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dimanche, 02 août 2009

L'heure du thé

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MRCIEN : "Less anxious ?"
podcast

samedi, 01 août 2009

Billet d'août

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette du saule noir
Où le vent pleure...

Rêvons, c’est l’heure.


PAUL VERLAINE. Extr : "La lune blanche" in "La bonne chanson".

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Si vous avez loupé l’épisode précédent...

Les vingt et une pièces qui composent "la bonne chanson" ont été spécialement composées pour Mathilde MAUTE DE FLEURVILLE avec laquelle VERLAINE vient juste de se fiancer. Une jeune fille âgée de seize ans, bourgeoise, naïve, pas spécialement attirée par la poésie, mais qui lit les poèmes de son bien-aimé avec les yeux de l’Amour. Aussi déclare-t-elle : "qu’ils sont peut-être... Trop forts pour elle". De crainte de ne pas être bien compris par sa jeune fiancée, le poète va amener tout son style à une plus grande simplicité. Certains critiques ne liront dans "la bonne chanson", qu’une simplification, un art de la rime banale, très "en deça", sur le plan strictement poètique, des recueils précédents. Il faut dire que "La bonne chanson" paraît en 1870 , après "les Poèmes Saturniens" ( 1866) : des "eaux fortes" ou tableaux, dans le goût du Parnasse, et les "Fêtes galantes" (1869) : vingt deux poèmes inspirés de WATTEAU évoquant les plaisirs élégants d'une société frivole. Mais dans  "La bonne chanson" le message est sincère, l’Amour vient... Ce n’est pas un rêve ! VERLAINE, clame tout son bonheur, imagine une vie conjugale rien que tranquille :

Le foyer, la lueur étroite de la lampe ;
La rêverie avec le doigt contre la tempe
Et les yeux se perdant parmi les yeux aimés ;
L’heure du thé fumant et les livres fermés ;
La douceur de sentir la fin de la soirée [...]

VERLAINE souhaite ardemment chasser les forces maléfiques qui tentent sa chair, tourmentent son âme (l’alcool, son attirance pour les jeunes garçons). La destinée maudite l’emportera sur cette simple vie d'homme, sur l'harmonie d'un couple si tendrement rêvé . La trop jeune et fraîche Mathilde, dans l’innocence de ses seize ans ne saura pas apaiser les tourments de son fiancé, ni le protéger. L'illusion se délitera. Mais "La bonne chanson" joue encore les sons de la balade. L' Amour se voue à l’heure exquise, porte son chant à l'élément. Tandis que, pas très loin, la silhouette sombre d'un saule annonce le déclin. La belle saison s'étire encore un peu dans les reflets. Quelquechose doute...

Photo : Fin d'après-midi aux reflets de l'étang des clefs, à l'ombre d'un arbre (plus ou moins saule) qui augure majestueusement premier billet d'Août 2009. © Frb.

vendredi, 31 juillet 2009

Battre la campagne (7)

on ne connaît jamais le fond des choses
et l'on ne s'y résigne pas
on croit à la métempsycose
ou bien l'on n'y croit pas

RAYMOND QUENEAU. Extr. "Un rhume qui n'en finit pas" in "Battre la campagne". Editions Gallimard 1968.

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Plus on s'approche, et plus la chose s'éloigne,"épuiser le modèle, recommencer sans fin", comme si derrière chaque réalité s'en trouvait une nouvelle. Devenir incessant jusqu'à la destruction et puis recommencer quand la matière renaît. Un jour viendra le terme. Un problème qu'il faudra résoudre. Choisir une matière plus ductile plus spirituelle. S'enfoncer dans le sol, réduire l'outil à cette main, qui tord et qui détord jusqu'à ce que l'élément cède. Sous ce pied qui franchit, et sous ce pied qui broie, réduire à l'infini. Engager l'aventure dans toute cette lumière. Affronter les nuances où l'ombre s'abolit. Et dans un même pas, découvrir, juste au pli d'un brin d'herbe, la fuite volontaire. Une bête qui va, dans le rouage minuscule de sa ville émiettée, articuler un monde sans connaître la solitude. Marcher, s'agenouiller, glisser entre la ronce, être griffé, mordu. Puis cueillir le fruit, en savourer le jus, en mesurer l'effet, teindre ses doigts en bleu. Arracher le genêt. Fusiller du regard la majesté d'un hêtre. s'enchevêtrer toujours, s'étonner que la mousse nous fasse disparaître. Et s'accrocher encore aux formes crucifiées d'une racine, la réduire en poussière. Fendre l'amande. Piquer le houx. Casser quelques noisettes. Aimer le chant du coq. S'extasier d'une abeille. Courir les près. Fendre les flots. Battre la campagne...

Nota : Ceux qui détestent la campagne, pourront toujours "battre le pavé", il y en a de très beaux chez Daily Life.

Photo : Vu aux racines de la forêt, une sorte de Christ plus ou moins revisité par Alberto GIACOMETTI, (ou son esprit réincarné). Et tant de choses encore... Vauzelles, dernier jour de Juillet 2009.© Frb.

jeudi, 30 juillet 2009

A propos de la pieume.

Je signale au lecteur, (imaginons qu'il n'y en ait qu'un), qui a pu lire, récemment, la version patoise de "c't histouère de tsateugnes et de pouêle", qu'il peut disposer maintenant de la traduction en bon français. celle-ci se trouve dans les récentes archives du blog, à la date du 28 juillet 2009. Pour celui qui aurait la flemme de prendre l'escalier, (on le comprend, c'est les vacances). La maison dans son immense générosité, lui fournit l'ascenseur. (Vous pouvez me remercier ;-)

http://certainsjours.hautetfort.com/archive/2009/08/05/la...

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Photo : La pieume en grande conversation avec l'ange du mûrier sur le chemin qui mène au hêtre pourpre...  Dit " le chemin des Alouettes". Juillet 2009. © Frb

mercredi, 29 juillet 2009

La pieume du Nabirosina (V.O.)

En Afrique on dit que quand un vieillard disparaît, c'est une bibliothèque qui brûle, peut-être en est-il ainsi de certains dialectes ? Le parler provincial, je veux dire, le patois, qui était jadis un dialecte, a cessé d'être cultivé, jusqu'à se déliter et parfois subir un dénigrement tel, qu'on ne vit plus en lui qu'un parler pauvre, parfois grossier. En fouillant dans de vieilles malles, j'ai retrouvé des fragments de journaux nabirosinais, des articles découpés, dont une petite histoire issue d'une rubrique cultissime publiée dans le journal local "La renaissance", datant des années 1990, 1991, (peut-être avant ? Les dates n'étant pas spécifiées, j'émets quelques réserves, en attendant de vérifier). Cette rubrique était signée "Le père Mathurin", et je crois que partout, dans les chaumières, (surtout celles de "Tçarolles" et ses environs),  on aimait bien le lire, ce "billet du Père Mathurin" comme pour retrouver ce temps où les nouvelles n'allaient pas si vite, et où il était bien agréable "d'causer l'long d'la route"...

Voici un petit extrait du travail d'Mile (retrouvé par "le Père Mathurin" qui n'était point curé), et si vous ne savez pas qui est l' Mile, on vous le dira demain, tout en éclairant votre lanterne sur cette histouère de "tsateugnes et de pouèle"...

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"Y'éto vé les anhnées vingt cinq, le fils - l'ancien tcheulé d'la Vavre - s'en v'ni veilli avec sa feune, la Génie, apeu leu feuille, la Guite. Y'éto la rendue. Nos avins été vé z'eu la fin d'l'anhnée passée. L'temps m'deuro qui z'arrivint pas...To p'un coup les v'là. Nous les entend chapter p'la co, posant leu chabots à la pôrte vé l'potadzi. Chtez vo l'tour du pouèle, mettez voté pi su la tablette ou dans l'fornio si vous ai fré. Et n'y v'là parti su la guerre, de Ham à la forêt de Paroy - des histouères à faire des livres, évacuation des blessés, entendues cent coups. Avec men père, au l'éto d'la classe 93, l'aute d'la 94 et trop vieux, y z'avint été veursés dans les territoriaux. Un moment après, ma mère a mis les tsateugnes su l'fu, apeu le mieux, y'est l'saucisson qu'cueillot à ptché fu, qu'envio un goût à faire baver un tsin tellement qu'y chintot bon.  Mais v'là ti pas qu'd'un coup, le gros tsin na se manque avec le gros matou gris, qu'étint coutsi d'so l'pouèle , et à coup de dents a peu d'griffes. L'coyer du tsin s'prend dans n'un boulon qu'bridot l'pouèle et le v'là parti avec l'garlot su l'dos p'la maijon, les teuyaux san d'sus d'sos, un gros feurdzin, les deux casseroles renveursées qu'fan eune femère autant qu'eune chaudgère. Men père a arrêté l'tsin à grands coups d'chabot su l'crâne, à la pôrte d'la maijon. Après la peu passée, y'a fallu to mettre en piesse, y fallo prendre des m'tinhnes pe pas s'breuler les das, apeu balier la cheurre sus les carreaux. C'ment y'éto à peu près queu, nous s'sen mis à tabye c'ment si y'avo ren ézu. Y'avo minhme pas enl'vé l'appétit. Après l'fromadze, l'café, la goutte a peu ma fois, à l'arvoyeure et à l'anhnée qu'vint !"

Photo : Sur la grande route de la maison du fils d'l'ancien tcheulé de la Vaivre quelquepart entre Montrouan et le hameau des "Combes"... Juillet 2009. © Frb

mardi, 28 juillet 2009

La pieume du Nabirosina (V.F.)

"Dze sais pas si vos connaissi l'Mile : aul a passé pas loin de quarante ans à la coopérative de Tçarolles, aul a entendu causi du patois de totes les acabies et vu qu'aul avot pas ses oreilles dans sa potce apeu qu'yetau pas un beurdin, aul a pensi que si eu peurnot le temps d'y écrire, y servot comme qui dirot d'pense-bête à tous tcé là qu'aimant not' chti pays, apeu qu'sant contents d'se rappeler la façon de causer vé nos (...) Apeu surtout y seur'vra a rév'lli vot' patois, et ça y vo fr'a point d'mau".

"LE PERE MATHURIN" extr. du Billet publié dans le journal local "la Renaissance" du 26/01/1991.

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L'Mile oeuvra si bien à son petit bouquin, (son petit dictionnaire), que le Père Mathurin proposa à la "Renaissance", (journal local, l'équivalent du "Monde" au Nabirosina,) de publier l' boulot du Mile, sous forme de petits récits, qu'il découpa, pour que les gens puissent les déguster bien "comme y faut". Durant plusieurs années le pays tout entier se demanda qui était ce fameux "Père Mathurin" qu'on lisait à voix haute et dont chacun se faisait passer les petits billets de maison en maison... Quant à l'identité du patoisant, je la laisse au secret. Et comme promis précédemment, voici la traduction de cette histoire bien sympathique "de chataîgnes et de poêle"...

Nota : une promesse pour un lendemain qui se retrouve avant hier ? Il faut noter qu'en nos hameaux, le temps se ralentit tellement, que même "certains jours" nous échappent. Puissiez vous lecteurs (des villes et des campagnes) être un brin éclairés.

Traduction :

"Cà se passait vers les années 1925, celui qu'on appelait "le fils", l'ancien tuilier de la Vaivre, était venu veiller avec sa femme Eugénie et leur fille Marguerite. C'était la rendue (1). Nous étions allés chez eux l'année précédente. J'étais impatient de les voir arriver. Soudain, les voilà ! On les entend marcher bruyamment dans la cour, puis ils vont poser leurs sabots à la porte près du réchaud à bois. Asseyez vous près du poêle, mettez vos pieds sur la tablette ou dans le four si vous avez froid ! Et voilà la conversation partie sur la guerre, de Ham à la forêt de Paroy, des histoires à écrire des livres, évacuation des blessés, entendues cent fois. Avec mon père, il était de la classe 93, l'autre était de la classe 94 et, trop vieux, ils avaient été versés dans les territoriaux . Un moment après, ma mère a mis les châtaignes sur le feu, mais le meilleur, c'était le saucisson qui cuisait à petit feu et qui envoyait une odeur à faire baver un chien tellement çà sentait bon. Mais d'un seul coup, voilà-t-il pas que le gros chien noir se querelle avec le gros matou gris - tous deux couchés sous le poêle - à grands coups de dents et de griffes. Le collier du chien s'accroche dans un boulon qui tenait le poêle, et le voilà parti avec sa chaudière sur le dos à travers la maison, les tuyaux sens dessus dessous, à grands bruits, les deux casseroles renversées qui font de la fumée comme une chaudière. La peur passée, il a fallu tout mettre en place, il fallait prendre des gants pour ne pas se brûler les doigts, et balayer la cendre sur les carreaux. Comme c'était à peu près cuit, nous nous sommes mis à table comme s'il n'y avait rien eu. Tout çà n'avait même pas enlevé l'appétit. Ensuite vint le fromage, le café et l'eau de vie, et puis ma foi, au revoir et à l'année prochaine ! "

(1) Invitation en retour d'une précédente.

Photo : Toujours sur la grande route de la maison du fils de l'ancien tullier de la Vaivre, quelquepart entre le hameau des"Combes" et le Pays de Montmelard. Juillet 2009. © Frb

lundi, 27 juillet 2009

Ange au mûrier

Le soleil du matin doucement chauffe et dore
Les seigles et les blés tout humides encore,
Et l'azur a gardé sa fraîcheur de la nuit.
L'an sort sans autre but que de sortir : on suit,
Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes,
Un chemin de gazon que bordent de vieux aunes.
L'air est vif. Par moment un oiseau vole avec
Quelque fruit de la haie ou quelque paille au bec,
Et son reflet dans l'eau survit à son passage.
C'est tout.

Paul VERLAINE : "La bonne chanson".

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VERLAINE vient de se fiancer avec Mathilde MAUTE, une très jeune fille. "La bonne chanson" évoque presque chronologiquement les évènements de sa vie depuis sa rencontre avec Mathilde, jusqu'au mariage. Les plus beaux poèmes du recueil sont sans doute ceux où il décrit les paysages qui ont accueilli cet amour. VERLAINE y chante sa joie pure, son enthousiasme d'amoureux. Il imagine le bonheur paisible du foyer. La vie tranquille.

La lune qui nimbait de mélancolie le décor des "Fêtes galantes" verse maintenant dans son coeur : "un vaste et tendre apaisement"...

Quelques années plus tard, l'arrière petite cousine de Melle Mathilde, se promène à cheval dans les chemins du Nabirosina, L'air est frais. C'est l'heure exquise, celle où chaque jour, le petit fils du marquis de Montrouan lui donne rendez vous, sous l'hêtre pourpre dans la forêt, juste derrière une haie, où bientôt poussera la mûre...

Photo : Un signe... Vu dans la lumière matinale du Nabirosina. Juillet 2009. © Frb