dimanche, 19 septembre 2010
From here to eternity
Et juste au moment où quelqu'un prés de moi
dit : "il est parti !"
il en est d'autres qui le voyant poindre à l'horizon
et venir vers eux s'exclament avec joie :
"Le voilà !"
WILLIAM BLAKE extr. "Comme un voilier"
Nous marchions sous la pluie avec nos vêtements sombres, le temps nous avait oubliés. la fumée qui sortait des cheminées balayait nos esprits, nous avions tous à cet instant, la certitude d'aller vers une nouvelle vie. Cela nous rendait presque fous. Nous pataugions dans des champs, écrasant de nos bottes les asters, les pétales mous des fleurs s'accrochaient sous nos pieds, les feuilles mortes, éparpillées partout, accentuaient encore l'importance que nous nous donnions. Ceux des notres qui tenaient encore debout s'imaginaient élus, mais il n'en restait plus beaucoup. Nous marchions, épuisés sous cette pluie qui n'était pas la pluie, quelque chose déversait sur nous sa poussière et quand nous regardions le ciel cela nous rappelait que le temps s'était endormi. Nous cherchions loin de chez nous une grande aventure. Nous pataugions ainsi, depuis des jours, le long des champs, il y avait aussi des glaïeuls poussés là on ne sait comment. Nous étions anxieux, en manque de tabac, de café et de livres. Et pour nous occuper nous chantions des chansons ordinaires plutôt stupides lesquelles à force d'être hurlées à tue tête nous déchiraient le coeur. Ensuite vint une plaine et des multitudes de pierres colorées, puis nous vîmes plus loin des chevaux traverser les forêts, des guerriers à tête longues légèrement balafrés ouvraient la grande route, on aurait dit une cavalerie sans cavaliers. Quand nos visions cessèrent la pluie frappait plus fort encore. Enfin nous plongeâmes dans la nuit. Mais cette nuit, ce n'était pas vraiment la nuit. Rude comme l'éclat du givre, froide comme le marbre de ces tombes que nous avions laissées au loin. Le sommeil nous effrayait nous redoutions d'être emmenés par quelque chose de pire ou encore de finir à genoux comme ceux que nous avions laissés derrière nous. Nous étions tous attachés les uns aux autres par une longue chaîne grossièrement maillée, à l'oeil nu invisible ; nous tournions affamés autour d'un cercle qui se creusait à mesure de notre ronde. Nous étions fervents et furieux, le corps couvert des piqûres de becs d'oiseaux, nous avions les mains déchirées par les barbelés des clôtures. Dans la poche chacun conservait son couteau. Nous allions purs et vifs, nos rêves étaient précis. Du haut d'une colline, des nuées d'étourneaux nous regardaient venir.
Photo : Quelques empreintes floconneuses aux frontières des mondes goudronnés. Photographiées de la route d'Aigueperse. Début Septembre 2010.© Frb.
06:29 Publié dans Balades, Ciels, De visu, Impromptus, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent
samedi, 18 septembre 2010
Pourquoi si peu ?
Photo : Une note "éphémère", vue sur le petit muret de l'esplanade qui domine Lyon presque en haut du plateau de la Croix-Rousse, ce petit mur sert fréquemment de "carnet urbain" à certains oiseaux de passage... Ne cherchez plus sur le terrain, ce doux prélude, les nettoyeurs l'ont déjà effacé. Hélas ! hélas ! ... Août 2010. © Frb.
09:43 Publié dans ???????????, Art contemporain sauvage, De visu, Impromptus, Mémoire collective, ô les murs ! | Lien permanent
vendredi, 17 septembre 2010
Le mot "mot" en plein effort de transformisme. (par HK/RL)
Transformisme :
*A. -* /BIOL./ Théorie de l'évolution des êtres vivants d'après laquelle les espèces se transforment par filiation au cours des différentes époques géologiques. Synon. /évolutionnisme/. /Lamarck et Darwin furent les principaux représentants du transformisme, le premier insistant sur le rôle du milieu, dans les transformations de l'organisme, le second sur l'effort de l'organisme, qui se transforme pour s'adapter/ (Julia 1984).

*B. -* /PHILOS. /rare/. Doctrine qui admet que les éléments des choses ne sont pas immuables, mais peuvent se transformer l'un en l'autre`` (Lal. 1968). /Ce qu'il entre de philosophique/ - /nous ne disons pas d'une philosophie vraie/ - /dans le physicisme de l'École Ionienne, c'est le transformisme, méthode pour l'application de laquelle chaque philosophe allait à la découverte du sujet le plus convenable des transformations que lui en représentaient les phénomènes/ (Renouvier, /Hist. et solution des problèmes
métaphys./, pp. 28-29, ds Lal. 1968).

le mot "mot" a un côté Momo comme ARTAUD le... !
http://www.youtube.com/watch?v=HL5ycjxBweg
http://www.pensezbibi.com/wp-content/uploads/2009/01/libe...
http://www.antoninartaud.net/index.php/2007/01/07/8-en-co...
Images : HK/RL, couple mythique dont on n'a jamais vraiment su lequel des deux il fallait appeler mademoiselle ou monsieur, cela dit, on trouvera bien ça et là quelques indices. Réalisation : Septembre 2010.
14:07 Publié dans A tribute to, Art contemporain sauvage, Arts visuels, De visu, Impromptus, Mémoire collective, Objets sonores, Tapis rouge ! | Lien permanent
mercredi, 15 septembre 2010
Mot pour Monique
Mais quand d'un passé ancien rien ne subsiste, seules plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidéles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps".
MARCEL PROUST : extr. "Du côté de chez Swann" in "A la recherche du temps perdu". Editions, le livre de poche 1992.
Explorant les joies du cosmos dans ses coins les plus oubliés, (avec l'outrecuidance de compléter (?) la minuscule liste des "plus frêles, plus vivaces" de PROUST, je glanerai aujourd'hui un peu de voix humaine du côté de l'excellent site Silence Radio, (et ses pastilles multicolores), pour vous convier à l'écoute d'un module très curieux, de 1,40 mn, intitulé "Résolution", enregistré le 10 Janvier 1969, sur terre, par un émouvant inconnu.
"Un disque souple (on disait autrefois "flexible") 45 tours, uni-face, pour Monique.
Comme une bouteille (vide ?) jetée à la mer, lancée sur une platine auto-recording, échouée au marché aux puces pour finalement aboutir sur une radioweb de création."
Un temps de vie humaine dérobée, nous revient plus de trente après, aussi fragile que le support qui nous la livre, aussi grave que l'intimité, peut tomber (par accidents heureux ou malheureux), un jour dans le domaine public, mais heureusement, on ne connaîtra pas la fin ...
Avec mes remerciement pour Silence Radio, et une dédicace très spéciale à Monique, à ce monsieur, l'inconnu. Et à tous les messieurs connus ou inconnus activant dès ce jour leurs bonnes résolutions, pour la sonothèque du futur.
RESOLUTION : anonyme (via Silence-Radio)

Photo : Ce qu'il reste après vous et Monique à ce point, juste avant de perdre la fréquence. Une métonymie on dira, de l'absence ? Ou de l'écoute flottante ? La chaise attitrée de Monique ? Le support de votre Madeleine ? Vus, une nuit, sur le trottoire du "Café des voyageurs", fermé, comme chaque nuit, depuis que la nuit est nuit. Boulevard de la Croix-Rousse, Lyon, 2010. © Frb
13:40 Publié dans A tribute to, Art contemporain sauvage, De visu, Impromptus, Le vieux Monde, Mémoire collective, Objets sonores | Lien permanent
mardi, 14 septembre 2010
Cosmos
Nous ferons sonner en nous les verres cassés
les monnaies d'argent mêlées aux fausses monnaies
les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête
aux portes desquelles pourraient s'ouvrir les gouffres
les tombes d'air les moulins broyant les os arctiques
ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel
et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu
TRISTAN TZARA, extr. "L'homme approximatif"
Photo : Un temps intense et mince. A moins que ne soit une destination fondue entre mille autres. Perrache-gare. Lyon Septembre 2010. © Frb.




