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lundi, 05 octobre 2009

Flash in the night

22 secondes de tournis


dimanche, 04 octobre 2009

Et vogue !

"Le vrai courage ne se laisse jamais abattre."

FENELON

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Le pigeon "petit voyageur" est venu tranquillement faire la conversation à Monsieur JACQUARD, tous deux puissamment privés de leurs privilèges Croix-Roussiens, broyés par le roulis un peu fou de la vogue ("aux marrons"), plus fourbie en machineries funky qu'en cornets de marrons.

L'Auguste a son ange sur sa tête, ainsi il ne risque plus rien, (croit-on). Les deux ne peuvent plus vraiment s'en aller. Sinon il manquerait aux fervents du plateau, quelque félicité...

Le pigeon "petit voyageur", n'allant jamais bien au dessus du nez de l'inventeur, envisage toujours son Octobre en ascension de tête savante. Cette tête est aussi son royaume, du moins tant que dureront les festivités.

Jamais un élan d'albatros. Pas même un penchant migrateur comme l'outarde ou la bernache, qui forment en automne des grands V dans le ciel... Balbuzard pêcheur, milan noir, faucon hobereau, cigogne blanche, pluvier guignard, chevalier stagnatile, sternes pierregarin, autant de migrateurs au long cours que le pigeon "petit voyageur" n'arriverait pas à suivre. Et l'autre ! l'oiseau vogueur animal agité, cet odieux spoliateur qui ne cesse de criarder sur sa piste remuée : "Allez tout le monde s'amuse ! c'est la fête ! amusez vous ! allez ! allez ! "

Quant à JACQUARD l'austère, (dit "bienfaiteur des ouvriers lyonnais"), comme chaque année pendant la vogue, il ronge son frein, dans sa vieille redingote râpée, avec ce con de "petit voyageur ",  tout gris plombé, qui fera désespérément, pendant un mois, le pied de grue sur sa tête. Tous deux exilés de la bonne place. Relégués comme au purgatoire d'une brocante. Figures anachroniques telles qu'on en voit parfois dans les dessins de Sempé. Pour une vogue dite de tradition, c'est presque un comble.

Près de moi, dans la foule, un enfant, contemple une enseigne exhibant son monstre globuleux vaguement crapaud-cyclope. L'enfant lève la tête, montre du doigt "là haut", et tire brutalement sa mère par la manche, lui glissant la bonne question :

- "Dis, Maman c'est qui ce vilain bonhomme avec un aigle sur la tête ?"

- "Euh ben... J'sais pas ! c'est la statue de Louis XIV, je crois..."

Et vogue ... !

Ceux qui suivent la tradition trouveront les horaires de la vogue aux marrons de Lyon : ICI

Photo : L'auguste JACQUARD en disgrâce, (L'Auguste je l'ai écrit mille fois, ici, ne s'appelle pas Auguste, mais Joseph-Marie, né à Lyon en 1752, mort à Oullins 1834. Il inventa le métier à tisser semi automatique). Ici pris dans le tohut bohu de la vogue, accompagné de son vieux copain, un pigeon complètement idiot qui s'installe là, comme chaque année, au moment de la vogue. Allez savoir pourquoi ? Vu à Lyon, place de la Croix-Rousse. Octobre 2009. © Frb.

vendredi, 02 octobre 2009

Un hémisphère dans une chevelure

"Laisse moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.

Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.

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Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.

Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes les nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur. Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs de longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure, je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.

Laisse moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs."

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)"Un hémisphère dans une chevelure", (posthume, 1869).. Extr. "Petits poèmes en prose- le spleen de Paris" Editions, poésie Gallimard, 1973.

 

A.S. Dragon : "Un hémisphère dans une chevelure", (lyrics, C. Baudelaire)
podcast

 

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Depuis quelques jours déjà, ce poème de Charles BAUDELAIRE, me hante et s'impose comme une ritournelle. Puisant (sans épuiser), sa musique indolente dans les parfums extrêmes d'une forêt apprivoisée, dite Parc de la Tête d'or.

Ici, l'automne, à peine existe, muselé par la persistance d'un été indien désolant. En cette ville où chaque soirée braille, où chaque fête ressemble à la mise à mort de la moindre rêverie possible. L'automne pourtant, consent à entrer par cette faille, une brise entre les nuages conviant des feuilles à demi-mortes, à descendre parmi les humains.

Un pur condensé d'aromates, au souvenir, nous vient. Près des bancs qui bordent le lac, sous les ombres d'arbres centenaires, devant les facéties d'un cygne, ou la dernière barque. Des images d'étreintes révélées. Un espoir de débauche peut-être ? Au sentier du lac ou ailleurs, sur une place à flonflons où tourne un impuissant manège, l'amante d'autrefois contemple le visage d'un vieil amant devenu chauve, riant du rire heureux de l'homme dévidant sa mémoire.

Plus loin, le quidam de la vogue, finit à la taverne, l'oeil plongé dans les mousses molles, quand la ville s'emporte. Plus près, dans l'herbe on s'embaumerait au sacre de ces heures, à convoler sous l'incendie. Doucement on plongerait les mains dans ce décor, puissant d'une fragilité. Des fragrances boisées épouseraient l'humidité, une effusion de tubéreuses, allumeraient cette mèche...

Photo 1 : Premières rousseurs automnales prises en hauteurs à deux pas de la place Liautey qui longe un peu les quais mènant aux universités ou au Parc de la Tête d'Or, selon...

Photo 2 :  Le Parc de la Tête d'Or, (cheveux bruns à reflets auburns sur un crépuscule bleu rosé), qui déploie chaque jour au coucher du soleil, en plus des ombres folles, d'éprouvantes odeurs de lianes et de terre remuée. Vu au dessus de l'enclos des biches. Lyon. Octobre 2009. © Frb.

jeudi, 01 octobre 2009

Prélude à l'après midi d'une fauve

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Madame Octobre sillonne la ville portant le mois à l'apogée de ses couleurs : coiffe orangée, veste ceinturée ocre, chaussures châtaigne parcourant le sol de lune qui longe la place Liautey, territoire ordinairement (ou extraordinairement) réservé à la Dame de pierre, qui boude, (un brin Junon, statue jalouse ? ) et redoute peut-être, que cette nouvelle beauté  (Madame Octobre, dans ses habits de fête) ne lui ravisse la vedette. Hautaine Dame de Pierre, au vilain caractère, plus blanche que le poète qui vint à sa rencontre et termina sa vie enseveli dans sa forêt... Tandis que le mois roule ses ombres et ses rousses, plus loin mais de l'autre côté, un écureuil, animal splendide, déguste sa noisette au sommet d'un grand hêtre.

Plus tard vers midi trente, Madame Octobre a traversé le pont Morand et j'ai suivi son pas jusqu'à la rue de Sèze, où devant la vitrine d'une pâtisserie-confiserie, Madame Octobre a regardé des flans au caramel, et les meringue roses floconneuses comme neige... Elle est rentrée dans la boutique, a un peu hésité et puis elle est ressortie. Devinez ce qu'elle a pris ? Un flan au caramel pardi ! moelleux comme les feuillages qui caressaient la lune, un flan au caramel assorti à l'habit. Ensuite, Madame Octobre s'est engouffrée dans une allée, je l'ai perdue de vue. Mais depuis que je sais, j'ai planté mon tipie rue de Sèze, et très assidûment je guette la sortie, (s'il est possible de rêver), de cette merveille d'homme : Monsieur Octobre... (Dont la légende raconte qu'il est repérable à sa puissante chevelure poil de carotte et à ses yeux noisette... )

"Ah ! Que le temps vienne !" ...

Photo : Allégorie d'Octobre, ou la femme faite saison (et réciproquement), vue au sortir du Pont Morand, et filée discrètement le long de la place Liautey, jusqu'à la rue de Sèze. Belle augure du premier jour d'Octobre. Le Gnomon de la Bacchante ne marquant toujours pas la date exacte, on attend. J'ose espérer, (toutefois) que ce petit retard sur les jours saura paresseusement rajeunir son lecteur (et sa lectrice) et les harmoniser au premier jour d'un temps qui s'éternisera sans doute encore un peu, à volonté. Lyon, rive gauche. Premier jour d'Octobre 2009. © Frb

mercredi, 30 septembre 2009

Impossible - possible

Jamais
Quand bien même lancé dans des circonstances
éternelles
du fond d'un naufrage ...

STEPHANE MALLARME : extr. "Un coup de dés"...

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Connaissez vous DIODORE CRONOS (ou Kronos) ? philosophe à peu près contemporain d'ARISTOTE, de l'école mégarique, celui là même qui nia l'existence d'un possible qui ne se réaliserait pas, et fit observer "qu'un possible qui ne deviendrait jamais réel serait contradictoirement impossible." DIODORE CRONOS se situe dans la tradition éléate et cherche comme ZENON (d'Elée) à nier dialectiquement l'existence du mouvement. En effet, si on admet l'existence d'atomes (indivisibles), ces atomes se trouveront en des lieux mêmes indivisibles et ne pourront se mouvoir ni dans le lieu où ils se trouvent (puisqu'ils le remplissent), ni dans un lieu différent (puisqu'ils n'y seront pas encore. Il n'y a donc pas de mouvement mais une mutation. Ou succession d'instantanés. Le même refus de la notion de virtualité ou de possibilité se retrouve dans un autre argument tout aussi fameux élaboré par DIODORE CRONOS qu'on appelle "argument du dominateur" : cette aporie veut prouver qu'il n'y a que du nécessaire ou de l'impossible, et elle fût en son temps approuvée par les anciens. A leurs yeux elle démontrait l'incompatibilité de plusieurs principes dont on s'accorde à trouver la présence dans les conditions d'un acte libre et que le "bon sens "est spontanément porté à tenir pour "vrais". Grosso modo en voici les 3 + 1 principes :

1) Le passé étant irrévocable, seul un événement futur peut être possible.
2) Un impossible ne peut pas être la conséquence logique d’un possible.
3) Il y a un possible dont la réalisation n’a jamais lieu, ni dans le présent, ni dans le futur.
4) Ce qui est, est nécessairement pendant qu’il est.

En réponse à cette question qui est celle de la nécessité ou de la contingence, les philosophes antiques ont donc élaboré plusieurs solutions mutuellement exclusives en procédant comme on fait en mathématique lorsqu'il s'agit d'accommoder un système d'axiomes démontrés incohérents. ils ont sacrifié l'un d'eux pour montrer ce qui leur paraissait imperturbable.

Il faut bien admettre que ce domaine est aride parce qu'il est celui de l'abstraction pure. Or si ces quatre principes lus séparément ne poseront pas le moindre problème à son lecteur, DIODORE, en parfait coupeur de cheveux en quatre des 3 + 1 principes, démontrera encore que ceux ci ne sont en réalité pas compatibles entre eux, leurs conséquences se détruisant les unes les autres. Donc pour sauver la cohérence de l'énoncé, il faudra renoncer à un de ces principes, au choix. Et là, où la démo de philo deviendra amusante c'est qu'une fois qu'on aura rejeté l'un des principes, on aboutira à des systèmes compétement différents. Certains de ces systèmes, il en est, dont ceux des Stoïciens, qui reviennent à affirmer une sorte de nécessitarisme universel dans lequel la contingence n'aurait plus aucune place ; entendez par contingence, la liberté humaine au sens usuel du terme. Dans d'autres solutions (celle d'ARISTOTE, d'EPICURE ou celle des sceptiques grecs), cette notion de contingence, de liberté humaine est réintroduite mais au prix du sacrifice d'évidentes règles logiques. Résultat des cogitations, d'un côté comme de l'autre, la pensée humaine est invitée à découvrir sa finitude.

Pour ceux qui seraient très curieux de n'en pas rester à la version édulcorée de "certains jours", il y a un livre d'où sont tirées ces minces notes, que je conseille à ceux qui ont assez de temps pour s'y pencher (l'écriture en est limpide mais la lecture un peu difficile) ; il s'agit de "Nécessité et contingence" de Jules VUILLEMIN paru aux éditions de Minuit en 1984. Et pour corser un peu l'affaire, nous finirons par des questions (un peu à la manière du koan zen, mais sans la position zazen, plutôt dans une posture pseudo-néogrecque (???), c'est à dire la tête haute mais dans les mains (???), après quoi il sera écrit que la colline ouvrira sa vogue aux marrons, où nous irons oublier tout cela, en sucrant goulûment les fraises dans la barbe à papa).

Mais avant la récréation, révisitons une dernière fois "l'argument du dominateur", le passé est irrévocable affirme-t-il, or, parmi les évènements passés, on peut se demander quelle considération particulière porter sur l'inattendu lorqu'il est advenu ? s'agissait-t-il d'un possible mal déterminé avant qu'il n'arrive (manque de jugement, de connaissance ?)  ou bien d'un évènement impossible à prévoir qui n'avait aucun statut modal lié à la possibilité ? réponse au cas par cas sans doute, je vous laisse méditer tout ça, au frais. Certes, nous avons généralement tendance à estimer les évènements passés comme nécessaires, s'ils sont advenus n'est il pas qu'ils devaient nécessairement advenir ? Question. Seul peut-être notre manque de lucidité pourrait expliquer que nous n'aurions pas saisi, à ce moment là, la nécessité de telle ou telle occurrence évènementielle lorsqu'elle est survenue... Bref et puisque il ne s'agit que de jouer, lançons encore un dé. Si celui-ci marque le six, le coup ne cesse pas d'avoir été aléatoire. La proposition qui affirmerait que notre six sorti au dé est nécessaire ne serait pas tout à fait juste, mais l'évènement semblerait bien irrévocable. Et pourtant rien n'indique que ce même évènement ait été contingent. Imaginez mainenant, que ce dé se mette à rouler sous la table : Comment prouver qu'un tel imprévu aurait pu ne pas arriver ?

Sur ce je tire ma révérence, le dernier Jean-louis MURAT est sorti depuis quelques jours, c'est évidemment une pure merveille, qui a pour titre "Le cours ordinaire des choses", (Ah ! ah ! quelle ironie !). Adieu Diodore ! Bonjour Jean Louis. "Falling in love again".

Tout le reste étant littérature...

Photo : Autre question sous les pas, doublée d'un pochoir lumineux, arrachée dans la marche, en remontant la colline du côté de la rue de Flesselles. Pas très loin de l'immeuble aux 365 fenêtres, dont pas une, a dit DIODORE n'a été posée par hasard. Vue à Lyon par une nuit ordinaire de Septembre 2009. © Frb.

lundi, 28 septembre 2009

Le moindre possible

"Le moindre possible pour se réaliser demanderait quelque temps. Mais ce temps qu'il faudrait pour la réalité s'abrège tant qu'à la fin tout s'émiette en poussières d'instants. Les possibles deviennent bien de plus en plus intenses mais sans cesser d'être, sans devenir du réel, où il n'y a en effet d'intensité que s'il y a passage du possible au réel. A peine l'instant révèle-t-il un possible, qu'il en surgit un autre, finalement ces fantasmagories défilent si vite que tout nous semble possible, et nous touchons alors à cet instant extrême du moi, où lui même n'est plus qu'un mirage"

SOREN KIERKEGAARD : "Traité du désespoir". Editions Gallimard 2006.

sol diamant.JPGAprès une période de déréglements qui par la suite, devait nourrir de  remords sa profonde nature mélancolique, après s'être senti frôlé par la folie, S. KIERKEGAARD se donna pour mission de fondre en une harmonie personnelle les élans contradictoires de son être : insouciance et gravité, frivolité et mélancolie. Ce travail intérieur fît de lui un solitaire. Il se sentait isolé, mal compris. Il rompît même ses fiançailles avec une jeune fille enjouée, d'humeur gaie parce qu'il ne se sentait pas capable d'exercer une fonction quelconque dans la vie. Le contraste était à ses yeux trop violent entre l'aisance légère avec laquelle les autres prenaient l'existence, et la lutte où il se débattait contre les côtés sombres de sa propre vie. Cette obscure et patiente élaboration personnelle, S.KIERKEGARD l'a décrite sous cette image très poétique, qui vaut mille fois plus que toutes méthodes allant aux instruments bien résonants et raisonnés :

"Je suis aux écoutes de mes musiques intérieures, des appels joyeux de leur chant et de leurs basses notes graves d'orgue. Et ce n'est pas petite tâche de les coordonner quand on n'est pas un organiste, mais un homme qui se borne, à défaut d'exigences plus grosses envers la vie, au simple désir de se vouloir connaître".

Photo : Champ du moindre possible ? Qui sait ? Vu sur un sol gris serti de diamants bleus. Une poussière dans l'oeil venue aux accidents, quelquepart rue Roussy (comme le bord de la feuille)...  La nuit, quand la colline s'endort, le pavé s'ouvre et l'on voit apparaître, une fantasmagorie. La seule boutique d'orfèvrerie ouverte après minuit dans cette ville. Lyon, Septembre 2009. © Frb.

vendredi, 25 septembre 2009

Pyromane II

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Il n'est pas dans mon habitude de re-publier des images d'anciens billets. Or celle-ci datant du 31 d'Aôut 2008, me trouble assez (du moins, son intitulé) "Pyromane", titre innocent, à l'époque, insoupçonnable. Juste posé pour désigner un ciel flambloyant au dessus de l'Hôtel Dieu, (où règne, toujours présente, la mémoire d'une ville, et très majestueux, vu de l'intérieur, le dôme fascinant du grand architecte Soufflot). Aujourd'hui, fin Septembre 2009 sans avoir pu imaginer ce qu'il adviendrait de cet Hôtel-Dieu, (au destin déjà suspendu, à l'époque), cet intitulé prend un sens très différent, voire improbable, quelque peu ironique. "Pyromane" oui, mais ce n'est plus le ciel qui brûle ... C'est l'édifice.

LISEZ : http://solko.hautetfort.com/archive/2009/09/29/l-hotel-di...

Je ne rédigerai pas exactement ce qu'on appelle stricto-sensu un billet (dans le jargon). Tout ce qui est indécent, hideux dans ce projet de réamènagement de l'hôtel-Dieu, tout ce qui fait injure à la mémoire des gens, la mémoire d'une ville, réduit à un simple décor (vitrine) ce qui constitue une histoire depuis des siècles, et dépouillera prochainement cette histoire de son site pour les temps présents et futurs, a très bien été exprimé par Solko (un blog plus qu'ami) que je rejoins complètement dans son écoeurement et son indignation. Une lecture attentive des billets de Solko pourra davantage éclairer le lecteur (lyonnais ou non) quant à l'histoire de l'Hôtel-Dieu, (et de son dôme, bien sûr !) Hotel-Dieu d'hier, jusqu'à ce vulgaire aujourd'hui augurant un très regrettable "demain ?" Vidé de sa substance. Encore et toujours, il est question de la mémoire qui nous rattache aux lieux. De ce retour et liens aux racines pour faire en sorte que les paysages, les personnages qui le parcourent, ne se transforment pas en "coquilles vides"... Parallèlement existent, L'âme d'une ville et, sans concertation, ce coeur qu'on nous arrache. On pourrait annoter le chapitre - De la présence de l'Hôtel Dieu à l'avènement d'une future  coquille vide - C'est déjà un thème très brûlant, sauf s'il se trouve assez de gens affectionnant autant "le paysage" que son sens même, pour essayer d'empêcher ça... (A lire encore) :

http://solko.hautetfort.com/archive/2009/10/02/sale-vendr...

Lorsqu'en Août 2008, on consultait le Wiki à propos de l'Hôtel-Dieu on pouvait lire ceci: "L'Hôtel Dieu est actuellement un centre hospitalo-universitaire dépendant des Hospices Civils de Lyon. Il renferme également le Musée des Hospices Civils de Lyon, témoin de son riche passé. Sa désaffectation est prévue pour 2010, il semble que les bâtiments historiques puissent être convertis en grand musée médical et anatomique. Aucune décision officielle n'a été encore rendue."

Grand Musée médical, soit ! on attendait ... Réactualisé à la saison d'automne 2009, (J'ose espérer que le lecteur me pardonnera quelques incohérences et antidates dûes à certains retards auxquels ce blog s'attache, j'espère surtout que cela ne gênera pas la compréhension du problème de cette reconversion de l'hôtel-Dieu,) bref ! comme il y a le feu à l'édifice, je tiens à faire passer aujourd'hui ce billet avant tous les autres. Donc automne 2009, dans Wiki toujours on peut lire :

"L'Hotel Dieu sera reconverti en hotel 4 étoiles sous le magnifique dôme de 30 mètres de haut. les cours intérieures accueilleront des boutiques de luxe. C'est ce qui fait suite à la décision prise par Gérard Colomb le 25 Septembre."

Quand j'ai lu ça, j'ai eu peine à croire... (La peine, dans les 2 sens du terme on peut dire). Etait ce une blague ? Peut être une provocation ? Puis il y  eût "Libération" (pas celle que vous croyez qui font les heureux dénouements, faut pas rêver ! on est à Lyon !)

"Luxueuse reconversion pour l'hôtel-Dieu lyonnais" c'est le titre ! Là encore, on en apprend sur les merveilleuses méthodes de concertation de notre maire ou comment vite fait, bien fait on scelle le sort d'un lieu cher à son peuple, (4 ou 5 étoiles ! ben voyons !) de la haute cabriole (cabriolet ?) sur l'histoire, injure assez décontractée à la mémoire encore très vivante du lieu. Projet d'une insolente vulgarité. Qui s'en soucie ? Quelques uns... ? Seront ils assez nombreux ? Est-il permis d'espérer ?

http://www.libelyon.fr/info/2009/09/luxueuse-reconversion...

C'est vrai, elles n'ont l'air de rien ces petites phrases comme ça mises bout à bout. Allez, je vous recolle les plus neutres, celles du Wiki, pour le déplaisir (ou la réaction allergique qui pourrait se manifester à la deuxième lecture) :

"L'Hotel Dieu sera reconverti en hôtel 4 étoiles sous le magnifique dôme de 30 mètres de haut" [...]

"les cours intérieures accueilleront des boutiques de luxe".

Hormis qu'on dirait de la réclame. Ca ne vous choque pas ? Bon. Pendant que le vieux polémiste dort, j'enfonce le clou... (Lisez, lisez...)

http://solko.hautetfort.com/archive/2009/10/05/d-un-dome-...

Pyromane, nous voilà ! qu'elle soit de gauche ou de droite, cela s'appelle toujours de la décomplexion. Et ce qu'il y a d'ennuyeux avec la décomplexion, c'est qu'elle est aujourd'hui tellement partout, qu'elle aurait tendance à passer "comme une lettre à la poste", (si j'ose dire !). Et les autres effarés, les "pas d'accord", (les "complexés?"), évidemment non concertés, qui se sentent passablement injuriés, écrasés par tout ça, finiront peut-être par se dire : "à quoi bon ?" on lit tellement de trucs obscènes jour après jour, qu'un de plus un de moins... N'est ce pas ? Et bien non. Un de moins c'est mieux. Toujours ça de mieux.

Je ne suis pas une abonnée de la pétition à tous vents, mais là, je soutiens celle du collectif Hotel Dieu parce qu'elle propose un projet réfléchi, intelligent qui rend encore son sens profond, une cohérence à cet unique hôpital public du centre-ville. Cette pétition propose la création d'un centre de promotion de la Santé à l'Hôtel Dieu, vous trouverez le projet dans le lien ci dessous, tout autant que la possibilité de signer cette pétition.

http://jesigne.fr/promotionsantehoteldieulyon

La voie qui mène encore à défendre l'Hôtel-Dieu et le projet du collectif de l'Hotel Dieu, au lieu d'accepter passivement le travestissement de l'édifice en centre commercial haut de gamme, pur cauchemar, annoncé en fanfare, (et bientôt coupé au ruban ?) est encore à lire chez Solko, (tout très bien expliqué), et je crois que vous aurez tout, enfin tout ce qu'il faut pour vous faire une idée de la situation. Il me reste à remercier Solko, pour ses beaux textes, à raison réactifs, doublés d'une recherche fort documentée effectuée pour nous informer quant à l'histoire de cet hôpital public unique à Lyon, dont le relifting en temple marchand dévoué aux petites joies éphémères des créatures bling bling (et aux rêves inacessibles de la plèbe ?), nous donne d'ores et déjà, la nausée... Vous pouvez choisir vos chemins. Les deux mènent à la pétition. La signer ce n'est pas rien. ... Comme vous l'avez vu à Lyon, cette rentrée se voit dans de différents domaines, sinistrée. De très beaux endroits risquent bientôt d'être intégralement dévitalisés... Transformations qui ne sont pas très glorieuse pour cette ville. Et ne lui font pas honneur... Autre chemin donc + quelques liens dans le lien, et j'en termine.

http://solko.hautetfort.com/archive/2009/10/03/8d0b544274...

Après quoi, on ira se promener... A l'hotel Dieu exactement. Dans la cour pavée, sous les arcades silencieuses, paisibles... On écoutera les pierres, le bruit des pas dans les allées, discrets, respectueux...On regardera les pigeons s'envoler et on ramènera des images, avant liquidation, salopage intégral d'une mémoire, décérébrage du dôme. Avant copie conforme des vitrines à Gucci et autres Zilli and co... Avant de croiser des coquilles vides portant des sacs à lisières dorées, avant de contempler le spectacle de clones sarkozoïdes "tendance" veste en velours gold à losanges surpiquées, déambulant dans les allées  avec leur guide "shopping", infiniment "fashionable", et les autres, qui viendront rêver avec leur sac plastique en faux Vichy Tati, à tout ce qu'ils ne peuvent pas se payer. Consommateurs fantômes traînant au grand hôtel une toute autre maladie... Comme celle des fantômes du 8 Décembre qu'on voit errer dans les lumières plus absents que ceux des cimetières, déracinés, coupés du sens. Lierres en pot de chez Jardiland, légumes en serre, proliférant, sur toute cette belle tristesse dorée, tout sans histoire. Soufflot souffrant, mais pété de tunes. L'hôpital public saigné à blanc, mais à la mode mash potatoes relooké par Ferragamo...

Photo : L'Hotel-Dieu encore intouché sous un beau ciel en feu (profitez !). Prochainement dans les "flammes du pognon", en Dolby stéréo, écran géant, fashionorama, (images à suivre en 2010...)  On ne détruit pas le bâtiment, non, juste ce qu'il y a dedans ( une mémoire, quelques broutilles, en somme). A suivre donc... Lyon, vue des quais du Rhône. Août 2008. © Frb

mardi, 22 septembre 2009

Les automnales de St Nizier

"Semis de Saint Maurice récolte à ton caprice"

Dicton du jour

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Le 22 Septembre est le 265 ème jour de l'année au calendrier grégorien. (Plus que 100 jours avant les cotillons). On rend grâce aux Maurice par une géante courge chaussée de coloquintes qui défile dans les rues sur des parachutistes rousses.

Le 22 Septembre. C'est le 29ème jour de la Vierge, folle de sa saison, rêvant place St Nizier d'une gelée de coings-grenades à emporter dans son panier pour manger tout de suite, ou déguster après, sous les parasols vermillon de la Manille, à Tupin.

Le 22 Septembre, Edouard 1er, roi d'Angleterre s'en alla de terre Sainte pour la neuvième croisade, ses esclaves portant au calife, une jarre d'un nectar de raisin de Gloucester (l'équivalent anglais des "tulipes de Juillet du Nabirosina") piqué d'un poison d'amanites vireuses dont le chapeau  couleur blanc crème, pourvu d'un mamelon centré, séduisit diablement notre courge qui passant du orange au rouge en effraya le fragon petit houx.

Le 22 Septembre pieds nus sur les pelouses, qui bordent la grande roseraie du parc de Tête d'or, quelques enfants sautent à pieds joints sur des bogues de châtaignes.

Photo : Le 22 Septembre l'année dernière, le vieux Georges, ajustait la rime à son verbe moyenâgeux. Le 22 Septembre, cette année, le magasin des belles personnes aux doigts verts et autres dames jardinières, oeuvre en façade à la nature morte flamande... Il faut croire que la saison des labours inspire. Heureux, qui comme l'automnal, a savouré en léger décalé, un retard qui s'éternise... Il suffit d'une petite boutique d'art floral. Si cette sublime composition n'était pas si consciencieusement étiquetée, j'enverrais volontiers (par pneumatique) un bouquet d'héliantes divariqués au virtuose étalagiste (on peut quand même le remercier). Vu à Lyon, place St Nizier, juste en face de la belle église du même nom et de surcroit assez gothique. Septembre 2009. © Frb

lundi, 21 septembre 2009

Haute voltige

"Mais le jugement du vulgaire ne comprend pas grand chose au désespoir..."

SOREN KIERKEGAARD (1813-1855) in "Traité du désespoir". Editions Galimard 2006

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On dit souvent que S. KIERKEGARD, est le "père de l'existentialisme", (cette idée a été vivement contestée par Asger JORN, dans un excellent texte intitulé "Sur la situation singulière qu'occupent dans l'humanité les mâles", livre dont je vous reparlerai un - certain - jour...), mais au delà du commun des on-dit, (père de... ou non), KIERKEGAARD, (Soren Aabye), (écrivain et philosophe danois), a écrit des oeuvres importantes dans un laps de temps de quelques années. Le "Traité du désespoir" est le dernier ouvrage majeur, qui regroupe aussi les grands thèmes "kierkegaardiens" évoqués dans les précédents livres. Fervent chrétien, théologien, il s'oppose à l'église danoise, (église luthérienne d'état), au nom d'une foi individuelle et concrète. KIERKEGAARD, écrivain, déroute. Ses premières oeuvres sont rédigées sous divers pseudonymes, qui sont autant de personnages inventés et souvent, ces pseudos-auteurs commentent les travaux de pseudos-auteurs précédents (Ex : Johannes Climacus, et l'excellent Anti-Climax). Gilles DELEUZE s'en souviendra lorsqu'il développera sa notion de "personnage conceptuel", désignant des personnages fictifs ou semi-fictifs crées par un ou plusieurs auteurs, afin de véhiculer une ou plusieurs idées.

Pour en revenir au philosophe, plus spécifiquement à "l'angoisse", KIERKEGAARD la considère comme un "vertige du possible". Je résume parce que sinon, il faudrait épuiser une bonne dizaine de blogs, et quelques vies, (c'est angoissant ;-) "vertige du possible", donc (mais ce n'est pas aussi simple que ça !). L'angoisse contrairement à la peur n'a pas d'objet déterminé, si on a peur de quelquechose, il est plus difficile d'angoisser de quelquechose" et quand bien même "le quelquechose angoisserait" cela serait encore pour quelque(s) raison(s) indéterminée(s). L'angoisse met en question l'ensemble de l'existence et nous fait entrevoir le néant. L'homme doit donc se risquer à choisir (vertige ?) et à agir sans pouvoir maîtriser totalement l'avenir. C'est le sens "du saut dans l'absurde" augurant parfois cette entrée dans "le désespoir" (autre thème Kierkegaardien), mais qu'on ne s'y trompe pas, angoisse et désespoir ne sont pas des notions négatives aux yeux de KIERKEGAARD, le "traité du désespoir" malgré son autre titre moins connu "La maladie à la mort", n'a rien d'une lamentation sur la détresse humaine, et paraît même davantage une exploration du rapport à soi. Ensuite libre au lecteur d'affirmer ou de contester l'idée que les plus profonds tourments peuvent élever l'humain à une sorte de joie supérieure... A vrai dire je ne souhaite pas soulever ce lièvre là ;-) disons que ce n'est pas exactement l'objet de notre billet. Je préfère vous livrer un extrait de ce livre, superbe d'acuité. Puisse son lecteur (ou sa lectrice) ne pas trop s'y retrouver ...

"Traité du désespoir", extrait :

"Désespérer d'une chose n'est donc pas encore du véritable désespoir. C'en est le début, il couve comme disent d'un mal les médecins. Puis le désespoir se déclare : on désespère de soi. Regardez une jeune fille désespérée d'amour, c'est à dire la perte de son ami, mort ou volage. Cette perte n'est pas du désespoir déclaré, mais c'est d'elle-même qu'elle désespère. Ce moi, dont elle se fût défait, qu'elle eût perdu sur le mode le plus délicieux s'il était devenu le bien de l'autre, maintenant ce moi fait son ennui puisqu'il doit être un moi sans "l'autre". Ce moi qui eût désespéré - d'ailleurs en un autre sens aussi désespéré - pour elle, son trésor maintenant lui est un vide abominable quand "l'autre" est mort ou comme une répugnance, puisqu'il lui rappelle l'abandon. Essayez donc d'aller lui dire : "Ma fille, tu te détruis" et vous entendrez sa réponse : "hélas  ! non, ma douleur, justement, c'est de n'y parvenir".

Photo: Feuille jaune à bords roussis, isolée dans l'espace. Vue juste à quelques mètres d'une multitude de rousses virevoltant gaiement sur la mythique Tabareau. Lyon, colline, Septembre 2009. © Frb

dimanche, 20 septembre 2009

Schizophonie

piano.JPGSachant que le préfixe grec "schizo" veut dire, fendre, séparer, et que "phôné" signifie voix (en grec), la schizophonie serait selon RAYMOND MURRAY SCHAFER, la séparation d'un son original de sa transmission ou de sa reproduction acoustique. Au départ, chaque son étant original, il ne se reproduisait qu'à un seul moment et dans un seul lieu à la fois, indissolublement lié au mécanisme qui le produisait. La voix humaine ne voyageait pas plus loin qu'à la limite permise du cri. Les sons impossibles à reproduire étaient uniques, inimitables. Ils pouvaient se ressembler comme les phonèmes d'un mot que l'on répète mais n'étaient jamais identiques. La preuve a été faite de l'impossibilité physique pour l'être le plus rationnel et le plus réfléchi à reproduire un seul phonème de son propre nom deux fois de la même manière, (si vous en doutez, mettez-vous à l'épreuve d'essayer, si un seul d'entre vous y parvient, je brûle ce blog et rejoins les bénédictine de Chantelle). Depuis l'invention des techniques électroacoustiques de transmission et de conservation, tout son, si infime soit il, peut être envoyé dans tous les coins du monde ou gardé sur un disque, bande magnétiques, fichiers son, etc... Nous avons dissocié le son de sa source, nous l'avons arraché à son orbite naturelle. Nous lui avons donné une existence amplifiée et indépendante. Le son de la voix par exemple, n'est plus lié à une cavité du crâne, il est bien libre de surgir de n'importe où dans le paysage sonore. Il peut jaillir de millions d'orifices dans des millions de lieux publics ou privés, ou être conservé en vue d'une diffusion postérieure.

"Nous n'aurions pas conquis l'Allemagne sans [...] le haut-parleur", écrivait HITLER en 1938. Nous savons aussi que l'expansion territoriale des sons post-industriels a servi les "ambitions impérialistes des nations occidentales". Le haut-parleur fût aussi, une invention impérialiste, car il répond au désir des autres par la voix. Tout comme le cri est porteur de détresse, le haut-parleur peut aussi communiquer l'angoisse. Je n'ose pas évoquer en détail, ce que les futurs paysages (impérialistes ?) nous réservent, encore une idée piquée aux artistes, sans vouloir jouer les rabats-joie, je me demande ce que ceci donnerait soudain multiplié à l'échelle d'une ville et toujours du point de vue du récepteur parcourant son paysage sonore... (So funny vraiment ?).

R. MURRAY SCHAFER, compositeur canadien né en 1933 (ne pas confondre avec Pierre SCHAEFFER), a publié en 1977 (Paru en 79 en France), un ouvrage "Le paysage sonore",  (Original :"The tuning of the world"), où il développe ce concept de "paysage sonore" (ou "Soundscape"), c'est là que se lit aussi pour la première fois ce terme de "Schizophonie" : "En forgeant ce thème de "schizophonie", j'ai voulu souligner le caractère pathologique du phénomène voisin de schizophrénie, je le chargeais même du sens d'aberration et de coupure de la réalité, en fait le massacre opéré par les gadgets Hi-fi, non seulement contribue à aggraver le problème Lo-fi mais crée un paysage sonore synthétique dans lequel les sons naturels sont de plus en plus remplacés par des sons artficiels et où les signaux qui ponctuent la vie moderne ne sont plus que des substituts fabriqués par des machines"...

Nota : Evidemment ce texte écrit en 1977, 78 pourrait encore se discutter, ou plus précisément s'ajuster en 2009, où l'environnement sonore s'est peut être encore densifié (tout autant que la schizophonie ? Question.). Par ailleurs, R.MURRAY SCHAFER, qui composa et enseigna, pût aussi mettre sur pied fin des années 60, (grâce à des subventions de l'UNESCO et de la Donner Canadian Fondation) : le "World Soundcape Project", un projet mondial d'environnement sonore, (rattaché à l'université Simon Fraser) consacré à l'étude des rapports de l'être humain avec son environnement acoustique. Ce nom même de "World Soundscape Project", résume à lui seul l'idée qui est au centre du projet : en dehors de nos sens, un "paysage sonore", n'a pas plus de réalité ontologique qu'un paysage "classique", mais le terme permet de désigner la façon dont les êtres perçoivent leur environnement. En tant que récepteur, il est admis que les individus agissent sur les sons " On part du principe que les individus agissent sur les sons dès qu'ils pénètrent dans un espace donné. Produit par l'homme le paysage sonore est la manifestation acoustique du lieu. Les empreintes sonores, analogues aux particularités d'un paysage sont des objets sonores uniques bien localisés. L'objet sonore fût bien décrit par Pierre SCHAEFFER comme "Un objet auquel peuvent s'appliquer nos sens et non un objet mathématique ou électroacoustique à synthétiser". Il s'agit de la plus petite particule autonome du paysage... mais de cela, je parlerai peut être un autre (certain) jour....

Source : R. MURRAY SCHAFER : "Le paysage sonore". Editions J.C Lattès. 1979.

A écouter sur Arte radio : "Une rue à l'oreille de MURRAY SCHAFER" (de Anthony Carcone) où le compositeur M.S. commente le paysage sonore d'une rue parisienne, en ambiance et en anglais : http://www.arteradio.com/son.html?22427

Photo : Paradoxe de la schizophonie: le piano muet de l'avenue Salengro, tandis que partout les rues et les murs bruitent... Vu à Villeurbanne en Septembre 2009. © Frb.

jeudi, 17 septembre 2009

Le duplex de Malévitch

"J'ai débouché dans le blanc, camarades aviateurs, voguez à ma suite dans l'espace sans fin."

KASIMIR MALEVITCH (1878-1935)

le duplex de malevitch.JPG"Débouché dans le blanc," On a retrouvé MALEVITCH (Kazimir Sévérinovitch exactement). Des signes qui ne trompent pas."Carré noir sur fond blanc", (peint en 1913, montré en 1915), explose l'art ancien. En 1923, MALEVITCH réalise une esquisse de vêtements, conformément à une peinture murale... MALEVITCH écrit :

"L'harmonisation des formes architecturales, quelque style d'architecture industrielle que ce soit [...] exigera le remplacement du mobilier, de la vaisselle, des vêtements, des affiches et des peintures existants. Je prévois que le mouvement de l'architecture va avoir d'une façon significative, une harmonie suprématiste de formes fonctionnelles".

Cet extrait de texte alerta sérieusement les agents d'expertise de la "manufacture art et cycles de certains jours" qui ne mirent pas longtemps à découvrir le "pot aux roses". MALEVITCH était bien vivant. L'artiste, non content d'avoir explosé l'art ancien en 1923, récidivait en 2009, et très insolemment, doublait la mise sous les yeux d'un Emile Zola médusé, quelque part en banlieue entre Gratte-ciel et la Tordette. Tout le monde se souvient (n'est-ce pas ?) qu'en 1925, MALEVITCH s'était mis à construire des "architectons", compositions suprématistes spatiales... Ainsi tout concordait : Le duplex de MALEVITCH constituait bien le chaînon manquant entre "le carré noir sur fond blanc" et les "architectons". Du moins ce fût la conclusion de nos agents d'expertise de la M.A.C.C.J. qui pour en avoir le coeur net, envoyèrent une convocation à Monsieur K. MALEVITCH. On attendit. Monsieur K. MALEVITCH ne se présenta pas. Une enquête de voisinage menée tambour battant par les agents de la cellule de vérification des arts et cycles de certains jours (C.V.A.C.C.J.) ne pût tout à fait obtenir les résultats souhaités. Certains voisins affirmèrent de source sûre, qu'effectivement Monsieur K. MALEVITCH habitait bien ce duplex, d'ailleurs il avait dérangé les gens sous prétexte de petites rénovations sur la façade côté cours. D'autres furent certains qu'ils n'avaient jamais entendu ce nom là. Seul, un psychiatre réputé, l'éminent Docteur S. Drufe vivant dans la maison d'en face, jura sur la tête de sa femme, de sa mère et de ses patients que ce duplex n'existait pas, sinon dans l'esprit dérangé d'un bon nombre de gens. Il fallût donc revérifier. Les contre-experts de la C.V.A.C.C.J. s'invitèrent dans l'appartement du Docteur S. Drufe, et se mirent à la fenêtre avec des téléobjectifs pour tenter d'arracher la preuve que MALEVITCH était vivant et résidait à Villeurbanne. Auquel cas, il faudrait signaler au gouvernement (à monsieur Ribec, particulièrement) l'existence de ce terroriste (afin de vérifier si ses papiers ... enfin bref !). Seulement voilà... Ce que virent les contre-experts s'avèra tout à fait incompréhensible et confirma irréfutablement les arguments du Docteur Drufe : "Le duplex de MALEVITCH" n'existait pas, pas plus que MALEVITCH ne pouvait être vivant. On touchait au néant : "Carré blanc sur fond blanc"...

le duplex de malevitchXX2.JPGLes experts de la C.V.A.C.C.J. ne voulurent pas admettre la vérité qui pourtant résidait dans cette sorte d'énigme dépourvue de paramètres. Cette figure sans trame, ce duplex sans fenêtres qui obsédait, taraudait, désintégrait les hypothèses, posait au milieu des mondes habités un aberrant seïsme d'une puissance de type immobile. Nos contre-experts  pas plus que nos experts, ne pourraient désormais s'arracher de cette surface sans éprouver cette sensation de nudité, ou pire encore la suspicion que ce K. MALEVITCH (bien qu'introuvable), avait pris possession de leurs cerveaux et bientôt attaquerait leurs corps...

Bien calé dans son siège "Colombo", le docteur S. Drufe attendait patiemment que ces messieurs quittent la pièce. Tripotant une statuette ramenée de Laponie par son amie Anna de Sandre, le docteur écoutait. Depuis l'irréfutable surgissement de la preuve, les agents de la cellule de vérification, ne tournaient plus très rond. L'un disait : "Je suis sûr que MALEVITCH habite dans ma tête", un autre complètement fou faisait de grands gestes d'exorcisme en hurlant "Kasimir, je t'en supplie, sors de ce corps". Le docteur Drufe, très intrigué fit parler le troisième: "Mais que ressentez vous, au juste, mon ami, si je puis vous aider ?", l'expert cherchait ses mots, il ne les trouvait plus. Il était sûr que c'était ce MALEVITCH qui les lui avait pris. Il demanda au docteur une dernière petite faveur : "Pourriez vous fermer les rideaux s'il vous plaît ? Ce duplex, vous savez, je ne peux plus le voir en peinture !". (Rire du Dr Drufe) "Ah ! Ah ! en peinture ! non ! ça, mon ami, en peinture, ça ne risque pas !". La nuit tombait, le docteur Drufe savait. Le duplex de MALEVITCH ayant existé dans la tête des messieurs, on ne pourrait plus désormais les persuader du contraire. Ces hommes devraient vivre à jamais avec une idée fixe. Le duplex était un rectangle MALEVITCH l'avait vu carré, déjà à l'origine, tout partait sur de mauvaises bases. Le Docteur caressa sa barbe, une idée formidable se formait dans sa tête. Si le carré était un rectangle, c'est qu'il y avait eu glissement ? A en observer le comportement de ces experts, mis à l'épreuve non d'une réalité, mais de la vérité, le duplex était devenu complexe. Le docteur Drufe eût cette vision furtive, son idée traverserait l'avenir. Il murmura : "Des couilles en or". Il venait de découvrir ce qui bouleverserait irrémédiablement la perception de l'homme du XXIIem siècle et rendrait définitivement muette toute tentative de pouvoir l'expliquer voire même l'analyser. Il sortit un carnet tout neuf, et à la première page nota : "Le complexe de MALEVITCH, chapitre 1". Une nouvelle ère commençait...

En attendant vous pouvez être (do it yourself !) vous mêmes ! un MALEVITCH. (Profitons c'est pas tous les jours !) en cliquant sur ce lien, (architectons, avant qu'il ne soit trop tard, camarades !) : http://www.beamalevich.com/

Photo 1 : Le duplex de MALEVITCH  vu cours Emile Zola, à Villeurbanne en Septembre 2009.

Photo 2 : Le complexe de MALEVITCH  vu le même jour, à la même heure, au même endroit, en Septembre 2009. © Frb.

Terrorisme : un carré blanc colibrisé !

Hozan Kebo vs Malevitch

oh so sorry !!! j'ai pas pu me retenir ! ça a été plus fort que moi ! so sorry so sorry !
mais il fallait que je colibrise ce duplex de Malevitch
il le fallait impérativement

HOZAN KEBO (Lettre du 17/09/2009)

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C'est en ces termes que Monsieur HOZAN KEBO, explique son acte dans une lettre adressée à nos services le 17/09/2009 , 21H 35, heure locale, ci-joint un extrait du bulletin quotidien des renseignements généraux.

"Hozan KEBBO plus connus sous le terifiant pseudonymne (deux lettre qui fond peur = L.R. ), et qu'on soupçone d' être la tête d'un commandeau anti-sucrématisme élu pour sapé le patrimione internationale des beau art et des belles lêtres) vient de nous posté une letre explicant un geste qui d'or et déjàt mets le court Emille Zola en quarantène. Les habitant de Vileurbane on ordre de restez chez eux, et de fermé leurs vollets, jusque qu' à ce qu'ont rettrouve ce forcenet. On supose qu'il s'agit d'un gestte désespérer, autand que d'une opérassion de sabottage guidé par cet illumimé dont le butte affirmait est de collibrisé la totalitée de la planètte. N'ayant auqune idée, lui mêmes des conséquanses, je m'engages, présonnellement à menez une action dignes de ce nom, pour que ce genre d'évènemants ne se reproduiserait plus jamais. Le présidant Sakrozy à qualifier cette acte (je site) d' "Insoutenabe", et promais de se rendre lui même des ce soire, sur le lieus en companie du ministres de la cutlure Francis Miterrand, et de Brernard Kroutchnerf. Gajeons que la venue de notre présidant et sa déllégation saura rassurait nos habitents. Les conséquansses de cette actes est tant d'or et déjàs considérer comme très grave . La Rusie a sitôts faite savoir autant de par la voit de son embassalade, que fasse à cette affronts visan ouvertemant MALEHVYTCH et les sien, la Frence devrais s'attandre à quelque repraisailles"

Brigadier chef, René Halut, extr. du rapport : "Quelles sanctions pour les vandales ?", in "Le bulletin quotidien des renseignement généraux, (rubrique "Art abstrait"). Automne 2009.

Photo : Carré blanc sur fond blanc colibrisé par qui on sait et son fidèle hétéronyme. (H.K/L.R) .Septembre 2009 © Frb

mercredi, 16 septembre 2009

Quelques heures avant la nuit. (Part I)

"Je me suis demandé s'il nous arrivait encore d'éprouver des joies où la tristesse ne viendrait se jeter comme à la traverse ; qui ne se mélangeraient pas d'une impression de déclin, de ruine prochaine, de vanité. Tiens, se dit-on, cela existe encore ? Nos joies sont de cette sorte que nous procure un vieux quartier d'habitation rencontré au faubourg d'une ville étrangère et pauvre, que le progrès n'a pas eu le temps de refaire à son idée. Les gens semblent là chez eux sur le pas de la porte, de simples boutiques y proposent les objets d'industries que l'on croyait éteintes; des maisons hors d'âge et bienveillantes, qu'on dirait sans téléphone, des rues d'avant l'automobile, pleines de voix, les fenêtres ouvertes au labeur et qui réveillent des impressions de lointains, d'époques accumulées, de proche campagne; on buvait dans ce village un petit vin qui n'était pas désagréable pour le voyageur."

BAUDOUIN DE BODINAT in "La vie sur terre", Editions, "encyclopédie des nuisances" 1996-1999.

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Avant-propos :

 

Tandis qu'il fût impossible cette nuit de retrouver les nuages, à la bonne adresse, (la fameuse erreur 404)... Le lecteur peut tenter de cliquer sur "Les nuages" rubrique blogosphère, colonne de gauche, desfois que ça viendrait de chez moi... Enfin, c'est là, en début de soirée sur "les nuages", exactement, d'ordinaire ou plutôt, d'extraordinaire, où j'aime aller prendre le large comme d'autres prennent le deltaplane, le vélo ou la jonque... (Nuage, dites-nous s'il vous plaît, ou si vous voulez... Est ce que ça vient de chez moi ?). S'il est encore permis d'être lue ici par un nuage, j'aimerais glisser une pensée vraiment amicale. "Le nuage" était venu là, poser des commentaires et en visitant son domaine, j'avais eu un coup de foudre, (ou un coup de nuage, mais un très beau), depuis je raffole de ce domaine, il y a vraiment de quoi ! univers fascinant entre mille, oeil acéré, intelligence de la photo, Amour des paysages, le monde des "nuages" est (était ? non ! il n'est pas encore venu, le temps des nécrologues), une pépite rare dans notre blogosphère (pléthorique). Autant le dire, à mes yeux, un domaine d'exception. Sauf qu'il y a un hic. Depuis la fin de cette dernière nuit, (qui ne suit pas tout à fait la date ci dessus, allez comprendre ! mais bon), la fameuse erreur 404, persiste. Et le domaine, depuis hier (le 28 /09 exactement), reste désespérement introuvable, c'est vraiment énervant...

Prélude à un billet par contraste beaucoup plus sombre, mais un avant propos en forme de supplique personnellement adressée à l'auteur(e) du, des "nuage(s)" pour que reviennent, peut être, ces fugues océaniques, et autres mondes à perspectives lumineuses. Et puis il y a ces titres au dessus des photos, si finement pensés, touche précise, ciselant les multiples sens du tableau. Les nuages savent aussi choisir malicieusement les mots ... J'ose croire que l'erreur 404 n'est qu'une erreur à rectifier, pas un massacre par immolation (ah ! la touche "supprimer ce blog" menant à l'erreur 404, est une autre bizarre tentation...) Mais il ne faut pas y toucher Nuage ! sinon, quelquechose manquera, quelquechose et quelqu'un. On croit que ce n'est rien, mais c'est un peu comme les étoiles... Voyez... Bon, Je ne ferai pas de sentimentalisme, nulle séquence émotion à trois balles. Je sais aussi (même si nul blog et son bloggueur n'est du point de vue de la vie sur terre vraiment indispensable), quelle béance et quelle peine se trouvent encore quand un bloggeur avec lequel se tisse des liens, au fil à fil, jour après jour, disparaît du jour au lendemain... Même si ce n'est pas lui qui disparaît mais sa publication, dans le contexte virtuel, c'est un peu comme s'il disparaissaît quand même, lui, avec sa publication. On ne s'habituera pas (enfin moi, pas vraiment), à cette page figée, par exemple, au 19 janvier 2009, dernière page, à ce jour, de l'univers de Léopold Revista (l'un des plus bienveillants, et des plus élégants de tous nos "citoyens du monde"). Ce jour là, Léopold, tirait sa référence, au 300em passage, en un billet qui reste en ligne encore à ce jour et qui bouleverse assez. (Tous les autres billets se lisent aussi très bien, surtout, n'hésitez pas). Quelques autres et moi même se souviennent d'une surprise assez "mauvaise" après le doute, une certitude, quand Marc expérimenta, (peu importe la raison, une raison, même déraisonnable, se respecte), la fatale manipulation, qui mène à la page erreur 404 et combien plus immense fût notre étonnement, doublé d'une joie non dissimulée, quand Marc réinventa pour nous, (et pour lui tout autant, je crois) ce magnifique domaine, qui en fascine plus d'un. Une liberté particulière accordée au lecteur, qui vient à ce monde aux questions ouvertes, fruité, spacieux et puis (...) solaire au titre doux d'"Epistolaire". "Une voix dans le choeur", voilà peut être bien exprimé cet indicible "je ne sais quoi", qui ouvre largement le sens. Je n'oublierai pas non plus, l'explosion annoncée par Fabien, et son blog étonnant, encore de l'ouvrage finement amené, avec des textes carrément surprenants, le tout drôlement stylé (s'il me lit, il va râler, tant mieux !). "Un peu moins que quelques bribes", Fabien avait annoncé à ses lecteurs, grosso modo "à telle date, j'explose le domaine". Et il l'a fait ! Fabien a depuis recrée je crois, un domaine, qu'une panne informatique m'a dérobé... (Tributaires que nous sommes, de la technique, malgré nos airs indépendants, Fabien, si tu m'entends et que tu as sous la main ce que je cherche... ;-)

 

Pour en revenir au ciel d'automne. Je sais aussi que "le nuage" aime follement De Sabato, y aurait t-il quelque injonction de l'Ernesto, derrière ce nuage envolé ? (Ernesto ! c'est pas bien malin !). Ayant appris (merci nuage) combien l'écrivain était pyromane, concernant ses propres oeuvres, j'espère que notre amie, dans je ne sais quel mouvement (peut-être angélique tout autant que ténébreux ?), n'aura pas livré ce blog merveilleux, au bûcher qui renvoie toujours son lecteur, désespérement, à la page "erreur 404". Rien que d'y songer, ça rend malade.  Dites nous que non, "Nuages "... Cette erreur, elle vient "bien de chez eux ?" comme on disait avant quand l'écran devenait noir dans la télévision. Sauf que là, chez "les nuages", c'est beaucoup mieux que ce qu'on peut voir dans une télévision ! Alors oui ? "Ca vient de chez eux ?" Juste, un babil, nuage... Que ces lumières du pays qui donne aux saisons des noms à danser sous la pluie et que ces pluies qui caressent doucement, chez vous, les toits de chaume, ne tombent pas définitivement sur cette page arrachée. Si d'aventure, cela ne venait pas de chez eux, la lectrice que je suis, enragerait,( ô désespoir !). Et ceci ne serait pas mon dernier mot...

 

1- Tandis qu'ici ...

 

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Tandis qu'une fête bat son plein dans Villeurbanne de jour en jour liftée menue, transformée peu à peu en ville-poubelle architecturale, vastes chantiers, à en coincer son château de Merlin entre deux barres dont l'une est pleine de sparadraps jaunes banane troués par des hublots en guise de fenêtres, (je vous montrerai cela un de ces quatres). Une lourde matière pour BAUDOUIN de BODINAT et sa prose essentielle toujours et encore : "la vie sur terre".


"A quoi penser? Les vitres des immeubles en face s'incendient maintenant au soleil couchant. Bruits familiers du soir, cuisines allumées sous le ciel encore clair, tintements de tables mises ; la chanson plaintive d'une radio quelque part derrière les murs et l'odeur des jardins silencieux sans personne dans la pénombre qui monte; l'écho soudain de ma propre voix me disant. Ne la laisse pas monter sur l'appui de la fenêtre !"


Tours de poisse et dégoulinade aux univers nourris de miettes, dopées à toutes les panacées, Lexomyl, trichlorétylène, Kro de base... Pizza vit', rapid cheese, sandwiche pain de mie à la merguez. Le cours Emile Zola, s'engonce dans ses mille paradoxes, du vrai Zola caché dans son arrière boutique, guettant le camion d'un déménageur (breton ?) sur sa montre à gousset, jusqu'aux salons de coiffures high tech, opticiens 1000, 2000, par vingtaine confinés, ici, ailleurs, des fourmis aux doigts de fée découpent au mètre des rubans et au kilomètre, le textile... Plus près, à la fenêtre de la maison de Cadet Rousselle : (Cadet Rousselle a trois maisons, (bis), Qui n’ont ni poutres, ni chevrons, (bis) C’est pour loger les hirondelles...)". La crasse banlieue avale la ville, dévorant un peu plus encore cette vieille idée de rêve social,  à en faire tourner, retourner mille fois Lazare G. dans sa tombe. Plus loin, là où c'est encore assez beau à regarder, "le répit de l'agriculteur" médite ces fadaises sous un ciel en forme d'abîme. A moins que ce ne soit que le dépit...

 

(A suivre ...)

 

Photo 1 : Des oiseaux préparant peut être un futur voyage d'hiver, à la fin de l'après-midi, vus  au dessus des sculptures modernes ornant l'esplanade près de l'Opéra dans la chaleur moite d'un été qui ne finit pas et sous un ciel atone et bizarrement bas. Lyon. Septembre 2009.

 

Photo 2 : Le temps se couvre... Trop de nuages (pas celui que nous recherchons), et nul oiseau en ces hauteurs. Le ciel épais de Villeurbanne, un no man's land, entre Charpennes et République vu en Septembre 2009. © Frb.

Quelques heures avant la nuit. (Part II)

"En réalité, je n’ai aucun sens des choses qui brillent. C’est la raison pour laquelle je n’ai même pas de plumes noires et brillantes. Je suis gris comme cendre. Un choucas qui rêve de disparaître entre les pierres".

FRANZ KAFKA, Gustav Janouch, extr. "Conversations avec Kafka"

Si vous avez loupé le début, cliquez gentiment sur l'image

TULLE***.JPG`2 - Dans la peau de Lara Fabian...

Tandis que la bière coule à flot sur le nouveau square barricadé d'algécos caca d'oie tagués d'insignifiantes laves sur lesquelles tombe le crachat de quelque adulescent ivrogne tirant à bout de force une princesse péroxydée aux sourcils bruns comme ceux de Sharon, chaussée de sandales plateformes à brides serties de faux diamants, comme jadis, ses idoles, les demoiselles du château de Dammarie lès Lys...

Tandis que glisse sous mes pas, ce magma d'enragés, un caïd bodybuildé fait la loi dans le quartier. Quatre ou cinq tamarins le suivent. Le caïd sème la terreur, par le prognathisme de sa grande gueule carrée, et sa façon de glavioter, avec juste ce qu'il faut de haine, vrillage d'une malédiction d'âne bâté, réduite à ses plus sommaires expressions : bruits et crachats. Quand il se sent trop seul sur terre, le caïd appelle ses potes et les potes rappliquent, fidèles comme des caniches et tous vêtus à l'identique, un peu comme Pascal Obispo. La clope au bec, serrée entre les dents, (à la manière du "patron"), ils arrachent à coups d'Adidas (le poète grec), les branches des rares plantes qui tentent (par le bas des portails) d'évader leur corolle. Plus haut, lacérant des grillages, dont certains en forme de coeur, une fille bourrée, lit à haute voix, les noms d'anciennes boîtes aux lettres jouxtant les murs toujours à vendre, depuis des lustres : usine à tulles, jersey, dentelles, imprimeries aux vitres brisées, qui seront bientôt loftées, ou transformées en centre de remise en forme, cabinet de coaching, boutique de téléphonie mobile avec une façade surmontée d'enseignes criardes ou fluos. La fille vitupére à sa guise haussant le ton par l'essayage de tous les timbres possibles, contre tout et n'importe quoi, contre "que dalle, pour foutre la merde"... Une envie de provocation. Un sabbat de semaine chômée. Les vocalises plaintives, mi-aguicheuses mi-dégueulade, annoncent déjà la nuit qui vient...

Elle paraît jeune. Hautement chaussée, née pour la scène, ses chaussures comme une paire d'estrades remuent les bris, shootent la limaille, en jeu de french cancan, les éclats de métal font une pluie d'argent sur sa blondeur platine. Sûre de sa rebellion, dans ce périmètre précis autour de la boîte Algéco, sur ces talons qui brisent l'échine, replient les genoux en dedans, et prêtent à la démarche un pur genre "croupe d'autruche", la femelle s'éclate. Elle résiste. La bibine au goulot. Elle chante Lara Fabian à tue-tête J'y crois encore on est vivant tant qu'on est fort". Consternation. Princesse née manutentionnaire du côté de Garce les Echarmeaux. Une vie précocement active, à vendre à mi temps des glins glins au kiosque à bijou de l'Hyper-Rion de nulle part, autre mi temps à déballer des cartons de kikis au bazar d'ici, un déstocké à cosmétiques, à l'angle de la rue Verlaine près de l'auto-école. Une vie future promise au RSA, de nombreux stages en entreprise. Des amours de boîte de nuit. Un soir, un coup de baise avec un caïd et de près ou de loin, ce fiancé absent, violent, jaloux. Mais qui surveille... Tout cela dissimulé par l'avantageux emballage. Au fil du temps cette beauté en vient à convulser. Vocifère aux entrailles d'un monde penché sur une coiffeuse, celle qu'elle pourra un jour s'acheter à force de travail : en placage de palissandre surmontée d'une psyché à col d'oiseau, un rêve étrange de petite fille au destin porté par Sissi, ne regarder la vie qu'à travers un miroir, devenir reine dans un palais. Quand elle sût que c'était impossible, elle choisît de "devenir star, comme Beyonce." ou comme Lara, passer à la télé.

Hurlement des douleurs ouvrant le coffre de la hyène à en briser menu le verre doublé des minuscules baies de l'immonde barre des "lauréades", un logement et d'autre noms encore pour ces nouveaux logis à nymphes jardinées parfois conçues pour les vieillards. A quelques rues de là, calfeutrée derrière des grilles blanches, ornées de plantes grimpantes, l'ancienne villa d'un couple de retraités : très prochainement "Les Hespérides"... Mais les vieux, ils ne veulent pas partir, ici c'est leur quartier. Et c'est ici qu'ils voudraient finir. Même si tout a changé, même s'ils n'osent plus sortir. Et revoilà le caïd déchiré secouant la grille. "Debout les morts !". Les vieilles personnes en tremblent. Un couvre-feu tacite s'est établi après 20H00. Toute les nuits, la musique sort de ces voitures, portes grandes ouvertes, au matin, le jardin est rempli d'immondices, canettes vides, sacs de chips éventrés, la poubelle renversée, et sur la porte du garage, deux mots en lettres marronnasses déclinent en plusieurs exemplaires un puissant manifeste : "j'encule".

Tandis que la bien aimée, dans la peau de Lara Fabian, le buste corseté en pose d'échassière n'en finit de chanter : "j'y crois encore, on est vivant tant qu'on est fort". Star d'un soir à Charpennnes, l'alcool humidifiant à moitié son petit haut. Longues guibolles titubant, valse gauche des franges fatiguées brodant une jupe mini en lycra rose tendre. Elle est Lara Fabian. Star de toute son âme, ce soir, elle vise la gloire. Et jusqu'à épuisement, en tournant sur elle-même, elle ose être Lara Fabian : "j'y crois encore", les mots viennent et s'éraillent. La volonté, c'est ça. Elle croit très fort. Elle y arrivera. Parce depuis longtemps elle sait qu'elle ne pourra pas rester dans ce trou là. Déjà adolescente une petite voix chuchotait tout au fond d'elle: "reste toi-même, et tente ta chance". Il y avait encore une chose à entreprendre, une seule, mais la plus importante. Devenir vraie.

A l'autre bout de la rue, les vocalises tapent sur les nerfs. Le caïd intervient "Ferme ta gueule ! connasse !". Le couple de retraités monte le volume de la télé. "Ils ne vont pas nous empêcher de regarder "Questions pour un champion" quand même !"...Les hostilités sont ouvertes. La rue est intenable.

"Fermer ma gueule ! plutôt crever !" harangue la princesse. Sur un coup de goulot, elle se lance, conseillée par la petite voix, elle tentera sa chance : "Vas te faire enculer connard, je t'emmerde ! t'entends ?". Tout se poursuit en râles, course folle, chocs d'objets ramassés par terre, cailloux, canettes, bout de ferrailles. la princesse se prend dans la gueule, quasi la moitié d'une poubelle. L'arcade sourcillière saigne. Les potes tambourinent sur la poubelle "Waouhhhhhh euarghhhhhhhhhhhhhh, l'autre il est trop ! putain, t'as vu ? waouheuahhh moooortêêêl !" ils tapent des pieds, shootent les canettes, "Allez cul sec, faut fêter ça !" une grosse bande de gorets, l'un d'eux débraguetté pisse sur la porte vitrée du salon de coiffure. Extase. La fille court en pleurant jusqu'à la bagnole (une R18 turbo customisée Lamborghini), le moteur est toujours en marche, "Skyrock" joue à fond les gamelles. Elle tire de la boîte à gant un rouleau de papier toilette se plonge le visage dedans, entre les mains des lambeaux de papier rouge sang. Des feuilles mortes roulent dans le caniveau.

Mademoiselle Francine Barbonnier, Quatre vingt ans de vie ici née rue Descartes, chuchote à demi cachée derrière son rideau de cuisine: "Mais c'est dont pas Dieu possible de voir ça !"...

Photo: Du côté de l'avenue Salengro (?), un ancien atelier de tulles etc... Mémoire anachronique dans un quartier défait, refait vite fait bien (?) fait. Vu à Villeurbanne en Septembre 2009 . © Frb.

mardi, 15 septembre 2009

Les folles nuits de la Tabareau

"Sur la place Tabareau, un bocage délicieux, se trouve un trône tout serti de pierres précieuses...  Autour de lui fleurissent des arbres de toutes essences, dont les branches s'inclinent vers la terre sous le poids des corolles et dans lesquels chantent les oiseaux. Là des abeilles butinent le miel qui coule de ces arbres ; là le paon et la paonne dansent en faisant la roue..."

Petite Adaptation serponnelle d'après CHANDIDASA : "Les Amours de Radha et de Krichna". Editions Stock 1927.

ocres.JPGSi vous avez loupé l'épisode précédent c'est ICI

LUI - Ô  Rhada ! Douce paonne ! ma bien aimée ! Qu'attends tu pour franchir ce muret, et t' approcher de moi, n'entends tu pas mon chant d'Amour, quand soupire le croissant de lune ?

ELLE - Ô Krichna, mon krichna ! quelle folie que tout cela ! Ton feu m'attire, pourtant je ne puis franchir ce muret, j'ai presque peur en vérité.

LUI - Ô Rhada ! un baiser seulement, par delà ce muret, que nos coeurs s'unissent ! Laisse toi aimer, ma douce !

ELLE - Par tous les Dieux cachés dans ta prunelle fauve, ce mur qui nous sépare est si haut ! aide moi !

LUI -  Et bien soit ! pour que vive cette nuit la puissance de notre Amour, j'escaladerai ce muret sur l'instant, que ne ferai-je pas pour te prendre dans mes bras et d'étreindre entièrement ? Ô ma Rhada ! et quand enfin réunis, le désir nous mettra aux anges... Je t'emmenerai là bas, au pied du platane majestueux de notre Tabareau, et je nous ferai une couche, pour t'honorer toute la nuit...

ELLE - Ô Krichna ! mon aimé ...

LUI - Chuut ! ne dis rien ...

Quelques minutes plus tard, au pied du platane majestueux de la Tabareau...

les aroumeuses bis.jpg

LUI - Là. Voilà... Ici, on sera très bien, ô ma Rhada !

ELLE - Euh... Tu es sûr, mon Krishna, que personne ne nous voit ?

LUI - Mais non, voyons ! quelle question ma Rhada ! je te le jure sur le brasier de ma prunelle. Fais moi confiance. Ne t'inquiète pas ...

(A suivre ...)

Que CHANDIDASA me pardonne, mais il y a le feu sur la Tabareau. Quant aux véritables "Amours de Rhada et de Krishna", cette légende venue du Bengale, (autre foyer, d'une toute autre ardeur), ce sera peut être le sujet d'un autre (certain) jour... Le Dieu Krichna, qui exprime la vie universelle est une des incarnations humaines de Vichnou (Vishnu, 4 bras seulement), source de l'intelligence, de la beauté et de l'Aroum. En lui sont rassemblées toutes les joies offertes aux Hommes. Comme nos feuilles pas tout à fait mortes, J'ose espérer que le choc des photos (et le poids des mots doux), vous en aura persuadés. Du moins ferons-nous un petit peu plus attention, quand à l'avenir nous marcherons près des feuilles (pas si mortes), de ne pas trop massacrer ce joli petit monde ... (Avec ces rouleaux compresseurs qui nous servent parfois de "souliers", ces ignares du microcosme, assassins à talons ou à lourd crêpe plat). Mais je m'égare...

Quant à Rhada, fille d'un roi. (La notre, fille d'un puissant brésar), était une princesse aveugle. Jusqu'au jour où krichna vint vers elle.

"Alors ses yeux s'ouvrirent. Elle le vit avant de voir le monde et l'aima parce qu'il représentait la Création, l'Infini..."

Photo : Dans les secrets de la Tabareau, quelques scènes de la vie nocturne. D'une première esquisse, (dérobée par une ombre intruse : photo 1), jusqu'aux chuchotements, de l'entremise à l'entreprise, ("on ne mégote pas avec l'Aroum" : photo 2), la nuit remue à la Croix-Rousse. Le vrai Grand Lyon et ses mystères, surpris (sans le faire exprès) dans la nuit du 14 au 15 septembre 2009. © Frb.

lundi, 14 septembre 2009

Que votre ombre grandisse...

Comme un lundi place Tabareau.

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A Solko et son ami Alceste.

En cette dérive enfin consentie, la légéreté tient du miracle. La lumière de Septembre pose à la fin de l'été les conditions de la couleur. L'anthracite roule sur la "tabareuse" des étoiles, aux iris châtaignes. Un semblant d' immobilité, offert à ces glaneuses, donne à lire une saison de vies. Les rousses arrivent. Un sillon d'or tracé entre la nuit et la journée. Sous la semelle, d'onctueuses rainures craquent des allumettes. Ici, un projet de brasier, là, quatre feux follets. Du bruissement léger sous le pas des bourreaux, à l'écrasant pied du bouliste portant ses lunes argentées, courtisées par un cochonnet ; nul ne songera un instant à s'immoler dans ces pépites. Il y aura pourtant une foule, penchée sur les sorcières, quelques bonnes fées aussi... Tous ces trésors échappés du fenier de l'Alceste, révèleront un tracé luisant comme la monnaie, ni sonnante ni trébuchante, mais légèrement ombrée quand le soir nous saisit. Si la lumière trébuche aux sillons de la rousse il ne faut pas douter que notre ombre grandira. Tout comme il est écrit (quelquepart, dans le ciel, probablement) que les éphélides hermaphrodites se reproduisent par milliers. Il est certain que d'ici quelques semaines, ou quelques jours à peine, elles recouvriront toute la terre.

Photo : Les premières rousses, posant place Tabareau dans un après-midi de fin d'été. Photographiées à Lyon, sur le plateau de la Croix-Rousse, Septembre 2009. © Frb.