acsr,enregistrer,arts sonores,humanités,altérités,création,voix humaine,musique,dessin,piano,univers mental,intérieurs,question,abîmes,maison,sons anedotiques,vivre,parler,je,singularités,silence radio,réalisation,art,acousmatique,radio,art brut,être,un artiste écouter,expérimenter; immersion,baroque,communiquer; bobines rebelles; identité,les sons,documentaire,différence,la parole,genre humain

 

 

"j’aime écouter ma voix".


Voilà Frédéric. Mentalement déficient qui aime les sons follement, qui décrit sa vie quotidienne à Damien Magnette. Il s’enregistre depuis des années, collectionne les sons, chuchote ou crie dans le micro. Il nous fait visiter son monde : sa maison, son atelier de jardinage, ses goûts, ses pensées. On déambule avec lui dans un univers baroque de bric et de broc. Frédéric est "mentalement déficient". Peu importe, son énergie emporte tout. Il dit « je » mille fois. Un "je" servi par une parfaite réalisation de guingois.

(source de partage sonore : SILENCE RADIO)


"Je suis Frédéric"

 

Pour tenter d'en présenter un peu l'essentiel. Cette pièce sonore est une des plus fulgurantes entendue depuis bien longtemps, elle a été relayée par nombre de médias qui l'ont unanimement encensée, elle a remporté de nombreux prix notamment en 2011 un second prix de création radiophonique au festival longueur d'ondes. Le Festival "bobines rebelles" a eu l'excellente idée de programmer cette composition, le week end du 24 et 25 Novembre 2012, (à venir sur notre calendrier récalcitrant, et sans doute advenu déjà) mais comme nous n'avons pas tous l'opportunité de partir un week end pour un festival en Seine St Denis, je vous propose d'entrer dans la maison de Frédéric, qui est bien sûr un monde. Damien Magnette a composé, décomposé, recomposé la réalité du quotidien de Frédéric pour nous inviter en terre angélique  le metteur en ondes a dû brouiller, comme nous l'aimerons toujours, la fiction et la réalité. Entre des faits anecdotiques, un singulier parcours, surgissent implicitement des abîmes et les questions universelles, les plus claires de la vie humaine, comme les phrases que nous n'osons plus prononcer quand nous parlons à la première personne, histoire de "dire" "communiquer" s'il est possible, d'exprimer qui nous sommes.

 

"Je suis".

 

Ici, l'immersion est brutale mais d'une immense délicatesse qui évoque et réveille ces attachements au tout venant - de très simple à baroque. Le courant passe par les les oreilles jusque dans l'épiderme, il est électrique, devient partageable et c'est terriblement, que Frédéric "nous" jardinera, mine de rien avec sa voix humaine, ses dessins son piano... Ca deviendra un sortilège.

Cette création est un fondamental à écouter absolument, 38mn 34 de visite guidée par Frédéric, un énoncé très simple en apparence...

Merci encore à l'excellent site : "Silence Radio" de nous permettre de diffuser partager et faire tourner peut-être... Peu de chance d'en sortir indemne.

 

 

"Je suis un dessin [...]

je suis Frédéric Deschamps

mais je ne suis pas méchant"





 


 

Nota :   Quelques lecteurs m'ont signalé que leur navigateur ne permettait pas l'écoute via le player de "Silence radio", si vous rencontrez ce problème vous pouvez écouter la pièce de Damien Magnette en cliquant sur le lien ci-dessous:

 

http://www.silenceradio.org/dbfiles/file_171_high_je_suis...

 

Photo : "Je suis une fenêtre"...


Sources documentaires et sonores : Silence radio- ACSR- France Culture /

 

 Le manoir © Frb2012.

mardi, 06 novembre 2012

Panier (by HK/RL)

"Je les vois se dorer ventre à l'air vos chanterelles d'abord dans une petite mousse grosnienne émeraude bordée de feuilles de chênes ocres puis bercées dans votre panier d'osier"

écrivez vous dans votre commentaire

d'où la photo ci-jointe pour vous prouver que votre "vision" est très exacte (retour d'une longue balade-cueillette en forêt des Trois Monts)"

HK/RL: extrait d'une correspondance automnale et gourmande, (ce n'est pas la première). Vous pouvez  retrouver LR chez nos amis de Lieux dits (en ouvrant la fenêtre) ou vous pouvez rester ici en offrant votre corps et votre âme à ce divin panier pour en jouir sans entraves.

RIMG0002.jpgRIMG0003.jpg

 

 


podcast

 

 

Musique: A very special dédicace to HK/LR, de correspondance en correspondances: John Cage était aussi un fin mycologue allumé par l'art des cueillettes il s'est tôt aperçu que "Music" et "Mushroom" se  touchent dans plus d'un dictionnaire. Ci-dessus, un extrait de  "Mushroom Haïku, excerpt from Silence".

 

Photos: Un panier de chanterelles et des parfums boisés, pour un monde attachant où l'or croît au grand air, se cueille à pleines brassées puis s'attache à nos lèvres. De quoi  passer l'hiver très loin du CAC 40  dans la délectation insolente des plaisirs simples et gais, à humer sans vergogne un  petit vin de région.  Le cueilleur de champis (qui est aussi un marcheur, chercheur patient et silencieux), pourrait  bien se laisser tenter au retour par un de ces Chinon de 10 ans d'âge, un salaire sans la peur,  dans le crépitement  des fricassées, nous lèverons nos verres à la terre, tant qu'elle tourne,  (comme un plat de chanterelles), et trinquerons au tableau merveilleux qu'on pourrait appeler "le repos du  cueilleur". Et ce n'est qu'un début...

 

from the Grosne's-Land © HK/RL 2012.

samedi, 06 octobre 2012

Sillonner

Maintenant, est venu le temps de voir les choses plus généralement, de faire les choses sans théorie, de ne pas avoir de systèmes, d'idéologie, de références, avoir le droit d'inventer ou d'emprunter, d'avoir le droit d'imiter ou d'innover, en refusant même l'analyse comme résurgence de la contrainte, c'est peut-être cela que j'appelle post-moderne.

LUC FERRARI : extr. "Presque rien"/ "Le dit des presque riens"

chants d'oiseaux medium.jpg

En hommage à feu Luc Ferrari, immense et regretté compositeur de musique contemporaine, électroacoustique, musicien sans salon, je vous invite à écouter, et "visionner" deux propositions différentes, choisies parmi d'autres compositions, dont la première est issue d''une pièce musicale qui est aussi un merveilleux voyage sonore intitulé (la formule tient à coeur): "Presque rien".

Au départ, le concept des Presque Rien n’a rien à voir avec la musique. Il faut se transporter dans l’époque ; dans les années 60 on disait, le bruit d’un côté, la musique de l’autre.

Luc Ferrari ne s’est pas laissé prendre à ces poncifs, il s’agissait avant tout de faire quelque chose issu d’un grand désir sans se soucier si cette chose entrait dans une catégorie ou non. Le concept au départ ne peut se comprendre physiquement, mais plutôt comme une impression générale que l’on donne à un corps. Ce concept comprend : un seul lieu un seul temps, une certaine acoustique, ce qu’il développera d’un Presque Rien à l’autre.

 

 

 

L’une des principales caractéristiques des Presque Rien est cette narration qui ne cherche pas spécialement à conter une histoire au public mais plutôt à rendre perceptible le temps, avec une volonté précise de montrer que quelque chose se passe à un endroit. Contrairement aux paysages sonores où le lieu est perceptible, les éléments qu’il utilise et qu’il désigne comme le son du quotidien, incitent, par le concept d’une histoire minimale dépourvue d'évènements à un voyage dans le temps. C’est le hasard des sons du quotidien consistant en une substance allant avec des gestes quotidiens, qui vont construire le temps. L’intention de raconter est présente mais il est important qu'elle reste floue.

Puisque Luc Ferrari a inventé lui même un concept à sa création, il n’a aucune raison de lui rester fidèle. S’il y a fidélité, c’est celle de sa recherche, mais il peut faire mentir le discours par exemple, très longtemps, l’époque s'y prêtait également, Luc Ferrari croyait que la beauté était un concept dépassé juste une guimauve. Ensuite et sans trahir le mouvement de ses recherche il fût empiriquement persuadé du contraire.

Nous devons nous occuper de la beauté, indispensable à notre réflexion. Ou bien n’avons-nous plus le temps de nous occuper de la beauté parce que la laideur nous horripile ?

Ayant vécu ainsi quelques années dans une banlieue où tout est laid, déplacé, sans aucune harmonie, son sens pour l’harmonie et la beauté lui parûrent alors comme une nécessité et nullement secondaires, loin de ces guimauves, ce n'était pas une réfutation, mais le présent imposait un autre mouvement, c'est ainsi que les "Presque rien" s'appliquèrent à la recherche de la beauté du son, de l’harmonie, à la recherche de l’harmonie des relations et des temps. Disparition de la narration. Disparition de l’enregistrement comme souvenir, d’un lieu ou d’une situation. Reste une sorte de rapport, une présentation d'éléments singuliers un peu comme une raréfaction ; on pourrait alors mieux comprendre qu'ils trouvent aussi leur place dans le temps. Dans Presque Rien N° 5 il s’agit de l’histoire du jeu des objets musicaux.

Luc Ferrari voulait rester jeune. Il aimait écouter les jeunes gens. J'ai eu la chance de le croiser quelques années avant sa mort, nous avions peine à croire qu'il était né en 1929, il avait insisté pour qu'on sillonne un peu la ville avant l'heure de son train, et s'il était en retard, cela n'avait aucune importance, il prendrait  le train suivant, pour lui, improviser restait assez marrant, il avait traîné devant les façades pleines de graffs par les pentes, il y voyait courir les sons il s'impliquait déjà dans des associations artistiques avec de jeunes artistes issus des nouvelles mouvances électroniques (on dit de l'"electro") il s'intéressait d'assez près à ces nouveaux explorateurs et il en a incontestablement influencé plus d'un.

Luc Ferrari ayant fait ses classes chez Olivier Messiaen, l'impressionnant parcourt du compositeur, suscitait en nous une certaine timidité:  élève de Alfred Cortot  et de Arthur Honegger, pionnier du GRM  créateur de la Muse en circuit, ces titres honorables somme toute ne pesaient que sur nos principes, Luc Ferrari restait un jeune homme accessible aimant les terrasses des cafés, foin des timidités, nous avons bu des coups jusqu'à la nuit tombée, nous avons parlé des musiques de toutes sortes, de l'amour, de l'humain, de la beauté des villes et des rythmes perdus toujours à retrouver partant de notre histoire qui passerait peut-être par des livres, des films, Xanadu, ou ailleurs ; cette voix avait dû discrètement modifier notre façon d'écouter. Luc Ferrari répondait sans manière à nos questions sur un mode informel avec une précision qui ne reniait ni la tautologie ni l'oxymore, il était érudit mais sans ostentation, il avait beaucoup réfléchi à ces formes de langages artistiques et humains, des leçons de piano, à la simple conversation, aux étapes silencieuses, sensuelles, nécessaires de l'écoute Luc Ferrari explorait les sons inouis de la vie en gourmand, il archivait sans répit ni aucune nostalgie de son passé pourtant exceptionnel, nous en avions conclu qu'il était sans doute plus moderne que nous. Mais il se peut que ces catégories (moderne, ou pas moderne) n'en disent pas plus que ce que j'ai lu un jour,  au sujet du compositeur, où le journaliste affirmait que Luc Ferrari (je cite) "explorait tout et surtout n'importe quoi", mais sans avoir beaucoup écouté ses oeuvres, semble-t-il, au fil du temps, et du cheminement d'une vie entièrement vouée à la création, la curiosité mine de rien en exige et il sera toujours plus aisé d'élever des cloisons sur des plis que de les abolir. Déplier déployer, est en soi une création à part entière. En résumé, il est encore trop rare de percevoir que n'importe quoi n'est justement pas rien, A moins de se prendre pour ce que l'on n'est pas. ou de mépriser son public ; Ce qui fût loin d'être le cas de Luc Ferrari expérimentateur, joueur, compositeur et surtout précurseur généreux autant de notre époque, que d'une autre, plus sûrement à venir. Ce jeune homme s’est éteint à Arezzo le 22 août 2005. Il était âgé de 76 ans.

 




Remerciements : à l'Ina, au Grm et au site Arts Sonores. Ce billet est dédié à Luc Ferrari (bien sûr, ça, vous l'avez compris)  mais aussi à la muse en circuit et au bel esprit de mes camarades et aînés qui n'ont pas toujours été en accord avec nos créations mais faisaient tout, et parfois l'impossible, pour que nous puissions les réaliser, les diffuser, les partager autant qu'il sera encore encore possible de mener librement ces recherches ...

Filiation sonore :

http://www.alamuse.com/

Film :

http://www.jacquelinecaux.com/jacqueline/fr/documentaire-presque-rien.php

Lien visuel: street art à Lyon (avec votre participation) :

http://streetartlyon.tumblr.com/page/2

 Nota : d'autres emprunts visuels et sonores se retrouvent en cliquant sur l'image.

 

Photo : En revenant du pont de L'Université près de la rue de Marseille, vue sur un mur (de supermarché) une judicieuse petite oeuvre de street-art, les oiseaux en couper-coller musicalisé (il y en a en réalité, via une vue fragmentée, plusieurs collages du genre dans cette ville), un oiseau sur un mur courtisant l'authentique vieux vinyl cassé collé, réinventé, revenu transfiguré des collections classiques chéries par nos parents: Deutsch Gramophone, la petite oeuvre a l'air d'être prise à l'horizontale, mais comme l'assemblage a été disposé contre le mur à plus de deux mètres de hauteur, je remercie ce passant, passeur anonyme, sexagénaire très souple, grand de taille prénommé Michel (semblable à Dieu, rendons-grâce à Michel :) qui devinant les difficultés que j'avais à approcher l'oeuvre d'en bas, m'a proposé ses mains pour me faire la courte échelle, le temps d'une photo, ce qui n'est pas ordinaire. Merci aussi aux  street artists qui, sur ce coup là, n'ont laissé aucune signature, si quelqu'un croisant cette page peut toutefois nous renseigner, je serais heureuse d'accueillir quelques infos à propos du ou des auteurs du collage reproduit ci dessus, c'est pas mal de rendre à César même si les créateurs de street art (à visiter quelques variations sur thème ICI) prônent plus souvent la gratuité et le jeu, avec ou sans the blaze.

A venir sur CJ, la nuit, le jour, ça continue, sons et images in city, iront se frotter prochainement à la vogue...

 

Lyon 7em © Frb 2012

lundi, 30 juillet 2012

La fenêtre à Doucy-les-Meurs

Vivre le monde en tant qu'un immense musée d'étrangetés.

GIORGIO DE CHIRICO


ouvert casseroles g.jpg

Allez savoir pourquoi la fenêtre à Doucy les Meurs fait un bruit de casseroles quand on s'assoit au bord...  Est-ce de l'art ?

 

 Débats et controverses en lo-fi :



podcast

 

 

Nota : Pour voir distinctement les instruments de l'orchestre vous pouvez cliquer sur l'image.

Photo :  La musique adoucit la fenêtre à Doucy les meurs et vice versa, et vi.se vɛʁ.sa ou vis vɛʁ.saˈvaɪsɪ,ˈvɜːsəˈvaɪsə ˈvɜːsə ...

 

Doucy-les-Meurs © Frb 2012

vendredi, 20 juillet 2012

Aux blues des volets clos

 Images de ceux qui sont partis dédiées à ceux qui restent...

 blues des volets clos,volets,partir,habitations,ouvertures,clôtures,errances,rues,vacances,observer,vieux quartiers,jalousies,robbe grillet,blues,beige,marron,blanc,façades,charpennes,fantaisie,légéreté,babillages,digressions,balade,villes,street art,maurice leblanc,maisons,malevitch,li po,la maison bleue,néologismes,rue hector berlioz,peinture au torchon,dépressionnisme,urbanités,rose,été,juillet,murs,musiques,ici quand j'y suis

 

Premier volet à l'ancienne, store à lattes, jalousies, sur fond de façade cacao. Les Robbe Grillet sont partis en vacances à Marienbad (comme l'an passé, elle ne se souvient plus, il faut qu'il l'y emmène), je tente un raccord littéraire avec des bouts de ficelle, nous qui restons sans vacances, cloîtrés devant les jalousies, (d'habitude c'est derrière), nous ne savons pas avec ce genre de matériel, si quelqu'un ne surveille pas la rue, peut voir sans être vu. Puis arrive un moment où tout semble pareil, à guetter les premières feuilles de September, à retrouver l'amant ? Qui fût dedans, s'en va dehors. Que fait-il ? Lui dont l'aspect broussailleux noircit le cacao et frappe à ce volet. Une bouche suppliante mange le mur. L'ombre porte le feu et le sombre amoureux se cogne aux volets clos de la femme sans coeur...

 


podcast
 

 

 

fermés beige.jpg

 

Volets jumeaux, vilains volets, un modèle pour les temps à venir, pas question de rigueur, et pas d'austérité ah mais ! ah mais ! (mots bannis), on aimera ces volets tristes avant de les retrouver furieusement à la mode. On s'exerce à perdre peu à peu, le goût de rire, de vivre, l'envie d'avoir envie,  à trop les regarder ces volets ; c'est un genre doué d'une cruelle façon d'insister sur l'absence, même ouverts, une  présence, même la plus enjouée, n'y pourra rien changer. Juillet en plein hiver, c'est la couleur des rues en retrait de la ville, loin de Lyon et ses jeux de lumière florentine. Ici, ça deviendra un nom hybride dans les coloris vus, revus, de jaunasse, saumon sale, ces teints qui hantent encore la mémoire des locaux administratifs, on n'a pas oublié certaines salles de classe. La rentrée est de rigueur, on y pense, en passant par ces rues croisées près du cours Emile Z. où nait Charpennes, ça ne rime plus mais ça pleure au delà du soleil qui dore un peu les murs des habitations collectives, masquant les fêlures du vieux monde, il tient on ne sait comment entre les trouées des chantiers. Un sans faute, pour la touche de neurasthénie estivale, le psychiatre a aimé, et moi, (on s'en fout) j'émets (quand même) quelques réserves avec un petit fond sonore (comme on dirait "un petit fond de Bartissol") pour remonter le moral des troupes ? De ceux qui restent, à ceux qui restent ? S'ils n'ont pas peur de passer au volet plus sérieux.

 


podcast

 

 

fermés d.jpg

 

Sérieux, fraîchement refait. "C'est Volet blanc § blanc volet", dit l'adage du poète ivre de Tao. C'est aussi la devise du peintre (en bâtiment) féru de Yop à la vanille. Monsieur Maurice Leblanc réside ici, lui qui fût sans volets semble-t-il, il est passé avec son héros, puis il est reparti, emportant l'argenterie, en volés ! ah  gredins !  nous laissant devant un carré blanc sur fond blanc d'une netteté si nette, qu'on se passera de commentaires, sauf que non, parce que Monsieur Kazimir Malevitch va encore gueuler qu'on lui a volé son volet, volet tagué ô vol du blankvoléchpoutnick pièce maîtresse de l'exposition bien sûr, je saute sur l'occasion pour glisser un petit lien commercial, pour le plaisir d'offrir à mes lecteurs chéris une page de publicité locative, pas bien maline,  je sais, je sais,  (pour une fois, je reconnais :)

 


podcast

 

 

fermés v.jpg

 

Après qu'on nous zute rebattu, (rabattu ?) les oreilles avec la fumante maison bleue, devenue respectable musée du koala ex. chevelu, on s'est aperçu que non seulement la maison bleue n'était pas bleue mais aussi c'est plus grave, qu'elle n'avait pas de volets, une hérésie, un pur scandale pour la culture hippie, du moins un paradoxe ;  on ne saura  jamais comment ils s'envolaient sans volets, les nipis quand ils tiraient sur la Marie-Johanna, alors qu'on sait qu'ils cherchaient la planante...  Plus philosophiquement, je tiens à rajouter (merci aux gars du bar tabac "chez Marinette"), je pique au zinc, qu'une maison sans volets "c'est comme un vélo sans guidon" (qui a dit ça ?) ou "comme un baiser sans moustaches", (ça, c'est de Clarck, il l'a prouvé). Pour les analogies, je vous laisse compléter... Après la détente c'est Hector, maître du chant d'été qui vous présente la maison rose aux volets bleus un peu grisés presque fermés, (la sienne avait des volets verts très beaux et bien ouverts), les volets bleus ont été vus, photographiés aux alentours de Wilson Place, entre deux rues en pleine  déconstruction. Les Berlioz sont à l' Alpe d'Huez, que voulez-vous savoir d'autre ? Que c'est beau le bleu grisé sur une façade qui bronze quand les volets sont ouverts ce qui s'avère, si on y pense à tête reposée, un grand mystère presque aussi difficile à résoudre que le Rubycube de Kandinsky...

 


podcast

 

 

volets fermés.jpg

 

La vie ferraille vers la rue de l'Hector, (encore lui), volets fermés en rez-de-chaussée, avec les fils de la machine à coudre branchés sur la chevillette de l'entrée, autant vous dire que l'endroit est déjà frappé de servitude, (on dit d'alignement ça dit ce que ça veut dire), il en sera fini dans un futur très proche, des volets crades sur fond pisseux d'art brut, (on appelle ça peinture au torchon dans les milieux d'art brut, et  ceci est devenu "over-tendance" chez les bobos huchuyéyés qui  confirmeront qu'on intitule cette pratique, la "peinture essuyée" mais enfin bon, comme disait Melle Pugeolle en rendant les copies de d'instruction civique aux enfants poétiques que nous fûmes,  je cite : "y'a torchon et torchon", dans notre cas de figure, ce sera la version que vous voudrez, en forme de closerie des Dugris partis chercher du bleu à l'Ouessant, volet à déprimer les cieux et façade de pur style dépressionnisme en milieu urbain. Voilà qui n'arrange pas le moral. Ils sont bien partis les Dugris de bon matin, avec la caravane, emportant serpillières, géraniums, les babioles, les pots de bidules, tuperwar qui habillent d'ordinaire les rebords des fenêtres. Eté, tout s'en irait,  bassines, serviettes, mini-cactus, torchons des mains, choses mises à sécher, etc... il n'y a plus rien. Nothing. Nada...

 

podcast

 

volet rose.jpg

 

Rose c'est la vie, les volets roses tagués, ça c'est du  rez de chaussée ! vu du côté du très beau quartier des Chartreux, avec hors-champ, mais quel panneau ! un parking à vélos, ouvert l'été, la critique a aimé le regard gamin de la bête qui dit "ok", (on suppose qu'elle le dit) un air de la vacance sur du clos  pas fermé, la bête est sympathique, signée d'un blaze dont je ne sais rien... la prochaine fois en exclusivité estivale, j'ouvrirai les prévisibles volets de ceux qui restent.

 

 


podcast



 

Lien : Si vous avez loupé le début, tant que juillet sera chez nous, le mois du volet vous pourrez cliquer ci-dessous :

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2011/09/07/pr...

 

Playlist des gens partis : 1/  Chenard Walcker : "Blues" 2/ Mississipi Fred McDowell : "You got to move" 3/ The Kinks : "Holiday"  4/ Charles Patton : "Green river blues" 5 / John Cage : "the seasons "(Summer)  6/ Scott Walker: "The windows of the world".

 

Nota : pour les passionnés de volets, un coup de souris (ou de traque-pattes) sur les images et vous aurez le privilège de retrouver nos volets grandeur nature sans même vous lever de votre chaise-longue.

 

Photos : Enfin, pour en finir, juste avant de sortir de l'étuve intenable d'un Lyon merveilleusement désert, c'est pas mal, entre deux trains, de s'amuser ici et là, à glaner du banal estival à la périphérie, comme je pensais bêtement qu'en sortant de Lyon il ferait plus frais, c'est idiot... (là aussi je reconnais), j'ai testé pour vous les volets de banlieue (disons de la banlieue mitoyenne,) à Villeurbanne exactement ; images volées  et repérage en volés lov' entre les stations de métro, Charpennes et République, sauf pour la dernière image saisie en remontant les pentes vers les rues de Flesselles, Ornano, qui mènent aux fraîcheurs des terrasses arborées du Mont Croix-Rousse. Un billet sous le signe de la clôture, c'est déjà un présage, ou disons un sujet... Ouvrir/ fermer/  Que peut-on peut faire d'autre ? Avec si peu, et de la volonté, on parviendrait à ouvrir fermer : sa vie, ses portes, ses yeux, sa bouche, les flux, les fûts, les dossiers, les boîtes, les  coeurs, les livres, les robinets, les fenêtres... et surtout ses volets !) j'ajoute au babillage, une petite dédicace pour celui qui ne s'est jamais battu contre un ou deux bons battants de volet à l'ancienne, (puisse-t-il connaître un jour cette joie formatrice), quand triste hélas ! il se retrouve (et moi aussi) à tourner, de nos jours, la manivelle ou plus exactement à pousser un bouton de science fiction de la collection PVC enclenchant l'ouverture ou la fermeture automatique de ses volets roulants, plus un effort à faire pour gagner ou perdre son bout de ciel, alors que rien au monde n'est plus émouvant, vu d'en face, qu'un homme ou une femme ouvrant et fermant ses volets (qui grincent de préférence) de l'aube à la nuit et réciproquement. Mais voilà, bonnes gens, on l'a dit, on ne le dira jamais assez : on n'arrête pas le regret.

A suivre, peut-être....

 

 

Villeurbanne/Lyon © Frb 2012

 

jeudi, 12 juillet 2012

Invisibles

An têt an pié mango-vê
Mêt Kolibri lévé bon-nê
Opipiri ija douboutt' :
Sin tchê d'matin
Soleye ka lévé bon-nê ozantiy.
Fuiii !!!... Pssiii!!! - Mêt Kolibri ka siflé

Extr. du "Mêt Colibri" - Conte Créole"-

invisibles,contes,légendes,littérature populaire,petit lièvre,les frères grimm,charles perrault,fantasy,enfances,régression,rêverie,réminiscences,figures,monstres,lutins,goules,troll,roi,princesse,dragon,gnomes,pérégrinations,lire,symbolisme,initiations,sons,illustrations,maupassant,georges sand,prévert,contes traditionnels,inuits,afrique,japon chine,amérindiens,sioux,claude conti,tove jansson,andersen,ésotérisme,gazouillis,oiseaux,animaux,jouer,vitrine,mémoire,films d'animation,conteurs,récits,broder

 

Invisibles

Le roi-grenouille, la fille aux mains coupées, le renard parrain, Till l'Espiègle, la nonne qui a vu le monde, l'os qui chante, la reine des oiseaux, le petit poucet, le chat perché, les trois châteaux du diable, la femme-squelette, le carreau de beurre, la bouillie dans le trou de glace,  l'homme sans tête, le grand gros navet, la chemise qui porte bonheur, la tortue avisée, la poupée qui mord, la danse dans les épines, le roi des poissons, la bible du démon,  la licorne rose invisible, l'arbalète magique, le petit boeuf rouge, le chien du tsar, le bonhomme de pain d'épices, les trois oranges d'amour, les souliers usés à la danse, le crocodile qui ne mange pas les poules, l'enfant crapaud, l'indien qui gardait sa femme en cage, le chat qui s'en va tout seul, les 12 valets paresseux, les bottes de 7 lieues, les soupirants de la renarde, la chasse aux glousses, le Nakakoué, la soupe aux escargots, le harfang des neiges, la belette entrée dans un grenier, la princesse aux petits pois, l'ourson de verre, le coucou franc, le cochon à tête blanche, les trois petits kangourous, le vilain petit ver, Moumine Le Troll, l'homme au sable,  le nain jaune, le monastère des larmes, la malle volante, le rêve vendu, l'homme gris, la belle aux cheveux d'or, le jabberwocky, celui qui voulait vivre aux crochets des autres, le petit homme marron, le chêne parlant, le dromadaire mécontent, les fileuses d'or, les trois sourds, le petit âne, l'oiseau malin, la biche borgne, le chien Zoubar, les oies qui demandent du répit...

Invisibles

 Le samouraï oublié, l'homme touffu, le prince aux 3 destins, le Marquis de Carabas, le phénix sculpté, le tyran écarlate, le maître voleur,  le roi des échos, la fée clochette, Tim Tim bois sec, Poucette, la petite fée Carotte, le caméléon amoureux, le manticore, le dragon vengeur, le baiser maléfique, la dame à la licorne, l'âne si doux marchant le long des houx, monsieur-Chenille, la femme-cygne, le génie de la forêt, la mystérieuse chambrière, le nocher des enfers, la case des jours de pluie, le prince Torticoli, le Kraken,  la fée aux gros yeux, les trois ours, le sabre enchanté de va-de-bon-coeur, le gnome qui regarde passer le train, La belle Florine, la petite poule rousse, le roi des singes, Blaise le poussin masqué, l'arbre sans fin, les oeufs de la cane Calandéric, le mendiant insupportable, La fleur des vies des Saints, le Baba Yaga, la Dakini, Persinette,  Sylvain et Sylvette, Jeanot le cuisinier du roi, Dame cagouille, les lavandières de la nuit, la grotte aux lutins, le génie à tête de bouc, le prince tout bleui, Berthe la fille du roi de Hongrie, le sou du rossignol, le petit garçon qui plantait des clous, la vieille femme dont le fils adoptif était un ours, la soupe à la princesse, Dame Trude, peau de vachette, le vieux baron des ravots, la petite sirène, le chercheur de vérité, la lune prise pour un fromage, l'ankou, Ricdin Ricdon, le prince Titi, la bête à 7 têtes, la fontaine de Jouvence, le fantôme de l'avare, le moineau à la langue coupée, la princesse clair de lune, le roi Bec de grive, les moires, les nornes et les dises, les vérités inutiles, les souhaits ridicules, l'arbre qui voulait rester nu, la fée aux miettes, le pays des 36 000 volontés...

 Soeur Anne ma soeur Anne, ne vois tu rien... venir ???

A suivre, peut-être...

 

Photo : Le petit lièvre un peu visible, ou peut-être une apparition ? Photographié (sans trucages), montée de la Grande Côte à Lyon, un jour comme il y en a tant où l'on ne voyait rien venir hormis le petit lièvre dont on sût bien plus tard qu'il arrivait du pont du gard. (Avertissement : ceci est un conte pour les grandes personnes).

 

Liens :

intelligent : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfp_0556-7807_1977_num_40_1_2110_t1_0052_0000_2

instructif : http://expositions.bnf.fr/contes/arret/ingre/indespa.htm

Approximatif : http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/07/09/cendrillon-10-ans-apres.html

 

© Frb 2012.

dimanche, 24 juin 2012

Le premier mouvement de l'été

J'ai déjà laissé entendre que rien de ce que l'on peut dire n'est tout à fait juste, mais on peut toujours essayer d'approcher.

JACQUES ABEILLE : "Le cycle des Contrées / "Les jardins statuaires" /  éditions Attila, 1982/ 2010.

après la pluie.jpghortense a.jpgmuriers.jpg

été.jpg feuille.jpgle premier mouvement de l'été,jacques abeille,les jardins statuaires,éléments,ailleurs,jardin,jean louis murat,fugue,été,retrait,s'en aller

 

 

Liens :

Un extrait des Jardins Statuaires, une voix à écouter:

http://www.liberation.fr/culture/06012535-les-jardins-sta...

Le dernier mouvement de l'été, selon la ritournelle :

 http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2010/09...

 

Photos : Là bas. Au jardin juste après l'orage...

 

© Frb 2012

samedi, 26 mai 2012

Chut... !

Les bruits associés au jour sont toujours interdits la nuit, les femmes par exemple, ne moudront pas le grain après le crépuscule [...] 

MARY DOUGLAS : "The Lele of Kasaï" in "African Worlds : Studies in the cosmological Ideas and Social Values of African Peoples", London 1963.

chut ! écoute,oreille,bruits,silence,mots,proférer,interdits,mary douglas,ray murray schafer,sir james frazer,soundscape,le rameau d'or,notes de lectures,son,environnement,culture,anthropologie,croyances,civilisations,conjurations,art,john cage,einstürzende neubauten,silence is sexy,rituels,superstitions

Dans son livre remarquable, "Le paysage sonore" R. Murray Schafer a longuement expliqué que l'intérêt véritable d'une législation contre le bruit ne résidait pas dans son degré d'efficacité, depuis le Déluge a -t-elle jamais porté ses fruit ?"  S'interroge-il... Même si nous savons, en revanche, que cette législation permettait d'établir des comparaisons entre les phobies sonores des diverses époques et sociétés. Les sons proscrits ont toujours eu une puissante résonance symbolique. Les peuples primitifs, par exemple, conservaient précieusement leurs sons tabous et Sir James FRAZER dans  son ouvrage monumental intitulé "Le Rameau d'Or" (1890-1915), consacre un chapitre entier, à ce sujet. Il raconte qu'il existe des tribus où la terreur empêche de prononcer le nom de certains peuples, le noms des ennemis  ou ceux d'ancêtres défunts. Ailleurs, prononcer son propre nom comporterait le danger de priver un individu de ses forces vitales. Proférer ce son, le plus personnel, soit-il, serait comme tendre la nuque à l'exécuteur...

Sur le plan des pratiques anti-bruit, plus curieux sont les rituels de certaines tribus qui réservent par crainte de la colère divine, la production de certains sons à des périodes temporelles précises (cf. plus haut, le texte de Mary DOUGLAS ici, la suite) :

Les bruits du travail semblent créer des relations dangereuses entre le village et la forêt. Les jours ordinaires, les esprits dorment au plus profond des bois et ne seront pas dérangés, mais les jours de repos ils sortent et approchent parfois du village. ils seraient furieux d'entendre des coups frappés dans la forêt ou des martellements dans le village.

L'habitude chrétienne d'observer le silence pendant le Sabbat ne doit pas être étrangère à cette origine. Traditionnellement, les sons tabous, prononcés de façon sacrilège, sont toujours suivis de mort et de destruction, cela est vrai du mot hébreu Yahvé. En France, les textes liturgiques n’utilisent pas la vocalisation Yavhé, mais elle apparaît dans les traductions de la Bible - qui ne sont pas normatives pour la liturgie - ou des chants. D'après une argumentation scripturaire, le document affirme : 

"L’omission de la prononciation du tétragramme du nom de Dieu de la part de l’Eglise a donc sa raison d’être. En plus d’un motif d’ordre purement philologique, il y a aussi celui de demeurer fidèle à la tradition ecclésiale, puisque le tétragramme sacré n’a jamais été prononcé dans le contexte chrétien, ni traduit dans aucune des langues dans lesquelles on a traduit la Bible."

Les chrétiens revendiquent la possession de plus de vingt quatre mille prétendus "originaux" de leurs Saintes Ecritures en version grecque, et pas un seul parchemin ne fait mention de Jéhovah.

Idem pour le chinois Huang Cheng (cloche jaune) si ce terme se trouve proféré par un ennemi  il peut (dit-on) causer l'effondrement de l'Empire ou de l'Etat. Les Arabes avaient beaucoup de mots pour Allah qui possédaient les mêmes redoutables pouvoirs, (ils se prononcent dans un souffle) : Al-Kabid, Al Muthill- Al Mumit, et quatre vingt dix-neuf autres encore.

Ensuite il y a bien sûr d'autres mots tabous dont la prononciation semble sacrilège comme dans certaines manies plus ou moins graves ou autres  névroses obsessionnelles, par exemple une personne ne pourra pas prononcer ou entendre le mot "Maladie", persuadée que le simple fait de sortir le mot de sa bouche serait un risque d'attraper cette maladie, ou de la transmettre, cela plus subjectif...

On pourrait se demander quels sont les sons tabous unanimement reconnus, et inspirant la crainte dans notre monde contemporain. La réponse n'est pas si évidente. R. Murray Schafer mentionne la sirène de la défense civile, que toutes les cités modernes connaissent bien, mise en réserve pour le jour fatal, où son cri unique sera suivi par le désastre. Il y en existe sans doute d'autres, même si nos rituels avec Dieu ou les divinités sont un peu plus discrets que ceux de nos lointains ancêtres ou tribus des forêts, il est certain qu'un lien profond unit, lutte, contre le bruit et son tabou, car dès l'instant où un son figure sur la liste des proscrits, il lui est fait l'ultime honneur d'une toute puissance. C'est la raison pour laquelle les plus nombreuses et plus mesquines interdictions de la communauté resteront à jamais inefficaces.

Enfin, pour conclure un de ces nombreux chapitres sur le paysage sonore, nous suivrons R. Murray Schafer dans son cheminement, pour affirmer avec lui que le pouvoir absolu, est le silence. Comme le pouvoir des Dieux est d'être invisible. Vrai encore que le mot "Silence" est d'une incroyable douceur à prononcer et semble une source à entendre d'un genre d'allitération proche glissant sans heurt, clairement mise en espace, comme le fût, le plus implacable "Silenzio" de JL Godard hurlé au mégaphone, dans le film "Le Mépris" suivant la logique, du "Camera" et "Motore", rythmant la réalisation du film, le mot "Silenzio" non seulement referme le film mais rend les acteurs à la vie, laissant le spectateur seul en plein ciel devant le visage d'une statue, porté par la musique de G. Delerue."Silenzio" n'est pas le silence, c'est la fin du mépris. Le silence. Ce n'est que par lui et pour le trouver que peut se clore toute réflexion sur les sons dignes de ce nom.

 

 

Sources bibliographiques :

R. MURRAY SCHAFER in "Le paysage Sonore" éditions JC Lattès, 1979,

Sir James FRAZER in "Le Rameau d'Or" (Manuel d'étude des croyances et civilisations antiques en 12 volumes), édition abrégée, P. Geuthner, 1923.

Photo : Variation pour une oreille et son silence, un léger flou artistique émanant d'une vraie sculpture posant pour Paul sur le plateau de la Croix-Rousse à Lyon entre le Grand Boulevard et la place Tabareau, pas loin de la rue Denfer, (Rochereau). Cette mystérieuse oreille monophonique privée de corps installée sur une place minuscule intrigue énormément ceux qui la croisent. Je ne connais toujours pas le nom de l'artiste (nous cherchons) qui a crée cette oeuvre emblématique, que personnellement j'aime beaucoup puisque le son m'importe plus que l'écriture et l'écoute me parait plus intéressante que la parole, je sais juste que l'oeuvre a été portée près de ma rue le jour où j'envisageais à la fois d'emménager dans ce quartier et de me remettre à la musique, détail personnel de peu d'intérêt, quoique le mot "Oreille" n'est pas sacrilège au regard d'une fascination plus vaste pour tout ce qu'elle garde au secret. Cette incongruité urbaine invite à plus d'un titre car je rêve souvent à cette oreille (de marbre ? Non.) écoutant patiemment les murmures des passants et gardant précieusement les bruits de la rue dans sa pierre, elle n'en dira rien à personne, jamais, c'est assez consolant, pourtant il me semble qu'en jouant de cette oreille  comme d'un instrument elle pourrait sonner divinement et peut être nous rendre les murmures de la ville. Oreille muette comme une tombe, prenons de la graine au contact de cette silencieuse qui nous happe par sa discréte présence et l'entière confiance qu'elle inspire...

Remerciements à Paul pour la photo et pour m'avoir prêté son "Rameau d'Or" ce n'est pas une métaphore, rien que de la culture et si c'était une métaphore, je n'en soufflerai mot car je ne doute pas que l'autocensure m'interdirait d'écrire ici ces mots qui ne vont pas dans la bouche d'une fille élevée chez nos droites religieuses. Ces dames avaient, si mes souvenirs sont bons inscrit au tableau une liste noire d'une vingtaine de mots à ne pas prononcer au sein de l'institution même pendant la récré, la gresso vecha de Soeur Marie-Claude, punissant de six heures de colle (sciences physiques, al spoela!) accompagnées d'un vigoureux tirage d'oreille, tout élève qui aurait proféré les mots tels : patuni, dreme, noc, ulc, cireh, troufe, beti, bredol, etc etc... Mais, fermons ce moulin à paroles ! Nos oreilles sont de Lyon pas de Loué, nom de diou nom de non !

©Paul-frasby 2012

lundi, 26 mars 2012

Grand Magasin

Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous recommandons le robinet qui s'arrête de couler quand on ne l'écoute pas.

MARCEL DUCHAMP : Rrose Sélavy  in "Poils et coups de pieds en tous genres"  publié par GLM dans la collection "Biens Nouveaux" en 1939.

2108347518.JPG

Il y a 2 personnes devant moi, j’attends mon tour. Sur les écrans partout disposés en hauteur, on peut visionner la météo, les horoscopes, une recette, image par image des escalopes de veau au dessus de nos têtes, un panneau clignote sans jamais s'arrêter : "Le veau c'est beau !" et plus loin, "50% sur les pantoufles pour 1 achat de 5 bougies parfumées", derrière moi, une dame élégante s’impatiente, posant sa question sans attendre le tour de l'autre dame qui s'apprête à payer  "Excusez moi, c’est juste pour un petit renseignement... Elle enchaîne aussitôt - la crème de jour, vous ne l’avez pas en "Sable ?" - "C’était quel numéro, Madame, vous vous souvenez ? Parce qu'ils ont tout changé dans cette gamme là". La dame hausse les épaules, "quel numéro ? Aucune idée !". La caissière balaye du regard la totalité du City marché. Elle lève le bras c’est pour quelqu'un là bas, elle se met à crier : "Sonia, Sonia !  tu peux venir cinq minutes ?". Sonia arrive, à très grandes enjambées, sur son gilet vert pomme molletonné, un carré épinglé "City marché, le sourire en plus", en dessous de la poche, un rectangle en carton plastifié découpé au cutter avec écrit, au marqueur rouge en gros "Sonia". Sonia est jeune, 20 ans, à peine, c’est elle qui s’occupe du "Rayon Beauté", Nicole pourrait être sa mère. Mais pour l’heure sous mes yeux c’est la profession qui s’affiche : deux bouts de cartons recouverts de plastique épinglés soigneusement sur deux gilets sans manche où dans le dos il y a encore écrit "City marché, le sourire en plus". Gilet "Nicole". Gilet "Sonia". "La crème de jour, Sonia ! la nouvelle gamme en "sable tu sais le numéro, c'est quoi maintenant ? le 5 , le 3 ?  Je sais qu'ils ont pas changé le 6 mais le 6 c'est "Beige rosé" ?". Sonia fouille dans les rayons, Nicole demande : "Vous avez gardé l’ancien pot madame ?" -"Ben oui, euh ! j'sais pas ! je crois, mais c'est pas sûr...". Nicole poursuit : "Dans ce cas, faudrait nous ramener l'ancien pot madame ! parce qu'ils ont tout changé et je voudrais pas vous vendre "Porcelaine" pour du "Sable", quoique ça ressemble assez et si ça se trouve ils ont aussi changé les noms et "Sable" ça serait peut être  maintenant remplacé par "Porcelaine"..." Silence. Les deux femmes comparent les deux coloris, se regardent longtemps, hésitation puis silence à nouveau. Sonia revient, rajoute un "si ça se trouve...". la cliente remue la tête affirmativement, plusieurs fois très longtemps, comme s'il s'agissait d'une chose très grave.

Nicole ne répond pas, examine de plus près les deux coloris : "regardez voir sur la peau..." Sonia étarpe la crème teintée sur l'avant-bras de la cliente; au dessus du poignet, la cliente lève le bras du côté des néons elle dit, "c’est difficile à savoir, hein !". Deux grandes traces épaisses beiges tachent l'avant bras de la cliente, la peau est fine sans veines apparentes ni plis, le bras est lisse, très blanc. La dame hésite encore, l'autre dame devant moi perd patience, derrière nous, la file est devenue très longue, la cliente paraît très gênée, elle s'adresse à la dame qui était devant puis à moi, "je vous fais attendre, excusez moi ! je croyais que ça irait vite" je dis - "je vous en prie, c'est pas grave, prenez votre temps !". La dame devant me jette un regard noir. (Ben quoi ? Qu’est ce que j’ai dit ?"). Sonia semble réfléchir. Nicole propose : "Tu devrais regarder dans le classeur". Sonia, nous sourit d'un sourire réellement désolé et gentil, pour nous aider  un peu à patienter. Ce sourire est vraiment désarmant. La dame devant soupire bruyamment. Nicole dit "Dans le classeur c'est sûr qu'on trouvera ! y’a tous les nouveaux numéros qui correspondent avec les anciennes couleurs" - "Ah ben ouais ! répond Sonia, J'avais pas pensé au  classeur, t’as raison ! je vais chercher ça !" Nicole la retient  "Non, mais euh... Tu peux plus y aller, ça a changé, c'est Madame Chamot, pour les clefs, il faut appeler Madame Chamot, c’est elle qui a les clefs du bureau, attends, bouge pas ! je vais essayer de l'appeler d'ici". Nicole se rapproche d'un micro fixé par un gros ressort sur le coin de la caisse. Dans tous le magasin on entend la voix de Nicole qui se diffuse dans les hauts parleurs,"on demande Madame Chamot à l’espace beauté, madame Chamot !".

Quelques secondes après, Madame Chamot, arrive. La cinquantaine bien tassée, 1,43M environ, perchée sur des moonboots prunes à talons compensés, je me dis que sans ses bottes elle doit mesurer dans les 1m33 environ, il semble qu'à chacun de ses mouvements, c’est le magasin tout entier qui peut se renverser, on dirait que c'est elle, Madame Chamot qui porte le City-marché sur ses épaules. Elle parait être de ces créatures méticuleuses, parfaitement organisées, de celles qui mènent leur monde à la baguette. Rien ne dépasse. Tout est carré. Son chemisier à collerette impeccable boutonné jusqu’en haut pince même les rides en bas du cou, des maxilaires carrées, des lèvres pulpées de rouge pourpre nacré qui déborde légèrement au dessus de la lèvre supérieure plus fine pincée, un petit nez rose juste à peine aplati au bout, des pommettes presque absentes relevées d’un fond de teint crèmeux qui donne un air hâlé, Madame Chamot porte des lunettes en écaille cerclées bleues signées de l'autre fou, une jupe droite en velours côtelé fendu sur un côté, mais pas trop, entre les moon boots et la jupe, deux bosses plutôt rugueuses, roses, aplaties comme son nez. Je croise le regard piquant de Madame Chamot qui surprend en flagrant délit mon regard perdu sur ses genoux, je devine un courant d'animosité, une légère pointe de crainte, elle tire vif, sur le pan de sa jupe d'un coup sec machinalement, tout va si vite. Madame Chamot s’énerve : -" Mais enfin Nicole ! ça fait une semaine qu'on a reçu les nouvelles références ! il faut les avoir en tête les numéros. "Sable" c’est le 5, "Porcelaine" le 2, "Biche" c’est "Beige le N° 6 "beige tendre" maintenant le n°1 c'est le zéro qui est l'équivalent au "Beige foncé" de la gamme "Elusane" "Sable" "5" "Chamois" c'est "Biche", "Beige N°6 " "N°1 c'était le zéro chez Bergamole" et il n'existe plus, vu qu'ils ont supprimé le 4 qui était "Chevreuil n°7" chez Bergamole comme Elusane a fusionné avec Bergamole il ont revu les coloris et le 8 n'existe plus mais c'est devenu le "Sable", et même que le n° 8 de chez Elusane, pour le coup ça change pas grand chose,  vous demanderez à Madame Moulu de vous expliquer, c’est elle qui s’occupe de la marque, maintenant."

Nicole. Sonia. Madame Chamot. Course folle au rayon des peaux. Madame Chamot s'énerve "Nicole, vous n'avez pas pensé à présenter une autre marque à Madame ? On a peut être l'équivalent de couleur en sable dans la gamme, "Agnès Grey", Sonia ! allez voir monsieur Blénot, c'est lui qui a reçu le représentant, "Agnès Grey". Sonia trépigne et son visage devient pâle, elle murmure tout bas, terrorisée "Monsieur Blénot ?" Madame Chamot répond  "Oui il doit être dans le bureau à l'étage avec le représentant, pour l'arrivage des  peignoirs de Ceylan. Sonia s'étonne et devient de plus en plus pâle : "Les peignoirs de Ceylan ?". Madame Chamot se retient, tâche de garder son calme : "Oui. Les peignoirs de Ceylan ! Sonia ! la semaine prochaine ! vous savez bien que c'est la semaine de la ristourne orientale." Sonia, sourit  bêtement : "Ah oui, la ristourne orientale, pardon madame, je croyais que ça commençait qu''au milieu Avril, enfin, il me semble euh... Vous aviez dit le 14...", Madame Chamot hausse les épaules, ne répond pas, elle cherche un truc sur son portable puis se remet à parler tout en pianotant sur les touches : -" On a dit, on a dit ! oui ! on l'a dit. Mais depuis ça a changé, c'est vrai que vous étiez pas là, lundi. (Air de réprobation)... "A ce propos Sonia lundi prochain vous passerez en caisse 4, vous verrez ça avec Brigitte, parce que Crystelle prend sa journée et Nicole pourra pas faire les deux caisses en même temps vous comprenez, alors elle sera remplacée par Sandra mais entre midi et 2, y'a personne et on pourrait vous mettre, il faudra venir du matin et rester entre midi et deux ça vous fait rien ? Sonia tripote sa bague d'un air indifférent, sa voix est morne. "Non madame, ça fait rien", elle reprend aussi vite son sourire de composition mais on voit bien que la nouvelle fait mal. Le coeur n'y est plus. Madame Chamot la toise de bas en haut : - "Parfait ! merci Sonia ! vous êtes gentille ! vous m'enlevez une épine du pied ! je vous note pour lundi ! et puis vous vous arrangerez avec Monsieur Blénot pour récupérer vos heures, du soir en reprenant un matin au mois de Juin, vous verrez avec lui sur le planning  ça ne vous pose pas de problème ? Sonia bégaye : -"Non, non, aucun,  je m'organiserai avec mon mari sinon euh... Madame Chamot (sèche) - Vous avez un souci Sonia ? Sonia (pulvérisée) - Non, non aucun, je vais essayer de m'organiser avec mon mari". Sonia sourit hébétée, debout au milieu de la clientèle. Une dizaine d'yeux fixés sur elle. Nicole arrive - "Ca va, Sonia ? Tu veux que je te remplace cinq minutes ?  Sonia a répondu "j'veux bien", on ne l'a pas vu partir, à peine disparue, volatilisée, que déjà Nicole, reprend le cours ordinaire de ce jour ordinaire dans le rayon beauté -"oui, sable, c'est ce qui se rapproche le plus, Madame, mais il se peut qu'Elusane sorte une nouvelle gamme de poudre, une nano poudre avec toute une gamme de nuances, vers le 10 Mai, si vous pouvez attendre... (La dame sceptique) -"Oui, ben, je sais pas." -"Ca sera intéressant parce qu'en Mai y'aura 20% sur tout le rayon-beauté, si vous pouvez attendre. Ou alors vous revenez avec l'ancien pot, c'est comme vous voulez." -"Oui ben... Je vais réfléchir..."

L'autre dame devant moi, soupire très fort, à présent, ça monte, se communique, c'est dans l'air, ça va arriver, ça se répand, ça y'est presque c'est monté, la coupe pleine, elle se met à râler c'est venu d'un coup tout haut, cette impatience, les nerfs, quelque chose vient de passer traverse l'épiderme : - "Pffff ! c'est pas vrai ! ah lalala lalala ! Eh ben ! faut pas avoir de train à prendre  pfou ! ni avoir mal au coeur en plus c'est surchauffé ici ! et moi j'attends toujours, c'est pas vrai ! c'est un monde ! moi j'ai pas que ça à faire, attendre ! s'il faut attendre des heures! moi hein ! non mais c'est vrai moi je trouve, hein !" elle tente de me tirer à elle, il lui faut une complice, quelqu'un qui pourrait justifier, ne s'adressant qu'à moi - "Elles s'en font pas ! vous trouvez pas ? Elles sont là, elles causent entre elles et tout ça pour une crème ! ça ! ahlalalala ! pour causer elles causent ! et nous ça fait des heures qu'on attend, si elles croillent qu'on a que ça à faire, les regarder jacasser ! elles exagèrent vous trouvez pas ? Puis elle se met à me parler de son mari qui est bricoleur, même qu'elle est venue acheter des affaires pour leur salle de bain, un tapis assorti aux carreaux que son mari  etc etc... Je me garde de répondre à cette pie mais la pie me tape sur l'épaule avec son bec, à petits coups de becs jusqu'à ce que je lui prête attention, elle poursuit ne s'adressant qu'à moi, ne parlant qu'à elle seule, se déverse -"Evidemment vous ! ça ne vous fait rien ! vous êtes  jeune, vous pouvez  ! je réponds - "Boh ! Pas tant que ça !"  la pie ne m'entend pas, vide son flot, son fiel, son besoin de parler, si possible à quelqu'un. Besoin/ de parler/ à  quelqu'un / ça ne peut plus attendre - Vous comprenez moi j'ai tendance à faire des phlébites, quand le chauffage est par le sol, et comme j'ai des varices alors vous comprenez ? Je dis - "oui". Je comprends. - "Alors si ils nous font attendre des heures, ça va plus parce que moi j'ai juste ma crème de jour à prendre, et hop  je file,et là  je suis en retard vous comprenez ? J'suis pas d'ici, moi hein ! des heures pour une crème, vous z'avouerez ! et avec ma phlébite, c'est pas possible ah non, mais y'a de l'abus ! moi oh  mais je vous le dit ! ils ont perdu une cliente ! ah ça, moi ah  oh aaah mais ! je vais pas me laisser pas faire ! qu'est ce qui croillent ? R'gardez ! ah mais ! je suis une bonne cliente ! je viens tous les jours, eh ben! c'est tout vu, je reviendrai plus ! j'irai à l'intermarché, ils ont monté un intermarché rue Hénon, j'irai à l'intermarché et puis c'est tout ! regardez ! elle tend la jambe -"avec leur chauffage au sol,  eh ben voilà ! ça regonfle ! ça y'est !  voilà ! z'avez vu ? C'est enflé là, vous voyez ? Je dis -"non, pas trop." Elle poursuit - "si on doit se retrouver à l'hopital à cause des caissières qui font mal leur travail, moi je vais être obligée de le signaler, on peut pas. Je peux plus. Vous comprenez ? (Elle m'engueule). La phlébite, vous ne savez pas ce que c'est !!! on peut en mourir ! enfin vous, oh vous ! evidemment ! vous vous en fichez vous ! vous êtes jeune ! (oui bof) vous pouvez pas comprendre !"  ... Je réponds par politesse -"Euh, si,  j'ai une tante (ronpich-ronpich) qui a eu une phlébite". Cause toujours. -"Ah mais y'a phlébite et phlébite ! moi j'ai la grave, c'est ce que je disais à mon mari si le caillot monte au coeur, hein ! eh ! ben on sait pas ! elle me tape sur l'épaule, prend le ton de la confidence tout bas, (radoucie) - je vais vous dire, entre nous, mon mari, c'est lui qui fait les courses d'habitude mais là, il refait toute la maison, il bricole sous l'évier, il a carrelé, la cuisine, il fait la plomberie, il a tout recarrelé, enfin le voisin vient pour l'aider, entre voisins, il faut bien s'entraider, hein ? Vous croyez pas ? - Euh, si ! - Les gens sont tellement indifférents. C'est de pire en pire, les gens sont égoïstes ! Vous trouvez pas ?  "- Euh, si, ptêtre..." -"Les gens, que voulez vous ! ils ont plus l'temps ! y pensent qu'à eux, vous trouvez pas ? -"si"- -"Mon mari  il me dit toujours les gens ils dautdrait foiybonnemoicnvà mlaguerrmoieoicdmoilj csaquekifera sçamoi  mais xkmoidivraivheinmoikheinmgdftoubkxbmoifoutugkjsux comme des chiens, pas vrai ?" Je réponds - Oui, sûrement". En me demandant si l'on trouve au rayon "anti-pies" un bon bonnet, avec des pattes pour bien protéger les oreilles.

 

 


Photo : Le rayon cosmétique de mon city marché le seul de la colline, celui qui a des nouveaux étiquetages de boites de conserves et d'affiches inspirées des grandes heures du constructivistme (eh oui ! regardez ! ) le seul "grand magasin" Hippy chic de la colline, quoique le super U est pas mal non plus, mais dans le city marché y'a tout (yatou yatou) un peu cher mais très agréable, avec des caissières adorables (bravo les filles !). Les croix Roussiens le reconnaîtront entre mille. Haut lieu de drague très officieux fréquenté par quelques oiseux célibataires (après 20H00 only !) mais faut pas le dire. Enfin bon, (admettons que je n'ai rien dit :) Photographié à Lyon city M. rue de Cuire

© Frb 2012.

mardi, 20 mars 2012

Qui sont les poètes ?

L'influence du poète ressemble souvent à celle de Chantecler dont le chant fait lever le soleil, à condition d'être chanté juste avant l'aurore.

Albert GUERARD, in "Les primaires',1937, cité dans "Le dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugements § le livre des bizarres" de Guy BECHTEL et J.-C. CARRIERE aux éditions R.Laffont, 1991.

Pour découvrir ce que racontent les poètes, vous pouvez cliquer sur l'image.pink floyd.JPG  

Le poète (ancienne orthographe : "le poëte") est celui qui dit ou écrit de la poésie. C'est donc celui qui possède l'art de combiner les mots.

Exemple :

Ogan labessé son danbo
Séban déboidur édobuie
Essé glondue débroidérie
Gonsollié rian clarido [...]

Le fin connaisseur en poètes aura bien sûr reconnu une parodie d'un poème bien connu que voilà  :

L'hiver a laissé son manteau / De vent, de froidure et de pluie / Et s'est vêtu de broderie / De soleil riant, clair et beau.

- Le poète maîtrise également l'art de combiner les sonorités

Exemple :

Damned Canuck de damned Canuck de pea soup
sainte bénite de sainte bénite de batèche
sainte bénite de vie maganée de batèche
belle grégousse de vieille réguine de batèche

[...]

Cré bataclan des misères batèche
cré maudit raque de destine batèche
raque des amanchures des parlures et des sacrures
moi le raqué de partout batèche
nous les raqués de l'histoire batèche

(extr. GASTON MIRON in "l'Homme rapaillé", Montréal, L'Hexagone, 1994)

 - Quand les sonorités se font clairement entendre le poète peut se mettre en scène il dira alors qu'il fait de la "Poésie Sonore"

Exemple  (un must)

  - le poète a aussi le don de combiner les rythmes , 

Il connaît l'ARYTHMIE.

Exemple : Mes pieds. Merde. Quel système. Attendre l'arrêt. Ah !

Ne lâche pas son classique enfantin :  ÂNONNEMENT.

Un jjourrr surrr la pppl-a-tee-fforrmmm a-a-arri-ière dd'un a-au-autobusss...

Il sait pratiquer la RHINOLALIE OUVERTE c'est à dire que le voile de son palais (et ce n'est pas une métaphore) est rabaissé quand il devrait être levé

Exemple : "Guel chabeau ridigule !"

Il peut autant pratiquer la RHINOLALIE FERMEE

 Quelle heure est-il?
--- Bidi et debie.

- Le poète sait pour notre plaisir également évoquer des images:

Exemple :

Sur une branche morte
Repose un corbeau:
Soir d'automne!

BASHÔ : Haïku (traduction Karl Petit)

 - Le poète est aussi formidablement doué pour suggérer des sensations, des émotions.

A noter que notre exemple ici présente un cas particulier de poète en jupon (ou jupette), dans ce cas afin de bien marquer la différence entre le poète en pantalon (ou en short ou en salopette, bien que souvent un poète qui se respecte honnira le port de la salopette, trop peu solennelle, le poète peut-être en robe de bure pour le poète ecclésiastique ou en robe de chambre pour amuser les pommes de terre, pourquoi pas en robe du soir pour le poète transgenre ? Hé oui, tout est permis au poète sinon c'est pas un "vrai" poète  enfin, pour désigner le poète en jupon on utilisera le terme très émouvant de poétesse.

Exemple :

Tu es, tout seul, tout mon mal et mon bien;
Avec toi tout, et sans toi je n'ai rien;
Et, n'ayant rien qui plaise à ma pensée,
De tout plaisir me trouve délaissée,
Et, pour plaisir, ennui saisir me vient,
Le regretter et pleurer me convient,
Et sur ce point entre en tel déconfort
Que mille fois je souhaite la mort.
Ainsi, ami, ton absence lointaine
Depuis deux mois me tient en cette peine,
Ne vivant pas, mais mourant d'un amour
Lequel m'occit dix mille fois le jour.
Reviens donc tôt, si tu as quelque envie
De me revoir encore un coup en vie.

Extr. LOUISE LABE  in "Élégie II" dans Anthologie poétique française, XVIe siècle 1, Paris, Garnier-Flammarion, 1965.

 - Il faut savoir que les poètes si nombreux soient ils, ont bien chacun leur genre.

Bien sûr, nous ne pourrons pas aborder tous ces genres en un seul billet ,mais nous y reviendrons  un certain jour, sans doute. Parmi ces genres, le genre lyrique :

Exemple :

Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée
L'admirable!... Le feu, des cirques purs descend;
Il change le mont chauve en auguste trophée
D'où s'exhale d'un dieu l'acte retentissant.

Extr. PAUL VALERY in Album.

 - D'autres sont du genre courtois (attention, digression !)
Qui dit courtois dit bien souvent que le poète cherche sa muse, ou son chat, (mais quand c'est son chat le poète sait alors redevenir comme vous et moi, un homme entre tous d'une prodigieuse simplicité et on le remerciera de rendre cela mémorable) mais un poète qui cherche son chat n'étant pas forcément un poète courtois il faudra préciser que celui qui cherche sa muse l'est toujours, qu'il la possède ou ne la trouve jamais au moins se différencie t-il de l'homme ordinaire par ses superpouvoirs d'imagination, tant et si bien qu'il finira par l'engendrer, sa muse, (c'est une image, bien sûr) à ce propos, prudence !  j'ouvre une innocente parenthèse pour ceux qui ne s'y connaissent pas plus en poètes que je m'y connais en moteur de voitures. Attention ! le poète, peut à tout moment prendre ses aises et vous mentir en ayant l'air de dire la vérité, lisez plutôt:

J'aime Gala plus que ma mère, plus que mon père, plus que Picasso et même plus que l'argent (S. DALI)

 

 

Dans ce cas, c'est peut-être vrai, peut-être faux, peu importe, mais de la part de Dali "plus que l'argent", ça inspire certaines "méditations poétiques", pourquoi pas ? Et on serait bien bête de ne pas se laisser charmer par les mondes flottants de ce cher Phonce de Lam, (j'emprunte le sobriquet à un pouête ami, merci à lui !) car par les temps qui courent, une ombre de vieux chêne ça ne se refuse pas.

 

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs ;
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m’attend.


Après ce trop court moment de grâce, pour en revenir à nos oiseaux je précise pour les moins de vingt ans qui liraient ce blog que "Gala" n'est pas ce magazine des princes et des princesse mais la brune dame que Salvador Dali (alias Avida Dollars) avait piqué à Paul Eluard, (alias Eugène Emile Paul Grindel) et là ce n'est pas un anagramme mais nous constatons contre toute attente, que le poète peut être un brin goujat comme les gens ordinaires, or, qu'il soit menteur ou goujat, contrairement aux gens ordinaires il faut savoir tout pardonner au poète car s'il mène parfois une vie de barreaux de chaise, (pas tous, il existe des poètes aux moeurs très convenables), ce sera toujours pour vous céder le testament, (non pas celui des barreaux de chaise), regardez !

 http://www.youtube.com/watch?v=-Vlkypk36qQ

A propos de la dame, Paul Eluard épousa Gala en 1917 comme chacun sait, mais le remariage de Gala avec Dali et de Eluard avec Nusch, ne dégrada pas la ferveur d'une belle correspondance entre Gala et Paul Eluard, qui dura au delà de leur séparation (en 1929 jusqu'en 1948) quatre ans avant la mort d'Eluard. Le témoignage de cette relation épistolaire se retrouve encore dans un livre étonnant qui s'intitule "Lettres à Gala".

Tout ça pour atterir au Moyen-Âge et vous citer un exemple de poésie courtoise ce qui n'a strictement rien à voir avec les surréalistes mais les poètes forment une grande famille, ils n'ont qu'une terre de reconnaissance - par delà les frontières du temps qu'ils savent abolir (et hop ! voyez comme on danse !).

 Ainsi, dans l'exemple à venir nous n'hésiterons pas à enfourcher  chevaucher la machine à remonter le temps, (en poésie, l'impossible n'est plus un problème) pour vous proposer une poésie qui est un roman en fait, mais en vers, sacreblou ! ça ressemble à s'y méprendre à de la poésie courtoise, n'est-ce t-y point confondant ?)

Ele fu longue et gresle et droite.
De moi desarmer fu adroite;
Qu'ele le fist et bien et bel.
Puis m'afubla un cort mantel,
Ver d'escarlate peonace,
Et tuit nos guerpirent la place,
Que avuec moi ne avuec li
Ne remest nus, ce m'abeli;
Que plus n'i queroie veoir.
Et ele me mena seoir
El plus bel praelet del monde
Clos de bas mur a la reonde.
La la trovai si afeitiee,
Si bien parlant et anseigniee,
De tel sanblant et de tel estre,
Que mout m'i delitoit a estre,
245 Ne ja mes por nul estovoir
Ne m'an queïsse removoir.
Mes tant me fist la nuit de guerre
Li vavassors, qu'il me vint querre,
Quant de soper fu tans et ore.
N'i poi plus feire de demore,
Si fis lues son comandemant.
Del soper vos dirai briemant,
Qu'il fu del tot a ma devise,
Des que devant moi fu assise
La pucele qui s'i assist.

IVAIN (ou yvain) cité dans Auerbach 

 - Autre style du poète sorti d'une trempe vieille comme le monde : Le poète courageux qui n'hésitera pas à se lancer dans la poésie épique,  évoquant des événements historiques mêlés généralement à des légendes ou des héros sont magnifiés. Il s’agit en réalité d’accorder à un fait ou à un héros une grandeur, une dimension quasi surnaturelle. Sur ce coup du poème épique, entre nous, j'ai la flemme, mais je vous renverrai à ce qu'en dit Melle Chardon, poétesse au club-poésie de la Scala de Vaise, je cite :

Il ne faut pas confondre la poésie épique avec la poésie qui pique [...]

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2010/03/29/menage-de-printemps.html

[...] Ni avec le Merlin du picnik" :

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/29/30...

Bon. C'est pas bien malin. J'en suis presque gênée pour cette pauvre Melle Chardon et moi-même. Enfin, pour terminer par delà soucis et controverses. Il y a tout de même une petite ombre au tableau, le destin du poète ne figurant dans aucun programme d'aucun candidat pour cette présidentielle, les arts en général paraissant de tous bords ignorés (sans jouer les martyrs), on est en droit de se demander avec quoi le poète il va pouvoir becqueter, surtout quand on voit le nombre de poètes obligés de vendre de la barbapapa à la vogue, bien qu'il n'y ait pas de sots métiers, il est grand temps d'anticiper : qu'est ce qu'on va faire de nos poètes ? Est ce qu'on les garde ? (Pour s'occuper des femmes en cas de guerre). Est ce qu'on les recycle ? (Pour animer des soirées dans des chateaux par exemple... ). Là, j'interroge nos politiques, "c'est une question de vie". (Sûr qu'ils vont prendre en compte !). Et je joins au lecteur adoré deux liens facultatifs. Rien que dans l'objectif.

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/30/po...

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2008/10/30/co...

La prochaine fois, je ne sais quand, je vous parlerai du poète dramatique, du poète spatialiste, du poète maudit, des oulipiens, des poètes lettristes, puis, si on a le temps de l'héritage des peintres... ?

Photo : Parortit sed topètes ua bani uo toiser ud trempins des opètes, sènec rera, gratiophophée nu sori à l'erheu ed l'épifitra, au Parc de la tête d'Or à Lyon.

© Frb 2012.