mardi, 04 décembre 2012

Nous et autres

La vie est-elle seulement faite de morceaux qui ne se joignent pas ?

grace h.jpg

Nous aurions tant aimé pouvoir les assembler afin d'en trouver une forme reconnaissable, nous avons recollé un peu, quelques jointures à la surface qui se décomposeraient au moindre souffle. Nous y avons appliqué des mots comme des baumes, la terre tenait bon sous nos pieds mais nos pensées étaient plus mesurées. Nous tentions d'esquiver ces parterres qu'il faudrait toujours écraser pour se tenir ici, debout dans la lumière. Nous regardions les feuilles rétrécir, l'or de l'automne virer aux bruns foncés, une vase légère déliait les passages des boutiques. Les ponts devenaient utilitaires. Nous n'irions plus nous attarder à contempler les flots. Sous l'eau encore limpide, rien ne nous promettait que ces flots pouvaient encore rouler jusqu'à la mer. C'est là bas une force contre laquelle nous n'avons pas eu le courage de nous opposer, nous sommes entrés dans les formes prévisibles de la parole, le bruit gagne. Quelques voix nous séparent et nous ne pouvons rien réparer. 

 

 

 

 

Photo :  La disgrâce. Parc de la Tête d'Or © Frb 2012.

samedi, 01 septembre 2012

La buissonnière (II)

Normal ? Pas normal ?



biches.JPG

 

Normal : Le pitch en décalé (c'est toujours la même chose)

http://youtu.be/G4gav9zRifY

Le début des temps modernes

http://www.dailymotion.com/video/x7umk8_l-ecole-buissonie...

 

Pas normal : pour les adeptes de la buissonnière.

Le manuel indispensable

http://www.lahulotte.fr/

Le film culte : http://youtu.be/ZrLTfzJNcrQ

Le parcours d'un auteur buissonnier par excellence : http://jacquesprevert.wordpress.com/2008/12/08/lecole-buissonniere-selon-jacques-prevert/

 

Photo : sur la route nabirosinaise, un nouvel élan pour l'école buissonnière, avec ou sans Hulotte. On soutient activement.

 

© St Cyr. Frb 2012

lundi, 06 août 2012

Au visiteur perplexe

Renversé, lézardé, morcelé, toute appartenance humaine oubliée, c’est seulement comme un sol que celui-ci maintenant se perçoit, sol indéfiniment déchiqueté, aux croulantes mottes anonymes, dressées-déjetées, qui n’est même plus un terrain, mais les vagues d’une mer démontée, d’une mer de terre en désordre, qui jamais plus ne se reposera ...
 
HENRI MICHAUX, extr. "Les Ravagés", Fata Morgana, 1976, (p. 13). 

au visiteur perplexe,henri michaux,poteaux d'angle,jour,nuit,art,corps,draps,artistes,mémoire,exposition,la demeure,demeurer,présences,absence,peinture,mystères,ombre,lumière,volet,été,suppositions,fiction,état des lieux,vies,oeuvrer,imaginaire,ce qui reste,destins,perceptions,chambre,clivages,mourir,boire,regarder,peindre,broder,parfums,poussière,images,intérieurs,manoir

Le carré de peinture commence à se craqueler. Des hommes et des femmes vont défiler sur ce qui reste. C'est une heure où l'on trie. Il faudra vider quelques pièces, condamner l'escalier qui redescend vers cette chambre où il n'y a qu'un lit placé juste au milieu, hanté d'une atmosphère d'entassement d'objets. 

Les outils traînent encore dans l'alcôve. On voit le sang sur les outils. La vieille bonne est partie, on raconte qu'elle était un peu sale. La poussière domine comme un corps infiltrant le notre. Dehors le soleil règne, ici c'est une caverne.

Eux, on ne les connaît pas. Ils décident. Ils se feront l'honneur d'empêcher les dérives à cause d'un craquèlement, l'obsession de ce trait de peinture qui semble s'allonger entre un nombre insensé d'outils. Ce plafond noir, humide, ils le porteront à la ruine, puis en saisiront des images, une quantité d'images rangées au coeur d'une multitude de reproductions portatives, des pages incomplètes qui représenteront une vie.

La vie comme oeuvre d'art, une abstraction de vies, l'atelier comme dépit et la chambre comme conquête, à défaut de pouvoir recoller ces fragments, les tableaux tombent déjà dans l'oubli, ou peut-être dans l'envie d'accaparer, de prendre tout. Il y a des trous sur le parquet, une espèce de fumerie, nous marchons sur la cendre et le trajet s'émiette. On voudrait s'en aller mais on file à rebours.

Plus loin dans cette pièce typique de ces maisons anciennes riches en pierre et en poutres il y a la bibliothèque. On trouve des indices qui prouvent que l'artiste aimait l'histoire de France, les atlas et la leçon de choses. On effeuille des traités du siècle dernier sur les transmutations biologiques, ce sont des drôles d'histoires de levures, et de moisissures qui produisent du potassium ou du phosphore, une série de planches dessinées montrant des bactéries qui se transforment. Il y a  vingt volumes sur ce thème, on se demande quel est le spécimen qui pouvait vivre ici. On ne savait pas qu'il existait et maintenant on en parle. Quelqu'un dit - "c'était peut-être un malade ? ". On n'ose pas questionner ceux qui savent.

On ouvre toutes les portes, on fouille dans les tiroirs et derrière les volets par le clair obscur de la chambre, c'est Babel qui endort ces ballets de corps inclinés autour d'un lit très vaste, les femmes qui sont passées semblent y dormir sur l'homme. Dormir ou lire peut être. Il a dû les aimer jusqu'à peindre leurs corps, ornés d'incisions vives dans du cristal de roche, c'est un patient travail pas encore un trésor, il faut de beaux outils afin de parvenir à cette perfection : une tête échevelée sur un corps aboli, coiffée d'une couronne mortuaire somptueuse. Des entités bruissant lèchent les pigments des oeuvres mises à vendre, toutes ces natures mortes, semblent ternes à côté. Il faudrait les brader. Les êtres qui parlent à la place de l'artiste dans l'entrée, éclairent notre ignorance. Ils forment une famille restent entre eux. Ils comptent les entrées.

Entre eux, ils lissent les angles, font le tri pour les autres et ne laissent plus traîner leur respiration vers cette chambre où leur crainte est patente de voir émerger quelque chose, le rebut de l'artiste, ce fardeau que la mort n'a pas voulu porter, le parfum d'une belle qui poussa cette nuit les corps dans une lézarde.

Dans le pli d'un drap brodé d'initiales nouées à d'autres initiales, il y a un peigne de femme, où se trouvent attachés quelques fils, des cheveux assez fins et les vieux qui passaient juste avant de rentrer ont dû pousser un cri d'horreur, mais ça ne s'est pas vu. Ils se cabrent, raides comme la justice, ils font des mots d'esprit en petits rires nerveux pour la remise en forme. Ils portent des touffes de cheveux blancs ou gris autour du crâne, au sommet le crâne brille comme un gros lustre rose.

Cette idée de la mort, quand ils étaient plus jeunes les empêchait de vivre, aujourd'hui celle qui fauche la jeunesse en plein vol ne leur dit rien de précis. Ils ont vu la fille nue, ils ont senti l'effroi les prendre par la main. Désormais ils se fondent dans la même tempérance, ils passeront l'été à se voiler la face, à fêter le soleil dans la joie, rien que le soleil, la joie et cette ardeur, une flambée de jeunesse qui les remet en  piste, par ce filet de sang, les emmène jusqu'aux caves où l'on pétrit la chair dans les liquoreux blancs, épuisant cette honte qu'ils ressentent d'être en vie. Parfois, ils ne font que cela : enterrer leur jeunesse, exhumer la mémoire courant après leurs vies de garçons, inachevées. Ils railleront la pudeur, ce qu'il faut de douleur pour n'y rien comprendre au final.

La beauté non plus ne leur dira rien. Ils finiront au bal avec des loups et puis des filles faites pour les bals, décevantes, au final. Ils feront demi-tour, ils reviendront si saouls ici pour boire des coups. Des coups jusqu'à plus soif. Ils cuveront au jardin dans un nid d'aromates puis jureront qu'ils n'ont jamais vu cette demeure de leur vie, sur la tête de leurs femmes, jamais vu. Sur la vie de leurs gosses, sur leur vie. Ca les remue en dessous, ces ombres qui plombent l'ambiance.

Ici les bougies ont des mèches un peu courtes, le feu n'y tient pas très longtemps ce sont les corps qui prennent la chaleur, la diffusent, un pays consumé, une flamme sur une toile suffirait à gommer cette bouche qui jase. L'altérité des lieux nous retrouvera obscurs, un dépays en peine étend par la fenêtre des eaux fortes de chapelles. Cette lumière qui change si doucement au fil des heures, à présent nous révèle un clocher en plein ciel, on ne peut pas nommer cette puissance qui revient de la pierre, joue avec les contrastes, une telle violence dans la lumière un si grand relief dans ces noirs. Le dépaysement s'achève là. L'apaisement est brutal, une vie sous les lézardes à peindre les parfums dans les cheveux des femmes, ça ne leur dit rien du tout.

Quelqu'un demande si l'on peut retrouver les premiers carnets de l'artiste, des cartons traînent partout, on marche sur les esquisses. Ces brouillons ne valent pas un clou. Ils l'ont dit, pas un clou, ce sont des spécialistes, il n'y a pas à redire. Certains hommes meurent sans avoir achevé leur oeuvre, chacun sa vie, si c'est écrit... Dans la pièce on débat autour d'une planche à bactéries. Quelqu'un dit : -"S'il est mort à ce moment là, c'est que son oeuvre était finie". Un autre répond - "Personne n'a dit qu'il était mort". Fin du débat.

D'autres sont passés vite fait entre l'apéritif et le goûter des petits, ils en auront conclu que ça ne valait pas la peine de se déranger juste pour ça. Quelle est la peine ? Les autres ils ont suivi en disant, -"nous, on n'a rien compris". La visite continue.

On se retrouve au jardin, sous un parasol rouge. Une femme passe avec des plateaux, elle ne forme pas ses phrases: -"Vin ou jus d'ananas ?". Il est toujours question de peinture. La femme est repartie, revenue -"quatre-quart ou tarte aux pommes ? Ceux qui vont décider étoilent ou rasent le sol, ils ont cette responsabilité de rendre soudain toute chose possible ou impossible. -"Va pour une tarte aux pommes !".

Un homme seul sous un arbre, roule du tabac gris. -"C'est peut-être le peintre ?". On sait pas. On se couche sur un banc. A chaque instant la voix revient: -"vin ou jus d'ananas ?". Une seconde indécise. -"Allez, vin !".

Les espaces se séparent, entre le jardin et la demeure, entre ceux qui boivent et ceux qui ne boivent pas. Dans les plis, un abîme. L'homme qui était seul sous l'arbre répond à une vieille dame, harcelante mais limpide - "le sang sur les outils, c'était de la peinture n'est ce pas ?", l'homme lui répond -"mais oui, c'était de la peinture". On sort de l'artifice. -"Savez-vous si l'artiste est enterré ici ?". Ca retombe sans un bruit.

On rejoint les esprits. On s'est mêlé aux autres qui riaient et roulaient dans les fleurs. Les tartes étaient mangées et les coupes étaient bues. Là bas à l'intérieur, le carré de peinture avait presque disparu mais dessous ça grouillait du sang né de l'ardeur, un grouillement glacé. Dans le silence de la demeure, la lézarde faisait ses petits.

 

 

 



Photo : la lumière de la chambre, là bas au dernier jour de l'exposition.

Nota : pour plus de lumière dans la chambre, vous pouvez cliquer sur l'image.

 

Là bas © Frb 2012

mardi, 12 juin 2012

No "tweet" today

 

couple champetreCF2011.JPG

 

 

 

 

Photo : Danse et chant du printemps. Les amoureux de Lyon, photographiés, s'en allant au Parc. Un bref instant d'apaisement pour oublier les aviniles hirosites ed glureche et de sajoulie...

 

© Frb 2012

mardi, 06 mars 2012

Ponctualité

Début du printemps,
Je mets ma pendule à l'heure.

l'heure qu'il.JPGMaintenant qu'on a l'éternité, on peut toujours rêver, avec Raoul :

Nous sommes dans le monde et en nous-mêmes au croisement de deux civilisations. L’une achève de se ruiner en stérilisant l’univers sous son ombre glacée, l’autre découvre aux premières lueurs d’une vie qui renaît l’homme nouveau, sensible, vivant et créateur, frêle rameau d’une évolution où l’homme économique n’est plus désormais qu’une branche morte.

Raoul VANEIGHEM in "L'ère des créateurs".

On peut aussi croquer quelques livres d'esprit libre du même auteur, lus et approuvés par la maison (ci-dessous):

http://nouvellerevuemoderne.free.fr/eredescreateurs.htm

On peut encore s'instruire avec Georges un ami de Georges tous deux amis de Georges et de Robert et plus haut, de Roger:

Maintenant, le mouvement de l’horloge donne la cadence aux vies humaines : les humains sont asservis à la conception du temps qu’ils ont eux mêmes produite et sont maintenus dans la peur, comme Frankenstein par son propre monstre. Dans une société saine et libre, une telle domination arbitraire de la fonction humaine par l’horloge ou la machine serait hors de question. Le temps mécanique serait relégué dans sa vraie fonction de moyen de référence et de coordination, et les hommes et les femmes reviendraient à une vision équilibrée de la vie qui ne serait plus dominée par le culte de l’horloge.

Georges WOODCOCK in "War commentary - For anarchism", mars 1944.

Et comme le sujet ne pouvait ignorer ce texte, petit bonus de lecture encore signé Georges Woodcock, "La tyrannie de l'horloge", je vous joins son petit lien salutaire :

http://infokiosques.net/lire.php?id_article=632

Voilà, mes amis, de quoi occuper les prochains jours en belles lectures puisqu'on annonce la pluie, et qu'on ne pourra pas se donner rendez-vous sous l'horloge à point d'heures (sniff, sniff)...

Photo : Le lyonnais, bon marcheur, amoureux de sa ville, et peut-être les autres, reconnaîtront sans doute l'horloge de la rue Grenette située en Presqu'île entre Rhône et Saône. L'instant pur, rare décrochage d'une ville entière et pourquoi pas de ses habitants ? Ou une métamorphose d'un genre éternel ? Un temps sans temps répondra le génie des oisifs qui vit sur son nuage qu'on ne voit jamais et qui sait tout. Hélas, j'émettrai un regret (très personnel, of et hors course) c'est que l'horloge de la rue Grenette ne présente pas son programme aux élections présidentielles 2012, "arrêter le temps", (et là je suis sûre d'avoir raison), ça paraissait pourtant le seul projet enfin sensé pour le pays et surtout le plus émouvant entre tous, afin d'en finir avec les grosses promesses rébarbatives et les formes comptables si peu romantiques.

© Frb 2012.

dimanche, 26 février 2012

Le temps des gueux

"Il fait un froid de gueux"

CARLA BRUNI-SARKOZY, phrase rapportée par le Nouvel Observateur + une pépite encore (hiver 2012)

france des gueux.jpg

194316638.jpg939154459.jpg3270511092.JPG2307122574.2.JPG2285644031.jpggueux CC.jpg

 

 

Nota 1 : Si vous remarquez quelques incohérences entre la date de parution du nouvel Obs et notre jour de Février c'est bien normal, pour vous livrer l'information avant tout le monde nous avons dû personnaliser un peu notre calendrier. Ce qui s'appelle en d'autres mondes, le "mentir-vrai. En revanche, vous constaterez que nos images sont réalisées sans trucages. La situation est la même partout, que ce soit à Lyon, cours Vitton, quartier naguère prestigieux (photo 1), à Cannes, sur la Croisette, (photo 2), à Paris, face au Fouquet's (photo 3), à Deauville, pas loin du casino (photo 4) à Marne la Vallée, à 300 mètres d'Eurodisney (photo 5), à Lyon-Vaise devant la rutilante médiathèque (photo 6), ou à  la sortie du super U de Courchevel (photo 7), les gueux envahissent nos villes et nos campagnes avec un toupet qui se pose là. Mais le plus inquiétant, nous vient d'une études très sérieuse faite par la commission des  savants mandatés (et chers payés) par l'IEECJ (institut d'expertises et d'évaluations de certains jours) qui a prouvé que non seulement les gueux attirent le froid mais qu'ils en sont les principaux responsables. Les conséquences, on ne peut plus les cacher. Elles vous seront révélées, veuille ou veuille pas, après ce que vous savez. En attendant je confie le soin aux lecteurs de tirer les conclusions qui s'imposent, et de se poser la question : doit-on laisser en toute impunité les gueux prendre leurs aises aux vues de tous ? Quand on voit que certains ramènent le froid par cartons entiers, (cf. photo 1) pour organiser, semble-t-il, une fois encore, entre eux, on ne sait quel trafic frauduleux, on est droit de se demander si par leur faute, il n'y aura pas de la neige tout l'été...  En attendant, remercions l'ingénuité de notre savoureuse première dame de France, qui étant troubadour d'origine, s'exprime dans une langue moyenâgeuse à ravir. Une invitation à ressortir nos Roland Barthes, (non, ce ne sont pas des baskets) que dis-je ! notre Roland Barthes ! unique, inimitable, qui n'est pas auteur médiéval  souvenez vous, quand il écrivait : "Je vois le langage", en considérant cette condition de voyeur comme une maladie. Enfin, bon, heureusement, chacun sait que là où s'arrête le langage, tout finit par des chansons, (des cerises, et puis des roses, au diable ! le bas de laine !), mais faudra pas confondre la langue spécifique à chacun, avec le langage qui est une généralisation à l'homme, (c'est de Lacan) après quoi, on se tiendra peut-être mieux droit sur dans nos bottes, tout ça pour dire, (ce qui n'a pas grand rapport) que le cynisme moderne ne se raccordera en rien avec l'ancien, nevermore... Nul ne l'ignore, bien sûr, après cinq ans de... Non, rien.

Alternative ICI

Ligne de fuite (100% médiévale datant de 1876 grosso-modo) :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57802151/f9.image.swf

Photo : nous, les gueux, et nos légumes, photographiés un peu partout, durant le rude hiver.

© Frasby 2012

dimanche, 22 janvier 2012

Dix petits tableaux (VII)

Septième tableau : Le secret nécessaire

poupée.jpg

Depuis que l'oncle Edmond avait décidé de se présenter à la présidence, il battait sa crème cuite au village. On le voyait traverser les places, et la nuit, il sortait de chez lui, avec une échelle de pompier, son bidon d'essence, des pioches, et des rateaux on ne savait pas trop ce qu'il piochait mais on savait qu'il préparait des choses très importantes. C'était là son programme, les émissaires tournèrent longtemps autour du pot, un jour en leur absence, on souleva le couvercle et l'on vit dans le pot deux louches d'une panacée, après quoi l'homme ordinaire s'inclinerait, tout un monde divisé en deux branches issues du même tronc, (un tronçon) : "rétablir la justice/ et dire la vérité". Au matin, nos murs redevenus muets montrèrent cette "vérité"  : une béance. Nous cherchâmes notre coin dans le parc, notre banc sous cet arbre, ils ne s'y trouvaient plus. Peut-être avaient-ils disparu dans ces stères géantes de bois pour le chauffage ? Peut-être étaient-ils destinés aux fabriques à papier, aux affiches et aux tracts ? Un rang phénoménal bordait l'allée centrale : des milliers de troncs coupés en petites tranches, (des tranchettes), en travers les allées, un parc à saucissons, qui déplaçait la place et construisait doucement le palais du futur président Edmond. Pas un brin de sciure, nulle volée de copeaux, nous comprîmes que chaque nuit, l'oncle Edmond balayait. Une bouffée dérangée avait tout nettoyé, le désordre aboli, on ne pouvait plus rien faire, les villageois se contentèrent de ce qu'on leur avait dit. Pendant ce temps, la tante Yvette à dos de libellule, s'échappait la nuit sur le lac, elle rejoignait dans les bras d'Alphonse, cet amour impossible, elle goûtait un instant une vie plus agréable. Ce qu'il y aurait à dire tient encore en peu de mots.

 

Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

 

La tante Yvette s'enchantait, s'extasiait tant que le ciel pouvait offrir les tableaux qui donnaient une autre lumière, quelques scintillements, des éclats où ranger ses vues d'à côté. Pour la première fois elle découvrait qu'il existait mille façons de regarder, dont il ne resterait que des reflets. Parfois la tante Yvette conversait avec les armoires, dans des chambres oubliées, entre les stalagtites, les stalagmites sous des voûtes à bercer, il y avait des tiroirs infiniment fragiles qu'elle tirait, alors, les miroirs s'étendaient comme des élastiques, acheminant des patinoires où revenaient intacts les histoires d'autrefois. Elle frôlait les surfaces avec des gants spéciaux en peaux de chamois qui avaient dû longtemps traîner sur ces vieux bancs, que peut-être hier nous avions fait notres. La tante Yvette se demandait s'il n'y avait pas eu autrefois des gens qui s'étaient aimés sur ses bancs, ce bois tendre entaillé de coeurs ne prouvait pas grand chose mais il ouvrait son existence à de grandes équations poétiques que personne ne pourrait tout à fait résoudre.

 

Elle ne suffit pas l'éloquence.
Mon coeur ce soir se balance
Et glisse au fil d'une paupière
Lampion de misère
Qui n'éclaire pas ma nuit.
Homme noir mais non d'onyx,
Homme couleur de dépit
Titubant par le marais des petites haines,
Tu voudrais
Comme une alouette son miroir
Un soleil où mourir avec ta peine.
Tu cherches mais trop inquiet
Pour trouver ton Reposoir.
Rien ne brille
Ni les yeux, ni le fer, ni l'aimant anonyme
Qui libèrent de mille clous
Tes douleurs
Où l'essaim des mouches au vol boiteux
Des mouches qui n'ont qu'une aile
Allument de piètres étoiles de sang [...]

RENE CREVEL : "Elle ne suffit pas l'éloquence", création,1924. (Les Hauts-Fonds Éditions).

Le poème intégral est disponible ICI 

 

 

Musique : Wax Tailor : "Que Sera"

Photo : Une dame sans âge photographiée en flagrant délit de rêveries devant la vitrine un peu floue d'un cabinet d'antiquités nabirosinaises, la glace encore épaisse empêcha de savoir si la dame était une vraie dame lascive au naturel, ou s'il fallait y voir plus sûrement une poupée de porcelaine mise au rebut, ou à vendre à bas prix. Le secret nécessaire...

© Frasby 2012.

mercredi, 12 octobre 2011

Loin de Lybie

loin de lybie,paul cézanne,contrastes,des pommes,des formes,des pantoufles,strange fruits,lune,couleurs,bleu,peinture,rêverie,loin,a tribute to,décalage,ciel,terre,peindre,sphères,idixa.net,far away,distance,ailleurs,real life,still life


Cézanne peignait des pommes

Chaque jour en pantoufles.

Il descendait dans son atelier et

Il peignait des pommes...

Des pommes.

Jour après jour.

Encore des pommes.

Et il ne s'en lassait jamais.

 

 

http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0708231832.html

http://www.atelier-cezanne.com/france/visite-pomme.htm

http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=851&tx_comment...

 

Photo : Quartier de pomme blanche, sur nappe ronde en coton bleu uni cousue (de fil blanc) par la Céleste Nabirosinaise. (Décalage, contraste et antidate). Photographiés le mois dernier, loin de Lybie.

© Frasby 2011

samedi, 02 avril 2011

Buller...

Définition :  a) - Buller : v. transitif 1er groupe (conjugaison) /by.le/ Sceller d'une bulle. b) - buller intransitif 1er groupe (conjugaison) /by.le/ Présenter des bulles, des cloques : "Si on ne fait pas attention, le papier peint peut buller." c) - (Familier) Ne rien faire. "J'ai passé mes vacances à buller sur la plage". Synonymes : couniller (Familier), glander (Vulgaire), paresser... (Source Wiki)

BULLER4945.JPG Tu reviens d'un temps lumineux qui ne t'a rien enseigné. Tu as pris le funiculaire pour une colline. Tu as vu le fumier dans une télé s'échapper d'une centrale nucléaire. Tu as suivi la guerre.

Tu marchais dans une rue parallèle à la pente.

Tu as croisé un vieux qui ne pouvait plus marcher, tu as eu peur de lui ressembler. Tu as rêvé de neige. Tu as reconnu Courchevel sur une carte postale de Georges. Un long sol verglacé, un traineau et des traces de doigts suivant une fine traînée d'encre. Plus loin tu as été un peu déçu de lire, juste trois phrases : "on s'amuse bien, on a beau temps. Gros mimis à toi et Chantal. Signé "Georges". Tu as pensé à Georges comme il était avant, quand vous alliez tous deux à bicyclette dans la plaine africaine voir le dîner des éléphants. Tu t'es assis sur une chaise devant un bureau monté en kit, imitation chêne blond. Tu as posé un cahier de brouillon, devant toi. Tu as ouvert une nouvelle page. Tu as entendu la porte grincer. C'était Chantal de retour du Proxymarché qui venait voir si tu étais rentré. Elle a balayé la pièce du regard, puis elle t'a dit "Tu es rentré ?" Tu n'as pas répondu.

Tu voulais écrire un poème.

Un poème fleuve au sol doux des sommets, poser ta cheville sur un coussin, ta cheville foulée qui te fait boîter comme le président Nic, pas boîter. Tu claudiques, dans cette gaine noire au long cours de l'Emile Z. jusqu'à la petite maison de Cusset où la vieille fait pousser des pivoines. Tu as écrit "Pivoines", sur ton cahier. Ton poème s'appelerait "Pivoines" et tu as commencé : "D'un charme irrésistible ô pivoines arbustives ! ô pivoines herbassées !". Tu as cherché dans le dictionnaire comment s'écrivait le verbe herbasser. Tu n'as pas trouvé le dictionnaire tu es allé demander à Chantal où elle l'avait rangé. Tu as pensé que ça n'avait aucune importance, tu as pensé que Chantal était un peu pénible avec sa manie de tout ranger. Chantal t'a demandé "C'est pourquoi faire ?". Tu as répondu "c'est pour rien!". Tu as regardé par la fenêtre ta voisine tricoter. Tu as songé que ça faisait des années qu'elle tricotait devant la fenêtre des chaussons de laine pour des bébés. Tu appelé Bernard, ça sonnait occupé. Tu as rayé le mot "herbassées". Tu as songé aux pivoines de Cusset, plante magique tu as lu dans les internettes que la pivoine était entourée de rites insensés, tu as cliqué sur "citations" tu es tombé sur Théophraste qui menait à "pivoine: "Cette plante, que l'on appelle aussi glukusidê, doit être arrachée la nuit; si on l'arrache de jour, et que l'on est vu par un pivert en train de cueillir le fruit, on risque de perdre les yeux, et si on coupe la racine, on risque la procidence de l'anus".

Tu cueillais le fruit. Sur une branche un pivert t'observait.

Tu as eu mal aux yeux. Tu es allé chercher un verre dans la cuisine, n'importe lequel, un "Babar à la gare" de la série "Babar" des verres à moutarde Amora. Tu as rempli le verre d'eau tu as jeté un cachet de très haut, comme si tu t'y plongeais toi même ça a fait "spchlocksss !" et le bruit t'aura amusé; Tu as écouté les bulles te parler. Tu t'es enfermé dans la tienne.

 

Herbert Henck : "A l'ombre, près des fontaines de marbre"

podcast

Photo : Les génies de l'industrie, de l'agriculture, qu'en sais je ? Ont décidé de ne rien faire (comme si des statues décidaient, mais enfin, avec un peu d'imagination...). Génies de la paresse de certains jours, photographiés place Morand (ou Lyautey) à Lyon, par un  printemps des plus d'(a)out. © Frb 2011