30 juin 2009

La pantoufle d'hiver

Sa Marraine, qui était fée, lui dit : "Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ?"...

CHARLES PERRAULT (1628-1703) : Extr. "Cendrillon ou la petite pantoufle de verre".

pantoufle de vair.JPG

Nous retrouvons quelques années après, CENDRILLON, rue de la République à Lyon, s'apprêtant à marcher sur le coup de grâce, avec ses pantoufles d'hiver. Vous allez me dire, en plein été, quelle idée (saugrenue) de se promener avec des pantoufles d'hiver ? (et je vous répondrai qu'en effet, ça paraît bien étrange mais que ne ferait-on pas pour distraire son lecteur ?). Et puis, nous sommes dans un conte, n'est-ce pas ? Et la marraine de CENDRILLON, (la fée !) qui est immortelle, voyant les pieds de CENDRILLON gonfler, s'abîmer, (avec l'âge, les trajets pour aller au travail, tous ces escaliers à monter afin de rejoindre au donjon, son vieux mari (le Prince charmant !), la marraine fort compatissante, confectionna avec de la peau de ver luisant (nommé lampyre), une magnifique paire de pantoufles d'hiver dorées, (au fourrage intérieur 100% astrakan) pour les pieds de sa chère CENDRILLON. Mais comme avec la fée c'était toujours "donnant-donnant", les pantoufles d'hiver furent livrées à CENDRILLON à une seule condition : que CENDRILLON ne les quitte jamais et les porte chaque jour, été comme hiver. Sinon, il arriverait un grand malheur à la planète, une chose tellement épouvantable, que je ne peux la révéler ici.

Ce fût donc sous serment que Cendrillon chaussa ses pantoufles d'hiver... Aussi, s'en souvient-on, CENDRILLON était tête en l'air, et c'est bien pour tenter de corriger ce bien vilain défaut, que sa marraine (la fée), mit à l'épreuve sa filleule qui par ailleurs, aimait tout ce qui brillait (comme toute femme qui se respecte). Renoncer aux pantoufles d'hiver était bien impossible à CENDRILLON tout comme il eût été impossible naguère de renoncer d'aller au bal en pantoufles de verre. Ici je vais faire une petite halte sur ces fameuses pantoufles de verre qui perturbèrent le cours de mon enfance, parce que comme tous les enfants, je me demandais comment on pouvait arriver à marcher avec, (déjà, en 1978 sur les chaussures à talons de ma mère, mais je m'égare...). Ensuite c'est la maîtresse, melle Pugeolle, qui nous apprît que la penttouffle, pantoufle n'était pas en verre, mais en vair. Ce qui compliquait tout dans notre tête. Ce fût deux ans après que Madame Breux, nous raconta que "désolée, de contredire Melle Pugeolles (qu'elle détestait car melle Pugeolle était très belle) mais il fallait qu'on sache que Charles PERRAULT avait bien écrit "verre" n'en déplaise à BALZAC qui optait pour le vair parce qu'il était clair clerc de noterre notaire et que marcher avec des souliers en verre, dans l'esprit d'un clerc de notaire c'est une chose qui n'existe pas. (Cela dit je n'ai rien contre les clerc de notaires, bien au contraire j'en rafole).

On tenta donc de négocier des pantoufles en laine de verre (avec un petit peu de poil à gratter dedans), mais madame Breux, (qui manquait cruellement d'humour) nous fît copier 100 fois, "Je dois le respect à Cendrillon". La vérité : c'est qu'on était très contrarié, le vair c'était la fourrure de Bouly notre écureuil préféré, la star du parc de la Tordette, dont nous adorions gratter le dos gris et chatouiller le ventre blanc, alors massacrer notre Bouly pour faire des escarpins à une princesse qu'on ne connaissait même pas, ça nous mettait le coeur à l'envers. De toute façon question pratique, la pantoufle de vair fourrée tout écureuil est surement plus pratique qu'une pantoufle en verre (essayez de faire marcher vos enfants, (ou vos amis) en leur mettant aux pieds des verres à moutarde adaptés et vous verrez bien le résultat) mais quand même, admettons... Il suffirait d'un seul prodige. Un seul exceptionnel. Un ou une CENDRILLON...

Que les rationnalistes du XIXem siècle aient changé l'inconfortable pantoufle de verre contre la pantoufle de vair plus praticable, on peut comprendre, pourtant une autre question se pose : était-ce bien élégant de se rendre au bal avec des chaussons en fourrure ? Pour le pied léger, délicat de la belle Cendrillon seule une pantoufle en verre pouvait convenir et puis Charles PERRAULT était conteur, pas vendeur chez Myris (le poète grec). Enfin voilà quoi, je pourrais vous parler des frères Grimm, ou de ces contes écossais, irlandais où l'on retrouve des chaussures en cristal sans parler de ces chevaliers, où le héros peut aller de par le monde dans des chaussures en fer !!! (Il n'y en plus des comme ça, ma bonne dame, tout fout le camp).

Voilà c'est l'heure, les petits enfants. Le marchand de sable va pas tarder. Wiki (l'hérudit térisson) me souffle un truc à l'oreille on dirait même du patois de Vaise, mais c'est de l'occitan celui dont les conteurs se servaient comme conclusion, un petit épilogue disons, en vers :

"Cric-crac ! Mon conte es acabat / Abió un escloupoun de veire / Se l'abio pas trincat / Aro lou vous farió veser"

. (Cric-crac, mon conte est achevé / J'avais un petit sabot de verre / Si je ne l'avais pas brisé / Je vous le ferais voir.)

cendrillon.gif

 

 

 

 

 

 

Quant à notre CENDRILLON aux pantoufles d'hiver, je l'ai rattrapée de justesse elle voulait essayer des bas. Je lui ai dit : "mais tu te rends compte CENDRILLON ? Si t'enlèves tes pantoufles d'hiver, de ce qui arrivera à la planète ? Elle m'a juste dit: "Ah ben ! heureusement que t'es là ! j'avais oublié mon serment" et puis elle est repartie, à petits pas, (à une vitesse d'environ 299 792 458 m/s) en direction de Jupiter.

Photo: Filature discrète rue de la République (on dit la "ré"). Juste là où ça brille. Lyon, à la fin du printemps 2009. © Frb

29 juin 2009

La pantoufle d'été

"On ne peut poser les pieds sur le sol tant qu'on n'a pas touché le ciel"

PAUL AUSTER. Extr. "Moon Palace". Editions: le livre de poche. 1995.

dynastie tong4.JPG

Et pourtant y'en a qui se gênent pas, je veux dire que le souci du ciel en été, pour nous, humains pas surdoués, s'arrête à la question : "est ce qu'il fera beau demain ?". Et la pythie, Evelyne DHELIA, (adorable!), arrive avec son rouge à lèvres nacré et son sourire qui ne vieillit pas, +  50 soleils numériques étalés sur la carte de France, parfois dotés eux mêmes d'un autre grand sourire comme ceux des smiles de nos machines à bredins. Alors on peut suivre le bras d'Evelyne qui va et vient d'Est en Ouest, du Sud au Nord, sur cet hexagone animé par de gros ronds jaunes pétants d'une santé exubérante et de promesses (affreuses), de bonheur ! (quelle horreur), qu'on nous annonce pour toute la semaine. Du soleil mes amis ! 31° à  Paris, (Evelyne sourit un brin), 35° à Nîmes ! (Evelyne en vacille pudiquement avant de nous livrer la cerise, l'inattendu, "notre" cadeau) : 37° à Lyon !!! (Evelyne radieuse, minaude, expose sa conclusion en un savant déhanché rythmé avec la jupe, dont elle seule a le secret). Et c'est ainsi qu'on nous invite à toucher le ciel.

C'est là aussi, en filature rapprochée (de la tong), toujours rue de la République à Lyon, que je croisai Paul AUSTER avec sa belle gueule d'enterrement, (dans ma bouche c'est un compliment). "Toucher le ciel" qu'il écrivait...

Je trottais donc, derrière les souliers hors saison de l'écrivain, une paire sombre, en cuir noir, aux contreforts doublés vachette. (Puisse le lecteur me pardonner cette digression, d'un court instant, je sais qu'Evelyne DHELIAT c'est très interessant mais Paul AUSTER, il a sorti un livre quand même... !). Donc Paul AUSTER laissa tomber (incidemment), non, pas Evelyne DHELIAT ! (suivez un peu !), mais ce fameux livre que je ramassais aussitôt, à cause du titre très beau, un vrai titre d'hiver. Rien qu'à le lire, on grelottait : "Seul dans le noir" que ça s'appellait. On pourrait croire à première vue, que ce serait l'histoire d'un petit garçon qui va se coucher la nuit avec un couteau de cuisine caché dans sa culotte de pyjama... Mais pas du tout. Du no tong certes, tout en no bermuda. De quoi s'extraire discrètement des flots palavassiens pour aller boire un bouillon substantiel, là bas, en Amérique :

"Owen Brick se réveille un matin dans un trou, un cercle parfait profond de trois mètres environ. Des parois lisses, dures comme la pierre... Une tombe ouverte dont on ne peut s'extraire"...

Voilà qui nous rapproche un peu de la vie sur terre et son pralin d'humanité, (jamais très loin du ciel en vérité)... Du coup on ne sait plus trop où est le vrai ciel. Mais ce n'est pas ce que vous croyez, pas tout à fait... Je veux dire que le livre de Paul AUSTER, ce n'est pas "la Métamorphose, le retour II", bien que KAFKA ne soit pas si étranger à AUSTER, (nous reviendrons peut-être sur ce sujet, un certain jour) :

"En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu'une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu'à peine."

Vous voilà donc bien renseignés quant à "seul dans le noir". (Je ne peux pas vous en dire plus, vu que je n'ai lu que le titre ah ! ah !), "j'ai parcouru ce livre" comme ils disent à la télé, et l'on imagine bien d'ici le bon lecteur sur ses deux radeaux plastifiés marcher entre les lignes, enjamber les chapitres, et vaciller dans le courant en cherchant à tâtons la poire de la lampe de chevet). Si ce grand vide, cet aveu d'ignorance vous chagrinait vraiment, je peux être intarissable comme tout le monde, (disons, pas mal de gens), voire dindonner, en veux-tu, en-voilà, sur tout un tas de sujets dont je n'ai entendu parler qu'une fois à la télé ... Mais "Seul dans le noir", comme toute oeuvre de Paul AUSTER, même lue, relue, analysée, me paraîtrait de toute façon bien impossible à résumer.

Comme le dit courtoisement Monsieur AUSTER, au cours d'un entretien à propos de son livre :

"Mais le livre lui même (...) y'a beaucoup de choses là dedans".

Allez donc ouïr cet entretien, au lieu de me lire bêtement. (Avertissement, soyez patient, il faut subir une indigeste pub avant, mais c'est le prix à payer hélas ! pour entendre par la suite des choses graves et intelligentes) :

http://www.dailymotion.com/video/x82mgl_paul-auster-sur-r...

Pendant ce temps là, à quelques heures de mon pays, je vois près du bar "Les flots bleus", des vacanciers assis dans leurs serviettes éponge, chauds comme des bonobos. Ils ont déballé fébrilement, sur 2m² de sable fin, le tupperware, la glacière, l'huile solaire, les mots flêchés.

Plus loin sous le parasol, un oxymore : un peu de sang humain s'enfonce doucement dans le sable. C'est comme ça, qu'on touche le ciel, ici bas.

Le soleil brille. Un frisbie vole au dessus de nos têtes. Le sable est couleur chair. Quelqu'un me dit que ça pourrait ne pas être un frisbie... Qui croire ?

Ici, à Lyon les rêvetements de sol s'épuisent sous des petits pas spongieux (schplock schplock schplock), l'orteil gros, bien à l'aise, un pied pose une large semelle en osmose avec l'univers. Monsieur Paul m'a semée rue Terme exactement. Je me glisse dans le pas japonais d'une tong ambidextre. Devant moi la personne dont je ne connaitrais jamais le visage, semble soudain n'avoir ni pied gauche ni pied droit. Et c'est comme si, imperceptiblement l'univers tout entier penchait. Jusqu'à en perdre l'équilibre.

Photo : Filature rapprochée rue de la République. Les pantoufles d'été (dites encore "strings d'été"), étendent leur règne de plastique et de pvc. En attendant demain, l'été prochain, on voudra tous avoir les CROCS ! (Merci la Bacchante !). Comme quoi ! Le monde peut encore être mille fois plus laid. Il suffit d'un peu d'imagination... Enfin, déjà, des tongs rue la Ré, c'est bien laid. Mais on dirait que plus c'est laid, plus ça marche (si j'ose dire). Vu à Lyon, au début de l'été 2009. © Frb.

28 juin 2009

On a marché sur le coup de grâce

"Parmi les supplices qui étaient autrefois infligés aux criminels, on trouvait le supplice de la roue. On attachait le coupable à une roue où se croisaient des solives obliques, et assemblées en leur milieu. Celles-ci portaient des entailles au niveau des jambes, des cuisses, du haut et du bas des bras. Le criminel, ligoté à cette croix, avait une pierre sous la tête. Le supplice pouvait alors commencer... Le bourreau se munissait d'une barre de métal et frappait violemment entre chaque corde, ce qui correspondait aux entailles des solives. Pour mettre fin aux souffrances du condamné, le bourreau portait quelques derniers coups dans l'estomac, puis en pleine poitrine. Ce dernier coup mortel était alors appelé "coup de grâce". Après l'exécution, le criminel était attaché à une roue de carosse et était exposé au public pendant un certain temps".

EXTR. Encyclopédie "expressions", L'internaute, (source Web).

grace5.JPG

"Aujourd'hui encore "le coup de grâce" signifie : le coup mortel porté à l'Homme ou l'animal. On peut aussi employer l'expression plus figurée, pour signifier qu'après plusieurs tentatives, un ultime essai a permis de remporter une victoire, de battre un adversaire. L'emploi de cette expression métaphorique est attesté depuis le XVIIIe siècle". (cf. source dico Web).

On pourrait y lire une inversion de sens mais pas vraiment, puisque l'image de la mort s'inscrit encore en filligrane au sens figuré.

Autre expression par glissement de grâce :"l'état de grâce", qui dans le lexique chrétien désigne l'aide que Dieu apporte à l'homme, pour qu'il soit en état de faire son salut, c'est à dire, (toujours la mort en filligrane), pour qu'il sauve son âme et puisse, s'il meurt, gagner sa place au paradis.

Mais alors que penser de l'expression :"désirer le coup de grâce" surtout quand elle s'inscrit sous nos semelles sur (sous ?) les pas du luxueux magasin Zilli, ou devant la porte d'une banque ?

Comme si à l'impossible nous étions tenus...

http://lesilesindigo.hautetfort.com/archive/2009/06/16/a-...

Quel impossible ? Et à quel coût ? Quel cou ?

Hozan KEBO (toujours poète ;-) vous offre un élément de réponse ICI  (pdf)

Enfin, bien des questions qui ne cesseront pas de faire tourner l'été en boucle...

Remerciements à : Hozan Kebo (pour l'état de Grâce), la Bacchante (pour les poèmes de J.P SIMEON), et Chr. Börhen (pour la détente).

grace50.JPG

Photo: Deux petits pochoirs sur bitume, pour une même phrase, déclinée en différentes couleurs, le premier vu dans le quartier des Cordeliers, pas très loin de l'Eglise Saint Bonaventure et du magasin "Zilli" (où la cravate la moins chère en soldes coûte environ 60 euros) et le second, vu devant la porte d'entrée du "Crédit agricole" de la place des Terreaux pas très loin du Musée des Beaux Arts (un ancien couvent de bénédictines). Photographiés (et piétinés) à Lyon, au début de l'été 2009. © Frb.

27 juin 2009

Quand le bâtiment va...

"On construit l'avenir sur la force de son Histoire."

CHRISTINE BOUTIN - Extrait du site internet Christineboutin2002.com-

oxy23.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui ne connait pas Lyon, n'a peut-être pas idée de ce qu'est la "Tour Oxygène" actuellement en construction. Il s'agit pourtant bien d'un futur de maintenant : ("Le Lyon du XXIe siècle") nommé "Projet Oxygène", qui comprendra, une tour de bureaux, un centre commercial, et "le cours oxygène" (un peu oxymoron), où nous traînerons peut-être nos belles gueules d'atmosphères (?). Situé en plein coeur du quartier d'affaire(s) de la Part-Dieu, ce projet fait partie des grands projets de l'agglomération et participe (attention chers lecteurs, accrochez vous aux lambris j'enlève l'escabeau) :"au renforcement de l'attractivité internationale de la ville". "A l'horizon 2010 - dit la réclame - "ce sera le signe le plus visible d'une évolution de tous les secteurs et tous les aspects du développement et urbain de l'agglomération lyonnaise". Tour "attractive" comme si on manquait d'attractions ! et ce n'est pas tout. La "tour Oxygène" sera le premier immeuble lyonnais de grande hauteur entièrement HQE. (C'est épatant non ?). J'en vois un près du radiateur qui lève le doigt. " Qu'est ce que ça veut dire HQE ?" Excellente question. HQE ça veut dire: "haute qualité environnementale", par conséquent c'est aussi une démarche de développement du rabe (durable pardon). HQE.

Dans la tour Oxygène, il y aura une façade de verre qui assurera "élégance et élancement" (sic), ainsi "Dame de verre" sera remarquée grâce à la "délicatesse de ses courbes et de ses angles", et par un jeu de prismes, sa façade brisée lui conférera une "image évolutive". En plus, le hall de la tour possédera une "exceptionnelle" triple hauteur avec un plafond de 10 M de haut, prolongé par une marquise de verre et d'acier.

Cette phrase là, je l'aime bien, on dirait un début de roman de Robbe-Grillet :

"Le débord en oblique de l'étrave constitue un abri naturel de 26 m qui permet d'identifier l'entrée" ...

Et pour finir, la coiffe de la tour en sur-toiture, sera visible depuis toutes les hauteurs de Lyon. Les façades auront une teinte vert d'eau,"pour rappeler que la dimension résolument environnementale du projet est entièrement HQE.

Quant à nous. Pour l'instant, on en pense rien.

LIENS UTILES :

Le site officiel de la tour infernale, (propaganda) :

http://www.tour-oxygene.com/

L'avancée des travaux, à ce jour, ou la tour vue par Kl-Loth sur "Daily Life" (ça monte ! ça monte !). Un billet fortement recommandé par la maison:

http://kl-loth-dailylife.hautetfort.com/archive/2009/07/1...

Photo : Avènement de la tour "Oxygène" vue par ces mystérieux afficheurs sauvage nommés [...]. Image photographiée Montée de la Grande Côte à Lyon, au début de l'été 2009. © Frb

26 juin 2009

La tête contre les murs

Le mot ment.JPGDécouverte d'une nouvelle série d'affichages sauvages signés [...], c'est à dire : "parenthèses au carré" (parenthèses carrées ?). Cette signature (mettons, la "parenthèse au carré") apparaît très ponctuellement sur les murs de notre ville, au début de chaque été dirait-on, comme pour inviter à réagir. On avait croisé deux, trois affiches, l'année dernière avec des slogans politiquement "gênants" du style :"De Gaulle, PD", ou encore, on avait surpris nos chères "parenthèses au carré, menant de réelles revendications contre les tongs en été, plus récemment, je croisais Montée de la Grande Côte à Lyon une affiche réclamant "Bill Cosby, président" (que je vous montrerai peut-être, un jour). Enfin voilà. Tel un (ou plusieurs ?) graffeurs (graphistes ?) assez doués et fantômatiques, les "parenthèses au carré" parsèment la cité de messages d'un mauvais goût certain, mais détonants et collés avec soin, surtout réalisés avec intelligence et une maîtrise incontestable de l'art graphique. D'un mélange très réussi (cette beauté graphique mêlée à des slogans "très incorrects", parfois trash ou quelquefois étranges, régale l'oeil d'abord et hante assez l'esprit), des phrases qui mettent l'histoire en miettes, vantent l'art militaire, ou traitent LEON BLUM de "collabo", exigent la paix en Suisse, placardent le vrai visage de la tour "Oxygène" (Une image à venir), révisent, récupèrent, s'incorporent dans le paysage, ne respectant plus  ni les "classiques", ni les façons de traiter l'info, pas même la prétendue grandeur des projets du "grand Lyon" etc... Mais respectant, je trouve, encore assez la capacité du citadin à mouliner sa réflexion, celui ci sourira peut être ou sera peut-être objectivement mal à l'aise d'emblée mais pas seulement, car peut-être est ce la question de notre rapport aux images qui glisse sur les murs et souffle son poison... Ne sachant rien de [...], j'aimerais ne pas me tromper...

Personnellement j'y lirais bien un gai désespoir, une poètique errante fouinant les communications, épinglant la décomplexion par la pire décomplexion, visant à faire plus fort que les obscènités ambiantes (ces dernières ne heurtant plus personne...). Toute image même la pire servant à vendre à peu près tout, l'avantage de nos artistes est qu'ils n'ont rien à vendre, enfin pas à ce que nous en savons, pas pour l'instant. Ces petits surgissements que l'on dirait à première vue "potaches", (certains le sont, d'autres comme l'image ci dessus, beaucoup moins) semblent se "taper la ville" à la belle saison, gai désespoir et gai savoir aussi. En cela nos artistes ont l'âme un chouille "situ", même s'ils ne mangent pas de pain, même s'il n'est pas si bienvenu de remettre à toutes les sauces le chouia d'âme "situ" (on dirait "post situ" dans les beaux cercles) qui en a vu assez et ne manque pas de spoliations, donc je préfère ne pas trop ranger dans le convenu (post situ) l'appelation de ces parenthèses inconnues, enchantées ou désenchanteuses. Cette action murale hautement artistique nous met la bonne, la mauvaise pâte sous les yeux de celles dont on fait le pain noir, les pensées de grand bazar, la mauvaise histoire et surtout bien des genres de presse. Tout le grain n'est pas encore moulu. Libre à nous d'en faire ce que l'on veut.

Nota:

Je m'arrête là, et ce billet sera sûrement remanié. Dans la taverne ouifi pourtant pas miteuse où je tente en vain de terminer cette description, vient d'arriver une horde velue très estivale carburant au "sérieux" (de "mort subite" évidemment!). Et puis, ils ont amené les femmes ! des pas farouches, de celles qui chantent fort et danseront bientôt à poil sur la table.  "Aaaah raahhh les femmes !!! l'été ! les bières, la musique et les femmes eh eh eh eh eh ! ". Bon, allez ! moi je me barre. Non sans avoir relevé à la hâte les horaires du Transsibérien.

Dis Blaise ? Sommes nous encore loin de l'hiver ?

Photo : La plus grave, très inconvenante, peut être la plus noire, de cette série d'affiches de "parenthèse au carré". "Le mot ment/ penser là" énigmatiquement posée là, mais certainement pas par hasard, à l'entrée d'un passage très sombre (qui ressemble plutôt à une impasse, ou la nuit, un coupe-gorge ?). Au Passage Dumont, entre les petits commerces (colorés et joyeux) de la Grande rue de la Croix-Rousse, l'affiche donnera peut être à réfléchir un peu en retrait de la frénésie des incontournables soldes. La tête froide, enfin mise à reposer, mais dans l'impasse... Photographiée à Lyon, colline travailleuse, au début de l'été 2009. © Frb.

25 juin 2009

Se perdre

"Voici ce que j'ai constaté d'autre: les uns aux autres nous ne trouvons plus rien à nous dire. Pour s'agréger chacun doit exagérer sa médiocrité: on fouille ses poches et l'on en tire à contrecoeur la petite monnaie du bavardage: ce qu'on a lu dans le journal, des images que la télévision a montrées, un film que l'on a vu, des marchandises récentes dont on a entendu parler, toutes sortes de ragots de petite société, de révélations divulguées pour que nous ayons sujet à conversation; et encore ces insignifiances sont à la condition d'un fond musical excitant, comme si le moindre silence devait découvrir le vide qu'il y a entre nous, la déconcertante évidence que nous n'avons rien à nous dire; et c'est exact."

BAUDOUIN DE BODINAT. Extr "La vie sur terre". Editions, Encyclopédie des nuisances. 1996.

nu color.jpg

Nous poursuivons "La vie sur terre", deuxième volet de cet ouvrage au style rarissime de Baudouin de BODINAT que j'ai découvert récemment, et l'été si exubérant en platitudes et autres frimes, aux terrasses des cafés, ne peut qu'inspirer cette sorte d'hibernation, dans la lecture dirai-je, de ces pages lumineuses à force de regarder les ombres pour ce qu'elles sont. Je lus d'abord de BODINAT, à l'ombre, dans une de ces tavernes chauffée à bloc par ces jours qui n'en finissent pas, tandis que mon oreille traînait à saisir à cette table jouxtant la mienne, les élucubrations culturelles d'un dindon entouré de jeunes filles à la fois belles et ordinaires. Je vous reparlerai du dindon qui ne loupa pas un sujet de "bonne" conversation et  se sachant écouté, remonta le volume d'un ton pour parler à la fois de MONTAIGNE, d'ANTICHRIST, et de MICHAEL, sans oublier PINA et le neveu du président, le tout ponctué d'un rire bête et chantant. Donc, nous le retrouverons ce dindon, (un jour), qui laissait dépasser de la poche militaire d'une saharienne à la fois chic et déglinguée, un exemplaire du Monde plié en quatre.

Le Monde plié en quatre... Cétait bien ça.

Il n'y avait plus qu'une chose à faire, partir d'ici et loin. Mais quelle autre destination à part la terre ? A Perrache, comme je n'ai pas l'âme meilleure que ce dindon (contrairement à ce que je voudrais faire croire), j'ai voulu photographier quelques bougres qui se battaient pour David Guetta enfin je veux dire un CD de David Guetta volé à Virgin Megastore. Un vigile est venu me dire que si je prenais des photos à cet endroit, il me saisirait l'appareil. ("La vie sur terre" ?). Je lui ai répondu "mais de quel droit ?", il m'a emmenée devant un panneau placardé dans le centre (on dit "stratégique") de la gare, et m'a montré l'affiche où il est bien noté en lettres microscopiques, que je n'avais pas le droit de prendre en photo ce lieu-là. J'ai laissé partir le vigile. Je me suis penchée contre la rambarde pour regarder d'en haut passer les gens qui descendaient prendre le métro. ("La vie sous terre"?) J'ai vu passer un homme avec le Monde sous son bras. Et j'ai pris la photo quand même.

Le monde sous son bras. Ah ah !

La vie sous terre, La vie sur terre. Et, déconcertante, l'évidence...

Histoire à suivre ...

Nota: Ce blog étant antidaté toutes les incohérences dûes à des faits n'ayant pas encore existé sont considérées comme normales, d'autant que rien ne nous interdit, pour l'heure de les anticiper.

Photo: Du hall commercial précédant la grande allée menant à la gare de Perrache. L'espace où l'on va prendre métros et bus vu d'en haut, à la manière d'une caméra de vidéosurveillance. Lyon Juin 2009.© Frb

Toutes les notes