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vendredi, 25 septembre 2009

Pyromane II

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Il n'est pas dans mon habitude de re-publier des images d'anciens billets. Or celle-ci datant du 31 d'Aôut 2008, me trouble assez (du moins, son intitulé) "Pyromane", titre innocent, à l'époque, insoupçonnable. Juste posé pour désigner un ciel flambloyant au dessus de l'Hôtel Dieu, (où règne, toujours présente, la mémoire d'une ville, et très majestueux, vu de l'intérieur, le dôme fascinant du grand architecte Soufflot). Aujourd'hui, fin Septembre 2009 sans avoir pu imaginer ce qu'il adviendrait de cet Hôtel-Dieu, (au destin déjà suspendu, à l'époque), cet intitulé prend un sens très différent, voire improbable, quelque peu ironique. "Pyromane" oui, mais ce n'est plus le ciel qui brûle ... C'est l'édifice.

LISEZ : http://solko.hautetfort.com/archive/2009/09/29/l-hotel-di...

Je ne rédigerai pas exactement ce qu'on appelle stricto-sensu un billet (dans le jargon). Tout ce qui est indécent, hideux dans ce projet de réamènagement de l'hôtel-Dieu, tout ce qui fait injure à la mémoire des gens, la mémoire d'une ville, réduit à un simple décor (vitrine) ce qui constitue une histoire depuis des siècles, et dépouillera prochainement cette histoire de son site pour les temps présents et futurs, a très bien été exprimé par Solko (un blog plus qu'ami) que je rejoins complètement dans son écoeurement et son indignation. Une lecture attentive des billets de Solko pourra davantage éclairer le lecteur (lyonnais ou non) quant à l'histoire de l'Hôtel-Dieu, (et de son dôme, bien sûr !) Hotel-Dieu d'hier, jusqu'à ce vulgaire aujourd'hui augurant un très regrettable "demain ?" Vidé de sa substance. Encore et toujours, il est question de la mémoire qui nous rattache aux lieux. De ce retour et liens aux racines pour faire en sorte que les paysages, les personnages qui le parcourent, ne se transforment pas en "coquilles vides"... Parallèlement existent, L'âme d'une ville et, sans concertation, ce coeur qu'on nous arrache. On pourrait annoter le chapitre - De la présence de l'Hôtel Dieu à l'avènement d'une future  coquille vide - C'est déjà un thème très brûlant, sauf s'il se trouve assez de gens affectionnant autant "le paysage" que son sens même, pour essayer d'empêcher ça... (A lire encore) :

http://solko.hautetfort.com/archive/2009/10/02/sale-vendr...

Lorsqu'en Août 2008, on consultait le Wiki à propos de l'Hôtel-Dieu on pouvait lire ceci: "L'Hôtel Dieu est actuellement un centre hospitalo-universitaire dépendant des Hospices Civils de Lyon. Il renferme également le Musée des Hospices Civils de Lyon, témoin de son riche passé. Sa désaffectation est prévue pour 2010, il semble que les bâtiments historiques puissent être convertis en grand musée médical et anatomique. Aucune décision officielle n'a été encore rendue."

Grand Musée médical, soit ! on attendait ... Réactualisé à la saison d'automne 2009, (J'ose espérer que le lecteur me pardonnera quelques incohérences et antidates dûes à certains retards auxquels ce blog s'attache, j'espère surtout que cela ne gênera pas la compréhension du problème de cette reconversion de l'hôtel-Dieu,) bref ! comme il y a le feu à l'édifice, je tiens à faire passer aujourd'hui ce billet avant tous les autres. Donc automne 2009, dans Wiki toujours on peut lire :

"L'Hotel Dieu sera reconverti en hotel 4 étoiles sous le magnifique dôme de 30 mètres de haut. les cours intérieures accueilleront des boutiques de luxe. C'est ce qui fait suite à la décision prise par Gérard Colomb le 25 Septembre."

Quand j'ai lu ça, j'ai eu peine à croire... (La peine, dans les 2 sens du terme on peut dire). Etait ce une blague ? Peut être une provocation ? Puis il y  eût "Libération" (pas celle que vous croyez qui font les heureux dénouements, faut pas rêver ! on est à Lyon !)

"Luxueuse reconversion pour l'hôtel-Dieu lyonnais" c'est le titre ! Là encore, on en apprend sur les merveilleuses méthodes de concertation de notre maire ou comment vite fait, bien fait on scelle le sort d'un lieu cher à son peuple, (4 ou 5 étoiles ! ben voyons !) de la haute cabriole (cabriolet ?) sur l'histoire, injure assez décontractée à la mémoire encore très vivante du lieu. Projet d'une insolente vulgarité. Qui s'en soucie ? Quelques uns... ? Seront ils assez nombreux ? Est-il permis d'espérer ?

http://www.libelyon.fr/info/2009/09/luxueuse-reconversion...

C'est vrai, elles n'ont l'air de rien ces petites phrases comme ça mises bout à bout. Allez, je vous recolle les plus neutres, celles du Wiki, pour le déplaisir (ou la réaction allergique qui pourrait se manifester à la deuxième lecture) :

"L'Hotel Dieu sera reconverti en hôtel 4 étoiles sous le magnifique dôme de 30 mètres de haut" [...]

"les cours intérieures accueilleront des boutiques de luxe".

Hormis qu'on dirait de la réclame. Ca ne vous choque pas ? Bon. Pendant que le vieux polémiste dort, j'enfonce le clou... (Lisez, lisez...)

http://solko.hautetfort.com/archive/2009/10/05/d-un-dome-...

Pyromane, nous voilà ! qu'elle soit de gauche ou de droite, cela s'appelle toujours de la décomplexion. Et ce qu'il y a d'ennuyeux avec la décomplexion, c'est qu'elle est aujourd'hui tellement partout, qu'elle aurait tendance à passer "comme une lettre à la poste", (si j'ose dire !). Et les autres effarés, les "pas d'accord", (les "complexés?"), évidemment non concertés, qui se sentent passablement injuriés, écrasés par tout ça, finiront peut-être par se dire : "à quoi bon ?" on lit tellement de trucs obscènes jour après jour, qu'un de plus un de moins... N'est ce pas ? Et bien non. Un de moins c'est mieux. Toujours ça de mieux.

Je ne suis pas une abonnée de la pétition à tous vents, mais là, je soutiens celle du collectif Hotel Dieu parce qu'elle propose un projet réfléchi, intelligent qui rend encore son sens profond, une cohérence à cet unique hôpital public du centre-ville. Cette pétition propose la création d'un centre de promotion de la Santé à l'Hôtel Dieu, vous trouverez le projet dans le lien ci dessous, tout autant que la possibilité de signer cette pétition.

http://jesigne.fr/promotionsantehoteldieulyon

La voie qui mène encore à défendre l'Hôtel-Dieu et le projet du collectif de l'Hotel Dieu, au lieu d'accepter passivement le travestissement de l'édifice en centre commercial haut de gamme, pur cauchemar, annoncé en fanfare, (et bientôt coupé au ruban ?) est encore à lire chez Solko, (tout très bien expliqué), et je crois que vous aurez tout, enfin tout ce qu'il faut pour vous faire une idée de la situation. Il me reste à remercier Solko, pour ses beaux textes, à raison réactifs, doublés d'une recherche fort documentée effectuée pour nous informer quant à l'histoire de cet hôpital public unique à Lyon, dont le relifting en temple marchand dévoué aux petites joies éphémères des créatures bling bling (et aux rêves inacessibles de la plèbe ?), nous donne d'ores et déjà, la nausée... Vous pouvez choisir vos chemins. Les deux mènent à la pétition. La signer ce n'est pas rien. ... Comme vous l'avez vu à Lyon, cette rentrée se voit dans de différents domaines, sinistrée. De très beaux endroits risquent bientôt d'être intégralement dévitalisés... Transformations qui ne sont pas très glorieuse pour cette ville. Et ne lui font pas honneur... Autre chemin donc + quelques liens dans le lien, et j'en termine.

http://solko.hautetfort.com/archive/2009/10/03/8d0b544274...

Après quoi, on ira se promener... A l'hotel Dieu exactement. Dans la cour pavée, sous les arcades silencieuses, paisibles... On écoutera les pierres, le bruit des pas dans les allées, discrets, respectueux...On regardera les pigeons s'envoler et on ramènera des images, avant liquidation, salopage intégral d'une mémoire, décérébrage du dôme. Avant copie conforme des vitrines à Gucci et autres Zilli and co... Avant de croiser des coquilles vides portant des sacs à lisières dorées, avant de contempler le spectacle de clones sarkozoïdes "tendance" veste en velours gold à losanges surpiquées, déambulant dans les allées  avec leur guide "shopping", infiniment "fashionable", et les autres, qui viendront rêver avec leur sac plastique en faux Vichy Tati, à tout ce qu'ils ne peuvent pas se payer. Consommateurs fantômes traînant au grand hôtel une toute autre maladie... Comme celle des fantômes du 8 Décembre qu'on voit errer dans les lumières plus absents que ceux des cimetières, déracinés, coupés du sens. Lierres en pot de chez Jardiland, légumes en serre, proliférant, sur toute cette belle tristesse dorée, tout sans histoire. Soufflot souffrant, mais pété de tunes. L'hôpital public saigné à blanc, mais à la mode mash potatoes relooké par Ferragamo...

Photo : L'Hotel-Dieu encore intouché sous un beau ciel en feu (profitez !). Prochainement dans les "flammes du pognon", en Dolby stéréo, écran géant, fashionorama, (images à suivre en 2010...)  On ne détruit pas le bâtiment, non, juste ce qu'il y a dedans ( une mémoire, quelques broutilles, en somme). A suivre donc... Lyon, vue des quais du Rhône. Août 2008. © Frb

mardi, 22 septembre 2009

Les automnales de St Nizier

"Semis de Saint Maurice récolte à ton caprice"

Dicton du jour

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Le 22 Septembre est le 265 ème jour de l'année au calendrier grégorien. (Plus que 100 jours avant les cotillons). On rend grâce aux Maurice par une géante courge chaussée de coloquintes qui défile dans les rues sur des parachutistes rousses.

Le 22 Septembre. C'est le 29ème jour de la Vierge, folle de sa saison, rêvant place St Nizier d'une gelée de coings-grenades à emporter dans son panier pour manger tout de suite, ou déguster après, sous les parasols vermillon de la Manille, à Tupin.

Le 22 Septembre, Edouard 1er, roi d'Angleterre s'en alla de terre Sainte pour la neuvième croisade, ses esclaves portant au calife, une jarre d'un nectar de raisin de Gloucester (l'équivalent anglais des "tulipes de Juillet du Nabirosina") piqué d'un poison d'amanites vireuses dont le chapeau  couleur blanc crème, pourvu d'un mamelon centré, séduisit diablement notre courge qui passant du orange au rouge en effraya le fragon petit houx.

Le 22 Septembre pieds nus sur les pelouses, qui bordent la grande roseraie du parc de Tête d'or, quelques enfants sautent à pieds joints sur des bogues de châtaignes.

Photo : Le 22 Septembre l'année dernière, le vieux Georges, ajustait la rime à son verbe moyenâgeux. Le 22 Septembre, cette année, le magasin des belles personnes aux doigts verts et autres dames jardinières, oeuvre en façade à la nature morte flamande... Il faut croire que la saison des labours inspire. Heureux, qui comme l'automnal, a savouré en léger décalé, un retard qui s'éternise... Il suffit d'une petite boutique d'art floral. Si cette sublime composition n'était pas si consciencieusement étiquetée, j'enverrais volontiers (par pneumatique) un bouquet d'héliantes divariqués au virtuose étalagiste (on peut quand même le remercier). Vu à Lyon, place St Nizier, juste en face de la belle église du même nom et de surcroit assez gothique. Septembre 2009. © Frb

lundi, 21 septembre 2009

Haute voltige

"Mais le jugement du vulgaire ne comprend pas grand chose au désespoir..."

SOREN KIERKEGAARD (1813-1855) in "Traité du désespoir". Editions Galimard 2006

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On dit souvent que S. KIERKEGARD, est le "père de l'existentialisme", (cette idée a été vivement contestée par Asger JORN, dans un excellent texte intitulé "Sur la situation singulière qu'occupent dans l'humanité les mâles", livre dont je vous reparlerai un - certain - jour...), mais au delà du commun des on-dit, (père de... ou non), KIERKEGAARD, (Soren Aabye), (écrivain et philosophe danois), a écrit des oeuvres importantes dans un laps de temps de quelques années. Le "Traité du désespoir" est le dernier ouvrage majeur, qui regroupe aussi les grands thèmes "kierkegaardiens" évoqués dans les précédents livres. Fervent chrétien, théologien, il s'oppose à l'église danoise, (église luthérienne d'état), au nom d'une foi individuelle et concrète. KIERKEGAARD, écrivain, déroute. Ses premières oeuvres sont rédigées sous divers pseudonymes, qui sont autant de personnages inventés et souvent, ces pseudos-auteurs commentent les travaux de pseudos-auteurs précédents (Ex : Johannes Climacus, et l'excellent Anti-Climax). Gilles DELEUZE s'en souviendra lorsqu'il développera sa notion de "personnage conceptuel", désignant des personnages fictifs ou semi-fictifs crées par un ou plusieurs auteurs, afin de véhiculer une ou plusieurs idées.

Pour en revenir au philosophe, plus spécifiquement à "l'angoisse", KIERKEGAARD la considère comme un "vertige du possible". Je résume parce que sinon, il faudrait épuiser une bonne dizaine de blogs, et quelques vies, (c'est angoissant ;-) "vertige du possible", donc (mais ce n'est pas aussi simple que ça !). L'angoisse contrairement à la peur n'a pas d'objet déterminé, si on a peur de quelquechose, il est plus difficile d'angoisser de quelquechose" et quand bien même "le quelquechose angoisserait" cela serait encore pour quelque(s) raison(s) indéterminée(s). L'angoisse met en question l'ensemble de l'existence et nous fait entrevoir le néant. L'homme doit donc se risquer à choisir (vertige ?) et à agir sans pouvoir maîtriser totalement l'avenir. C'est le sens "du saut dans l'absurde" augurant parfois cette entrée dans "le désespoir" (autre thème Kierkegaardien), mais qu'on ne s'y trompe pas, angoisse et désespoir ne sont pas des notions négatives aux yeux de KIERKEGAARD, le "traité du désespoir" malgré son autre titre moins connu "La maladie à la mort", n'a rien d'une lamentation sur la détresse humaine, et paraît même davantage une exploration du rapport à soi. Ensuite libre au lecteur d'affirmer ou de contester l'idée que les plus profonds tourments peuvent élever l'humain à une sorte de joie supérieure... A vrai dire je ne souhaite pas soulever ce lièvre là ;-) disons que ce n'est pas exactement l'objet de notre billet. Je préfère vous livrer un extrait de ce livre, superbe d'acuité. Puisse son lecteur (ou sa lectrice) ne pas trop s'y retrouver ...

"Traité du désespoir", extrait :

"Désespérer d'une chose n'est donc pas encore du véritable désespoir. C'en est le début, il couve comme disent d'un mal les médecins. Puis le désespoir se déclare : on désespère de soi. Regardez une jeune fille désespérée d'amour, c'est à dire la perte de son ami, mort ou volage. Cette perte n'est pas du désespoir déclaré, mais c'est d'elle-même qu'elle désespère. Ce moi, dont elle se fût défait, qu'elle eût perdu sur le mode le plus délicieux s'il était devenu le bien de l'autre, maintenant ce moi fait son ennui puisqu'il doit être un moi sans "l'autre". Ce moi qui eût désespéré - d'ailleurs en un autre sens aussi désespéré - pour elle, son trésor maintenant lui est un vide abominable quand "l'autre" est mort ou comme une répugnance, puisqu'il lui rappelle l'abandon. Essayez donc d'aller lui dire : "Ma fille, tu te détruis" et vous entendrez sa réponse : "hélas  ! non, ma douleur, justement, c'est de n'y parvenir".

Photo: Feuille jaune à bords roussis, isolée dans l'espace. Vue juste à quelques mètres d'une multitude de rousses virevoltant gaiement sur la mythique Tabareau. Lyon, colline, Septembre 2009. © Frb