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samedi, 12 décembre 2009

Des merveilleux paysages s'offrant à la vue des navigateurs

"Ce qui n'a pu être oublié reparaît dans les rêves. A la fin de ce genre de rêve, dans le demi-sommeil, les évènements sont encore tenus pour réels un bref instant. Et les réactions qu'ils appelleraient se précisent plus exactement, plus raisonnablement, comme tant de matins, le souvenir de ce qu'on a bu la veille. Ensuite vient la conscience que tout est faux, que ce n'est qu'un rêve, qu'il n'y a pas de faits nouveaux, pas de retour vers cela, pas de prise. Ces rêves sont des éclats du passé non résolu, ils éclairent unilatéralement des moments autrefois vécus dans la confusion et le doute. Ils font une publicité sans nuance pour ceux de nos besoins qui sont devenus sans réponse."

GUY DEBORD : extr : "Critique de la séparation" (court métrage 1961).

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Je ne sais pas d'où me vient cette manie, ces temps-ci, de vouloir faire nager mon reflet dans des flaques, ce doit être l'air de ce pays qui m'y oblige insidieusement. Ou peut être, juste cet amour immodéré que j'éprouve pour les feuilles mortes... Feuilles mortes, doux miroir, dont l'or se noie en ce passage qui mène à l'automne rue Roussy à l'hiver, rue Denfer. Là où les flaques durent plus longtemps, beaucoup plus longtemps que la pluie.

Ainsi, l'autre soir, en écoutant très passivement le discours sur le grand emprunt national de notre président (non, je ne changerai pas une virgule à la syntaxe, et tant pis si celle-ci va t-à vau l'eau puisque c'est le thème de ce billet), j'entendis la voix de mon Guy qui me disait tout bas "Va te promener, va t-en !". Ainsi, je laissais les dames au salon qui essuyaient gentiment la vaisselle, (grâce à ces salons ergonomiques et modernes on dit aussi "cuisine américaine" épatante pour les dames qui peuvent quand même regarder la télévision, tout en "essuyant" et réciproquement)... Puis je laissais aussi les messieurs (les pour, les contre, le grand emprunt), qui du fond d'un beau canapé "séquoia" (allez savoir pourquoi ?), écoutaient "religieusement" ou en râlant, l'orateur nous précipiter à la ruine, plus grave encore qu'une ruine financière (si ce n'était que cela !), une ruine assumée - certes plus volontaire- accélérant celle commencée par ceux qui nous avaient crées - tout aussi assumés, déterminés et volontaires, une ruine comme toujours, portée par le langage, peu à peu, dépouillé, échiné, re-domestiqué, qui se décomplexait, et traversait les siècles, par la voie salutaire d'un spectacle permanent, créant tout à la fois, l'information, l'indignation, l'oubli, sur fond d'écran bleu de bleu pour mieux nous enschtroumpfer. Ici, vendus, les produits (bleus, roses) de l'"ouverture" : mesdames messieurs,  je vous demande d'applaudir la commission, J.R : Alain gît, ci , Michel erre, là...Tout ces mots, pour bien expliquer, amenant aux gens simples, et ceux de tous bords une documentation très accessible, la dilution tranquille, quelques formules bien emballées, joliment cravatées, agrémentées par les joies du zapping (rires et fous rires en perspective) et à venir, (cette fin d'année), une inévitable série de bêtisiers tous plus tragiques les uns que les autres (à regarder en famille entre une langue de belle-mère et la bûche "Courchevel").

Les mots doucement moulinés, avaient glissé dans l'éclairage des politiques successives, des coachs, des clips, du relooking, récemment du lip dub (bleus et verts confondus, allez, le bleu étant archi connu, remontons aux étages l'incroyable sous marin vert). Nous avions changé de société, (qu'on nous disait). La machine à café se gérait comme les adjectifs, "sensible", "ludique", le concept de "révolution" virait à l'orgasme collectif, celui de "rupture" apaisait, par conséquent, la belle qualité dite "tranquille" ne faisait plus exactement le même effet que dans dans le poème du vieil Alphonse qui par instant paraissait en dire... (Quelques lignes, autant dire "un tube", juste pour faire plaisir au colibri fou de Roger ;-)

ô temps suspends ton vol ! et vous heures propices
Suspendez votre cours !

Quant aux vers du pauvre Verlaine : "La vie est là, simple et tranquille" ils avaient déjà été délocalisés depuis des années, abusément retournés (quatre fers en l'air) par feu le général lui même, preuve que la décomplexion, n'était pas née de la dernière pluie. Mais aujourd'hui, pardon, grâce à la dernière pluie, ces quelques vers, accédaient aux multifonctions. On pouvait aussi bien les accrocher (grosso modo) sur un fromage, une tranche de jambon (courage !), ou aux branches du sapin sous formes de boules décoratives, ça se compilerait bientôt en "best of" des bons mots de nos superstars (de l'armée ou de la police ?), ou bien encore à la rigueur on pourrait les retrouver sur le dos de monsieur Paul, mais après quels détours ? Des mot vidés comme des volailles, empalés sur des emballages, le tout, avec ce goût de berlingots un peu vieillots, collés au fond d'une boîte à sucre. Et tout cela ça rappelait la guerre, les fins de soldes au supermarché, le destin d'Amélie Poulain, la France. Et bien sur l'excellence, un autre leitmotiv magistral à la botte du grand emprunt.

"Nous allons monter un grand partenariat public-privé, tout en gardant la maîtrise de notre patrimoine". Bien sûr !

Pendant ce temps là, entre un reportage annonçant une nouvelle phase de la grippe ("la grippe à Miribel", Ben zut alors ! c'est pas notre chance") et la dernière pépite de la Nadine : le verlan, la casquette à l'envers, (en outre, de surcroit, ben bondiou ! ça fait beaucoup quand même !) dans la ville de Maurice Barrès, (tout un symbole !). Nadine vivrait elle sur la lune ? Inconnue sur la planète Mars, nos camarades à casquettes retournées nous l'ont bel et bien confirmé, tandis qu'au coeur de ces formes concassées (en deux mots ?) finalement assez relatives, un Camus (pas fils de... pour un rond), d'une toute autre dimension, se dépatouillait à Paris avec un souci d'assurances, (160 000 billets vendus, une nécro parue furtivement, le tout frisant la catastrophe. Nationale bien évidemment !)

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Donc je suis partie, par Vitton désert aux airs de grand Nord, et ses portes bourgeoises aux verrous bien tirés, j'ai regardé (en nantie à vélo), les barmens de la brasserie du Parc astiquer des loupiottes avant de tout refermer. J'ai croisé des nuitards, 3 sur un vélo V (vélo d'amour lyonnais) qui cherchaient un endroit où s'acheter des clops, j'ai senti l'air des quais, et cette odeur de mort que draîne le grand fleuve, la nuit, son épaisseur, ce mouvement glacé qui soulève lentement le pont, et semble un peu le déplacer. J'ai traversé la voie, jusqu'au vieux patineur et sa rouille figée dans sa vieille modernité, la nuit, l'absurde patineur, un gros géant d'acier dansant sur place autour de deux, trois palissades, juste ce qu'il faut d'insensé. Ce périmètre, à peine éclairé par les phares des camions, des voitures et les loupiottes encore de l'opéra rappelant le petit bordel, ou le grand vaisseau, tout autant que le grille-pain d'antan chauffé à la fibre d'amiante... Sur l'esplanade vide, glougloutant doucement, une source artificielle a dévidé son chant (de rat) toujours pareil, imitant bien celui des champs revu par des rats élégants, un rien d'eau sur une lumière juste ce qu'il faut d'un peu bêbête, si bêbête que ça en devient plaisant. Puis en remontant doucement par la rue désirée, presque aussi moche que la Serlin, j'ai rejoint Polycarpe, son impasse à ciné, et sa rue qui donne sur la face cachée d'une bâtisse chrétienne, l'église du même nom (St Polycarpe exactement), secrète, avec son portail ouvragé. Toutes ces beautés n'atteignaient pas celle de ma flaque repérée dans l'impasse où  le monde entier se floutait tandis qu'un élément nouveau illuminait mes nénuphars, au delà du pouvoir des hommes, et des transformations. Une plainte, un halo, remerçiant le chaos, inclinaient entièrement l'esprit à se dissoudre, se laisser manger en morceaux, mille et une vies, autant de souvenirs. Chacun entrant en flottaison dans les bourrelets de cette terre mêlée au goudron, dans cette odeur fine d'été gisant sous la blessure, qui ravivait tout un empire entrant en décomposition ; une flaque épuisant là tous les derniers vestiges de civilisation pour les fondre à la nuit, sans le moindre fracas. La nuit profonde. Un reflet noir immense, austère, que toute l'eau de la mer, toutes les vagues de l'océan, ne pourraient jamais recouvrir.

"Critique de la séparation" (Extrait).

Photo : Des merveilleux paysages s'offrant à la consolation. Photographiés la nuit, dans l'impasse qui jouxte ma maison. Quelquepart sur la plus belle des collines d'une ville. Lyon. Décembre 2009. © Frb.

jeudi, 10 décembre 2009

Se consumer... (Interlude)

Oui, ce monde est bien plat ; quant à l'autre, sornettes.
Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
Et pour tuer le temps, en attendant la mort,
Je fume au nez des dieux de fines cigarettes [...]

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Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes.
Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord
Me plonge en une extase infinie et m'endort
Comme aux parfums mourants de mille cassolettes.

Et j'entre au paradis, fleuri de rêves clairs
Où l'on voit se mêler en valses fantastiques
Des éléphants en rut à des chœurs de moustiques.

Et puis, quand je m'éveille en songeant à mes vers,
Je contemple, le cœur plein d'une douce joie,
Mon cher pouce rôti comme une cuisse d'oie.

JULES LAFORGUE : "La cigarette". Extr. "Le Sanglot de la terre" (1901), in "Oeuvres complètes". Editions Mercure de France.

Juste le temps de s'en griller une, (pour de vrai), entre deux billets (sur le pouce, si j'ose dire), de l'ami Jules, dont les carnets sont enfumés de manière si insoutenable que je propose à qui voudra s'y coller de remplacer, tout ce qui pourrait s'approcher de près ou de loin à une pipe, cigarette ou cigare (tourniquette ?), par le mot ou l'expression qui lui sembleront les moins nocifs pour la santé (évitez s'il vous plaît, les sucreries, le nougat, le surimi, les matières grasses, le glutamate, le boissons gazeuses etc... (Les fruits et légumes sont évidemment bienvenus).

Extrait d'un agenda de JULES LAFORGUE couvert par endroits de notes et manuscrits (imprimés par Charpentier, avec textes et dessins datant de 1883), elles datent du séjour de J. LAFORGUE en Allemagne où il occupait les fonctions de lecteur auprès de l'impératrice Augusta. L'auteur est alors âgé de 23 ans, il mourra quatre ans après les avoir écrites.

Ici seules quelques allusions à  la cigarette-ont été sélectionnées, j'espére que les Laforguiens inconditionnels me pardonneront ces coupes scandaleuses qui en diront peut être aussi (un peu) sur ce qu'il advient d'une oeuvre quand des malins, pour la bonne cause, s'amusent à l'amputer. Là n'est certes pas mon intention, (j'ai cisaillé à l'envers, pour ma bonne cause évidemment), souligner une substance qui se glisse dans les notes comme une nécessité (et allons donc !) mais c'est sérieux. La "fumerie" étant l'interlude idéal pour J. LAFORGUE entre l'ennui, les sorties mondaines, les promenades, elle s'impose très naturellement comme la plus précieuse des ponctuations voire des aérations. (Les lecteurs fumeurs comprendront...)

Le texte intégral est disponible ICI et les extraits de "tabagies" only, ci dessous :

Samedi 31 Janvier : "Dîners sommaires pipes nombreuses [...]"

Mardi 17 Avril : Départ sous des cigarettes Butterbrod [...] Vaste chambre au premier fumé au balcon couché causé panthéisme [...] Renoncement jusqu'à minuit en fumant."

Mercredi 18 Avril : Levé 8H00 en fr, fumé sur le balcon devant la caserne [...] mangé à l'Hotel de France, terrasse café, fumé rôdé plein le dos musée ethnographique anthropologique spleen fumé rôdé gare. Embêtements éreintés rôdé en voiture départs folie fumée sentimentalité

Lundi 30 Avril : (notes) [...] Reçu la revue pris le thé cigares. A Bade les journées passent [...] On mange trop bien on fume trop [...]

Mardi 1er Mai : Avec R. tendresse cigares le salon là bas [...]

Mercredi 2 mai : [...] Promenades éternelles bons repas cigares [...]

Jeudi 3 Mai : [...] Fêtes spleen cigares prairies hannetons [...]

Mercredi 16 Mai : Cigares promenades accoutumées [...]

Samedi 19 Mai : Rien, l'arrivée de la vie moderne je me roule des cigarettes tabac conservé au frais dans mon huître bronze chinois."

Photo : De fines cigarettes avec une grosse fumée (presque dans le nez des dieux). Vue un beau Décembre 2009. © Frb.

mercredi, 09 décembre 2009

Des fondus enchaînés

Non, non ! C'est la saison et la planète falote !
Que l'autan, que l'autan
Effiloche les savates que le Temps se tricote !
C'est la saison. Oh déchirements ! c'est la saison !

JULES LAFORGUE (1860-1887). Extr. "L'hiver qui vient" in "Derniers vers" (1886).

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Quittant un homme qui marchait seul au milieu de son travail, j'allais au jardin du musée. Sous "l'Adam" de Rodin, une femme nourrissait une marmaille d'oiseaux antipathiques. Des touristes guettant l'heure du spectacle entraient par le grand escalier visiter les motifs discrètement géométrisés, sous des arcades. Dans ma poche la menace d'un impayé s'échappait par l'ouverture d'une doublure en train de se découdre. Sur ma peau j'avais déposé un gros pull imbibé des senteurs d'antimite au bois de cèdre, par dessus mon gros pull, une peau de daim qu'on aurait dit comme empaillée. Toute la ville malgré la douceur de ses 12 ° à peine, sentait l'hiver à en pleurer. Nul ne manquait d'allure.

La somme dûe était illisible, quelques gouttes de pluie sur un mauvais papier sirotaient tendrement ma dette, il n'en restait presque plus rien. Cet homme à qui je devais tant, (juste un petit peu d 'argent en fait, 42,37 euros), à présent me suivait chaque jour. Ou plutôt j'avais la certitude de le croiser partout. Une sourde impression, comme l'hiver suit l'automne pour le dépouiller lentement. Arracher les feuilles une à une jusqu'à des mondes parfaitement glabres. Ce n'était pas tant la somme dûe qui me plumait insidieusement mais l'effort acharné que mettrait cet individu pour la récupérer. Sa secrétaire avait bien souligné en rouge sous mon nom, tapé en gros caractère cet autre mot en majuscule  "RAPPEL". Ca commençait ainsi : "Chère Madame ; Nous vous rappelons que vous n'avez pas réglé le montant de nos honoraires, s'élévant à 42,37 euros, il s'agit sans doute d'un oubli... Dans ce cas veuillez patati patata". Veuillez, madame, l'extrême onction. Ou moins tragiquement, une injure. Ces gros et vilains caractères suivis d'aimables salutations vulgairement distinguées.

Dehors les premiers visiteurs de la fête (des lumières), ébauchaient des projets de cuite qui durerait au moins trois jours, la Valstar, (bière des stars), se boirait au goulot ensuite il y aurait de la joie à genoux dans des traboules. Les écrans géants feraient diversion, une charade qui s'éloignait un peu plus chaque année, pour devenir une opération. Proche de l'effondrement, visiblement désaccordée, je jetais des cailloux dans un ciel versé sur une flaque. Je visais au jardin, l'or des feuilles qui semblaient vivre enfin et nager dans les fonds, deux centimètres au moins où j'imaginais le flottement, l'embrassage des coraux mous qu'on appelle les sarcophytons dans le jargon des récifalistes. Cet univers en perpétuelle mutation forçait l'art de la fugue. J'ébauchais une idée, qu'on m'oublie, voilà tout. Lassée des vies de patachon, je livrais mon salut au royaume du sarcophyton.

"La star des coraux mous, le sarcophyton dit "sarco"fait partie de la grande famille des coraux cuirs [...] ce sont des coraux à croissance rapide, les "sarco" muent régulièrement et leur croissance en aquarium peut devenir spectaculaire si les conditions de maintenance sont optimums [ ...] Ce corail nécessite un éclairage relativement puissant pour bien croître [...] Ce corail peut être parfois utilisé en remplacement d'une anémone pour un couple de clown dans un bac communautaire [...]"

Tout devenait limpide. Par la grâce du sarcophyton, j'eus l'impression de comprendre exactement ce que le monde attendait de moi.

Des oiseaux aquatiques glissaient sur le vieux bâtiment. Ils recouvraient à présent mon reflet qui déclinait ses formes à l'oblongue dans une frise s'achevant en queue de poisson qui mangeait les graviers sous la rouille des bordures en arceaux, délimitant l'espace entre les gens et la pelouse avec une autorité délirante. L'océan m'éprouvait, gagnait en certitude, attiré par le socle de la statue, on distinguait lacérés à la pointe d'un couteau, deux coeurs trop larges mal ajustés, plus deux prénoms tellement crayonnés, qu'aucun des deux ne demeurait lisible. La poésie commençait là, sur ces biffures exquises, un trait pour l'immortalité, l'amour fou accroché au socle d'une statue évoquant mille sentiments enroulés sur eux même en minuscules lambeaux. Des milliards de lambeaux de secondes chagrinées, apprêtant patiemment tout l'orgueil pour la suite. Une pavane en dénégation, mimerait encore l'offrande qui s'exposerait libérée de la morale, et des institutions, par la grâce de communicants absolument conquis par cette idée : la recherche de l'âme soeur, l'alter ego. Le retour du sentiment vrai, de l'authenticité. Oui, l'amour véritable. Là, sous ton nez, mon beau, "Couilles en or jamais ne songent à la destruction de nos âmes". Un poète riant dans la brume, assis sur son tas de rebellion  se moucherait dans mon petit papier façon cocotte, ou le poserait, là, juste sur les flots, un bras d'honneur à Harpagon. D'autres plus conquérants n'espèreraient qu'une catastrophe, un bout de fumier pour renaître. La révolte, devenue impuissante, toujours sous les lampions, s'acheverait par l'invention de la Vénus de Milo version indienne, avec six bras, des lingeries à motif Snoopy des pantoufles à tête d'animaux, c'est à peu près tout ce qui resterait de notre génération.

Je songeais au "proverbe futur" ouvrant "le socle de la statue" d'Auguste VILLIERS DE L'ISLE ADAM, (publié en 1882 sous le titre "La maison Gambade père et fils") :

"A quoi bon la hache ? Ne t'arme que
d'épingles, si tu n'as pour objectif qu'un ballon."

Je songeais à ce brouhaha que faisait l'amour fou au départ d'un train à très grande vitesse, à Paris gare de Lyon, un mouchoir maculé de larmes oublié sur la chaise de l'illustre brasserie du train bleu. Y aurait il aujourd'hui plus petit qu'une épingle, pour crever définitivement un ballon que l'esprit ne supporte pas de voir se dégonfler davantage ?

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Je songeais à toutes ces ingénuités, aux bureaux de tabac, aux bancs publics, à tous ces doigts coupés par des machines de menuisier, jusqu'à ces visages d'apôtres martellés aux tympans des églises romanes. Tout ça  pour arriver à "ça" : croiser à chaque pas la trahison, la belle engeance qui au fil du temps se délave, le spectre indiscret des créances et toute une politique de civilisation, marquant insidieusement nos corps sans même le respect minimum. "Le nouveau commencement de rien", lu par des turbo-bécassines militant pour le thème astral et des cyber gédéons bio (mais qui fument quand même des pétards), boursouflés de musique concrète, d'art abstrait, de cinéma d'avant garde, aimant SARTRE, le poulet basquaise, l'ésotérisme et les choses simples par exemple se faire une petite raclette entre collègues en fin de semaine, vautrés sur des convertibles norvégiens. Ces beaux "épanouis" prêts à pourrir dans les bras de leurs prochains, déroulant une vie à tartiner des miettes, encartés et voraces, comme ces oiseaux hideux. Marchant à reculons à la recherche des pires audaces de leur jeunesse... "les arbres en fleur en plein hiver", (mais si ! vous savez bien !), et pour projet un programme poétique, surtout ludique du même tonneau. Sous la foi généreuse entre tous, il se trouve toujours un radin bardé de titres et d'honoraires, pris par l'angoisse, qu'on ne lui règle pas 42,37 euros dans les meilleurs délais. Un de celui qui à table après avoir bien bu et bien mangé, ose vous dire d'un air sympa: "Avec 1000 euros aujourd'hui t'as rien ".

Au milieu du jardin, cet homme épouvantable, accompagné d'une auxiliaire pourvue des papiers nécessaires, était assis, il m'attendait, au tournant comme on dit. Je me laissais glisser lentement, buvant la tasse dans cette flaque, je m'y noyais avec l'espoir de terrasser mon dû, puis pour bien achever l'histoire, me livrer aux coraux nés de mon imagination malade. Entre cette eau usée et mon petit personnage, le sarcophyton avançait. D'autres petits sarcophytons viendraient pour sauver l'équipage. C'était, (je pensais), le sacrifice qui donnerait beaucoup d'espoir à ceux qui survivraient. Peut être un jour sur un tee-shirt, un poster, ou un sac, peut être on me sarcophytonnerait. Cette idée là, valait la peine. Laisser en ce monde une trace... J'avais à présent immergé mon corps entier dans cette flaque, il n'y avait plus ni jardin, ni palais. Je m'en allais. En route pour une nouvelle vie.

Au loin, un vieux son dégueulasse, vociférait :"Vous me devez !". Ca sonnait comme une pointe de compas crissant sur un tableau d'ardoise. Le sarcophyton souriait. "Avais je vraiment idée de l'importance de cette flaque ?" Quand le sol me recouvrit, je me retrouvais dans un aquarium. Quelqu'un recousait ma doublure, un ouvrier cirait le bout de mes savates. Le sarcophyton caressait paternellement mes cheveux. "Vous avez fait le bon choix", il me disait. On me fît remarquer que ma peau de daim n'était pas tout à fait présentable. Dans les bas fonds un labyrinthe. Sous la pelure d'oignon, une autre pelure d'oignon. Je flottais gentiment sans plus penser à rien, tout ce confort bientôt serait mon necessaire, "j'y prendrais goût". On me présenta un comptable : "Ne vous inquiétez pas, les 42,37 euros, seront réglés aujourd'hui même". Bien monsieur, bien madame. J'étais sauvée. On m'apporta dans une vaisselle (en cristal de bohème) : Du caviar, du foie d'ortolan, puis un gigot de paon pistache sur son coulis moléculaire. Suivis d'un dessert somptueux. Un mystère fait maison...

Ce n'est que le soir en me couchant, que je sentis quelque chose peser. Plus affligeant encore que la crainte d'une dette. Ma vieille vie courait derrière, et m'observait en ricanant. Mon visage semblait fondre, comme s'il n'était plus, ou de loin, une tête trop grosse qui se vidait tout bas. Même ma voix m'angoissa, il en sortait des sons atones mais les mots ne se formaient pas. Je ne trouvais plus un mot, pas le moindre petit mot  pour dire quoi que ce soit. Je tentais une phrase  j'eus honte. J'agitais une clochette pour exiger du personnel qu'on m'apporte un miroir de suite. Apparence, ma belle apparence ! sur mes mains poussaient des poils blonds. Mais comment exprimer le désir de remonter à la surface, s'il n'y a plus de mots ? Et puis bon, après tout ! j'avais choisi. C'était comme ça.

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Sur ma table de chevet; on a mis les carnets de Pierre-Jean Franfari, les fameux trialogues (des entrepreneurs, des politiques, des financiers, en voyage au futuroscope) c'est très interessant. Je m'habitue à cette vie. je sais que les choses vont dans le bon sens. Hier je suis allée à la bijouterie, m'acheter des boucles d'oreilles et une broche représentant une tête de rat avec des cornes. Orselyne, une collègue de travail m'a prêté son tailleur fuschia, il est un peu trop grand pour moi, mais en reprenant la taille, avec des fronces, des épaulettes, j'arrêterai de ressembler à rien. On m'apprend aussi à marcher avec des livres sur la tête. Les essais de MONTAIGNE + les oeuvres complètes de DOSTOIEVSKI . Tout va bien, j'apprends vite et je m'en félicite. Je regrette qu'ici, il n'y ait pas de fenêtres. Ca manque un peu. La nuit surtout, j'aimais beaucoup, dans ma jeunesse, rester des heures à la fenêtre pour regarder la lune. Mais il faut savoir ce qu'on veut dans la vie. Je ne regrette rien. Hier j'ai lu 450 pages des carnets de Pierre-Jean Franfari, je les ai lus d'une traite, jusqu'au matin, dans mes draps bleus, avec mon groin.

Photo : Variations pour une flaque et des reflets. Photographiés au jardin du Musée des Beaux Arts, à Lyon autour du 08 Décembre 2009.© Frb.

mardi, 08 décembre 2009

Superflou. Artistique !

Superflux vs SUPERFLOU ou 25 secondes de lumière, sur l'ilôt d'Amaranthes.

 

 

Une fois encore La galerie ROGER TATOR, les artistes, et les habitants d'un quartier (au coeur du 7em arrondissement, exactement) ont sauvé la fête des lumières, d'une vulgarité de plus en plus décomplexée. Nous passerons sous silence (ou presque), cette monstrueuse tarte à la crème, qu'ils appellent  (en toute impunité), "Programme poétique", (cf :"allégorie du temps qui passe et du temps qu'il fait" situé au lieu le plus fréquenté, (la place des Terreaux même). Cette année encore, le spectacle officiel, a atteint des sommets si consternants de sottise, qu'il convient urgemment de s'en détourner.

Revenons à Superflux devenu Superflou, à l'occasion de la "Fête des lumières 2009" ! Superflux vs Superflou en marge de toute exhibition spectaculaire, nous a offert (c'est vraiment cela, offrir), un drive-in urbain merveilleux du côté des rues Mazagran et Jangot. Notre plaisir fût à la hauteur de ces belles inventions (à aucun moment prétentieuses). Enfin, les spectateurs se trouvaient respectés par les artistes et organisateurs du projet. Le sens de la fête (toute en nuances douces) n'avait alors plus rien d'une injonction. Pas une seconde, nous ne fûmes déçus. Entre vin chaud, feu de bois au jardin, petites bougies, concerts discrets et luminions, tout fût d'une surprenante convivialité. Il convient de féliciter l'artiste metteur en scène Beneditto BUFALINO qui a mis en scène un espace de projections vidéos avec la complicité des habitants dans ce qui n'est d'ordinaire qu'un banal parking. Ici transformé en véritable drive-in urbain, (assez drôle), les promeneurs invités à s'installer à bord des véhicules peints aux couleurs de l'ilôt, pouvaient se reposer tranquillement devant les vidéos, (15 vidéos très courtes, au total) le son étant émis distinctement dans chaque auto. Difficile de décrire le plaisir éprouvé, et ce détournement magnifique de l'usage qu'on peut faire d'un parking et d'autos... Il convient de remercier, évidemment la galerie ROGER TATOR qui a sélectionné ces vidéos sur le thème de la lumière et du flou, proposé une selection très harmonieuse d'artistes (confirmés ou débutants) et surtout a permis que cette fête des lumières (en dehors d'une autre "foire", en forme de gigantesque vitrine) soit un moment de découverte à échelle très humaine, voire de réenchantement d'une ville et de ses habitants.

L'une des finesses de ce projet est aussi le trajet menant de la galerie ROGER TATOR jusqu'au fameux drive-in, mais là, si vous voulez voir,  je vous conseille une petite visite chez DAILY LIFE qui en a rapporté en quelques secondes un rendu très fidèle aussi magique que la réalité ! Son billet étant également, à suivre ICI...

Mini-Vidéo: Quelques secondes de vidéo minifilmées à l'avant d'une de ces improbables autos, (je n'ai malheureusement pas eu le temps de noter le nom de l'artiste, (pardon l'artiste), on me souffle dans l'oreillette,(merci K-Loth), qu'il s'agit de Philippe LIEV POURCELOT ... Les Hitchcockiens avertis apprécieront le doux flou et les étranges disparitions. Ilôt d'amaranthes. Lyon. Fête des lumières, 8 Décembre 2009. © Frb.