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dimanche, 03 janvier 2010

Se faire couler un bain

29 secondes de toilette dans la salle de bain de l'élan.


samedi, 02 janvier 2010

Ce qu'on entend par paysage

"La vraie horreur de la nature consiste à préférer sincèrement les tableaux aux paysages, et les confitures aux fruits"

Les FRERES GONCOURT : "Journal tome 1, 10 Juillet 1865

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Nous lisons les paysages d'une manière distanciée. Nous restons spectateurs parce que nous nous soumettons au primat de la vue cela, depuis la renaissance. Chaque société a établi sa propre hiérarchie, et surtout la balance entre les sens. Ses membres sont soumis à des modalités particulières de l'attention. Ainsi, nous apprécions l'espace en fonction d'un quasi monopole de la vue. Le paysage nous apparaît, le plus souvent comme une lecture face à un espace donné. Face au paysage, on se pose et on regarde, à la fois face à lui et en dehors. Et pour celui qui le regarde, souvent le paysage devient un tableau.

Le regard des courtisans français du XVII em siècle et du XVIII em était largement déterminé par la peinture. Ces aristocrates avaient l'habitude des salons et ils s'en allaient dans la nature, vérifier ce qu'ils connaissaient par la représentation. Il était habituel, par exemple de se rendre à Dieppe, non pour se baigner mais pour manger des huîtres et du poisson. MARMONTEL écrit : "Je suis allé à Dieppe, mais je n'ai pas vu la mer". En fait, il avait vu la mer au sens où nous entendons l'expression. Or, ce jour là, la mer était calme, alors que les marines notamment celles de Claude Joseph VERNET, (que NERVAL évoque dans "Voyage en Orient",) figuraient la mer démontée, celle du naufrage et du sublime. MARMONTEL était venu contempler cela et il n'avait pas vu la mer. D'autres courtisans, à la même époque, relatèrent leur grande déception. La mer à leur yeux, qui était la plus belle, (peut-être la plus vraie), restait celle contemplée dans les tableaux, du peintre Claude Joseph VERNET.

Plus tard, la vue se modifia par la mobilité. Déjà la plage telle que nous la connaissons au XVIIIe siècle n'était pas soumise à l'unique message visuel. Certes, l'appréciation du panorama constituait l'essentiel, mais on s'interessait aussi au contact : le sable sous le pied, la chevauchée sur les grèves, l'eau sur le corps, l'expérience neuve de la fusion avec l'élément liquide, l'affrontement avec la vague  en même temps que naissait l'exaltation de la transparence. Tout cela fit que le paysage se trouva associé à cette cenesthésie qui devenait alors une sorte de sixième sens où le corps s'appréhendait telle une centrale de sensations.

Mais aujourd'hui encore, il est sans doute très regrettable que le discours sur le paysage n'ait de vérité qu'au seul titre du regard. Pourtant ce n'est pas la seule attitude possible. Nous avons ici évoqué les travaux de R. MURRAY SHAFER, qui lança au cours des années 70, la notion de "Paysages sonores" (Soundscape). Celui ci est différent du paysage visuel, car il concerne à la fois, l'espace et le temps. Or chacun sait qu'aucune configuration sonore n'est durable. A part quelques bruits continus, le fond sonore n'existe pas. En revanche lorsque nous contemplons un espace, il se peut qu'il soit animé de mouvements, mais celui n'en reste pas moins sous nos yeux. Nous savons presque à coup sûr, ce que nous regardons. Mais quand nous entendons un bruit, il est souvent difficile d'en reconnaître la source. Enfin le paysage sonore pénètre dans le corps propre. "Le paysage sonore absorbe, exorbite, possède", écrit encore Jean François AUGOYARD. Cela est aussi très sensible dans le projet de MICHELET qui entendait procéder à une résurrection du paysage par l'évocation (entre autres) des sonorités. Afin d'inscrire le lecteur à l'intérieur même de paysages passés. Cela est une autre longue histoire, qui ouvrira le second volet d'un sujet s'attachant très précisément au paysage sonore, et que je vous présenterai, un autre certain jour...

Ces notes ont été largement tirées du livre d'Alain CORBIN: "L'homme dans le paysage" - entretien avec Jean LEBRUN - paru aux éditions Textuels, (Septembre 2001).

Photo: Je ne suis pas allée à Dieppe, pourtant j'ai vu la mer.  Photographiée pas très loin du bercail de l'Alphonse. Nabirosina. Un hiver en fin d'après midi. © Frb

06:28 | Lien permanent

vendredi, 01 janvier 2010

Un nouvel élan à partir d'aujourd'hui

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Lectrices, lecteurs, mes chers compatriotes,

Les objectifs ont été remplis. Le bilan est positif. Il s'agit maintenant de monter plus haut...

Nous en sommes tous capables. Et nous relèverons ce défi !

Durant l'année 2009, des millions d'hommes et de femmes (ils se reconnaîtront) ont mobilisé des forces phénoménales pour que vive certains jours. Lecteurs, commentateurs, ont oeuvré, sans relâche, pour que certains jours soit meilleur (soillent meilleurs ? sont meilleurs ?) et je les en remercie.

En 2009, par la grâce de ces voix (voies ?), venues de France et de Navarre, (Lyon, Paris, Mâcon, Ardennes, Belgique, New york, Suzy les Charolles, Bordeaux, Marseille, Canada, Arcueil, Couzon, Metz, etc... ), nous avons vaincu la morosité. Cette morosité dont on nous rabat rebat les oreilles, nous l'avons terrassée ici, (et là bas), sur l'autel de la joie et la bonne humeur, sur l'autel du savoir et de la poésie.

Qui parle de morosité ? Qui osera effleurer ici, le thème de la "morosité" sans rire toutes dents dehors ? Vous connaissez mieux que quiconque la raison de cette bonne humeur. Elle est inouïe et toute bête en même temps : nous nous sommes, élevés, simplement, à notre guise, ne formant qu'un seul corps (et quel corps !) afin de nous placer, tous, un par un, deux par deux, en file indienne, ou assis en tailleur, très au dessus de la morosité durant toute l'année 2009.

Quand je feuillette les pages du grand album de l'année écoulée, je n'en crois pas mes yeux.

En 2008, nous étions 5 ou 6 (c'était déjà pas mal), en 2009 les effectifs se sont multipliés, je ne dirai pas à la vitesse de la lumière mais presque. Nous étions des centaines, nous voici des milliers. Et c'est là notre force : nous n'avons pas baissé les bras à la première difficulté. Notre atout, et il est admirable, (sans vouloir nous flatter), c'est que la difficulté (qu'elle s'ouate soille première ou dernière) n'existe pas dans notre esprit, ni la facilité d'ailleurs. Ce qui existe, c'est AUTRECHOSE ! une chose plus GRANDE que cela. Cette chose qui n'a pas encore de nom à ce jour, qui court déjà sur ses petites pattes, nous allons la regarder venir. ENSEMBLE. Et nous allons la sublimer. Ensuite nous nous réunirons dans l'herbe pour en goûter la quintessence et nous ferons cela chaque jour de cette nouvelle année si ça nous plaît. Et si ça ne nous plaît pas, nous ne le ferons pas.

La grande idée, pour l'an qui vient, ne sera point que chaque pas soit un but, (trop facile !) mais que chaque pas soit un (ou plusieurs) chemin(s). Et pourquoi pas un pont (en voilà une idée, pardon, Solko, je vous la pique !). Serait-il concevable à notre esprit, qu'on puisse se contenter d'un but ? De qui se moque-t-on ?

Sommes nous des personnes nées pour nous contenter ? Ah que nenni ! d'ailleurs à partir d'aujourd'hui, nous cesserons de demander, nous exigerons !

Notre priorité exulte : parfaire l'excellence. Mais pas n'importe quelle excellence ! une excellence de qualité. Je ne dis pas que ça se fera à coups de baguette magique. Je ne le dis pas, je vous le promets !

Voilà, mes chers compatriotes, ce que je nous souhaite pour 2010 et ce n'est qu'un prélude à la matinée de l'élan.

La montagne est très haute. Notre coeur est vaillant. La neige est blanche. La terre est ronde.

Des sommets nous attendent...

Ce billet est dédié à tous les lecteurs et commentateurs de Certains Jours (standing ovation) et comme ce jour est beau, je vous offre un RIMBAUD :

"Devant une neige Un Etre de Beauté de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s'élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré, des blessures écarlates et noires éclatent dans les chairs superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour de la Vision, sur le chantier. Et les frissons s'élèvent et grondent et la saveur forcenée de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derrière nous, lance sur notre mère de beauté, elle recule, elle se dresse. Oh ! nos os sont revêtus d'un nouveau corps amoureux."

Sur les trois derniers mots du poète sublime, je vous souhaite à toutes et à tous, une somptueuse année 2010 !

Nota : Afin de ne pas nous fâcher avec la CGE (Confrérie des Grands Elans) et l'ABDT (association des Beaux Daims de la Terre), et, pour ne pas éveiller les soupçons du très puissant CLA (comité des lecteurs abusés), Certains jours tient à préciser que notre élan n'ayant pas de pédigree, il pourrait s'agir d'un "Elandin", une espèce rare, originaire des Monts du Lyonnais, à ne pas confondre avec le "Wapiti" qui est légèrement plus foncé. (Les vétérinaires du Parc de La Tête D'or viennent de nous le confirmer). Je remercie tous les lecteurs (sauf un), de ne pas l'avoir remarqué.

Photo : Un nouvel élan. Vu au Parc de la Tête d'Or. Lyon. Décembre 2009. © Frb.

lundi, 28 décembre 2009

Notes givrées 1

"La source de goutelette pour le givre est un nuage ou le brouillard [...] Il est fréquent en hiver sur le sol, la végétation, les objets et les aéronefs. Le givre peut également se déposer sur des flocons de neige dans les nuages et les enrober d'un dépôt glacé qui augmentera leur densité."

Wikipédia : voir "givre". (Si vous ne voulez pas vous en tenir à la poésie du Ouiki vous pouvez caresser l'image en appuyant bien fort, sur la petite feuille de lierre).

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Le givre peut se déposer sur les créatures. Un seul hiver à peine les fardent pour longtemps. Cela n'a rien à voir avec les cheveux blancs. Chaque dépôt cache une plainte, quasi imperceptible, chaque blancheur couvre la haine d'une beauté ancienne. Le givre mou des plantes, les écailles rompues, et les cristaux de neige voilant la pépinière sont encore moins chancelants que ces coeurs en jachère, aux yeux exorbités, cherchant l'âme soeur dans les tanières, un sexe entre les dents, des fadaises pour la mère Noël.

Le dégivré empire l'affre du peuplement. Le dégivré est pire. Il se tient proprement. Il a sucé les vents sur des échelles humides, s'est barbouillé d'azur jusqu'à l'écoeurement. Le dégivré s'empiffre de matins agrippés aux grains qui se dépulpent dans l'eau tiède, souvent, le dégivré, y trempe des petits gateaux secs, et des biscottes sans sel lui rentrent dans la tête. La nuit, il dort. D'un sommeil bienheureux. Nul cauchemar ne le hante. Pas le moindre consentement s'immisce à ce qu'il fût, l'amoureux de naguère, l'étoile inaccessible, (Arcane XVII). Il a plié son drap, tué son jeu de flêches puis il s'est retapé... Il est sorti en ville avec son chapeau blanc, son souvenir piteux qui lui râtelait, au grand secret, le sang à petit coups féroces sous un linge admirable.

Son souvenir était piteux, il n'avait pas su l'entretenir. Tout se délitait doucement. Sur la blessure, il pouvait lire quelques mots désolés. Il l'était, platement. Et les sanglots de tant d'hivers s'atténuaient au fil des ans, tandis que le mercure remontait.

Le givré a pensé qu'il y avait bien des cochonneries qui grouillaient sous ce chapeau blanc. Et qu'il faudrait un jour, faire payer les vampires en les refroidissant. Le dégivré reniait son givre. Un givré malhonnête. Un suiveur impatient. Minaudant sur les sports d'hiver, roulant son paradis sur des notes de pêches. Attachant les roses par dix avec des kikis à frisettes. Voilà, ce qu'il reste du givré quand il a trop aimé et que sa fol' jeunesse se change en levure morte. Une suite de jours panoramiques liquidés sous l'enfant. Il fallait aussi balancer les chagrins malséants. Les uns n'allant pas sans les autres : L'alphabet doux, l'amour d'une fille. La cabane de l'Alceste, la grappe bleue des glycines à gratter dans la neige, pour piétiner au cul de l'an, les splendeurs d'un palimpseste.

Le givré berce ses hiéroglyphes. Il retrouve plus loin, le ruban d'une lettre. Et le vent mauvais de Janvier qui le laissa fou et muet, dix ans plus tôt, à l'abandon, dans un massif pas loin des tulipes de Juillet. Il avait essayé les cimes, il était retombé par terre, dans un grand trou, où poussaient les fougères, quand Décembre en fin de carrière gelait toutes arborescences. Puis il s'était laissé mourir, non sans avoir pleuré longtemps sur ce temps replié. Les derniers numéros perdants, deux ou trois journées immobiles qui n'en finissaient plus de redouter cet an mordu déjà de deux mil 10. C'était une nouveauté, que le monde entier, dit-on, s'arracherait. Mais pourquoi s'en moquer ?

"On cherche aussi nous autres le Grand Secret"...

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Photo : La voie de son givre + quelques plantes au choeur floqué. (Le dégivré n'ayant pas désiré figurer sur cette photo, il vous présente platement ses excuses). Vu en forêt. Nabirosina. Fin Décembre 2009. Frb. ©.