01 décembre 2009

Monter Décembre

Monter décembre661.JPGLes plus beaux jours de la fête des Lumière ce sont les huit jours qui précèdent la dé-fête finale. Ou Le grand huit (propagande officielle). Et pour celui ou celle qui a la chance (???) de vivre à Lyon, rien n'est plus extraordinaire que de s'y balader jour et nuit ces temps-ci, la tête dans les nuages ou presque, car on jurerait qu'une toute petite partie de la population, je veux dire,"les mécanos de la générale", vivent alors comme ces chats de légende et de contes enfantins, tout simplement perchés là haut. On en trouve dans les arbres, (brésars), accrochés sur les branches, d'autres plus exubérants, embrassent les poteaux, toute la ville semble alors comme un grand cri d'amour où mille fragilités se grisent en suspension. Chaque bosquet monte ses personnages aux plaisirs les plus hauts. Chaque branchage a son prétendant. Eros est sur tous les sommets. Même les blanches mains, jadis glacées de la sainte Vierge, caressent la nuque de ces messieurs qui se dépensent sans compter au souffle d'une "Chanson pour elle".

Que ton âme soit blanche ou noire,
Que fait ? Ta peau de jeune ivoire
Est rose et blanche et jaune un peu.
Elle sent bon, ta chair, perverse
Ou non, que fait ? puisqu'elle berce
La mienne de chair, nom de Dieu !

Ces êtres fols, on en trouve aussi sur les dames (pas des Saintes Vierges, my god !), l'électricité de France à leurs pieds, hommes fourrageant comme des castors à se demander si Décembre, n'est pas à Lyon par excellence, la saison d'une brusque poussée de fièvres mâles qu'une brume doucement retrouvée attiserait dans sa discrète gangue nourrie d'un petit lait frotté aux malins lumignons. La Dame de la forêt Morand, (exemple), qu'on savait de pierre (et de Paul) mais surtout liée à André Pieyre, n'est point farouche quant à laisser les coquins idolâtres chercher à fleur de sens sous un pli de jupon une faille en bris de plâtre qui révèlerait un coin de peau. Amours secrètes des petits génies de l'éclairage boudés par ceux de l'agriculture de l'industrie. Le génie pur et retrouvé, génie de la luminosité. Lyon tel une chaufferie d'amantes, encenserait ces butinages. Ainsi des vigueurs impensables, opèrent un curieux déplacement glissant peu à peu nos promenades aux sentiers d'une carte du tendre.

Quand les dames, les poteaux, les brésars, auront été amoureusement savourés, quand tous les mécanos de la générale, les goûteurs d'éclairages, et les employés doux du puissant GranydoL seront lassés des escalades, quand l'échéance, viendra sans bruit, replacer tout à l'ordinaire. Nous arriverons pile sur le soir du huit. L'heure qu'il est échappera peut-être, mais la procession s'imposera, qu'on le veuille ou non, dans toute sa tyrannie festive. Tout au plus une orgie molasse, après de très beaux précédents. On ne parlera jamais de "ça". La parenthèse qui enchanta, se refroidira comme le marbre, un caillou enfermé dans un coussin de Lyon et pas même un suçon (les suçons sont de Lyon) sur la face cachée du brésar. De ces somptueuses crapettes que vous ne vîtes point ou si peu, lecteurs chéris, (victimes, qui sait ?), je serai prête à parier, un voyage en ballon (avec Solko (?) sous les lampions de la Scala de Vaise) qu'on ne vous en jettera que les miettes. Peut être même un peu moins. Peu importe, que ce soit de l'amour ou du lard, il faudra bien suivre la fête...

Photo: La conquête de la Dame de pierre dans la forêt Morand par les mécanos de la générale du GranydoL, (qui sont de sacrés montagnards !). Lyon, place Lyautey. Première de Décembre 2009.  J - 4 avant les premiers allumages. © Frb.

30 novembre 2009

Tous, un, chacun

Hier à l'heure la plus silencieuse le sol m'a manqué : le rêve commença. L'aiguille s'avançait, l'horloge de ma vie respirait, jamais je n'ai entendu un tel silence autour de moi : en sorte que mon cœur s'en effrayait [...]

FREDERIC NIETZSCHE : "Ainsi parlait Zarathoustra" (1). Editions Flammarion 1996.

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Lundi, dix neuf heures trente. Nous sommes chaque jour plus sûrs de nous. Dans un monde plein d'images, la notre est dépourvue. Une procession de silencieux sous les "Bose" invisibles. Dissolution en tissus mous des ailes d'ange. Une empreinte animale dans un mouchoir en soie, de l'achat sur les murs et des fleurs fraîches dans les bras de Monique Vandroux, (voir notre photo : troisième personne au fond à droite) à côté de monsieur (assis en face). Et tous ces gens, bacaroulés, le nez dans les pistils safrans d'un bouquet sidérant.

Première merveille du monde : venir à eux sans hésiter, venir à eux, c'est tout, et savoir leur parler. Toute l'innocence des cordes vocales, dans un "je vous en prie, s'il vous plaît". C'est une station longue, atonale. Un crépuscule minier. De la tourbe et beaucoup de sable dans ce chariot achalandé de chairs pures et véritables. Des lèvres pourpres. Des poitrines gonflées. Ici des paniers de salade, là un luminaire empaqueté. A terre quelques publicités en forme de cylindre. Quelques minutes d'un seul tenant, sans jamais respirer. Et l'odeur de la pluie répand, celle du vieux chimpanzé.

Chaque souci dans son enclave. Au signal assuré, à station Foch, le riche est là, Philibert de Saint B. (Cinquième personne à gauche), ensemble tweed, manteau de cuir blanc pour la star Vanessa Coco (styliste cool, assise au bord). Une place à part à son spectacle, Melle Branche (hors champ), qui n'aime pas bien les étrangers, entend chanter a capella "svalutation", par des arabes : "Ils mettent LEURS pieds sur NOS fauteuils, c'est NOUS qu'on paie, quelle déchéance !" et sans cesser de tricoter, jette un oeil sur monsieur Grenier (debout, au centre, en blouson beige) qui baille en moue de vieil enfant. "S'il avait voulu, seulement...". Rêves de jeunes filles. Fiel d'ingrate. Il n'y a que mailles... Des bras s'emparent. Un monsieur à son avantage frotte un genou ingénu contre la cuisse d'une dame d'un âge. La mode est à la bigarade.

Perdus au fond, Juliette et Gilles, (le nez contre la vitre hors champ) en tandem ipodés, découvrent "Diamonds are forever" dans une reprise d'Arctic Monkeys. A l'extase stéréophonique, Monsieur Broix, professeur de lettres, recopie sur un bloc rhodia (16), une note rapide de Jacques Vaché traversant le ciel de la guerre, avec une hâte catastrophique puis s'anéantit doucement, fondu au comité des sucres du réseau TCL, une voix d'hôtesse à cajoler, énumère chaque station juste avant l'ouverture des portes, (automatiques, on s'en doutait) : Hôtel de ville-Louis Pradel, Foch, Masséna puis Villeurbanne-Charpennes, correspondance pour Jean Macé, l'ancien terminus de la ligne B, une sortie en vue imprenable sur la rue Elie Rochette pas loin d'Athènes et des trois pierres. Ou, mettons, prenons le sens inverse : Charpennes-Villeurbanne, Masséna, Foch, Hôtel de Ville-Louis Pradel, correspondance Croix-Rousse, Hénon, Cuire. Là, on emprunterait l'escalier déroulant un traité de bave (sans même une trace d'éternité), mais à discrépances variées. Deux minutes de descente, à retomber dans un cul de sac, pour courir après une ficelle. A cet instant, je règle ma vie sur ton pas, camarade ! et je cours, (court, toujours !), une tortue à cet horizon qui se restreint et m'exacerbe. Madame Lantier avec sa canne (a refusé de figurer). Il m'importe de ne pas louper l'aérienne Croix-paquet, ("cruci-paquet" pour les intimes), station de charme, une forêt de courants d'airs et de chaises alignées. La radio collective abreuve ses passagers, un coup de jet dans les pavillons. Souchon, Voulzy, Cloclo, Maurane. Le plan d'urgence est abordé : ipodage immédiat. Jean-Luc Béraud, (arrière petit cousin de...) pose un oeil consterné sur le corps bleu de ma prothèse. Le tunnel se coltrane. Monsieur Broix, ferme son cartable. Jacques Vaché, pose une grenade sous un drôle de stylo. Monsieur Broix salue monsieur Guy. Et le jeu recommence. Dix neuf heures cinquante six.

Nous étions vingt, nous voici trente. Nous étions des milliers, nous voici vingt ou cent. Ils étaient trois garçons, nous étions deux amants. Vingt cent mille ânes. Et cent-vingt rois. Ils étaient des millions. Six mille huit cent quatre vingt huit milliards. Nous étions trois petits chats...

[...] Soudain j'entendis l'Autre qui me disait sans voix : "Tu le sais Zarathoustra." —
Et je criais d'effroi à ce murmure, et le sang refluait de mon visage, mais je me tus.
Alors l'Autre reprit sans voix : "Tu le sais, Zarathoustra, mais tu ne le dis pas !" —
Et je répondis enfin, avec un air de défi : "Oui, je le sais, mais je ne veux pas le dire !"
Alors l'Autre reprit sans voix : "Tu ne veux pas, Zarathoustra ? Est-ce vrai ? Ne te cache pas derrière cet air de défi !" —
Et moi de pleurer et de trembler comme un enfant et de dire : "Hélas ! je voudrais bien, mais comment le puis-je ? Fais-moi grâce de cela ! C'est au-dessus de mes forces !"
Alors l'Autre repris sans voix : "Qu'importe de toi, Zarathoustra ? Dis ta parole et brise-toi !"

F. NIETZSCHE. "Ainsi parlait Zarathoustra".(2)

Photo : Comme un lundi à l'assaut d'une rame. Métro Lyon, (je ne sais plus précisément où. Ici ou là, dans une rame c'est toujours un petit peu pareil, non ?). Novembre 2009. Dernière.© Frb.

29 novembre 2009

Petit à petit, l'oisif ...

Johnson - L’oisiveté engendre l’ennui.

Boswell - Si fait, monsieur, parce que les autres sont occupés, de sorte que nous manquons de compagnie. Si au contraire nous étions tous oisifs, nous n’éprouverions nulle lassitude ; nous nous divertirions les uns les autres.

JAMES BOSWELL (1740-1795). Extr. "La vie de Samuel Johnson". Editions "L'âge d'homme", 2002.

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En juillet 1877, Robert Louis STEVENSON publia un essai philosophique tout autant qu'une critique (dans la revue Cornhill Magazine) sur la société et sa relation au travail : "Une apologie des oisifs" disponible en français aux éditions Allia, en langue originale sous le titre : "An apologize for idlers". Dans l'esprit magnifique de R. L. STEVENSON, (et l'on notera au passage que nos politiques actuelles dites "de civilisation" n'ont pas encore atteint ce seuil extra de modernité, de bienveillance ; pour ne pas dire qu'elles s'en éloignent...), oisif ne signifie pas "ne rien faire", mais plus exactement (et dans le flou le plus espéré) : "faire des choses intéressantes" qui bien sûr, "échapperont aux dogmes de la classe dominante" il faut bien que l'auteur le mentionne un peu. STEVENSON s'en donne à coeur joie pour critiquer les "besogneux" et cette sacro-sainte valeur-travail, qui n'enlèvera pas pour autant aux humains leur insignifiance. Bien sûr, à présenter comme ça, par ce sujet louant l'être oisif, et qui caresse assez le sens du poil des paresseux, on pourrait vite verser dans la facilité voire dans la complaisance, mais l'imagination solaire (et pas seulement), de STEVENSON, son style digressif, profondément talentueux nous embarquent comme rien. Jamais docte, ni futile, STEVENSON connaît son sujet, évitant les écueils d'une séduction truquée, il se pose en passeur et plus encore, en éclaireur. Ses petits textes gagnent en saveur, quand on les lit, tête en l'air (c'est ainsi que lisent les oisifs), parfois, au bord d'un fleuve drainant tous les lumbagos de sa ville, juste en dessous du tintamarre et du dernier soupir dominical déjà voué aux astreintes de maître lundi. Ainsi ai-je dévoré le livre, sans y penser ! près de la cabane du pêcheur Honoré, fine comme l'aile de l'Anax imperator, tendre comme les pilotis de la maison d' Alceste, que vous finirez bien un jour par entrevoir dans quelque frayage buissonnier, à cette improbable croisée des mondes quand l'oisiveté devient un lit presque amoureux.

Sans réserve, j'adorerai toute ma vie STEVENSON qui me prit par la main un jour d'été afin que je puisse échapper à d'autres sortes de lectures, par exemple, celles de ces organismes qui déjà sur l'enveloppe raccolent votre culpabilité. Celles de ces structures qui vous demandent de leur rappeler ce que vous faites dans la vie, cocher des cases, fournir des preuves, remplir encore, et puis signer avec la date, exactement là, où c'est dit. Le tout "accompagné" par le nom de quelqu'un qui "suit votre dossier" (votre dossier numero tant est suivi par Madame Claude Vairolle) tandis que nous, avant que le papier ne soit posté, nous sommes déjà pris dans la peur des conséquences. Le dossier doit être renvoyé avant la date prévue, notée en gros (en rouge parfois) sinon, gare ! s'ensuivront de sourdes menaces aussi lourdes en malentendus etc... Rien que du très banal, mais du très banal de survie.

Pour avoir subi deux fois le même entretien dans une pièce sans fenêtre, couleur papier kraft, avec je ne sais quel employé diplômé dans les ressources sociales (c'est pas comme ça qu'on dit ?) asservi à vous "reclasser", (parfois on peut très mal tomber)... Pour avoir, par le commerce avec monsieur le subordonné, éprouvé quelques temps la certitude, qu'il fallait urgemment que je sois reclassée, ou que je meurs à petit feu voire sur le champ ; à moins, que j'accepte obligatoirement un autre entretien avec une subordordonnée supérieure et plus spécialisée dans les cas plus ou moins "sensibles" comme ils disent... N °456, deux heures de chaises en plastique orange un gros tas d'épaves dans mon genre tous diplômés des écoles d'art, des comédiens postulant pour figurer (en figurants) dans un futur "Louis la Brocante", des plasticiens portant à bout de bras, des books monumentaux remplis de photos d'installations en plexiglass qui n'intéresseront pas. Tous, présentables pour la carrière, au rendez vous de la dite chef des subordonnés. Pas de quoi pavoiser. N° 456 ? -" Oui, le 456 c'est moi ! bonjour madame !'. Rampant et lèchant le pied de mon sauveur : "bonjour madame la subordonnée supérieure  etc etc...".  Pour avoir foulé un instant le bureau d'une haute responsable de l'ANPE (lisez encore pour la poilade =  de "l'ANPE des artistes", il y a des jours où on se demande qui a crée ces mondes...), qui regarda une demie-seconde mon piteux Curricoucou.V que j'avais tapé à la machine toute la nuit , recommencé cent fois ... Face à cette dame très importante qui, ne comprenant pas le genre de diplôme que j'avais obtenu, me dit (en secouant sa grosse tête de lionne, emmanchée d'un petit cou de serpent à tordre) : "Vous ne comptez tout de même pas trouver un travail avec ce genre de diplôme là ?". Que dire ? Répondre - Ben si !" serait d'une insolence... Donc écouter. Oui. "Chercher la solution ensemble", comme elle disait. "La solution, (ensemble ) c'est de vous envoyer au bureau de l'anpe normale pour un reclassement, voilà tout !". Que dire encore ? Répondre que j'en revenais tout juste, et que c'était même le subordonné, son inférieur de "la normale", qui m'avait envoyée ici ? C'aurait été d'une imprudence ! Ainsi, ai-je durant des jours (semaines ? mois ?) gaspillé ma jeunesse en cheminant, de l'anpe "normale" à l'anpe des "artistes", (c'était le temps où rien n'était regroupé, aujourd'hui ça a fusionné, l'idée est d'ailleurs formidable !!!) pour trouver (ah, j'ai oublié de le mentionner, pardonnez moi), pour trouver un travail. A la base c'était ça l'idée. Trouver un travail. Voilà.

Pour avoir vendu des espadrilles invendables dans une vague chausseria de la fosse aux ours (on en rit encore, moi pas vraiment), pour avoir classé des barboteuses par ordre alphabétique dans un magasin du genre Grobaby rue de la Barre, pour avoir emballé des éléphants imitation Ganesha en pseudo bois écolo-gaga (méfiez vous des imitations !) et des bougies idiotes aux vertus relaxantes à l'Hippopotashop du grand centre commercial la part-Dieu par la grâce du reclassement et de mes diplômes prestigieux... Pour tout cela, oui, sans réserve j'adorerai toute ma vie STEVENSON, qui, par ses beaux écrits me l'a en quelque sorte sauvée. La vie. Je veux dire la vraie. (Pardonnez la syntaxe), et par la grâce... (La vie, encore ! n'est pas si mal foutue, au final) de mon "supérieur hiérarchique" = oyez ce terme qui sonne diable ! comme une tautologie à en tartuffer les babouines et les babouins qui se disputent leurs Kinder bueno autour d'une machine à café ; mon patron, donc, (restons simples)  du magasin de la fosse aux ours, qui n'était pas un mauvais patron (j'adore le patronat !), juste un monsieur âgé, genre vieux singe fatigué par sa propre grimace, qui avait pris la peine (tout de même!) de lire en entier mon "parcours", me convoqua dans son bureau un jour d'été pour m'annoncer : "Enfin je ne comprends pas, vous n'avez rien à faire ici", j'ai répondu "ben oui je sais bien ! et puis de fil en aiguille, comme j'étais plus ou moins virée, nous bavardâmes un brin, le monsieur, m'avoua qu'il s'ennuyait assez dans son métier qu'il avait plus ou moins choisi et qu'il se préparait un départ avant l'âge, pour se retirer à tout jamais, dans les Cevennes afin de passer ses jours à se promener et lire ses auteurs préférés, drôle de destin pour un roi de l'espadrille.... De là il me parla du "Voyage avec âne dans les Cevennes" puis de fil en aiguille d'un autre petit livre... C'est un comble, mais grâce à cet homme admirable, je découvris les pensées de STEVENSON et par delà cette très fugitive apologie du patronat, celle des oisifs.

Ainsi effeuillant au plus loin, une biographie de chausseria, les affres de petite quotidienneté, j'aimerais, vous présenter monsieur STEVENSON (faites entrer !). Au grand luxe des flemmes, sous un soleil d'automne baillant dans un ciel doux un peu lacté, de l'heure du coq à l'heure du chien, sur des rives aquarellisées, quand chaque fraction de secondes, entrent toutes en béatitude et peignent la girafe aux frais de l'empereur. Monsieur STEVENSON en personne traverse la grande allée, pour nous montrer les beaux sentiers, en déchirant nonchalamment quelques dossiers, et autres pages un peu tâchées...

"Une apologie des oisifs". Extrait :

"[...] Je n'ai pas le temps de m'étendre sur ce formidable lieu d'instruction qui fût l'école préférée de Dickens, comme de Balzac, et d'où sortent chaque année bien des maîtres obscures dans la science des aspects de la vie. L'élève qui fait l'école buissonnière [...] peut tomber sur un bouquet de lilas au bord de la rivière et fumer d'innombrables pipes en écoutant le murmure de l'eau sur les pierres. Il entend un oiseau chanter dans les halliers et là, il se laisse aller à des pensées généreuses et voit les choses sous un jour nouveau. Qu'est ce donc si ce n'est de l'instruction ? [...]"

BRESAR_ 1.JPGNota 1 : Toute ressemblance avec des situations réelles, ou des personnes existantes ou ayant existé serait fortuite et indépendante de ma volonté.

Photo 1 : Le pêcheur Honoré, au bord de son fleuve sacré, pêchant pour rien. Vu côté berges du Rhône, à l'heure du coq.

Photo 2 : Un autre petit coin de berge, et son brésar déplumé photographié par l'oisive même, juste après le départ d'Honoré, à l'heure du coq, s'acheminant cahin- caha, vers l'heure du chien. Lyon. Avant-  Dernière de Novembre 2009. © Frb.

Nota 2 : Pour des raisons bêtement techniques, je suis désolée de ne pouvoir actuellement, visiter, les blogs amis autant que je le souhaiterais. Je vous remercie ô commentateurs ! de venir ajouter un grain extra, au jour le jour, à  C.J. et j'ose espérer, être en mesure de reprendre à loisir, ces balades virtuelles, appréciées aux domaines kamarades.

28 novembre 2009

Comme un soir presque tranquille

soir.JPGDans les maisons il y avait des fuites d'eau, des plombiers sur des escabeaux. Des ouvriers dans l'escalier étaient agenouillés devant une porte. Rue de Brest à Lyon, on avait pendu sur des fils, des étoiles entre les maisons. Le milieu de l'après-midi ressemblait à un soir tranquille. Sur le muret bordant le Rhône à quelques mètres de Morand-pont, une jeune fille lisait Modiano. Le paysage, l'étrangeté des ritournelles et des points fixes. Une valse muselée aux paradoxes des "Dimanches d'Aôut". Quelques personnes, encore, traversaient l'esplanade emmitouflées comme des enfants, à l'heure du goûter, plongeant pudiquement une moitié de visage dans des viennoiseries fourrées de frangipane. Il montait de la ville, une odeur de chocolat chaud. Les rues étaient désertes et les ponts désolés. Discrètement déjà, on ramenait les machines, pour une fête des lumières, qu'on avait décidé, cette année sous la sacro-sainte thématique de la nature. Assis par terre près d'un bouchon lyonnais, l'hiver glacerait les bonnes consciences, nos intranquillités, une main tendue, un spectre légèrement affublé, sur la tête un foulard et une corbeille aux pieds ; à ses côtés un garçonnet jouant de l'accordéon avec un doigt, deux notes slaves et la rue Verdi tirait sa roulotte, en ombres rares jusqu'aux luminions du bordel élégant de l'opéra où les danseurs de hip hop, RnB. draguaient les filles en marchant sur la tête. D'autres humains moins virtuoses anticipaient l'heure de l'apéro aux terrasse des cafés de la grande place, des employés, des bureaucrates, et des types en cravates qui n'étaient sans doute rien de tout cela. Des gens venus de la campagne demandaient leurs chemins. On vendait des pagnes bogolans au magasin Toto, les vieux osaient la trottinette, les jeunes la casquette à carreaux. Plus bas, le long des berges une jeune femme marchait un bouquet d'immortelles à la main. Jamais le vol des mouettes n'avait été si haut. Le ciel semblait peint par Jacob Van Ruisdael. Dans quelques secondes, le feu-piétons passerait au vert, nous serions une dizaine à traverser le pont...

Pour rejoindre le pont Morand, Il faut traverser deux fois la même route. Cela se fait sans y penser. Les piétons se mêlent aux rollers, et aux lourds vélos d'amour (on dit Vélo'V), qui trimballent dans leur guidon toute l'écologie pratique et techniciste du nouveau monde. Le Rhône est d'une belle couleur brune. Ses reflets cruels semblent doux. Une mer huileuse si l'on se penche, beaucoup plus fluide au loin. Par les flots on devine toutes les peines de coeur et ces corps remués sous ce fleuve éprouvant. Ces drames innombrables jamais ne se prononcent. Il y a des épines dans la gorge du Lyon.

Balade à suivre (peut être)...

Photo : Le fleuve Rhône en automne vu du Pont Morand à la fin de l'après-midi. Novembre 2009.© Frb.

24 novembre 2009

Les belles f(r)ictions

"Ceux qui n'ont pas exigé, un jour au moins, la virginité absolue des êtres et du monde, tremblé de nostalgie et d'impuissance devant son impossibilité, ceux qui, alors, sans cesse renvoyés à leur nostalgie d'absolu, ne se sont pas détruits à essayer d'aimer à mi-hauteur, ceux-là ne peuvent comprendre la réalité de la révolte et sa fureur de destruction."

ALBERT CAMUS. "L'homme révolté". Editions Folio 1995.

feu B.jpg

Une nuit, au moins, en fouillant sous le ventre d'un caillou, vint une rumeur de vies anciennes, au cratère, des lamentations, et l'odeur encore fraîche de quelques corps calcinés après un combat révolu (disait-on) dont l'ultime précision, quelques détails réels, se délitaient à mesure que nous classions par ordre de grandeur chacune de nos révolutions. Une nuit, au moins, je sentis ces démons brûler méthodiquement la terre, rouler doucement sous les maisons, se rassasier des chairs que nous laissions tomber avec nos ombres. Vieilles canines de chiens, rêves lunaires, anciennes peaux...

Sous une pluie malodorante passaient les amours mortes. Et là, juste au dessus de ma tête, le crin crin d'un libre électron pris dans le tournis de son cercle remisait l'avenir de l'homme, avec sa femme. Tous deux, penchés sur la rambarde du balcon de la maison moderne, me regardaient tisonner les pierres, frictionner cette tombe d'où remontaient quelques aïeux entourés d'elfes noirs... Dans l'enclos de cette rue bordée comme un jardin, de cyclamens pâles et de géraniums sanguins, j'imaginais les grands espaces. Des musiques muettes inventant le feu à l'archet. De quoi griller la mémoire courte... De quoi remuer le vieux bois, de quoi inviter les revenants à se coucher dans le lit des vivants. Coeurs ignifuges à dégommer d'une caresse épouvantable, fine comme du papier argent. La nuit n'offrant pas d'autre spectacle, l'homme et la femme s'en contenteraient.

Photo : Rue de l'Auguste, la nuit. Au hasard d'un chantier, cinq pavés se réveillent au fond d'un gouffre immense, ou, sur la colline qui travaille (et qui crie aussi), les fantômes, (ces anciens soulevés), préparent l'ex-futur incendie. Vu à Lyon, Croix-Rousse. Novembre 2009.© Frb

19 novembre 2009

On a vraiment marché sur le coup de grâce

oui ça va mal
oui les temps sont critiques
et de tous les malheurs qui grognent à nos mollets
de tous les abandons qui nous vident le cœur
de toutes les défaites qui nous brisent la nuque
l’enfermement où dans ces heures poisseuses
on tient désormais la langue notre langue
la langue commune la langue partagée populaire
celle-là l’improbable la sauvage et la douce
qui dit la bonté de l’instant
et la chiennerie des jours
cet enfermement-là
qui n’apparaît pas
qu’on ne sent pas
qui ne s’avoue pas
de tous nos malheurs pourrait être le pire [...]

JEAN PIERRE SIMEON : 3 septembre 2003, (Source "Objection du poème" in "Etats généraux de la culture" à Lire intégralement  ICI Remerciements aux "Îles indigo", qui m'ont précisément insufflé l'envie de découvrir mieux J.P SIMEON , à découvrir également  ICI

coup de grace.JPG

Vous n'avez peut être pas souvenir de ce billet daté du 28 juin 2009, me perdant assez régulièrement dans mes archives, j'avais presque oublié moi-même. Naïve que j'étais ! ce billet titré "On a marché sur le coup de grâce", qui évoquait grosso modo cette notion du "coup fatal porté à l'homme ou l'animal", s'ensuivaient quelques autres questions, bref ! le reste peut se relire ICI ... Alors naïve ! évidemment ! car ce beau graff presque turquoise glissé sous la semelle, caressé tendrement sur un bout de trottoir m'avait persuadée (presque) sans l'ombre d'un doute, des bienfaits de la poésie urbaine et du talent quasi situationniste de nos graffeurs un peu poètes que j'avais même imaginé chouïa subversifs (!) si c'est-ti pas beau d'avoir des peaux de saucisses devant les yeux ! à l'heure qu'il est, et qui m'échappe plus que jamais, je maudis cette pauvre naïveté, qui m'a vouée à un enthousiasme louant une entreprise que vraiment, j'aurais préféré passer sous silence. Toujours ce retard d'arrière garde, qui met à l'abri des "tendances", donc à l'abri ? J'en doute ! Oserai je encore cette note d'espoir avec la même pauvre naïveté ? A moins que ce ne soit qu'un gros déni ? Chagrin larvé). A l'heure qu'il est, disais je, il vaudrait mieux sans doute prendre une retraite anticipée pour aller habiter d'autres fonctions, s'initier à la vie de la ferme (traire les vaches à Suzy les Charolles ?) ou hiberner (autômner ?) sur la plus haute branche d'un brésar tagué par d'adorables crottes de mésanges, au moins pour la pureté, la noblesse des intentions, ce seraient là de vrais graffs "à l'ancienne" complètement bio, que les oiseaux (mes anges !) balanceraient du ciel comme des confettis sans vendre rien. Et les nostalgies s'accèlèreraient sans doute. Regret d'une sauvagerie passée, d'une poésie urbaine intouchable, intouchée, il y a moins d'un an encore, à caresser des yeux toute la beauté d'un graff joli, polymorphe mais pas pervers.

Comme je ne suis pas tout à fait en état de grâce avec mon époque, sinon juste trimballée par "l'absence de vie" cachée sous une pléthore d'expressions folles, je vais faire amende honorable, et avouer à mon lecteur (adoré), que sur ce coup là, ("de grâce !") je me suis carrément fourvoyée, et que pour la bonne cause (?) je me suis bien appliquée (à mon insu, evidemment !) à faire l'éloge de tout ce que j'abhorrais. C'est justement de me faire emballer "à mon insu" qui est consternant. Je me dis que ça pourrait aussi arriver à d'autres ...

Du mois de Juin (date de la découverte du graff) au très beau de Septembre, jusqu'à l'été de la St Martin, j'ai cuvé cette déception. Puis il y eût quelques pas qui firent avancer notre enquête. Kl-Loth dans le rôle (prestigieux) du détecteur de faux, spécialiste du "vrai" graff authentifié "sauvage", (ou "artistique" si ce mot a encore un sens en ce bas monde) avait déjà avant tous, pressenti depuis quelques temps que le vent du street art tournait, parfois bizarrement. J'en fus avisée au plus vite : ce graff qui me paraissait si fin, tellement malicieux sur son bout de bitume gris, posé en des lieux extrêmement choisis n'était peut être au fond qu'une opération de marketing (de plus ?), je cite la réaction du détecteur de faux Kl-Loth au début de l'enquête datant de Juin exactement : "La localisation de ces graffs à la sortie des stations de métro, me fait penser à une opération de marketing viral. Mais je n'ai pas encore trouvé de quoi il pourrait s'agir… Du dernier film Harry Potter ?". Evidemment, je persistais à croire que non. Ou comme le dit un personnage d'un petit film très intéressant datant de 2006, réalisé par Fabienne GODET qui a pour titre "Sauf le respect que je vous dois" je cite : "Quand on a la tête dans le sable, on ne voit pas qu'on a le cul à l'air" (une maxime pop qui ne marche pas seulement pour le marketing viral que des gneugneus dans mon genre (allez ! bon !) prennent pour de l'authentique (alors que ce dernier mot même manque déjà de définition). Ca marche pour tout, et beaucoup en ce moment, cette histoire de vessies et de lanternes. Quand on pense, (ma bonne dame !) que l'UMP a failli s'appeler "la maison bleue", à cause d'une vieille chanson rebelle, signée Maxime Leforestier, (je vous épargne le lien), on aurait assez envie de mettre la tête dans le sable et le cul au chaud, de s'offrir un sabordage extrême, tant qu'à se faire asphyxier autant choisir son atmosphère avant de se retrouver complètement pillé, le cerveau tambouillé vivant, dans la marmite des rappetous. Ce n'est pas d'avoir manqué d'intuition qui pique à ce point le nerf, (ça recuit un peu la vanité mais si ce n'est que cela, on s'en remet), non, ce qui pique mortellement le nerf c'est de constater jour après jour, progressivement, d'une manière implacable, que toutes les parcelles d'invention, toutes les improvisations, les expérimentations, les alambiques dingos, les élans formidables, les pages perdues des calepins de quelques artistes cherchant la modification celle-ci rimbaldienne parfois ("changer la vie" ?) ou non, sur un mode assez doux, sitôt inventées, sitôt se trouvent pliées, ciblées, organisées par les chasseurs de tout, experts en communication, créatifs colorés, qui seraient prêts à coacher des chèvres si ça leur rapportait. Toute la pub et ses publivores. Et pas si nouveau mais nouvellement proliférant, surfant sur nos petites vagues 'in" et "top", un truc qui sonne du feu de Dieu : "marketing viral". La formule, fût inventée, ainsi soit il ! à défaut d'y penser, elle nous distraira un moment.

Ainsi la nouveauté, force de vente, de la publicité urbaine, est donc de semer à présent, quelques phrases-mystères ici ou là, en des coins stratégiques de nos villes... Un peu à la manière des cadavres exquis des surréalistes, (sauf que le désir n'est plus tout à fait révolutionnaire), même "marketing viral", pourquoi pas, sur le mode des détournements situs ? Deux adjectifs feront l'affaire, pour les cibles du tout venant, vidés de sens, devenus peu à peu obscènes, saucés dans tous les récipents : "Ludique" et "atypique". Nos marketagueurs ont des lettres et du talent à revendre, ils savent réajuster la gamme sur d'anciens coups d'éclats, même historiques. On peut ainsi avoir beaucoup de talent et en même temps servir des causes de merde, les exemples ne manquent pas en voici un, entre autres (avertissement : la chute est assez désolante) ... Rien qu'aujourd'hui, cet après-midi, j'en ai croisé trois de machins de marketing du genre viral dont un annonçant la sortie du parfum d'Yves Saint Laurent, en pochoir mural "(contre) façon sauvage" sur toutes vos bonnes banques et autres murs de petits collèges. La pub jouant aussi dans la cour de ceux qu'elle nomme les "atypiques", (forcément ludiques) qu'elle porte aux nues quand ça l'arrange. Tout en free style on plie l'affaire ! saucissonnée, enzyme-gloutonnée dans le fatras, la poésie s'en retrouve ratiboisée mais peu importe! tout ça évoluant tranquillement sur son rien, finira par un magistral "prout sur ton portable" pour "foutre la honte à tes amis", bref,  pour un peu on deviendrait amer à constater que toute expression de révolte est désormais vouée à l'impuissance, épuisée sous le corps du poulpe qui nous mange du dedans mais bon joueur, daigne que notre coquille survive, comme si .

Le grand tambour fait son marché  jusqu'à la confusion des genres, vessies, lanternes dans le même panier... Non pas qu'il me viendrait à l'idée de critiquer une revue d'art (oh non, quand même ! surtout une d'art contemporain, (quoique... Peu m'en chaut !) laquelle justement, et on se demande par quel hasard même (inconsciemment) politique ? s'appelle "le coup de grâce" (en vente à l'occasion de la biennale, 5 euros) et dont le slogan d'emblée nous prouve tant de bonnes intentions : "car la culture est un art de vivre", bon d'accord. Et alors ? Là encore je peux me planter et dans deux mois, je vous conseillerai peut être de la lire cette revue. "La culture est un art de vivre", aujourd'hui pourquoi pas ? S'il s'agit d'art de vivre. Ca ou un catalogue de meubles scandinaves...

"A ce mouvement essentiel du spectacle, qui consiste à reprendre en lui tout ce qui existait dans l'activité humaine à l'état fluide, pour le posséder à l'état coagulé, en tant que choses qui sont devenues la valeur exclusive par leur formulation en négatif de la valeur vécue, nous reconnaissons notre vieille ennemie qui sait si bien paraître au premier coup d'oeil quelque chose de trivial et se comprenant de soi-même, alors qu'elle est au contraire si complexe et si pleine de subtilités métaphysiques, la marchandise."

GUY DEBORD : Extr "La société du spectacle" 1967 editions Buchet /Chastel.

Photo : La cruelle vérité. Le coup de grâce démasqué, affiche photographiée, derrière une vitre, rue de la République, au niveau de la bouche (vorace) de la station Hotel de ville à Lyon presqu'île. Octobre 2009. © Frb

16 novembre 2009

La musica ideal (Part I)

21 secondes sur un grand radeau


10 novembre 2009

Passer à côté de l'amour

A une petite seconde près....


08 novembre 2009

Le croûton, l'oiseau, et le Grand collisionneur de hadrons

PIGEONS0007_2.JPGUn oiseau laisse choir un croûton de pain et c'est l'apocalypse au royaume des particules. Monsieur oiseau (on soupçonne fortement un Tangre de Ranchal autre nom de la chouette (!), transportait dans son bec un croûton. En survolant l'accélérateur de particules du CERN, le bel oiseau, lâcha (par distraction sans doute, quoique la thèse soit controversée), des petits bouts de son croûton sur une installation électrique. Jusque là, tout va bien et je ne suis pas si décalée que cela, puisque l'incident a eu lieu mardi dernier (03 novembre 09) or, nous ne l'apprendrons que 09 Novembre, (on nous cache tout, on nous dit rien) mais comme cette date, n'est pas encore apparue dans notre calendrier certinjournien. Je vais être la première dans cette dimension du temps unique au monde, à vous dévoiler le grand secret :

Je rapporte ce que j'ai lu en toutes lettres dans ma boule de cristal, un papier adorable écrit par un journaliste (bien sympathique), sans doute sorti des grandes écoles, lisez :

"L’oiseau - pour une raison encore indéterminée - a lâché ces miettes, pile où il ne fallait pas, sur l’installation qui alimente les secteurs 7-8 et 8-1" de l’accélérateur, autrement appelé LHC ou Grand collisionneur de hadrons. De quoi provoquer "les mêmes effets qu’une coupure de courant normale pour laquelle les systèmes de protection de la machine sont très bien préparés", assure la note du Cern."

Nous y sommes. Lâcher un croûton, certes, est une chose à la portée de toutes les créatures, à deux, trois ou quatre pattes, mais lâcher un croûton pile poil sur les secteurs 7-8 et 8-1 du Grand collisionneur de hadrons, moi je dis : "chapeau l'oiseau !". Evidemment Interpol est sur les dents, pour DETERMINER LA RAISON (!) qui aurait pu pousser l'oiseau (ce terroriste ?), à jeter un croûton juste "là où il ne fallait pas". Quant aux 7000 scientifiques qui ont été mobilisés durant plus de douze ans pour la construction du plus grand accélérateur de particules du monde, (un instrument de physique d'une précision inégalée) ils n'en pensent rien.

Sur d'autres articles parcourus, on appréciera quelques formules bien mignonnes, assez hautes en couleur mais nullement romancées. D'ordinaire j'invente tout, mais là, je n'ai plus besoin de me creuser la tête, la réalité portant à bout de bras son grain de sable, on ne se privera pas d'exulter (l'oiseau distrait étant au CERN ce que Tony est au convoyage de fond), vous comprendrez que ce genre de petite nouvelle, bien calée dans sa presse, entre une déclaration de monsieur Besson, et les remous provoqués par le débat sur l'identité nationale puisse combler d'aise les philosophes, et nous distraire abondamment. (On en a urgemment besoin).

Pour en revenir aux articles dits de "pure information (!)" on peut lire sous forme de depêche, celle-ci, diffusée un petit peu partout : "Mardi 3 novembre, un oiseau, présumé être une chouette, transportant une baguette de pain a provoqué un court circuit sur une installation électrique extérieure alimentant les secteurs 7-8 et 8-1 du LHC, le Grand collisionneur de hadrons, explique le CERN dans une note interne dont l'AFP a obtenu une copie. Le choc a provoqué «une interruption des opérations du système cryogénique du LHC, ajoute le CERN. "Ces morceaux ou miettes de pain" ont causé "un faible réchauffement du zéro absolu (-273,15°C) à -268 degré celsius", a précisé à l'AFP une porte-parole du CERN, Renilde Vanden Broeck"

Comme vous voyez l'affaire est très sérieuse. La chouette part chercher sa baguette de pain, comme le ferait n'importe qui. Et là, pour une raison indéterminée, un bout de croûton se fait la belle. (La chouette avait-elle l'intention de goûter prématurément sa baguette par le croûton ? (Comme chacun aime le faire, quand il revient de chercher le pain ? Que celui qui n'a pas grignoté prématurément son croûton de pain en route, lui jette la première pierre !), mais de cela on n'est même pas sûrs. Le fait est que le système de sécurité du grand collisionneur de hadrons (LHC) s'est enclenché. (Panique à bord ! les particules et les aimants sans dessus ni dessous eurent soudain très peur du croûton), et conclusion : il aura fallu trois jours (seulement !) pour que tout rentre l'ordre.

Rendez-vous compte ! un tout petit oiseau de rien du tout ! on l'imagine dépenaillé, sur ses pattes chétives, parti chercher son pain (pour nourrir maman oiselette et les pious pious) capable de paralyser l'accélérateur de particules le plus puissant du monde ! l'invention qui espère reconstituer la minute d'après le big bang, (comme si vous y étiez) un bidule dont le CERN a déjà tant de mal à venir à bout. Pas besoin de sortir des grandes écoles pour en tirer une belle leçon. On imagine d'ici, une fable de La Fontaine et sa moralité grosso modo du genre que la vanité de l'homme, elle en prendrait un sacré coup (je n'ose dire "dans l'aile"). "La sotte vanité..." Il faut dire qu'il aimait drôlement les oiseaux, le vieux Jean ! (Souvenez vous : "Le héron au long bec emmanché d'un long cou") ...Si je puis me permettre une parenthèse un petit peu fabuliste ou une pause. (Pour une fois que ce ne sera pas de publicité quoiqu'elle se glissera bien au travers, hélas !)

http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/hiroiso.htm

http://www.dinosoria.com/fable_02.htm

http://saphoria.blog.fr/2009/11/04/la-colombe-et-la-fourm...

http://www.dinosoria.com/fable_07_04.htm

Pour en revenir à notre chouette. Une "Fable oiseuse" racontée un journaliste du "Temps" émet  deux hypothèses, la première (hitchcockienne), c'est que l'oiseau en voudrait au CERN, par peut-être une mystérieuse prescience animale qui lui dirait que le Grand collisionneur de hadrons est dangereux, et donc, la petite bête, chouia lettrée, (connaissant l'histoire du grain de sable), délibérément armée d'une baguette, serait partie attaquer le monstre... Hélas le monstre a survécu quand même ! nul ne sait encore à ce jour si la planète pourra survivre. Comme on ne nous dit pas tout, les conséquences rétroactives seront peut être effroyables mais comme dit aussi notre amie l'autruche (sic) : "tant que c'est pas fait, c'est jamais sûr". En attendant, pas question de changer nos habitudes ! nous danserons donc sur le Grand collisionneur de hadrons comme on le fait à peu près sur tout.

Deuxième hypothèse, très morale celle-ci : au contact de la modernité, notre chouette se serait ramollie, oubliant l'art de ses ancêtres, elle ne chasserait plus dans la nature, les petits grains ou vermisseaux mais chouraverait à la cantine du CERN, (racaille d'oiseau !) un bout de lard, une patate, ou une baguette à partir de quoi elle fabriquerait ses miettes et (toujours selon ce journaliste du "temps"), je cite : "son intervention dans le processus de refroidissement du grand accelérateur de hadrons (LHC) pourrait être un avertissement, comme la grippe porcine ou la crise de la vache folle. L'avenir dira s'il aura été entendu". Prudente, je déclinerai toute responsabilité quant à cette dernière conclusion ;-) ...

Le plus rigolo de cette histoire, c'est que dans l'absolu, sérieusement et très concrètement (???), le Grand collisionneur de hadrons est destiné à percer les mystères de la physique et notamment à aider à détecter des traces de l'invisible "matière noire"... On peut être à la fois effrayé et rassuré que le fonctionnement de la haute technologie tienne à si peu de chose. On pourrait aussi se rêver une vie en forme de croûton vogueur qui aurait pour seul but de se faire promener par les oiseaux et de distraire son homme (+ quelques particules), mais cela est une autre histoire que je vous raconterai un autre (certain) jour...

Pour tous les incrédules, ci-joint le pack de vérité : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gBAjaN...

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/physique-1/d/en-...

Pour les passionnés de Grand collisionneur de hadrons et autres merveilles scientifiques ci-joint le site du CERN : http://public.web.cern.ch/Public/Welcome-fr.html

Et pour les amateurs d'énigmes, de beaux chiffres et de belle lettres, lire ici, notre "fine" sélection (pdf) : "particules" (traducteurs bienvenus) :

Photo : Au delà de la chouette distraite (ou terroriste), perturbant les beaux jouets du CERN,  il y a pire ! les pigeons. Grands collisionneurs de chenaux. Des oiseaux de malheur pas très affectueux, capables de ravager des villes entières. Pour les ultras phobiques (dont je suis) de ces monstres stupides (et ailés !), la fin du marché peut virer au cauchemar. Ici une photo (ce n'est que le début, ils ne sont encore pas très nombreux) de l'hitchcockienne fin du marché de la Croix Rousse. On est sûrs que ceux là ne chouravent pas à la cantine du café des écoles. En outre (de surcroît!) lorsqu' ils prennent leur envol, s'ils se coincent une aile dans les cheveux des filles (kaïe ! kaïe !), je peux vous dire qu'à côté, un petit crouton de chouette dans un Grand collisionneur de hadrons même le plus puissant du monde, c'est pas grand chose. Et je sais de quoi je parle ! Vus à Lyon sur la colline qui travaille (et qui fait le marché tous les jours sauf le lundi au grand désespoir de monsieur PAG et de quelques autres cruci-roux férocement antilundiens). Début Novembre 2009.© Frb

01 novembre 2009

Voyage en Toussaint(s)

Flowers01.jpg

Le jour de la Toussaint, ils ne peuvent pas venir, parce qu'ils fleurissent les tombes du côté de sa famille à elle, donc ils viennent le dimanche, et pour l'occasion, la mère fait toujours un gigot avec des flageolets et eux, ils apportent le dessert. En général la tante elle  prépare un gâteau, toujours le même à base de yaourts et de poires. L'après midi, on part tous dans la 504 "c'est pas la peine de prendre deux voitures" dit le tonton. Le coffre est grand, on case les chrysanthèmes, et la tatan elle monte devant. Elle prend le plus gros de ce qu'il y a à prendre, sur ses genoux. Les pastilles de Vichy sont dans la boîte à gants. Après on essaie de se caler de chaque côté de grand mère, à cinq derrière, avec les arrosoirs entre les genoux, parce qu'au cimetière, on n'est pas sûrs que tous les arrosoirs ne soient pas utilisés par les autres gens. Ensuite on roule des kilomètres, en général il pleut. La radio fait des parasites, une station, on ne sait pas trop quoi, qui passerait tantôt d'europe 1 à RTL, dans les virages. Les hauts parleurs sont réglés tout dans l'aigu. Le tonton dit à la tatan : "mets nous dont une petite cassette, ils nous cassent les pieds avec leur blabla". La tatan regarde en dessous du tapis pour les pieds, tire une cassette , n'importe quoi. Au crayon feutre sur la pochette découpée dans du papier à dessin Canson, quelqu'un a écrit noir sur blanc "les plus grand hits"- compilation des années 70" avec en plus petit une liste des titres : face A, Face B : "Laisse-moi vivre ma vie- Du côté de chez Swann-Made in Normandie- C'est ma prière-Tata Yoyo". La mère dit qu'elle a oublié la bruyère qu'elle voulait déposer sur la tombe du Nono. Le tonton grogne tout bas "Pour ce qu'on en a à foutre de la tombe du Nono"... La mère reprend, "Dis donc ! tu pourrais pas faire demi tour, je voudrais qu'on aille chercher la bruyère le Nono , il a plus personne..." "Ben justement, répond le tonton, comme il a plus personne, je vois pas qui ça gênera si on ne fleurit pas sa tombe!" mais la tante engueule le tonton, "S'il te plaît, Guy, pas devant les petites ! y'a le respect des morts quand même !"... Le respect des morts, d'accord ! On fait demi-tour. Le tonton en colère monte le son du radio cassette, toute la voiture s'emplit d'un air bonnasse  Annie Cordy. la cousine est malade, il faut ouvrir les fenêtres, c'est normal crie la tante, "avec tes cigarettes !", le tonton lève les bras au ciel, "Ouh ben ! si on a même plus le droit de fumer ! c'est pas quand on sera là bas dessous ..", "oui mais maintenant tout le monde a froid !" la mère ose un : "j'croyais que vous aviez la clim dans c't'auto ?" La tante ricane : "la clim ! mais si on l'a ! mais il n'a jamais été foutu de comprendre la notice! "ouais, dit mon oncle, la notice en chinois ! pis ces machins j'y comprends pas !" "t'y comprends pas , t'y comprends pas !" ... Je ne sais pas si ça vient de la cassette, mais tout à coup plus rien ne va. "la clim c'est maintenant qu'il faut la comprendre, pas quand tu seras dans le trou!",  l'oncle marmonne, "Quand je serai dans le trou, je serai bien tranquille, au moins je pourrai faire ce que je veux ! ","Dis tout de suite que je t'en t'empêche ! t'es pas bien malheureux, quand même !". Tatan, tonton, 45 ans de mariage. On n'entend pas grand mère qui tourne la tête de gauche à droite, pour, on dirait, ne rien perdre du paysage. La cousine vire au vert, elle coince sa tête entre la vitre et la fenêtre, avec ses cheveux qui pendent de chaque côté à l'exterieur, on dirait ces chiens de chasse à l'arrière des autos... La tatan dit "ouvre grand la fenêtre !" la cousine pleure "chui malaaaade, elle répète plusieurs fois "malaaaade!". J'ai 12 ans et je pense en secret, qu'il me reste six ans à tirer. J'ose un "C'est encore loin ? le cimetière ?" La mère dit : "Si c'est pour soupirer et faire la gueule, c'est pas la peine, t'as qu'à  rentrer en stop". Des parfums montent d'une forêt. La tante se demande si on verra la Guite. "Parce que si on la voit, pas besoin de faire demi tour, elle est pas loin, elle pourra bien mettre une bricole sur la tombe du Nono, même un truc en plastique". Le tonton ne décolère pas: "Faut savoir si tu veux qu'on fasse demi-tour, ou bien si tu veux pas !" La tante se ratatine. Dans sa bouche cinq onomatopées "Moui, bof, oh, bah, pfff !", je me dis qu'en boucle ça ferait une putain de rythmique de jazz. Sur la cassette, Dave revisite Combray. Après un long silence, mon oncle reprend la conversation, il s'agit de faire l'inventaire de tous les maires de Belmont "Y'avait qui avant Léon Troncy ? Jean Verdellet ou Camille Chavanon ?". Un silence abyssal. Tonton insiste "Y'avait qui ?". La tante s'énerve, "Mais Guy, tu vois ben qu'on n'y sait pas! tu parles d'une conversation !". Grand mère me regarde gentiment : "Et toi alors ? l'école comment ça va ? Est ce qu'elle est gentille ta maîtresse ?". Grand-Mère sourit. Son regard est doux. Je suis en 5em j'ai plusieurs profs. je réponds "oui, elle est gentille". La vie reprend son cours, la tatan parle, elle cause, et quand elle cause sa mise en plis bouge d'avant en arrière, de là où je suis on dirait une très grosse salade beige ou un nid pour oiseau géant. La tatan interroge le monde, l'interroge indéfiniment, "Il devient quoi Dave ?", "Elle est où la lampe électrique ?  Est ce qu'on va avoir assez de pain pour ce soir ?".

Toussaint04.JPGSous des couleurs laiteuses, des panneaux bleus défilent "Ecoche, St Igny de Roche, St Germain la Montagne, Belleroche, Coublanc". Des panneaux blancs : "Ranchal, Le Cergne, Thel, Arcinges, Azolette, Anglure Sous Dun, Cours la Ville, Cuinzier, Propières...". Et le ciel se couvre de ces milliers d'oiseaux géants qui sortent des cheveux de ma tante : Tangre noir, Ombrase, Aigrelot cendré, Palunier de Smyrne, Antarche, Erythor champoisé. A quelques mètres du village, des milliers de petites croix. Grand mère me serre fort dans ses bras. Nous entrons au Royaume des Morts. Tatan porte les arrosoirs. Tonton, les pots. Bruyère et chrysanthèmes. La cousine semble manger l'air, son visage est si pâle qu'on voit presque à travers. Il y a des lis blancs sur la tombe du Nono, aux étamines d'or, dans un vase de cristal en forme d'étoile de mer. Grand mère me prend la main, son coeur bat sous la peau et sur chacun de ses doigts, mes doigts peuvent lire le passé. Je reste là longtemps, au milieu de l'allée, debout sur les cailloux. Grand Mère s'est esquivée. Je la cherche partout. Partout des fleurs artificielles, des plaques, des petites photos "A Robert, mon époux " "A mon épouse bien aimée", des gerbes pâles "De la part des amis de Tony Bertillon". Du marbre partout, beaucoup de marbre, et des mottes de terre, pour les demoiselles des Ursulines. Je vois au loin ma tante qui me fait de grands signes, "Viens ! Viens ! j'vais t'présenter, l'arrière-neveu du Nono ! c'est un grand professeur, il travaille dans les hopitaux". Je serre le gant tanné d'un dadais à chapeau et costume chevron. "Ca fait longtemps, dis donc.", je dis "ça fait longtemps !". Je me souviens de ce petit garçon qui adorait craquer des allumettes, pour brûler les yeux des crapauds. De cet enfant gynécologue, le plus illustre de la région, qui auscultait les petites filles, avec trois doigts... Il me dit "Je vais te présenter ma femme et mes enfants", je vois débouler d'entre les tombes deux petits clones précédés d'une grosse plante mêchée arrogante. Je crie :"non, non !". Je cours par les allées, repèrant au cas où, la sortie de secours. Là-bas, mon oncle remplit les arrosoirs. Il me rejoint. "Dis donc t'as pas l'air d'aller bien, tu es sûre que ça va ?", je ne sais plus où j'en suis. Je lui dis "Non, ça va pas bien je ne sais pas où est la grand mère". Mon oncle me dévisage. Il s'assoit sur une tombe, il secoue sa grosse tête, longtemps. Puis il m'emmène "viens avec moi !". Nous entrons dans un labyrinthe, des allées, des chapelles. L'oncle porte religieusement ses deux grands arrosoirs et un pot plein de fleurs mauves. Il s'arrête devant un bloc rose granité surmonté d'une discrète croix blanche. Il est gêné. Il essaye de remplir le vide, de me faire la conversation. "Et comment ça va, toi ? les études ? Le bac français, c'est pour c'printemps ? J'ai 22 ans. Je termine un mémoire sur "le Rivage des Syrtes". Je réponds "oui, le bac français c'est pour ce printemps.". Il fait très sombre. On commence à sentir les gouttes. Je lève les yeux, je tourne en boucle "Faut que j'aille chercher grand mère !". Mon oncle me répond "Tu es sûre ?", " Sûre de quoi ?", " Es tu sûre que ça va ?". La pluie ruisselle sur sa figure. Je ne sais pas trop pourquoi. Je lui dis : "je reviens dans cinq minutes, si Grand mère a fait un malaise je ne me le pardonnerai pas". Il me rattrape, il me retient: "Tu veux pas qu'on aille boire un coup ? "Après, peut-être. Là, je suis inquiète, il faut que j'aille voir !". Il me retient. Il me serre très fort dans ses bras, Il me dit à l'oreille tout bas : "C'est pas la peine !". "C'est pas la peine ?...  Pourquoi ?".  Il me montre sur la croix blanche, une inscription sculptée : "ci-gît Lucie Laure-Marie- 1908- 1979". Je toise l'inscription, les prénoms. "Ce n'est pas elle, tonton, ça ne se peut pas !". Mon oncle s'exaspère : "Mais enfin tu ne te souviens pas ? en 1979, quand on a eu cet accident, en revenant du cimetière !  sur la route de Propières c'était la toussaint comme aujourd'hui, sauf qu'il pleuvait..." je regarde le ciel, je m'aperçois qu'il ne pleut pas. Il ne pleuvra sans doute pas aujourd'hui. Mon oncle parle de l'accident, du sang du mien, de celui de grand-Mère, c'est un vrai charabia ! Peut être qu'avec l'âge, il commence à perdre la tête..."Tu comprends... C'était difficile, à cette époque, on manquait de sang, on m'a demandé de faire un choix. J'ai signé un papier. Et puis ils t'ont transfusé toi".

entre les tombes m net - copie.jpgIl y a sous la terre une mâchoire d'où sortent des milliers d'oiseaux, des aigrelots de Thel, des tangres de Ranchal. A dos de palunier j'étudie les excavations. La belle main de Grand-mère m'offre des coraux noirs. Entre les tombes, mon oncle, continue ses fadaises. Je nous vois tous les deux, distinctement dialoguer. Je me dis, vu d'ici que mon corps est vraiment différent de mon âme. Heureusement, les silhouettes rétrécissent à vue d'oeil.

Photo : Fleurs artificielles et pots perdus  vus aux cimetières de Charlieu, et Bois Ste Marie le 1er-Novembre 2009.© Frb.

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