mercredi, 14 avril 2010
La ritournelle
Le printemps est perdu. Chaque année j'en perds un, et les autres saisons tournent autour du printemps comme des couplets joyeux. Mars dévore Avril.
"Dieu nous garde de la fange d'Août et de la poussière de Mai."
"Eau de Juin ruine le moulin."
"Qui dort en Juillet jusqu'au soleil levant mourra pauvre finalement."
"Quiconque se marie en Août, souvent ne ramasse rien du tout."
"Septembre se nomme le Mai de l'Automne."
"Octobre en bruine, hiver en ruine."
"Quand Novembre aura fleurs nouvelles, morte saison sera cruelle."
"En Décembre fais du bois et endors toi."
"Les beaux jours de Janvier trompent l'homme en Février."
"Février souffle, souffle, et tue le merle sur son nid."
"Entre Mars et Avril on sait si le coucou est mort ou en vie."
On enterre le coucou. Le printemps est perdu. Chaque année j'en perds un. Et les autres saisons tournent autour du printemps comme des couplets joyeux. Avril dévore Mai...
"En Juin c'est la saison de tondre les moutons."
"Au mois de juillet, ni femme ni chou."
"Le mois d'Août fait souvent porter le deuil."
"Vins de Septembre font les femmes s'étendre."
"Octobre glacé fait vermine trépasser."
"Le vent de Novembre arrache la dernière feuille."
"Décembre prend, il ne rend."
"Qui se saoûle le 1er Janvier se saoûle toute l'année."
"En Février, toute oie de bonne race pond sur le fumier."
"Beau temps de Mars se paie en Avril".
"Le cèpe de Mai tue père et mère".
On enterre père et mère. Le printemps est perdu. Chaque année j'en perds un et les autres saisons tournent autour du printemps comme des couplets joyeux. Et après, on recommence...
BLONDE REDHEAD :"Futurism Vs passeism part 2"

Photos : Scènes de la vie quotidienne en Nabirosina. Avril 2009 (photo 1) et puis Avril 2010 (Photo 2). © Frb.
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lundi, 12 avril 2010
Un rien s'ébruite
"Tout dormait comme si l'univers entier était une vaste erreur"
FERNANDO PESSOA : "Le livre de l'intranquillité". Editions Christian Bourgois 1999.
Les objets m'échappent des mains. Toute parole me semble insolite. Le mot n'a rien à dire, rien d'essentiel. Il accumule l'inécoutable, l'inentendu ou l'inaudible. Doucement, je reprends la musique. Un fil mène aux lèvres serviles, au "Souvenir de chair", à "L'archéoptéryx". Tous, titrant le moment de quelques pièces acousmatiques de mon bon maître.
"L'archéoptéryx signifie "aile ancienne" en grec. De la taille d'un pigeon, cet oiseau était malhabile au vol. Ses doigts dotés de gros ongles lui permettaient de s'agripper aux arbres et aux rochers. Il est probable que l'animal passait beaucoup de temps dans les arbres s'aidant de ses griffes, de ses pattes puissantes pour grimper jusqu'au sommet. Il pouvait alors planer de branche en branche. Il semble aussi que l'archéoptéryx n'était pas capable de se percher de manière stable et qu'il avait besoin de courir pour atterrir. Il avait un bec et des dents pointues, utiles pour attraper ses proies. D'abord vu comme un oiseau, (théropode maniraptorien), qui se serait débrouillé pour "bricoler" tout un système lui permettant de voler, on dit (et nul n'en sera plus instruit), qu'on ne sait pas vraiment ce qu'il fût. On le considère plus souvent aujourd'hui comme un dinosaure et on dit que ses plumes, héritées d'autres dinosaures, mais d'un tout autre usage, ont été recyclées pour le vol à la suite de tentatives répétées ou d'un évènement inconnu (!)".
La bête fascine, je la vois s'agripper gauchement d'arbre en arbre. Je viens à la forêt comme d'autres loin de la plage, draguent les requins blancs. Un souvenir de chair près des arbres. Je touche l'écorce tiède d'un conifère comme si elle contenait déjà des milliers d'aiguilles fossilisées. Sur la plus grosse branche du cerisier en fleurs, l'archéoptéryx me surveille. A côté et partout, des milliers d'années remuent l'air, dans ce silence que j'imagine comme à la perfection, (à force de vivre en ville sourde et bavarde comme tant d'autres). Ce monde criblé de sons, je dois le reprendre à zéro. Il est dédale brûlant et "retour en arrière pour aller de l'avant", me dis-je. Sur la plus grosse branche du cerisier en fleurs, l'archéoptéryx lit dans mes pensées. Je suis un perroquet. Je repète bêtement ce que j'ai lu la veille. "Pour aller de l'avant ?". Je le vois ricaner... Quel avant ?
Photo : L'archéoptéryx du Nabirosina, tout simplement. Avril 2010. © Frb.
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